Psychopathes vs narcissiques - leurs différences essentielles

9 juil. 2025

Quelles distinctions peut-on établir entre les individus psychopathes et les narcissiques ?
Tous deux présentent un profond déséquilibre psychique, puisqu’ils font souffrir autrui.
Seules les personnes mentalement troublées provoquent cette souffrance.
Leur dynamique psychique résulte à la fois d’un trouble de stress post-traumatique, d’un possible dysfonctionnement neurologique encore non étudié, et des effets d’une société narcissique de plus en plus dystopique.

Il n’est pas toujours aisé de les différencier, tant leurs croyances, choix, décisions et comportements se ressemblent. Comment les reconnaître ? Le professeur Sam Vaknin, figure de référence dans l’étude du narcissisme pathologique depuis plus de trente-cinq ans, apporte un éclairage particulièrement limpide sur ces questions. Cet article propose une synthèse de plusieurs de ses interventions magistrales sur YouTube consacrées à ce sujet.

Introduction : la quête compulsive des psychopathes et des narcissiques

Le narcissisme pathologique est un trouble de l’identité, proche de la psychose, qui se caractérise par une perte de contact avec la réalité et par l’inconscience des motivations internes de la personne atteinte. La drogue des narcissiques pathologiques est l’attention, la validation, la reconnaissance et l’adoration que les autres leur offrent, grâce auxquelles ils soutirent une provision narcissique — qu’elle soit valorisante ou sadique. Ce faisant, ils cherchent à intégrer une individualité cohérente, un équilibre intérieur et une régulation psychique. Ils n’existent qu’à travers leurs sources d’approvisionnement narcissique, sans lesquelles leur illusion de grandeur s’effondrerait.

La psychopathie, quant à elle, se définit par le détachement émotionnel, une empathie froide et intéressée, l’absence de culpabilité et de remords, l’irresponsabilité des comportements impulsifs, le sadisme et la recherche de pouvoir. Cet ensemble constitue la stratégie de survie de tout psychopathe, qui manipule autrui en exploitant la crainte qu’il suscite, dans le seul but d’obtenir ce qu’il veut : sexe, argent, pouvoir, contacts…

Les narcissiques psychopathes constituent une infime minorité. Ces derniers utilisent des techniques propres aux psychopathes pour s’assurer une provision narcissique. Ils sont antisociaux, provocateurs, impulsifs et dépourvus de contrôle. On les appelle narcissiques malveillants. Ils relèvent davantage du narcissisme caché malveillant que du narcissisme manifeste.

Les narcissiques pathologiques vivent en dehors de la réalité

Leur état psychotique se manifeste par une altération majeure de la perception de soi et du monde, produisant des délires de grandeur, des fantasmes inconscients, des fabulations, des récits illusoires et des distorsions cognitives. Cette perte de cohésion psychique entraîne une désorganisation de l’identité, rendant floues les frontières entre le monde interne et externe.

Semblables à des machines déréglées, ils rejouent sans fin les mêmes scénarios psychotiques. Ils portent en eux un programme qui se réactive inlassablement à chaque rencontre : un fantasme partagé. C’est un récit illusoire que les narcissiques imposent à leurs proches — dans le but inconscient de les utiliser, afin de se séparer de leur mère, de s’individualiser et d’évoluer vers leur autonomie et leur souveraineté.

Si vous êtes la partenaire ou le conjoint de l’un(e) d’entre eux, inconsciemment il prendra une photo instantanée de vous, purement mentale. Puis il l’introjectera et en fera son objet interne. Dès lors, la relation se déroulera exclusivement entre lui et l’avatar de votre image — tandis que vous serez exclu(e). Pourquoi ? Parce qu’il ne vit pas dans la réalité, mais dans un monde mental appelé paracosme, façonné par des fantasmes infantiles. Ainsi, lorsqu’il pose son regard sur vous, ce n’est pas vous qu’il voit, mais une projection mentale — un avatar créé à partir d’une image figée qu’il a construite de vous.

Les psychopathes sont ancrés dans la réalité

Contrairement aux narcissiques pathologiques, les psychopathes sont ancrés dans la réalité. C’est précisément pour cette raison qu’ils vous perçoivent véritablement — mais à travers le prisme du prédateur. Lorsqu’ils cherchent à vous extorquer quelque chose, ils vous voient clairement, non comme une personne, mais comme une proie.

Ils observent avec une attention clinique vos habitudes, vos failles et vos réactions émotionnelles, afin de vous manipuler avec une efficacité redoutable.
Vous n’êtes pas invisible — vous êtes une cible. Leur regard est lucide, froid, calculateur, dénué de toute connexion affective. Vos vulnérabilités et comportements sont minutieusement surveillés, non pour vous comprendre, mais pour mieux vous exploiter.

Comme les narcissiques, les psychopathes nourrissent un fort sentiment de supériorité. Ils ignorent la réalité par grandiloquence, mais ne la prennent jamais pour un fantasme. Leur narcissisme se manifeste de manière plus contenue, moins théâtrale : ils ne cherchent ni à attirer l’attention, ni à obtenir un approvisionnement narcissique.

Tous deux scannent leurs cibles, chacun à sa manière :

  • Le narcissique le fait pour instaurer une dépendance psycho-émotionnelle, essentielle à son équilibre intérieur.

  • Le psychopathe, lui, opère dans un tout autre registre : il observe pour prendre ce qu’il veut — votre argent, vos idées, vos connaissances, vos projets, votre énergie… Mais il ne dépend émotionnellement ni de vous, ni de personne.

Voyons leurs différences d’un point de vue éthique et moral…

Les psychopathes sont joyeusement et délibérément destructeurs

Ils sont dépourvus de toute moralité : ils n’en possèdent ni trace, ni allusion, ni ombre. Obsédés par des objectifs personnels, ils cherchent à satisfaire leurs pulsions égoïstes par tous les moyens, sans le moindre remords. Ils sont bien moins aptes à tisser des liens humains — même de façon chaotique, comme c’est le cas chez les narcissiques. Ainsi, si un psychopathe vous promet une liaison amoureuse, un mariage ou un partenariat commercial, il vous ment intentionnellement.

Les narcissiques ignorent les règles, les normes et les repères sociaux, mais le psychopathe pousse ce mépris à l’extrême. Il est ce criminel de carrière — manipulateur, froid, impitoyable — là où le narcissique, bien que profondément dysfonctionnel, reste émotionnellement engagé dans ses interactions, au moins temporairement.

Les narcissiques pathologiques n’ont pas l’intention délibérée de nuire

Ils ne sont ni mauvais ni pervers au sens strict, comme on le croit en France. Contrairement aux psychopathes, ils ne sont pas dépourvus de moralité et n’agissent pas avec l’intention consciente de nuire. Au contraire, beaucoup de narcissiques intègrent des valeurs morales à leur sentiment exagéré de supériorité et d’importance. Pour eux, le laxisme moral est perçu comme une faiblesse — voire comme une forme d’infériorité. Ils méprisent ceux qui, selon leurs critères, sont incapables de demeurer moralement irréprochables.

À la différence des psychopathes, ils sont totalement inconscients de leurs motivations profondes, même lorsque leurs objectifs semblent clairs. Leur but inconscient est de transformer chaque personne qu’ils rencontrent en un objet interne — une figure maternelle avec laquelle ils construisent un fantasme partagé, déployé en neuf phases prévisibles.
Vous en trouverez la description dans cet article : Le fantasme partagé des narcissiques.

Ils sont profondément dépendants de l’attention, de la reconnaissance, de l’admiration, de l’adulation et de l’énergie psychique des autres car, comme les enfants, leur équilibre intérieur leur régulation émotionnelle, leur estime de soi et leur confiance personnelle sont entièrement externalisés. C’est pourquoi ils réduisent les autres à des sources d’approvisionnement narcissique — à des objets internes, destinés à s’intégrer dans la mécanique implacable de leur fantasme partagé.

L’attachement des narcissiques à leur fantasme partagé

Le narcissique pathologique n’abandonne jamais son fantasme partagé, car, pour lui, c’est sa seule réalité. Lorsqu’il est contraint de revenir à la réalité — lorsqu’il est brutalement réveillé il décompense : ses défenses s’effondrent et il se sent blessé, voire mortifié. Ainsi, la personne en face est instrumentalisée au gré de ses besoins psycho-émotionnels infantiles il cherche en elle une figure maternelle idéalisée, qui est finalement dévalorisée et rejetée.
Dès que ce fantasme se fissure, il remplace aussitôt sa victime par une nouvelle « mère » de substitution, afin d’éviter d’affronter son propre vide abyssal.

Cependant, il y a une différence fondamentale : les narcissiques pathologiques croient réellement à leurs propres fabulations amoureuses. Ils se perdent dans leur fantasme partagé, se méprennent sur la nature de leurs sentiments, et finissent par se tromper eux-mêmes. En ce sens, ils sont bien plus psychotiques, plus délirants que les psychopathes. Leur fantasme partagé — une folie à deux — est mené par la motivation inconsciente de se séparer de leur mère, afin de s’individualiser, d’évoluer vers leur autonomie et de se sentir souverains.

L’absence d’attachement des psychopathes

Les psychopathes, en revanche, n’éprouvent aucun besoin psychoaffectif envers quiconque, car ils ne cherchent pas à obtenir un approvisionnement narcissique. Leur besoin, compulsif, est concret et utilitaire. Ils ne souffrent pas de distorsions cognitives comme les narcissiques. Ainsi, le sentiment de grandeur propre au narcissique croise ici l’impulsivité, la tromperie et les tendances malfaisantes propres au psychopathe.

Les psychopathes se sentent supérieurs, mais leur grandeur est davantage intériorisée. Ils n’essaient pas de valider leur sentiment de grandeur en convainquant les autres de leur importance. Ils sont donc bien moins dépendants des autres que les narcissiques, qui, dans la recherche des sources d’approvisionnement narcissique, deviennent prosociaux ou communautaires. Les psychopathes ne sont pas communautaires — en revange ils adorent le pouvoir sadique qu’ils peuvent exercer sur les autres.

Ils peuvent mettre en place un fantasme partagé et commencer la relation par un bombardement affectif, mais ils ne s’y laissent jamais prendre. Pour eux, le fantasme partagé n’est qu’un outil, un scénario conçu pour servir un objectif précis et conscient : vous extorquer, vous utiliser, puis vous écarter.

Les phases émotionnelles et cycliques propres au narcissisme pathologique ne se manifestent pas chez eux. Ils utilisent le fantasme partagé comme un levier pour obtenir ce qu’ils convoitent : sexe, argent, pouvoir, statut, contacts... Mais ils ne dépendent psycho-émotionnellement de personne. C’est pourquoi, naufragés sur une île déserte, les psychopathes pourraient bien survivre. Les narcissiques, eux, s’effondreraient.

Le psychopathe manipule les autres par l’amour ou par la peur

Ses deux motivateurs principaux sont l’amour et la peur. En tant qu’enfant, le psychopathe en herbe souhaitait s’associer aux autres pour socialiser, demander de l’aide, s’intégrer, avoir toutes sortes d’interactions interpersonnelles et tomber amoureux. Mais la réalité est qu’il a appris à se méfier de l’amour plus que de toute autre chose. De son point de vue, l’amour est inconstant, éphémère, passager. Il n’est pas digne de confiance.

Dans l’histoire de l’enfant présentant des traits précurseurs de la psychopathie, l’amour a toujours été lié à la trahison, au rejet, à l’abandon, à la souffrance, à la douleur. L’amour a été une expérience néfaste pour lui. Ainsi, il a appris qu’on ne peut pas compter sur l’amour comme fondement, car l’amour est décevant, désenchantant, désillusionnant et douloureux. Ce n’est pas un atout fondamental.

En revanche, il peut se servir de l’amour pour exploiter en simulant l’amour, il peut manipuler l’amour pour motiver les autres, tout en faisant semblant d’aimer. Pour lui, cela est légitime, à condition de ne pas tomber amoureux et de ne pas ressentir d’émotions.

Pour lui, les émotions positives sont synonymes de mort. Les émotions sont l’antithèse de la survie : c’est soit les émotions, soit la vie. Contrairement aux narcissiques, le psychopathe a appris dès l’enfance que l’amour doit disparaître ; il n’essaiera donc jamais d’entretenir une relation intime. L’amour n’existe pas dans son répertoire, sauf comme instrument machiavélique. Dans ce cas, ses sentiments apparents pour quelqu’un ne sont qu’une simulation d’amour, une chorégraphie robotique de l’affect — suffisante pour convaincre la cible qu’elle est aimée. La seule émotion acceptée par le psychopathe, c’est la peur.

Les armes du psychopathe : la peur, le pouvoir et le sadisme

La psychopathie est le point de rencontre entre peur, pouvoir et sadisme. Le psychopathe croit que la peur est un facteur de motivation efficace. Pour lui, la peur est stable et sécurisante. Et surtout, la peur est prévisible. Lorsqu’il l’utilise comme moyen de contrôle ou de manipulation des autres, il pense pouvoir prédire et anticiper leurs comportements avec une certitude absolue. Bien sûr, c’est une illusion. C’est totalement faux. Mais quel choix lui reste-t-il ?

Il se méfie de l’amour. Il l’abhorre. Il nourrit une colère sourde contre l’amour.
Ses expériences avec l’amour ont été marquées par la douleur — à commencer par sa propre famille, sa mère, ses premières figures d’attachement. Il n’a pas été aimé et il ne sait pas aimer. Et même s’il avait pu aimer, il aurait réprimé cet élan. Il l’aurait étouffé. Il ne veut plus jamais faire l’expérience de l’amour avec quiconque.

En revanche, il sait manier la peur. Celle-ci est le seul outil dont il dispose. Elle est toujours présente, facile à provoquer, et sa mobilisation semble garantir des résultats. Pourtant, là encore, sa vision est contrefactuelle : en réalité, les gens terrorisés deviennent imprévisibles. Ils se rebellent, ripostent, fuient, portent plainte, exposent leurs bourreaux. Ils finissent par échapper à son contrôle.

Mais le psychopathe refuse de voir cela. Car s’il devait renoncer à la peur, il ne lui resterait rien, plus de stratégie interpersonnelle. L’amour est exclu. Et si la peur est illusoire, que lui reste-t-il ? Il est donc obsédé par le pouvoir qu’il obtient de la crainte qu’il suscite.
C’est une soif de contrôle par la peur, une stratégie de survie façonnée dès l’enfance.

Ainsi, il s’en remet à la peur. Mais pour que la peur fonctionne, encore faut-il avoir du pouvoir. Il ne peut inspirer la peur que s’il détient un pouvoir réel sur autrui.
Lorsqu’il sait qu’il a du pouvoir sur vous, instinctivement il sait aussi que vous pouvez lui nuire : le briser, l’humilier, le priver de ses proches, de ses biens, de sa liberté.
Et dès qu’un tel pouvoir est établi, son corollaire est la peur. Il ressent donc de la peur.

Voyons maintenant leur processus d’idéalisation et d’auto-idéalisation…

L’idéalisation des narcissiques : un locus de contrôle externe

Les narcissiques pathologiques externalisent leur régulation émotionnelle et leur équilibre intérieur par l’idéalisation, laquelle prend deux formes :

1. Leur besoin d’être idéalisés par les autres :
Ce besoin est compensatoire : ils ont besoin que les autres leur disent qu’ils sont extraordinaires, supérieurs, uniques, spéciaux, etc. C’est ainsi qu’ils obtiennent la provision narcissique nécessaire pour se sentir exister.
Leur équilibre intérieur dépend donc entièrement du regard extérieur. En psychologie, cela s’appelle un locus de contrôle externe.
Si les autres ne les idéalisent pas, s’ils osent remettre en question leurs comportements, les narcissiques sont profondément déstabilisés.

2. L’idéalisation de leur partenaire intime :
En réalité, ils idéalisent l’avatar qu’ils créent à partir de l’image qu’ils se font de leur partenaire intime. C’est une manière pour eux de s’idéaliser eux-mêmes, de renforcer leur propre sentiment de grandeur. Il s’agit donc d’une idéalisation mutuelle.

La grandeur des psychopathes : une certitude incontestable

Contrairement aux narcissiques, les psychopathes ont la certitude de leur supériorité.
Ils ne recherchent donc aucune validation extérieure. Ils n’idéalisent personne.
Leur sentiment de grandeur est intérieur, autosuffisant et autonome.
Ils n’ont besoin de personne pour le confirmer : pour eux, c’est un fait.
Qui oserait en douter ? Celui qui s’y risquerait ne passerait que pour un imbécile.

Ainsi, lorsqu’un psychopathe vous flatte, ses compliments ne sont que des outils de manipulation et de domination. Il est totalement indifférent à l’image idéalisée qu’il pourrait renvoyer, comme à celle que vous pourriez avoir de lui.
Quel psychopathe se soucierait réellement de qui vous êtes et de ce que vous ressentez ?
Ce qui compte pour lui, c’est lui — exclusivement.

Voyons maintenant les espaces où narcissiques et psychopathes déploient leur pathologie…

L’espace pathologique des narcissiques : un locus de grandeur externe

Le narcissique pathologique s’oriente vers des professions et des activités qui lui garantissent une provision narcissique abondante et ininterrompue. Il s’agit de la « nourriture » psycho-émotionnelle dont il dépend, qui lui permet de maintenir son délire de grandeur.

L’espace réel est son terrain de jeu :
Cela peut être son foyer, son église, un bar de quartier, une association ou son lieu de travail — autant de lieux où il peut obtenir des sources d’approvisionnement narcissique, prêtes à lui fournir attention, adulation et validation.

L’espace imaginaire est son fantasme partagé :
Il vous présente un ensemble de miroirs qui vous renvoient une image embellie, au point que vous finissez par vous idéaliser vous-même, tout en l’idéalisant en retour. Le seul but de cette idéalisation est de renforcer sa propre image et de créer une illusion d’idéalisation mutuelle.

Si sa partenaire est magnifique, il se sent irrésistiblement attirant.
Si elle est brillante, il croit l’être aussi.
Sinon, pourquoi serait-elle avec lui ? Son message implicite : il n’y a rien de négatif chez vous — vous êtes la perfection incarnée.
Le narcissique vous flatte contre toute évidence.

L’espace d’action du psychopathe : sa fusion identitaire

Le psychopathe n’évolue que dans un seul espace : un espace totalement physique.
Il ne partage pas de fantasme avec vous. En revanche, il crée un fantasme pour vous.
Il vous propose une sorte de Disneyland mental, un scénario imaginaire taillé sur mesure. Cependant, il reste lucide.

Le psychopathe ne commet jamais l’erreur de confondre son décor fictif avec la réalité, comme le fait le narcissique. Son évaluation du réel n’est pas altérée.
Il est certes impulsif, fantasque, très dangereux — mais il ne se ment pas à lui-même. Il s’appuie sur la fusion identitaire. Le message du psychopathe n’est pas : « Tu es exceptionnelle. »
Mais plutôt : « Je suis comme toi. Tu es comme moi. »

Il vous suggère que vous êtes, comme lui, capable de malveillance et de duplicité.
Il vous pousse à croire que vous formez ensemble un seul organisme, une entité à deux têtes.
C’est un message de fusion totale et symbiotique. C’est pour cette raison que les psychopathes exercent une attraction puissante sur les personnes souffrant de dépendance affective ou d’un trouble de la personnalité limite (borderline).

Le psychopathe est un miroir parfait. Il vous reflète en totalité : vos forces et vos failles, vos défauts et vos peurs, vos talents, vos valeurs, ainsi que vos doutes, vos espoirs et vos besoins les plus intimes. Son message est :
« Tu es exactement moi. Comment m’as-tu trouvé ?
Je suis toi, dans tout ce que tu es — en bien comme en mal. »

L’empathie froide des narcissiques et des psychopathes

Les narcissiques et les psychopathes partagent un point fondamental : une incapacité à accéder aux émotions positives telles que le véritable amour, la compassion ou l’empathie affective. À ce titre, ils ne sont pas pleinement humains — du moins, pas sur le plan émotionnel, affectif ou relationnel.

Tous deux présentent une carence marquée en empathie affective. Pourtant, ils possèdent ce que le professeur Sam Vaknin appelle une empathie froide : une forme d’empathie réflexive et cognitive, qui leur permet de comprendre les émotions d’autrui, sans jamais les ressentir.

Les narcissiques ressentent des émotions intenses

Contrairement aux psychopathes, les narcissiques ressentent des émotions intenses. Mais ils en ont peur — surtout lorsqu’il s’agit d’émotions positives.
Incapables de les tolérer, ils les évitent. Leur affectivité devient alors dominée par des émotions négatives : honte toxique, paranoïa, anxiété chronique, rage narcissique (explosive ou passive), et envie corrosive — qu’ils projettent sur leur entourage.

Les narcissiques sont en quête constante d’approvisionnement narcissique. Lorsqu’ils l’obtiennent, ils peuvent se montrer heureux, malléables, crédules, voire charmants.
Dans le cadre du fantasme partagé, ils se laissent submerger par des émotions intenses.
Puis, sans transition, deviennent froids, distants, indifférents, voire cruels.

Cependant, leurs comportements abusifs ne sont généralement pas prémédités. Ils relèvent plutôt d’une inconscience de soi, d’une méconnaissance de leurs motivations profondes — rien à voir avec la stratégie froide et calculée propre au psychopathe.

La rage narcissique : une stratégie d’auto-régulation émotionnelle

La rage narcissique et la rage psychopathique semblent similaires à première vue par leur intensité et l’effroi qu’elles produisent, mais elles diffèrent profondément par leur fonction interne et leurs conséquences sur la vie relationnelle et émotionnelle.

La rage narcissique est généralement brève, explosive et disproportionnée par rapport à son déclencheur, lequel peut être réel ou totalement imaginaire. Elle prend la forme d’une flambée soudaine, excessive, parfois quasi délirante, et se manifeste de manière ostentatoire et exhibitionniste. Elle aboutit rarement à une violence physique, car elle constitue avant tout une stratégie d’autorégulation.

Contrairement à la rage psychopathique, qui est instrumental et prolongée, la rage narcissique a pour fonction principale de restaurer le sentiment de valeur personnelle du narcissique. Elle lui permet de se convaincre de son omnipotence, de sa toute-puissance, voire de sa divinité. Elle s’inscrit dans un récit interne grandiose, fantasmatique et auto-justificateur.

La rage narcissique est fondamentalement réactive. Elle est déclenchée par l’anticipation ou la perception d’une humiliation, d’une honte, d’un rejet, d’une critique, d’une dénigration ou d’une injustice. Le narcissique se vit alors comme une victime éternelle au centre d’un drame moral, convaincu que les autres complotent contre lui, le méprisent ou cherchent à le faire tomber. Ce récit de victimisation alimente la réaction de rage.

Cette réactivité est renforcée par une hypervigilance paranoïde, une idéation de référence et un biais d’attribution hostile, qui amènent le narcissique à interpréter des comportements anodins ou inexistants comme des attaques personnelles. Ainsi, la rage peut être déclenchée par des offenses totalement imaginaires.

La rage narcissique est étroitement liée à la grandiosité, une distorsion cognitive centrale du narcissisme. Elle surgit lorsqu’un défi ou une menace est perçu à l’encontre du concept de soi vulnérable et fragile — ce que la clinique appelle l’estime de soi implicite. La rage agit alors comme un mécanisme réparateur et restaurateur, destiné à rétablir la grandiosité et le récit grandiose du soi.

En ce sens, la rage narcissique régule l’environnement interne du narcissique en lui fournissant une auto-valorisation intense, visible, spectaculaire, dramatique et intimidante. Elle fonctionne comme une mise en scène théâtrale, disproportionnée par nature, car, dans l’univers psychique du narcissique, il se perçoit comme une figure divine : la rage devient alors « la colère de Dieu ».

La rage psychopathique : une arme de manipulation

Le psychopathe entre en rage principalement lorsqu’il est frustré. Sa rage constitue donc elle aussi une forme d’autorégulation, mais d’une nature radicalement différente de celle du narcissique. Elle fonctionne comme une communication interne, visant à exprimer et à canaliser la frustration. Elle illustre de manière exemplaire l’hypothèse frustration–agression.

Bien que la rage psychopathique soit tout aussi terrifiante à observer que la rage narcissique, elle ne vise pas à réguler l’environnement interne du psychopathe ni à restaurer une image de soi grandiose. Le psychopathe est fondamentalement orienté vers des objectifs. Sa rage est machiavélique, manipulatrice et instrumentale.

Lorsque le psychopathe cherche à obtenir quelque chose — modifier le comportement d’autrui, retirer un avantage, contraindre, intimider ou imposer sa volonté — la rage devient une arme. Elle est utilisée de manière stratégique pour produire un résultat précis. Elle dure aussi longtemps que nécessaire pour atteindre cet objectif ou jusqu’à ce que la source de frustration soit neutralisée. Plus rarement, le psychopathe peut manifester une rage dite « purgative ». Dans ce cas, la rage ne sert pas directement un objectif externe, mais fonctionne comme une agression externalisée destinée à le « purifier ».

La métaphore est celle d’un volcan interne : des pressions s’accumulent jusqu’à une explosion qui soulage et nettoie le psychopathe. Cette rage « purgative » devient une forme de purgatoire auto-infligé et persiste jusqu’à ce que l’objet frustrant — personne ou situation — soit éliminé ou puni.

En résumé, la rage psychopathique est généralement circonscrite, ciblée et orientée vers un but, et conçue pour produire un effet concret. Dans sa forme « purgative », elle se poursuit jusqu’à ce que la frustration soit résolue par l’élimination ou la punition de sa source.
Le psychopathe avance, implacable, bardé d’une assurance glacée ; il se croit omnipuissant, sans l’ombre d’un doute, et poursuit son désir avec une détermination de fer.

Le double visage des narcissiques

Contrairement aux psychopathes, le narcissique pathologique souffre d’un trouble dissociatif : il évolue dans un dédoublement permanent de son identité, oscillant entre lucidité et perdition, raison et fantasme, maturité et enfance blessée.

Deux identités coexistent en lui :

  • L’une est analytique, lucide, perspicace, intuitive, capable d’anticiper, de lire entre les lignes et de détecter les trahisons.

  • L’autre est un enfant extrêmement dépendant, prisonnier d’un fantasme partagé, incapable de confronter la réalité autrement qu’à travers des récits illusoires pour se protéger de la douleur.

La première identité interagit avec le monde extérieur, tandis que la seconde captive le partenaire intime pour l’entraîner dans ce fantasme partagé.

Cette dualité engendre un profond malaise chez l’entourage. Parfois, on a l’impression de parler à un enfant abandonné et profondément blessé. Puis, soudainement, on se retrouve face à une intelligence froide et critique, qui nous lit à livre ouvert. C’est comme si l’on se trouvait devant un juge qui ne tolère ni mensonges ni approximations, et qui perçoit la vérité nue de nos intentions. Voilà la dualité des narcissiques pathologiques.

Dans leur facette d’enfants blessés, ils sont traversés par des émotions intenses qu’ils ne savent pas comprendre, car leur réalité leur échappe. Et, dans l’autre facette de leur visage, surgit une intelligence froide et critique, qui analyse, compare et dissèque. Leur introspection n’est qu’un raisonnement déductif, imperméable aux élans du cœur.

Ils se demandent : « Que suis-je en train de ressentir ? »
Puis concluent : « Cela doit être de l’amour. »

Ils fonctionnent par déduction, sur la base d’observations, de théories, de stéréotypes : « Les gens qui aiment veulent être proches. Je veux être proche de cette personne. Donc j’aime. »

Mais ce n’est pas vraiment de l’amour. Ce sont des signaux — désir, dépendance, excitation, idéalisation de soi face à l’autre — qu’ils traduisent à partir de modèles appris, presque mécaniques. Ils ne ressentent pas de l’amour : ils l’interprètent.

Contrairement à certains mythes populaires, ils ne sont pas totalement inconscients de ce qu’est l’amour ni d’eux-mêmes. Beaucoup savent définir l’amour et le reconnaître chez les autres. Mais pour leurs propres sentiments, ils confondent intensité et authenticité ; manque d’amour et attachement ; besoin d’amour et désir. Autrement dit, ce qu’ils prennent pour un sentiment profond n’est que le reflet de leur désir ardent d’être aimés.

En réalité, leur « amour » ne se porte pas sur l’autre, mais sur le rôle que l’autre joue dans leur fantasme partagé.  Ce fantasme inconscient est le cœur même de la « relation » : une bulle imaginaire où l’autre n’existe que comme reflet magnifié de leur propre image.
Leur « amour » est donc fragile, car ils sont incapables de supporter l’altérité, la contradiction ou la réalité. Dès que la bulle éclate, ils jettent et remplacent, condamnés à ne vivre qu’à travers le miroir.

Les psychopathes pratiquent une fusion mimétique

Avec un psychopathe, il n’y a pas de fantasme partagé comme celui des narcissiques.
Chez lui, le miroir est lisse, immaculé, parfait.
Il ne projette aucun idéal, il n’aspire pas à une image grandiose : il imite.
Il reproduit avec une précision glaçante vos goûts, vos gestes, vos expressions, vos mots.
Il efface toute distance, abolit toute séparation.
Il ne vous idéalise pas — il fusionne avec vous, et se fait votre reflet exact.

La victime croit avoir trouvé son double, son âme sœur, son reflet parfait, son alter ego.
Mais elle fait face en réalité à une copie vide, une construction mimétique, une projection dénuée d’émotion. Ce n’est pas de l’amour. C’est une prédation masquée sous le voile de l’intimité.

Les psychopathes ne ressentent pas d’émotions positives

Avec un psychopathe, il n’y a pas de fantasme partagé comme celui des narcissiques.
Chez lui, le miroir est lisse, immaculé, parfait.
Il ne projette aucun idéal, il n’aspire pas à une image grandiose : il imite.
Il reproduit avec une précision glaçante vos goûts, vos gestes, vos expressions, vos mots.
Il efface toute distance, abolit toute séparation.
Il ne vous idéalise pas il fusionne avec vous, et se fait votre reflet exact.

La victime croit avoir trouvé son double, son âme sœur, son reflet parfait, son alter ego.
Mais elle fait face en réalité à une copie vide, une construction mimétique, une projection dénuée d’émotion. Ce n’est pas de l’amour.

C’est une prédation masquée sous le voile de l’intimité. La victime peut croire que l’intimité lui est véritablement offerte, mais la réalité est que la psychopathie résulte d’une anomalie cérébrale. Celle-ci empêche le psychopathe de ressentir des émotions positives — qu’il simule, non pas par peur ou par défense, mais pour jouer son rôle de prédateur.

Il est provocateur, réactif, défiant. Il hait toute forme d’autorité.
Il est aussi bien plus impulsif et imprudent que le narcissique.
Mais surtout, il est focalisé sur un objectif précis : sexe, argent, pouvoir, statut, relations, accès, distraction ou accomplissement personnel.

Obsédé par le pouvoir, il devient impitoyable : il piétine tout sur son passage, incapable de différer la gratification ou de contenir ses pulsions.

Contrairement au narcissique, il est autosuffisant : il n’a besoin de personne.
Il vit replié sur lui-même, comme une forteresse froide et vide, inaccessible à toute forme de lien réel. Il utilise sa rage comme un instrument de contrôle, pour manipuler et soumettre.
Mais il ne ressent aucune émotion positive. Aucune. Point final.

C’est un mort-vivant. Un zombie recevant de brèves décharges électriques, comme une grenouille disséquée à laquelle on injecte un courant pour la faire bouger.
Les mouvements sont là, mais la vie est absente.
Les psychopathes sont morts à l’intérieur — et aussi à l’extérieur.
Ce sont des simulations ambulantes d’êtres humains : brillantes, séduisantes, fascinantes.
Et c’est précisément cette perfection apparente qui constitue le premier signal d’alarme.
Si quelqu’un vous semble trop parfait pour être vrai, c’est probablement un psychopathe.

Sur le plan émotionnel, les psychopathes sont extrêmement rudimentaires :
« Je me sens bien. Je me sens mal. J’ai peur. Je n’ai pas peur. »
Il n’y a aucune nuance. Aucun dialogue intérieur. Et donc, aucune expression émotionnelle.

C’est ainsi que le psychopathe traverse la vie : détaché, étranger à ses propres actes. Il sait pourtant parfaitement ce qu’il fait : il est rusé, manipulateur, opportuniste. Il ment, il planifie, il simule notamment l’avenir qu’il vous fait miroiter. Mais lui, il ne se laisse jamais tromper par ses mensonges intentionnels comme c’est le cas des narcissiques.

Voyons maintenant en quoi les narcissiques et les psychopathes investissent leur cathexis.

La cathexis : le niveau d’investissement émotionnel

La cathexis désigne l’investissement émotionnel que l’on place dans quelque chose ou dans quelqu’un — un lieu, une profession, une vocation, ou encore une autre personne.
Cet investissement s’exprime à travers des processus d’attachement, y compris des liens traumatiques. Autrement dit, lorsque vous vous attachez à quelqu’un, vous développez des émotions, et inévitablement, vous vous investissez affectivement dans cette personne : c’est cela, la cathexis.

La grande différence entre les psychopathes et les narcissiques réside précisément dans leur capacité — ou leur incapacité — à s’investir émotionnellement.

Les narcissiques sont toujours investis émotionnellement, non pas tant dans les autres que dans les objets internes qu’ils fabriquent à partir d’eux, ainsi que dans leur fantasme partagé.
Ce fantasme peut prendre la forme d’une relation intime, d’une amitié, d’un concept abstrait (nation, religion), ou encore d’une vocation. Ce n’est pas la personne qu’ils aiment ; c’est l’image grandiose qu’ils projettent sur elle, image qui reflète leur propre grandeur.

Même dans les phases de rejet ou de dévalorisation de ce fantasme, les narcissiques restent émotionnellement présents. Cet investissement devient alors négatif, mais il ne disparaît pas.
Le narcissique ne se retire jamais complètement sur le plan affectif.
Il continue d’éprouver des émotions — non pas positives, mais négatives : possessivité, contrôle, envie, haine, colère passive, rage explosive…
Son attachement reste actif, même lorsqu’il devient destructeur.

Le psychopathe, lui, ne s’investit émotionnellement jamais.
Il ne s’investit ni dans une personne, ni dans une idée, ni dans une œuvre, ni dans un lien. Rien. Jamais. Cela vaut également pour le narcissique psychopathe, dont la dynamique psychologique et comportementale est pratiquement identique à celle du psychopathe pur.

Les psychopathes se moquent éperdument de leur carrière, de leurs enfants, de leur partenaire, de leur réputation, de leurs diplômes, de la reconnaissance sociale, des lois ou des normes.
Ils ne s’attachent pas. Ils n’investissent pas. Ils n’éprouvent rien.
L’attachement qu’ils manifestent est plat, et leur affect est plat. Cela se traduit par une expressivité minimale, un visage impassible, opaque, comme celui de Vladimir Putine.

Vous ne pouvez pas deviner ce qui se passe en un psychopathe — parce qu’en vérité, il ne se passe rien. Derrière cette façade se trouve une forme humaine sans expression, sans signal émotionnel, sans vibration. C’est cela, le psychopathe.

Ainsi, il ne sera nullement affecté par la perte de sa compagne au profit d’un autre homme.
Il ne réagira pas à la perte de son travail, au vol de son œuvre, à une mise en danger ou à la ruine de sa réputation. Tout cela lui est indifférent. Il ne tient à rien, ne protège rien, ne chérit rien. En vérité, il ne tient qu’à son pouvoir.

C’est pourquoi le psychopathe anticipe la perte de ce pouvoir, tout comme le borderline anticipe l’abandon et le narcissique l’humiliation ou le rejet.

Leur évitement relationnel se manifeste ainsi :

La personnalité limite (borderline) bascule vers la psychopathie secondaire lorsqu’elle ressent une terrible peur de l’abandon. Sa réactivité extrême est accompagnée d’un haut niveau d’anxiété, de symptômes dépressifs et d’idéations suicidaires.

Le narcissique agit de manière préventive : il lance la dévalorisation et le rejet de son ou sa partenaire intime pour ne pas en être victimisé. Il sabote avant d’être saboté. Il abandonne avant d’être abandonné. Il est intensément investi dans son fantasme partagé : il y croit. Il ne simule pas. Il vit dans ses propres récits illusoires comme s’ils étaient réels. Sa perception altérée de la réalité le pousse à idéaliser, contrôler, harceler, espionner, rejeter et vouloir récupérer. Il est possessif, anxieux, paranoïaque, mais toujours émotionnellement impliqué.

Le psychopathe, lui, se protège en évitant tout attachement. Sa posture est claire : « Je m’en fiche totalement. Prends ma femme, mon travail, mes biens, ma liberté : peu m’importe. »
C’est sa manière de se défendre — par une indifférence totale.
Pourtant, les psychopathes se marient. Mais ces unions sont catastrophiques.

Voici un critère précieux pour le reconnaître : si votre partenaire intime vous quitte soudainement, sans explication, sans émotion, sans jamais reprendre contact, s’il disparaît du jour au lendemain sans la moindre considération pour ce que vous ressentez ou traversez — alors vous êtes face à un psychopathe ou à un narcissique psychopathe.

Le but de la pseudo‑relation qu’il vous propose est le sexe, l’argent, l’accès à un réseau, le pouvoir, ou même un simple divertissement. Mais, pour lui, vous n’êtes rien d’autre qu’un outil. Et lorsque cet outil ne sert plus, il est jeté sans ménagement. Vous êtes effacé(e). Rayé de la carte. Comme si vous n’aviez jamais existé. Cet effacement volontaire est d’une violence extrême. Il est dévastateur pour vous, la victime.

C’est là que se creuse la différence entre le psychopathe et le narcissique.
Après une rupture, le narcissique détourne aussitôt son regard vers un autre fantasme partagé.
Le psychopathe, lui, jette brutalement son jouet dès qu’il l’a utilisé puis détruit.

En dehors de la relation de couple, l’exclusion systématique des autres est une stratégie partagée par les narcissiques comme par les psychopathes. Mais elle s’installe par la défiance. Voici comment Sam Vaknin l’explique :

La défiance des narcissiques et de psychopathes

Les narcissiques comme les psychopathes passent pour farouchement, ardemment indépendants — des loups solitaires qu’on admire pour cela, des rebelles glamourisés, mythifiés, célébrés. Pourtant, ils ne le sont pas, car ils confondent l’indépendance ou l’autonomie personnelle avec la défiance, qui est le terme clinique approprié.

L’interdépendance correspond à la capacité de préserver les fonctions du moi, les limites du moi, les limites personnelles, tout en interagissant de manière significative et productive avec autrui. En d’autres termes, être indépendant, c’est savoir intégrer les autres dans sa vie sans perdre le sentiment de continuité du soi, et sans laisser quiconque franchir ses limites ni saper le récit intérieur qui constitue le ciment de l’identité personnelle. C’est cela, l’indépendance.

Les narcissiques et les psychopathes chérissent la défiance, qui est d’une tout autre nature.
Cette dernière exclut la liberté. Dans la défiance, les limites ne sont que l’expression d’une agressivité externalisée. Leur défiance consiste à exclure les autres — que ce soit parce qu’ils en ont peur, ou parce qu’ils estiment se dégrader en collaborant avec eux. Ainsi, leur défiance est antagonique. Elle est fondée sur le conflit et elle génère des conflits.

Alors que l’indépendance est exactement l’inverse. Elle n’a rien d’antagonique. Elle relève du compromis, de la négociation, de la coopération et de la collaboration. Elle est un mouvement d’enrichissement de soi, d’essor de soi, rendu possible par les interactions avec les autres.

La défiance n’a absolument rien à voir avec leur vision d’indépendance ou de liberté. Elle est une solution schizoïde, évitante. Elle implique le retrait. Frustrer les autres est le jeu de pouvoir des psychopathes et des narcissiques : ils exhibent leur capacité, leur volonté et leur pouvoir de nuire, d’entraver les objectifs d’autrui, de leur infliger douleur et souffrance.
Il existe là une dimension de sadisme, latent ou manifeste, car ils considèrent les autres comme des investissements dont il faut tirer un retour. Ces comportements procèdent de leur réactance face à leur proclamation « d’indépendance » et de « liberté ».

Réactance : l’anxiété face à la menace de la perte de liberté

Le terme « réactance » a été inventé par le psychologue américain Jack Brehm, qui a élaboré ce que l’on appelle aujourd’hui la théorie de la réactance. Il s’agit d’une perception selon laquelle, face à une menace ou à la perte d’une liberté comportementale, une personne éprouve une réactance psychologique.

C’est un état motivationnel marqué par la détresse, l’anxiété, la résistance et le désir de restaurer la liberté et l’indépendance qu’elle croyait perdues, en adoptant un comportement opposé à celui qui est attendu. Durant la pandémie de Covid‑19, par exemple, certaines personnes ont réagi de cette façon. Il s’agit d’un cas de défiance associée à la réactance.

Chez les narcissiques et les psychopathes, la réactance est investie de fierté. Leur opposition à certaines règles de la société, ainsi qu’aux jeux partagés ou aux festivités, devient une source d’arrogance et leur confère un sentiment de suprématie. Pourquoi ?

Parce que la dissocialité constitue le trait central de leur personnalité. Il s’agit d’un déficit des liens sociaux, découlant de leur incapacité à vivre en société. Elle se manifeste par un profond mépris d’autrui — de ses droits, de ses sentiments et des normes sociales — et s’accompagne d’un manque d’empathie, d’un égocentrisme prononcé, d’une insensibilité, d’une indifférence glaciale et d’une absence de culpabilité face au tort causé par l’exploitation des autres, ainsi que par des comportements nuisibles, persistants et structurés.

Leur défiance et leur sentiment de suprématie constituent ainsi une signalisation : un marqueur qui confirme leur perception d’être uniques — donc différents des autres, et déjà dissociés d’eux. Cette posture s’exprime notamment à travers le facteur « F », tiré de l’expression anglaise « fuck you »« C’est comme ça ou rien. » « C’est ma façon d’être, à prendre ou à laisser. »

La réactance, associée à la défiance et à la dissocialité, distingue le narcissique et le psychopathe du reste de la société. Ainsi, la défiance agit comme une limite ou une frontière. Mais il s’agit là d’une barrière d’agressivité, dysfonctionnelle et contre‑productive : elle conduit à des résultats négatifs, parfois même dangereux ou menaçants.

La défiance s’inscrit sur un continuum, sur un spectre.

De nombreux traits qui ne sont pas perçus comme de la défiance en constituent en réalité des manifestations. Ce spectre se présente donc en cinq étapes : excentricité ostentatoire → anticonformisme → impulsion à dire non → insoumission obstinée → criminalité.

Première étape de la défiance : l’excentricité ostentatoire.

La défiance se manifeste par une opposition ou une résistance aux mœurs sociales, aux conventions et aux normes — qu’il s’agisse du style vestimentaire, de la mode, de l’étiquette ou des codes de conduite.

Le premier degré sur l’échelle de la défiance est donc cette excentricité ostentatoire. C’est une manière d’être — unique et spéciale à leurs yeux — qui attire l’attention tout en suscitant un malaise chez les autres. Ils frustrent, compromettent ou limitent les objectifs et les désirs d’autrui, sans jamais se plier, même subtilement, aux exigences ou aux attentes des autres. Voilà ce qu’est l’excentricité ostentatoire.

Deuxième étape de la défiance : l’anticonformisme.

La société inculque aux individus des scénarios comportementaux : des scripts sexuels, sociaux, familiaux, professionnels, etc. Ces scripts constituent le code social, le pacte et le contrat sociaux, transmis par les agents de socialisation. L’anticonformisme est le rejet assumé, visible, ostentatoire, voire hostile de ces scripts. C’est le refus de se conformer, d’obéir et d’agir en faveur des exigences, des normes et des attentes de la société.

Troisième étape de la défiance : l’impulsion à dire non à tout.

L’étape suivante est la défiance classique. Il s’agit de l’impulsion constante, irrépressible, de dire « non » à tout. Le « non » devient codifié, sacralisé, se transformant en stratégie de survie et en rituel. En ce sens, la défiance présente des similitudes avec certains aspects d’une religion structurée et rigide. Elle oblige les individus à croire en une « connexion divine » et en un « but supérieur », tout en niant la réalité et la divinité elles‑mêmes.

Quatrième étape de la défiance : l’insoumission volontaire et obstinée.

Celle‑ci correspond à l’aversion et au rejet de l’autorité. À ce stade, la dynamique, tant chez les psychopathes que chez les narcissiques, commence à devenir antisociale. Lorsque les frontières du comportement antisocial sont poussées à l’extrême, cette dynamique conduit à une rébellion active et militante qui entraîne des conséquences négatives pour tous.

Cinquième étape de la défiance : la rébellion militante et la criminalité.

La rébellion militante, lorsqu’elle devient très active, peut mener à des actes criminels, voire à une forme de criminalité organisée. Le psychopathe, ainsi que le narcissique ayant évolué vers la psychopathie, perçoivent la société comme un ennemi ; dès lors, ces structures leur apparaissent comme devant être démantelées. Il s’agit là d’une forme de nihilisme : la croyance selon laquelle les institutions, l’environnement et les individus conspirent pour soumettre et absorber l’individu, lequel se vit alors comme moralement obligé de se rebeller.
Même les criminels possèdent un code éthique fondé sur cette idée : « La société m’a lésé, et je réclame ce qui me revient. »

L’illusion d’indépendance et la stratégie de frustration

Tant chez les narcissiques que chez les psychopathes, frustrer les autres constitue une stratégie centrale pour confirmer leur perception d’omnipotence, d’autosuffisance et d’invulnérabilité. Cela a un effet anxiolytique, réduisant l’angoisse et la perception du risque.

Leurs comportements défiants sont paradoxalement contre‑productifs : ils augmentent le danger, entraînent des conséquences négatives et poussent les autres à les punir. Pourtant, ils renforcent en eux la perception de force, de résilience et d’impunité.

Dans sa quête d’attention, d’approbation, d’adoration, ainsi que d’une provision narcissique sadique, le narcissique pathologique exige des autres un approvisionnement narcissique de haute qualité, tout en faisant passer cette exigence pour un cadeau qu’il leur offre.

Le narcissique cérébral, par exemple, frustre sa partenaire intime sexuellement pour tester sa fidélité et son niveau de moralité. En sacrifiant sa vie sexuelle, il se montre imperméable et invulnérable à l’infidélité « immorale » de sa femme, qu’il a lui‑même provoquée. Il confirme ainsi son sentiment d’être unique et moralement supérieur à elle. Son exigence repose sur une idéologie rigide et punitive de la moralité, canalisant des comportements auto‑défaitistes et parfois sacrificiels. Il s’agit là d’un comportement défiant.

Leur effondrement, leur isolement et leur anéantissement

Tôt ou tard, un effondrement de leur activité survient. Lorsque la situation devient intenable, le narcissique et le psychopathe se replient et évitent la réalité. Ils s’isolent et deviennent schizoïdes. Ils subissent un état d’isolement social sans surface d’interaction : ils sont rejetés par les autres et mis à l’écart. L’évitement social, combiné à la solution schizoïde, réduit drastiquement leur efficacité. Ils finissent toujours par être des perdants, quel que soit leur statut social ou leur fortune. Ils échouent parce qu’ils fuient la société et la réalité — et que la société les fuit également.

Leur substitut à l’interdépendance — excentricité ostentatoire, anticonformisme, insoumission obstinée, rébellion activiste et le « c’est comme ça ou rien » — se retourne finalement contre eux. Aucune illusion, aucun fantasme et aucun objectif ne peut compenser la dépendance à autrui et l’enracinement dans la société — même dans le cas de la psychopathie. À terme, les murs s’effondrent. Tout s’écroule. La maison de cartes se désintègre.

Le narcissique se retrouve face à son propre vide, le néant constitutif du narcissisme pathologique. Le psychopathe, lui, éprouve humiliation et honte après des échecs répétés.

Puis ils se tournent vers l’auto‑approvisionnement : ils recourent à des substances comme les drogues et l’alcool. Mais même cela échoue à les raviver. Finalement, confrontés à la réalité, sans protection ni défense, ils sont dévorés par elle. Rien ne subsiste de ce « loup solitaire » imposant, de ce héros rebelle idéalisé, mythifié et admiré, de cet esprit indépendant et farouche. Rien ne reste, rien ne laisse de trace. Leur jeu de cartes s’effondre.

C’était un jeu solitaire qui les mène, en fin de compte, à un état pseudo‑psychotique et à une abdication, un rejet de la vie, comme le décrivait Hervey Cleckley, un psychiatre américain connu pour ses recherches dans le domaine de la psychopathie et auteur du livre The Mask of Sanity (Le Masque de la santé mentale).

Voyons maintenant comme se manifeste l’anxiété des narcissiques et des psychopathes…

L’anxiété des narcissiques est générée par leur paranoïa

Leur paranoïa est un délire de persécution : anticipation de complots, sentiment d’être la cible de moqueries, de ragots ou d’intentions malveillantes.
Ce vécu s’accompagne d’une hypervigilance constante, car la paranoïa est profondément anxiogène et le narcissique doit impérativement réduire cette anxiété. La séquence est la suivante : paranoïa → anxiété → besoin de réduire l’anxiété → besoin de changement.

Ainsi, la paranoïa devient un agent de changement, une force de transformation interne. Elle incite le narcissique à se conformer davantage aux normes sociales, à devenir moins conflictuel, moins abrasif, moins antagoniste. Elle pousse le narcissique — manifeste ou caché — à devenir prosocial. Ce mouvement n’est pas motivé par un désir authentique d’évolution, mais par la crainte des conséquences : isolement, rejet, voire dangers graves.

La paranoïa fonctionne donc comme une compensation, luttant contre la composante antisociale et téméraire du narcissisme pathologique. De plus, la paranoïa agit comme un antidépresseur : elle fournit l’énergie nécessaire pour commencer un projet de transformation qui restaure la grandiosité du narcissique.

Leur trouble anxieux du psychopathe s’exprime différemment

Bien que leurs émotions soient peu exprimées, les psychopathes n’en demeurent pas moins sujets à des troubles anxieux — au même titre que les narcissiques pathologiques.
Nous savons aujourd’hui qu’au cœur de la psychopathie se trouve un trouble anxieux. 
Le psychopathe est très anxieux. Ce constat va à l’encontre du mythe populaire selon lequel le psychopathe serait sans peur. En réalité, il est profondément paranoïaque, angoissé, et facilement effrayé. Pourquoi ?

Pour répondre à cette question, nous devons remonter dans le fil du temps.
La psychopathie est très probablement d’origine génétique.
C’est une anomalie cérébrale, très similaire à la psychose.
Mais la psychopathie est génétiquement prédisposée à un environnement hostile.

Le psychopathe a certainement grandi dans un environnement abusif et traumatisant, ou, lorsqu’il était enfant, il a peut-être provoqué l’hostilité, le rejet et la punition par sa mauvaise conduite. Et cela a bloqué son évolution vers une autonomie fonctionnelle.

Bien sûr, grandir dans un environnement qui cherche à vous abattre, à vous détruire, à vous maltraiter, à vous frapper, à vous blesser, à vous ruiner, à vous anéantir serait source d’anxiété. Si vous grandissez dans un tel environnement de torture et de tourments, dans l’anticipation du rejet, de la douleur, de la souffrance et pire encore, de la mutilation, voire de la mort, vous risquez de développer une anxiété à un niveau qui correspond à un trouble anxieux. Les psychopathes sont donc très anxieux.

Leur psychopathie, leur maladie mentale, est en réalité une réponse à cette anxiété. 
On pourrait même dire que la psychopathie est anxiolytique.
Elle réduit l’anxiété, l’améliore, l’atténue et la contrôle.
Cependant, l’anxiété du psychopathe génère son imprudence, son impulsivité, et son incapacité à se contenir. Il somatise fréquemment et a souvent recours aux substances psychoactives ou aux drogues pour anesthésier son agitation intérieure.

Sa réactance : la contre-phobie

Comme les narcissiques manifestes — ou les narcissiques psychopathes — le psychopathe cherche à contrôler son anxiété en développant une posture contre-phobique.
C’est une forme de réactance : une tendance à défier ce qui fait peur, à prendre des risques inconsidérés pour ne pas se sentir vulnérable. Il adopte alors une attitude téméraire, provocatrice, et ouvertement hostile à toute forme d’autorité ou de norme.

Convaincu de sa supériorité, il s’arroge des prérogatives qu’il estime légitimes, persuadé qu’il saura toujours maîtriser les situations à haut risque. Il se croit invulnérable, voire immunisé face aux conséquences de ses actes. Mais son impulsivité le pousse à agir sans jamais anticiper les répercussions — souvent graves — de ses comportements.

C’est aussi ce qui explique pourquoi les narcissiques et les psychopathes peuvent aisément collaborer. Tous deux sont des opportunistes parasitaires, exploitant leur environnement à des fins personnelles.

  • Le narcissique communautaire, enfermé dans un univers fantasmatique, construit des récits grandioses dans lesquels il entraîne son entourage à adhérer.

  • Le psychopathe, lui, capitalise sur cette mise en scène — sans scrupule, sans loyauté — pour en tirer un maximum de bénéfices.

Leur alliance ne repose pas sur une coopération authentique, mais sur une convergence d’intérêts personnels.

Le sadisme des psychopathes et l’auto-victimisation des narcissiques

Les narcissiques n’ont aucune conscience de leur propre cruauté. Leur sadisme est masqué, diffus, enfoui sous des couches d’inconscience. Ils ne se vivent pas comme des bourreaux, mais plutôt comme des architectes du chaos émotionnel. Ils provoquent, blessent, manipulent — non pas pour jouir de la douleur infligée, mais pour alimenter un récit intérieur où ils occupent le rôle de victimes. Ils poussent l’autre à bout, puis se présentent comme trahis, abandonnés, mal compris.

Chez le narcissique, narcissisme et victimisation ne font qu’un.
Il se construit dans la douleur qu’il provoque, tout en se proclamant le seul à souffrir.
Il est à la fois agresseur inconscient et victime autoproclamée.

Chez les psychopathes, en revanche, le sadisme est visible et revendiqué.
Souvenez-vous, leur psychopathie est le point de rencontre entre peur, pouvoir et sadisme.
Ils prennent un plaisir froid et calculé à manipuler, tromper, et faire souffrir.
Leur satisfaction réside dans le pouvoir absolu qu’ils exercent sur autrui.
La douleur de l’autre est pour eux un spectacle, une victoire, un jeu.
Il n’est pas rare de les voir sourire face à la souffrance qu’ils infligent.

Là où le narcissique se désigne comme victime de sa propre inconscience, le psychopathe, lui, fait des autres les victimes conscientes de ses stratégies malveillantes. Voyons comment…

Il faut savoir que la psychopathie fonctionne comme une stratégie de survie.
Le psychopathe compense une anxiété latente par des comportements antisociaux et un état d’esprit défensif. Il s’en remet à sa psychopathie pour se convaincre qu’il n’existe aucun danger, aucune menace, aucun risque réel.

C’est une forme d’auto-illusion : il projette vers le monde un message cohérent, répété comme un mantra – je suis invulnérable, intouchable, incontrôlable, terrifiant.
Mais ce message, en vérité, s’adresse d’abord à lui-même.
Il tente de se persuader qu’il n’a pas à avoir peur.
Il extériorise son anxiété pour ne pas être dévoré par elle.
La psychopathie est donc, fondamentalement, une réponse défensive à l’angoisse.

Le psychopathe est obsédé par le pouvoir

Il ne cherche pas le pouvoir par grandeur d’âme ou par ambition fantasmatique, comme le narcissique. Le narcissique se contente d’un sentiment subjectif de toute-puissance, souvent détaché de la réalité. Il vit dans ses illusions, protégé par un fantasme fragile qu’il défend bec et ongles. Si ce fantasme est remis en question, il entre en crise.

Le psychopathe, lui, reste ancré dans le réel.
Il conserve un examen de réalité intact.
Il utilise ses fantasmes non pas pour y croire, mais pour manipuler les autres, comme il le fait avec l’amour ou l’empathie froide. Pour lui, tout peut être outil.
Ce qui compte, ce sont les résultats.

Il recherche donc un pouvoir réel, concret, efficace. Car la peur, qui est son moteur, ne fonctionne que s’il a ce pouvoir. Le pouvoir de nuire, de punir, de briser. Lorsqu’il sent qu’il détient un tel pouvoir sur autrui, il sait qu’il peut susciter chez eux de la peur — et donc les contrôler.

Pour s’assurer qu’il détient bien ce pouvoir, le psychopathe inflige délibérément de la souffrance. Il teste ses victimes pour mesurer l’étendue de son emprise.
Jusqu’où peut-il aller ? Quelles sont leurs limites ?
S’il rencontre une résistance, il ajuste. Comme tout harceleur, il sait quand s’arrêter.
Il lit la peur dans les yeux de l’autre, et c’est cette peur — cette reconnaissance implicite de son pouvoir — qui le satisfait.

La logique est simple : il teste, il blesse, il observe les réactions.
Il apprend ainsi à calibrer sa stratégie. Ce n’est pas une cruauté gratuite.
Son sadisme est instrumental : il ne cherche pas la douleur pour elle-même, mais pour ce qu’elle révèle.
En blessant l’autre, le psychopathe apprend quel degré de pouvoir il possède, à quel point il peut aller loin, quelles personnes il peut manipuler ou non. C’est pour lui un outil de connaissance de soi, une forme d’auto-éducation et d’auto-illumination.

Là où d’autres utilisent des livres ou des expériences constructives pour grandir, le psychopathe utilise la douleur des autres comme matière première. Il affine, ajuste, perfectionne sa stratégie.
Plus il a d’expérience, plus il devient un expert du contrôle — un professionnel de la peur.
Sa compétence réside dans la maîtrise de la souffrance, du pouvoir, de la domination.
Et ses instruments, ce sont les gens.

Ce n’est donc pas du sadisme au sens clinique strict. Il ne prend pas plaisir à la douleur elle-même, comme un sadique sexuel.
Ce qu’il apprécie, c’est ce que cette douleur lui apprend sur lui-même.
Pour lui, faire du mal, c’est se perfectionner, devenir plus efficace, renforcer sa stratégie de survie.

Les narcissiques pathologiques et les personnalités psychopathes utilisent l’argent comme un outil de domination. C’est l’un des moyens les plus insidieux par lesquels ils exercent leur pouvoir sur autrui. Voyons comment.

La violence financière : une forme de contrôle invisible mais puissante

Aussi appelée violence économique, la violence financière est une forme de maltraitance souvent invisible mais extrêmement puissante. Elle consiste à restreindre ou à manipuler l’accès d’une personne à l’argent ou aux ressources économiques, la rendant ainsi dépendante et accentuant sa vulnérabilité. Cette forme de violence peut se produire au sein du couple, de la famille ou même dans le cadre professionnel.

Des comportements violents ciblant la vie économique de la victime sont fréquemment présents, car ils s’avèrent particulièrement efficaces pour limiter ses choix à long terme et la contraindre dans tous les aspects de sa vie.

Ces formes de violence, souvent très subtiles, participent à l’emprise exercée par l’agresseur — psychopathe ou narcissique — qui s’approprie alors les décisions économiques de la victime, voire de l’ensemble de la famille. Cela crée une dépendance économique et compromet la capacité de la victime à subvenir à ses besoins essentiels, ainsi qu’à ceux de ses enfants ou de ses proches.

Dans une situation de violence économique, l’agresseur peut recourir à plusieurs stratégies pour instaurer une relation de pouvoir et maintenir la victime sous emprise. Voyons six d’entre elles :

1. Contrôler les dépenses et la gestion financière.

  • Ils critiquent les achats et ridiculisent la manière dont la victime gère son argent.

  • Ils surveillent les comptes personnels ou les relevés de carte de crédit.

  • Ils imposent leurs propres choix dans les décisions financières de la victime.

  • Ils contrôlent ou surveillent les dépenses, même minimes.

  • Ne contribuant pas aux charges communes, ils placent leur victime dans la position de tout devoir payer, au point que cette dernière peut s’appauvrir ou s’endetter.

  • Si leurs enfants leur demandent un prêt, ils hésitent à accepter même pour une toute petite somme, et peuvent exiger la signature d’un document pour officialiser la dette.

  • Ils n’offrent jamais rien spontanément : il y a toujours une transaction.

  • En revanche, ils peuvent accepter des cadeaux coûteux sans se sentir concernés, même lorsque la personne qui les offre dispose de peu de moyens.

2. Voler ou dissimuler de l’argent.

  • Ils prennent de l’argent liquide sans autorisation (sur un compte personnel ou professionnel).

  • Ils utilisent une carte bancaire (débit ou crédit) sans consentement.

  • Ils dépensent l’argent d’un compte commun sans respecter l’entente convenue.

  • Ils empruntent de l’argent sous de fausses excuses, sans intention de remboursement.

  • Ils exigent de l’argent sous la contrainte ou la menace (ex. : menace de séparation).

  • Ils volent ou détournent de l’argent ou des biens.

  • Si leur partenaire intime est dépendant(e) affectif(ve), ils lui permettent de payer toutes les dépenses, sans le moindre remords.

3. Usurper l’identité de la victime.

  • Ils utilisent des informations personnelles (date de naissance, nom de jeune fille de la mère, etc.) pour se faire passer pour elle.

  • Ils obtiennent des cartes de crédit à son nom, sans son consentement.

  • Ils contractent des dettes à son insu, notamment via des comptes communs.

  • Ils ouvrent ou utilisent un compte bancaire commun à son désavantage.

4. Limiter l’accès à l’information financière.

  • Ils mentent sur leur propre situation financière.

  • Ils cachent des revenus, en France ou à l’étranger.

  • Ils dissimulent ou détruisent des factures ou documents importants.

  • Ils refusent à la victime l’accès à ses propres revenus ou comptes bancaires.

  • Ils confisquent sa carte bancaire ou ses papiers d’identité.

5. Contrôler la vie professionnelle et économique de la victime.

  • Ils font pression pour qu’elle cesse de travailler ou réduise ses heures, en la culpabilisant ou sous prétexte de la protéger.

  • Ils empêchent son développement professionnel (refus d’études, interdiction de postuler, obligation de refuser des promotions).

  • Ils provoquent des tensions qui affectent son emploi (absentéisme, difficultés de concentration dues à la violence qu’ils exercent).

  • Ils la contraignent à travailler pour eux sans rémunération.

  • Ils exploitent les comptes communs pour lui transférer des dettes ou des impôts.

  • Ils sabotent ses efforts pour trouver ou garder un emploi.

  • Ils ne paient pas un salarié ou le font de façon systématiquement retardée.

  • Ils sous-paient délibérément en raison du sexe, de l’origine ou du statut.

  • Ils menacent de sanctions financières en cas de plainte ou de dénonciation.

  • Ils s’approprient sa pension ou ses allocations sans son consentement.

6. Utiliser l’argent pour contraindre la victime à rester dans la relation.

  • Ils menacent de couper les ressources financières si elle quitte la relation.

  • Ils peuvent aller jusqu’à quitter leur propre emploi pour ne pas rembourser les dettes communes ou l’argent emprunté.

  • Ils n’honorent pas les accords financiers passés. Parfois, aucun accord véritable n’est établi : ils imposent leur propre loi.

  • Ils persuadent la victime de mettre tous les revenus ou biens à leur nom, sous prétexte d’amour ou de confiance.

  • Ils imposent un budget extrêmement strict sans consultation ni justification.

  • Ils obligent la victime à signer des documents (procuration, contrats) sans l’informer, parfois sous menace explicite ou implicite.

Chacun de ces abus peut donner lieu à un recours juridique, permettant à la victime, avec l’aide d’un avocat, d’engager des poursuites contre son agresseur. Leur incapacité à partager provient de leur paranoïa.

Voyons ce que Sam Vaknin explique au sujet du partage.

Le partage versus l’égoïsme

Partager donne du sens à la vie, non pas pour des raisons philosophiques, religieuses ou morales, mais parce que le partage fonctionne. C’est une stratégie efficace, confirmée par la théorie des jeux, qui montre que la coopération produit de meilleurs résultats — bénéfiques pour tous. Le partage est une transaction de base, un fondement essentiel de toutes les formes de coopération, qu’elles soient personnelles, sociales ou même biologiques.

Partager suppose de reconnaître l’autre comme un être distinct, porteur d’une altérité irréductible. Il faut un partenaire qui accueille ce don, un récipiendaire de ce qui est offert — et que l’on espère, en retour, disposé à rendre la pareille, car tout partage est transactionnel.
Il ne faut ni le glamouriser ni le glorifier — car le partage est, en réalité, une forme primitive de transaction. Primitive au sens où il constitue un fondement, un pilier de toutes les formes de coopération et de collaboration plus complexes, non seulement au niveau individuel, mais aussi au niveau collectif, au niveau de l’espèce.

Cela dit, ne pas partager mène souvent à des situations négatives, liées à la peur ou à la méfiance. L’égoïsme implique l’incapacité à percevoir l’extériorité et la séparation des autres, que certaines écoles de psychologie appellent des objets. Ainsi, si une personne ne partage pas, c’est qu’elle souffre d’un problème psychologique — une pathologie, ou bien d’un problème social ou culturel. Dans tous les cas, il s’agit d’une pathologie à plusieurs niveaux.

Sur le plan psychologique, l’égoïsme, l’égocentrisme, l’exclusion des autres, leur rejet, le refus de partager quoi que ce soit — cette mentalité du « preneur jamais donneur », du « gagnant/perdant », cette vision de la vie comme une jungle, où c’est le règne du plus fort, où « le chien mange le chien », où le monde est hostile, où les gens sont mauvais — tout cela est de l’ordre du délire paranoïaque. Ce n’est pas ancré dans la réalité. C’est même contraire aux faits.

Ainsi, l’égoïsme est une forme d’incapacité. C’est une invalidité. Ce sont des personnes handicapées dans leur perception, parce qu’elles ne peuvent pas concevoir les autres comme des agents indépendants, autonomes. Elles ne peuvent pas les percevoir comme extérieurs et séparés. Il y a une absence de représentation mentale d’autrui, ce qui empêche l’individu de les voir comme de potentiels partenaires de partage.

Dans le narcissisme pathologique, et dans une moindre mesure la psychopathie, les autres sont transformés en objets internes. Ils n’existent plus en tant qu’êtres extérieurs. Le partage devient donc impossible, car on ne partage pas avec des objets internes. On partage avec l’environnement extérieur. On ne partage pas avec ses propres objets mentaux internes, on partage avec les vraies personnes qui ont donné naissance à ces objets internes.

Quand l’objet du soi est une représentation aliénée, dépersonnalisée, immature de l’autre, quand le soi est désintégré, non constitué, alors le partage devient très difficile. Toutes les ressources sont tournées vers l’intérieur, dans une tentative désespérée de maintenir une forme d’équilibre ou de survie.

Les personnes saines ont, bien sûr, des moments de solipsisme. Des moments où elles ne perçoivent plus vraiment les autres comme séparés d’elles. Des moments de solitude extrême, où la réalité semble se rétracter autour de soi. Mais chez les narcissiques et les psychopathes, cet état de solipsisme est permanent. Pour eux, il n’y a pas d’autres personnes.

Le narcissique croit que tous les autres ne sont que des créations de son propre esprit, des personnages fictifs dans un film dont il est le réalisateur et le producteur, ou dans une pièce de théâtre mentale. Tout est intériorisé.

Pour le narcissique, il n’y a pas de partage, parce qu’il n’y a personne avec qui partager. Et l’ironie, c’est que chez le narcissique, il n’y a même pas de « lui » non plus. C’est une absence déguisée en présence. Le narcissique projette cela, l’extériorise, et en vient à croire qu’il n’existe pas d’autres personnes. Et quand il n’y a pas d’autres personnes, quand le narcissique est, selon lui, le seul être conscient et sensible dans tout l’univers, le partage n’est même plus envisageable. Il en va de même, en grande partie, pour le psychopathe.

Le psychopathe voit les autres comme des objets, des instruments, des outils, des moyens d’atteindre un but — pas comme des équivalents, pas comme d’autres organismes dotés de psychologie propre, de souhaits, de préférences, de rêves, d’espoirs, etc.

Ces deux types de personnes — le psychopathe qui chosifie et instrumentalise les autres, et le narcissique qui introjecte et internalise les autres — sont incapables de les percevoir. Ils sont incapables de reconnaître leur existence séparée, leur extériorité, leur altérité. Ainsi, ils sont incapables de partager.

Explorons maintenant les stratégies de manipulation des psychopathes et des narcissiques.

La manipulation connue sous le nom de gaslighting

Le gaslighting est une forme de manipulation insidieuse, un véritable décervelage hypnotique. Il ne s’agit pas seulement de mentir, mais de semer le doute profond dans l’esprit de l’autre — sur sa mémoire, son jugement, ses perceptions, et jusqu’à la validité même de son expérience intérieure. C’est un poison lent qui efface progressivement la frontière entre le réel et l’imaginaire. Ce processus plonge la victime dans une confusion extrême, détruit sa confiance en elle, et la rend totalement dépendante de son agresseur.
À terme, le gaslighting peut la précipiter dans des états de dépersonnalisation, de déréalisation, ainsi que dans des troubles anxieux et dépressifs sévères.

Les psychopathes, majoritairement masculins, utilisent intentionnellement le gaslighting ou décervelage hypnotique, comme une arme stratégique. Ils savent exactement ce qu’ils font. Leur manipulation est méthodique, froide, délibérée. Ils déforment la réalité intérieure de leur victime pour mieux la posséder, la contrôler, voire l’extorquer. Ils mentent, nient, inversent les faits sans relâche, jusqu’à ce que la victime doute au point de ne plus savoir si elle a rêvé ou vécu, si elle est victime d’une illusion ou d’une trahison.
Leur objectif est clair : dominer — faire de la victime un territoire conquis, une conscience occupée et soumise.

Les narcissiques, eux, pratiquent aussi ce décervelage hypnotique — mais à leur insu.
Leurs distorsions cognitives ne sont pas toujours des manœuvres conscientes ; elles sont les conséquences de leur propre illusion intérieure. Pris dans leur fantasme partagé, ils modifient la réalité qui les entoure pour la faire correspondre à leur narration personnelle.
Ils nient ce qui les dérange, réécrivent les événements, attribuent à l’autre des intentions inexistantes. Non par malveillance pure, mais parce que leur équilibre psychique en dépend et qu’ils doivent à tout prix préserver leur image idéale. Pour plus d’information sur le sujet cliquez ici : Le gaslighting.

Les psychopathes et les narcissiques sont machiavéliques

Ils manipulent les gens — mais à des fins différentes. Voyons lesquels :

Le narcissique pathologique cherche en vous sa source d’approvisionnement narcissique. Bien sûr, il peut profiter de votre sexe, des services que vous lui rendez, ou de votre simple présence qui lui insuffle un sentiment de sécurité. Vous êtes amené(e) à endosser de nombreux rôles. Mais ce dont il a réellement besoin, c’est de cette provision narcissique que vous pouvez lui offrir, car elle lui permet de renforcer et maintenir son image de soi : cette perception grandiose, gonflée et fantastique de lui-même. Tout ce qu’il fait, ou ce qu’il choisit de ne pas faire, vise à assurer le flux constant et régulier de sa provision narcissique.

Le psychopathe, lui, est plus versatile.
Il est focalisé sur un objectif précis : argent, sexe, pouvoir, accès, ou toute autre forme de bénéfice. Son répertoire de manipulations est donc beaucoup plus large.
Mais il existe une différence fondamentale entre les deux :

  • Le psychopathe déforme votre perception de la réalité intérieure, tout en manipulant votre réalité extérieure.

  • Le narcissique déforme votre perception de votre réalité extérieure, tout en manipulant votre réalité intérieure.

Le psychopathe vise à déformer votre perception du monde autour de vous.
Il cherche à vous faire douter de votre propre jugement sur ce qui est réel.
Il veut que vous vous sentiez désorienté(e), disloqué(e), poussé(e) à activer des mécanismes défensifs dissociatifs.
Son but est de vous isoler du monde, de vous éloigner de votre environnement, de votre cercle social — pour mieux exercer sur vous un contrôle total, qui lui permettra d’atteindre ses objectifs.

Mais comment fait-il ?
Comment parvient-il à vous séparer de votre perception de la réalité, à vous faire douter de votre capacité à distinguer le vrai du faux, le réel de l’illusoire ?

Le psychopathe vous pousse à bout, exploite vos vulnérabilités, perce votre armure psychique. Il recourt au gaslighting — un décervelage hypnotique. Il s’appuie sur vos failles, vos faiblesses, vos défauts et vos blessures pour vous faire douter de votre propre discernement.
Il vous amène à vous méfier des informations issues de votre environnement, vous incite à remettre en question tout ce que vous vivez et toutes les personnes qui vous entourent.

Ainsi, vous en venez à faire du psychopathe la seule présence stable dans votre vie la seule personne en qui vous avez confiance, le seul rocher sur lequel vous pouvez vous appuyer, la seule épaule sur laquelle pleurer. C’est ainsi qu’il manipule votre réalité intérieure pour déformer votre perception de la réalité extérieure. Voilà une excellente définition du gaslighting.

Le narcissique fait exactement le contraire du psychopathe

Alors que le psychopathe manipule votre réalité intérieure pour vous isoler et vous rendre dépendant(e), le narcissique déforme votre perception de cette réalité intérieure. Il s’infiltre dans votre esprit, installe une représentation idéalisée de lui-même dans votre pensée et s’empare de votre psyché, tout en détournant les fonctions de votre ego. Par cette prise de contrôle hostile, par cette fusion symbiotique forcée, le narcissique vous fait régresser. Il vous infantilise, vous réduit à l’état d’un nourrisson ou d’un petit enfant sans défense.

Le narcissique détruit votre identité psychique inconsciemment :

  • Il cherche à effacer votre identité séparée et distincte.

  • À nier votre existence propre, votre altérité et vos limites.

  • À vous priver de votre libre arbitre, de votre autonomie et de votre indépendance.

Une fois cela accompli, il manipule ensuite votre réalité extérieure.
Vous êtes alors vulnérable, brisé(e), disponible pour participer à son fantasme partagé.
Vous vous mentez à vous-même en croyant que ce fantasme est la réalité.
Vous devenez délirant(e) face à son « paracosme », sa réalité alternative.
En somme, le narcissique joue avec votre esprit, le colonise, le contrôle, afin de détruire votre capacité à tester la réalité, à l’examiner, à la juger avec justesse.

Les conséquences diffèrent : l’issue semble similaire

Avec le psychopathe, les préjudices sont souvent d’origine externe : pertes financières, abus sexuels, isolement social. Il se concentre sur des résultats superficiels et visibles. Pour vous rendre soumis(e) et docile il manipule votre réalité extérieure, vous rendant dépendant de lui.

Avec le narcissique, les dommages sont plus profonds, plus étendus, parfois irréversibles. Il s’agit d’un traumatisme complexe, engendré par son activité. Il a cherché à vous absorber, à prendre le dessus, à vous submerger dans son monde psychotique et à vous consommer jusqu’à ce qu’il ne reste presque rien de votre identité.
Il a ainsi manipulé votre réalité intérieure, réarrangé votre esprit. Vous avez perdu contact avec votre identité et avec ce qui est réel. Vous êtes dépendant de lui, comme un petit enfant dont la seule référence de la réalité est ses parents.

Les conséquences psycho-émotionnelles sont les suivantes :

Après un abus psychopathique, la victime souffre d’un trouble de stress post-traumatique : c’est comme si elle avait subi une catastrophe naturelle, un accident. Elle en présente nombreux symptômes de ce trouble.

Après un abus narcissique, la victime est dépouillée de son identité d’adulte, elle vit dans un état de régression infantile. Elle n’est plus elle-même, elle est devenue une extension du narcissique, et elle est prisonnière d’un scénario qu’elle ne contrôle plus.

L’abus narcissique est une forme de maltraitance qui touche toutes les strates de la conscience d’une personne — il est psychologique, émotionnel, physique, sexuel, social, familial, éducatif, domestique, verbal, professionnel, juridique et financier. C’est la seule forme d’abus capable d’affecter simultanément tous ces aspects de l’existence. En comparaison, les autres types d’abus n’en atteignent qu’un ou deux.

En réalité, l’abus narcissique vous a transformé(e) — vous ne serez plus jamais exactement la même personne. Vous êtes modifié(e) d’une manière aliénante, qui vous fait vous sentir étranger(ère) à vous-même… Rien de tout cela ne signifie que vous ne puissiez pas vous rétablir. Vous pouvez vous remettre complètement d’un abus narcissique. Le pronostic est excellent. Il est possible de guérir des effets traumatiques de cet abus et même de devenir une personne plus sage, plus consciente de ses limites et de ses qualités.

C’est pourquoi la reconstruction après un abus narcissique consiste en un travail de désintrojection de l’abuseur, accompagné d’une restructuration de votre identité.

Le contrôle quand la dynamique de couple se termine

Comme on l’a vu, le narcissique idéalise son partenaire intime pour aimer et idéaliser sa propre image — son propre reflet dans les yeux de l’autre. Il régit de manière compulsive, poussé par la mécanique inexorable du fantasme partagé. Dans la dernière phase de ce fantasme, il abandonne sa partenaire intime et passe immédiatement à une autre cible.

Éventuellement, il peut faire une relance narcissique, appelée hoovering, lorsqu’il n’a pas complété réellement le cycle du fantasme partagé. Dans ce cas, il devient harceleur au sein d’un fantasme partagé encore actif. Il traque sa partenaire tant que celle-ci lui donne de l’espoir. Pour lui, ce fantasme partagé est une réalité. Mais le narcissique juge mal l’intensité, la profondeur, l’engagement et les motivations de l’autre partie, parce qu’il devient pseudo-stupide et crédule face à son propre fantasme partagé.

Tant que le/la partenaire intime reste à vivre avec lui ou continue de l’appeler, d’essayer de communiquer avec lui, il lui dira implicitement : « Tant que tu me donnes de l’espoir, je te poursuivrai. Je continuerai à venir pour te convaincre de continuer la relation ou à te contraindre à revenir à mon fantasme partagé. »
Mais à la minute où le narcissique se sent vraiment humilié, voire mortifié par le rejet de cette personne, et qu’il comprend que c’est fini, il doit passer à autre chose avec empressement, car il ne peut pas survivre une seconde sans un fantasme partagé. Il cherche alors une autre cible. Une fois que la mortification lui est apparue clairement, le fantasme est mort.

Il existe de nombreuses façons de mortifier un narcissique :
L’une des façons les plus courantes est de le tromper. Lorsque le narcissique est blessé et mortifié, il dévalorise la personne qui l’a blessé. Il utilise alors le mécanisme de défense infantile du clivage, qui consiste à faire de l’autre personne un « mauvais objet », tandis qu’il se voit comme un « bon objet ». Il utilise cette défense infantile pour faire de sa partenaire l’exact opposé de sa version autrefois idéalisée.

Le psychopathe agit exactement dans le sens opposé

Le psychopathe planifie, construit et s’installe dans votre vie. Et lorsque son fantasme partagé tombe à l’eau, il refuse de l’accepter. Il ne passe pas à autre chose : il s’obstine. Il refuse de lâcher prise, même lorsque la relation est morte, ou n’a jamais véritablement existé ailleurs que dans son esprit. Car son obsession ne vise pas seulement une personne, mais un but : la possession sans faille. Il devient alors un harceleur à long terme.

Il crée un fantasme partagé, car grâce à celui-ci, il peut obtenir ce qu’il veut : sexe, pouvoir, argent, l’accès aux contacts, à une activité, etc. Si sa proie souhaite terminer avec cette relation qui n’est pas une, il la traquera même après que le fantasme partagé est effacé. Il est provocateur, donc il lui dira : « C’est moi qui déciderai quand ce fantasme partagé prendra fin, pas toi. »

Le psychopathe fait tout : il crée une simulation, une matrice dans laquelle ses victimes réagissent exactement comme il le souhaite ; elles doivent favoriser ses buts et ses objectifs.
Il n’accepte pas un refus. Et c’est pourquoi les psychopathes sont très dangereux, bien plus dangereux en tant que partenaires intimes que les narcissiques.

L’instabilité de leurs comportements : un trait de caméléon

Aujourd’hui, les psychopathes suscitent la peur et exercent leur pouvoir de toutes les manières possibles. Certains sont agressifs, d’autres passifs-agressifs. Certains menacent, d’autres manipulent. Certains se montrent sournois, d'autres ostentatoires.
Certains se vantent de leurs méfaits, tandis que d'autres feignent les remords, l’humilité ou la moralité. Parfois, ils « font le mort » : ils simulent la terreur, l’introspection, le changement. Ils adoptent l’attitude du repenti, comme s’ils avaient été transformés par leurs erreurs ou corrigés par l’intervention d’un tiers.

Mais cette stratégie du « mort-vivant » est la plus pernicieuse. Car derrière cette façade de soumission ou de réforme, le psychopathe prépare sa prochaine attaque.
Il anticipe, il observe, il planifie.

Le psychopathe est un caméléon comportemental. Il ne reste jamais figé dans un seul mode d’action. Dans un contexte donné, il peut être violent et direct — par exemple pour extorquer une vieille dame. Dans un autre, comme en prison, il peut adopter une posture soumise ou passive-agressive. Son comportement dépend entièrement de l’environnement.
Le contexte détermine le dosage entre peur, pouvoir et sadisme. Ces trois éléments forment un cocktail dont il ajuste les proportions selon les circonstances.

Mais une constante demeure : le seul langage que comprend le psychopathe, c’est la peur.
L’amour ne signifie rien pour lui.
L’intimité, l’affection, l’amitié, la loyauté — ce sont pour lui des abstractions vides de sens. Ces formes de communication émotionnelle sont incompréhensibles.
Le psychopathe n’est sensible qu’à un seul signal : la menace. Ce n’est qu’en ressentant un danger réel pour lui-même qu’il modifie son comportement.

Si vous voulez influencer un psychopathe, le raisonner ou le contenir, vous devez parler son langage : celui de la peur et celui du pouvoir. Sachez cependant qu’il peut simuler la peur pour vous manipuler. Et si tel est le cas, vous le découvrirez tôt ou tard — car il frappera à nouveau. Mais s’il ressent véritablement la peur, il se taira, reculera ou disparaîtra. Il n’y a pas d’alternative. Il n’existe aucun autre moyen de dissuasion.

Donc, si vous êtes contraint d’interagir avec un psychopathe — pour vous protéger ou éviter des comportements dangereux — vous devrez parler sans hésitation ce langage brutal :
« Je peux te faire du mal. Je le ferai si nécessaire. Je suis plus dangereux que toi. Je suis plus imprévisible que toi. Tu n’as aucun pouvoir sur moi. » Car dans l’univers mental du psychopathe, la peur est sûre, l’amour ne l’est pas.

Passons à autre thème : remarquons à présent cette tendance à idéaliser certains narcissiques, sous prétexte qu’ils paraissent « utiles », « admirables » ou « puissants ».

Mise en garde : la société classe les narcissiques en deux catégories

Pour les raisons évoquées, Sam Vaknin se dit consterné par la tendance de nombreuses personnes à idéaliser les narcissiques pathologiques considérés comme utiles, puissants ou admirables. On voit des victimes critiquer et haïr certains narcissiques, tout en admirant d’autres qui réussissent socialement, que ce soit par leur pouvoir financier ou professionnel. La vérité est que, malgré les apparences, tous les narcissiques peuvent causer des dommages profonds, même s’ils les expriment de manière différente.

1. Les narcissiques banals
De point de vue de la société, il y a les narcissiques banals que ce sont des monstres : ils sont mauvais, et ils doivent être extirpés et ils doivent être anéantis, éliminés et incarcérés. Ce sont les narcissiques que la société considère comme des monstres.

2. L’élite des narcissiques
Ce sont les narcissiques super-riches, les narcissiques superpuissants, les narcissiques super-accomplis, qui gèrent des relations publiques. En raison de leur image ils sont admirés et adorés, comme des gourous, des intellectuels publics, etc.

Et pour une raison ou une autre, ces narcissiques sont considérés comme spéciaux. Ils s’arrogent le droit d’être grandioses et d’abuser des autres. Ils sont acceptés et pardonnés en raison de leurs prétendues contributions à la société. Leur grandeur n’est pas perçue comme illusoire, puisqu’elle semble fondée sur des réalisations concrètes. Leurs réussites — réelles ou imaginaires — leur confèrent le privilège d’abuser des autres et d’être pardonnés.

Cette distinction entre « bons » narcissiques et « mauvais » narcissiques est particulièrement néfaste pour les victimes. Elle ouvre la psyché des victimes à ces narcissiques élitistes et crée un terrain propice à leur contrôle psychologique et à leur manipulation. De plus, la plupart de ces narcissiques « accomplis » sont en réalité des narcissiques psychopathes. Les conséquences de leur abus demeurent les mêmes : confusion mentale, perte de repères, déréalisation et dépersonnalisation.

Là où le « moi » du psychopathe cherche à décerveler la victime pour la dominer et en tirer profit, le « moi » du narcissique accompli s’efforce de préserver un monde imaginaire fragile. Chez l’un, c’est une stratégie de prédation ; chez l’autre, un mécanisme de défense inconscient contre l’effondrement de l’identité. En somme, le psychopathe instrumentalise la victime, tandis que le narcissique la façonne pour échapper à son propre vide.

Voyons maintenant comme Sam Vaknin décrit les similitudes entre psychopathes et narcissiques, en évoquant la chasse.

Les narcissiques et les psychopathes agissent comme des chasseurs

Dans leur contexte traditionnel, les chasseurs étaient des prédateurs. Ils agissaient en groupe et développaient une forme particulière d’empathie : une empathie froide, purement cognitive, qui leur permettait de se glisser mentalement dans la peau de leurs proies.

Ce type d’empathie, dénuée d’émotion, leur donnait la capacité de comprendre les réactions des animaux, d’anticiper leurs mouvements et de prédire leurs comportements. En quelque sorte, ils ne faisaient plus qu’un avec eux, adoptaient leurs instincts pour mieux les traquer. Cette fusion stratégique les amenait à choisir avec précision des endroits d’attente, guettant patiemment le moment où les proies franchiraient leur chemin, afin de les abattre efficacement.

Ce processus d’empathie avec les proies, dans un environnement collectif, permettait une coordination au sein du groupe, chaque membre ajustant son comportement en fonction des intentions partagées. Ainsi, la chasse individuelle se transformait en une chasse collective. La communauté de chasseurs faisait émerger un esprit collectif, condition préalable à ce que la psychologie appelle l’espace intersubjectif collectif.

Le professeur Sam Vaknin affirme que l’empathie est née de la chasse, une activité foncièrement non empathique — voire dés-empathique — et que cette empathie était dirigée vers la proie plutôt que vers les autres humains. C’est d’ailleurs exactement ce que l’on observe chez les narcissiques et les psychopathes.

Pour expliquer son point de vue, Sam Vaknin cite un extrait d’un ouvrage remarquable intitulé A History of the World, de l’écrivain écossais Andrew Marr. Cet auteur écrit dans son livre que les chasseurs fusionnaient mentalement avec les animaux qu’ils poursuivaient.

Voici ce qu’il dit :
« Nous savons aussi que les sociétés agricoles plus tardives vénéraient des divinités associées à leur survie — des dieux de la pluie, de l’eau, du soleil, du maïs. Il semble donc probable que les sociétés de chasseurs-cueilleurs accordaient une place spéciale aux éléments de la nature dont elles dépendaient le plus : les animaux qu’elles tuaient et ceux dont elles se servaient.

Les chasseurs-cueilleurs actuels tendent à témoigner du respect et un intérêt attentif pour les oiseaux et les animaux dont ils vivent. Les chasseurs africains, par exemple, sont connus pour imiter les animaux qu’ils poursuivent, afin d’entrer dans leur manière de penser. Il est fort probable que les peintures rupestres représentant divers animaux aient une origine similaire. »

Voilà donc ce qu’Andrew Marr avance, en se basant sur de nombreuses études citées dans son livre : il y aurait eu une forme de mimétisme impliquée dans cette relation avec l’animal.
Le chasseur devenait l’animal — du moins pendant un moment — afin d’accéder à l’esprit de sa proie. Le chasseur était l’animal. Il se transformait en l’animal qu’il traquait.
C’est la forme ultime, la plus pure, de l’empathie froide.

Les narcissiques et les psychopathes font exactement la même chose. Ils considèrent les autres êtres humains comme des proies, exactement comme le chasseur considère son gibier.
Les psychopathes, en particulier mais les narcissiques également — perçoivent les autres comme des outils, des extensions, des instruments à utiliser. Et ils les chassent. La chasse est une composante essentielle du narcissisme pathologique et de la psychopathie. Et dans ce processus de prédation, le narcissique et le psychopathe mobilisent une compétence bien particulière : celle de l’empathie froide.

L’empathie froide : une empathie réflexive, cognitive

Ce terme — empathie froide — est une expression que le professeur Sam Vaknin a inventée pour désigner la combinaison de l’empathie réflexive et de l’empathie cognitive, mais sans sa composante affective. Aucune émotion n’entre en jeu.

Lorsque le psychopathe et le narcissique empathisent avec les autres, ils résonnent avec eux, les décodent, les déchiffrent, les comprennent et les perçoivent entièrement. Ils se glissent dans leur peau, dans leurs pensées, parfois même mieux que ne le feraient des personnes dites normales ou en bonne santé psychique.

Et pourtant, rien de tout cela ne suscite en eux la moindre résonance émotionnelle. Il n’y a aucune identification affective avec autrui. Son empathie est donc véritablement froide, et les gens sont perçus comme une forme de proie.

Les narcissiques et les psychopathes ont une nature instinctivement — ou réflexivement — prédatrice. Mais alors, comment réussissent-ils à faire preuve d’empathie froide envers les autres ?

De la même façon qu’il y a un abîme entre le chasseur et l’animal, il y a un véritable fossé, un abîme entre le narcissique ou le psychopathe et les personnes en bonne santé psychologique qu’ils traquent. La proie du narcissique, la cible ou la victime du psychopathe, est généralement très différente, psychologiquement et psycho-dynamiquement, de celui qui la chasse. On pourrait presque dire qu’ils appartiennent à deux espèces distinctes.

Alors, comment une forme d’empathie froide peut-elle être possible dans un tel contexte de chasse ? Que l’on parle de la traque d’un animal ou de celle d’un être humain, comment, en principe, une telle empathie peut-elle exister ?
Eh bien, il existe quatre piliers, quatre fondations qui rendent possible l’émergence de cette empathie froide :

Le premier pilier est un arrière-plan commun :
Dans la chasse classique, l’humain chasseur et l’animal traqué partagent plusieurs éléments. Ils ressentent tous deux la peur, évoluent dans le même environnement physique, et finissent par se mimer mutuellement — surtout le chasseur qui imite l’animal.
Il existe donc des points de convergence, une certaine proximité.

De la même manière, les narcissiques et les psychopathes – en particulier les narcissiques — ont beaucoup en commun avec leurs victimes. Ils partagent un même passé : une enfance difficile, une famille dysfonctionnelle, des traumatismes précoces ou des expériences marquées par la maltraitance.

Les victimes de narcissiques et les narcissiques eux-mêmes proviennent d’environnements familiaux similaires, voire identiques. C’est pourquoi ils se connaissent intimement dès leur première rencontre.

Il y a de l’intimité entre le chasseur et sa proie, entre le narcissique et sa victime, entre le psychopathe et sa cible, entre le prédateur et sa proie, et enfin, entre un tueur en série et ses victimes. Ce type d’intimité est extrême, intense, profond, totalisant. Rien ne s’en rapproche. Et cette intimité se fonde sur des éléments communs : un passé partagé, un environnement semblable, des effets psychologiques similaires.

Le deuxième pilier est l’hypervigilance nuancée :
On parle ici des processus psychologiques qui rendent possible l’émergence de l’empathie froide. Malgré les différences entre le chasseur et sa proie, il existe des points communs qui permettent à une forme d’empathie — aussi limitée, dénuée d’émotion ou froide soit-elle – de voir le jour.

Les chasseurs — psychopathes et narcissiques — sont attentifs à la moindre subtilité, aux nuances les plus ténues dans le langage corporel, les expressions du visage, les micro-expressions, le ton, les gestes. Leur capacité d’accordage est immense. Elle est poussée à l’extrême. Elle frôle l’hypervigilance pathologique.

Le troisième pilier est la concentration de l’attention :
Le narcissique, le psychopathe, tout comme le chasseur, scannent leur proie. Ils l’observent en détail, de manière méthodique, perçante, exhaustive. Leur attention est extrême, presque surhumaine. Elle est focalisée comme un rayon laser. C’est pour cela que tant de victimes décrivent le regard du narcissique pathologique comme une sorte de faisceau paralysant, semblable à la lumière d’un phare qui immobilise un animal sur une route.

Ce focus attentionnel, combiné à l’hypervigilance, permet de cartographier la victime : créer une représentation mentale détaillée de ses failles, de ses vulnérabilités, de ses points d’entrée, de tout ce qui peut être exploité, manipulé, pénétré. Ce processus mène à la capture de la victime, à sa prise de possession, puis à son instrumentalisation et à son abus.

Le quatrième pilier est le fantasme partagé
La victime et le chasseur, la proie et le prédateur, la victime et le narcissique, la victime et le psychopathe, partagent le même fantasme, qui peut être partagé ou simplement imposé.

Par exemple, lorsque le psychopathe présente son fantasme partagé à sa victime ou à sa proie, il est pleinement conscient qu’il s’agit d’un fantasme. Sa capacité à distinguer le réel de l’imaginaire est intacte. Pourtant, il est émotionnellement investi dans ce fantasme, car il le considère comme le moyen par lequel il va atteindre ses objectifs.

Que le fantasme soit partagé avec la victime ou qu’il soit chargé d’émotions extrêmement intenses et de désirs puissants, le narcissique pathologique confirme toujours la dynamique du prédateur et de la proie. Même entre le chasseur et l’animal, il existe une interaction essentiellement intime, mais narrative, qui demeure en réalité une forme de fantasme.

Pour approfondir cette idée, Sam Vaknin recommande la lecture de Moby-Dick, qui est essentiellement le récit intime d’une expédition de chasse à la baleine. Le chasseur et l’animal développent un lien, une forme d’attachement narratif. C’est une histoire qui se déroule, dans laquelle chacun a un rôle.

Il en va de même pour le narcissique et son partenaire intime, le narcissique et sa source d’approvisionnement psychique, ou le psychopathe et sa victime. Dans les deux situations, chacun est, à des degrés divers, immergé dans un espace fantastique, un espace où se déploie une narration, une fiction.

Il y a une intimité entre le chasseur et l’animal, une sorte d’attachement, un lien. Ils sont liés et développent une relation intime dans laquelle l’animal devient la raison d’être du chasseur, tandis que le chasseur représente la mort de l’animal. La vie et la mort, ces forces fondamentales et profondes, sont les piliers de l’existence, les moteurs de l’univers — pas seulement selon Freud. C’est ce jeu de rôle, pour ainsi dire, qui sous-tend tout cela.

Il est clair que l’empathie froide est associée à un processus de chasse.
Elle émerge clairement de l’interaction entre prédateur et proie.

Cependant, l’empathie, même lorsqu’elle est affective et émotionnelle, possède des aspects prédateurs. Par exemple, l’empathie affective est saine et normale entre deux personnes, lorsqu’il y a une forme d’appropriation de l’autre, une sorte d’annexion, une digestion de l’autre. L’empathie implique toujours une forme de prise sur l’autre. Quand vous faites preuve d’empathie envers quelqu’un, vous l’engloutissez, vous le digérez, vous l’expérimentez à travers votre propre esprit. Ainsi, vous lui refusez en quelque sorte une existence distincte. Sam Vaknin conclut : c’est une excellente façon de résumer et de décrire ce qu’est vraiment la chasse.

Entrons maintenant dans l’exploration de sa description des femmes psychopathes.

La femme psychopathe

La majorité des psychopathes sont des hommes. Il existe néanmoins une minorité significative de psychopathes féminines.
Alors que les psychopathes masculins appartiennent le plus souvent à ce que l’on appelle la psychopathie primaire, les psychopathes féminines relèvent plutôt de la psychopathie secondaire qui est plus réactive et émotionnelle.

  • Le psychopathe primaire abuse des gens dans un but précis — il est orienté vers des objectifs concrets, comme le sexe ou l’argent.

  • Le psychopathe secondaire, le plus souvent féminine, abuse des gens sur le plan relationnel, dans le cadre de relations interpersonnelles. En ce sens, la psychopathe féminine rappelle fortement le narcissique masculin.

Contrairement aux psychopathes masculins, les femme psychopathes présentent un manque marqué de contrôle des impulsions. Elles sont très impulsives. Elles souffrent de dérégulation émotionnelle, ce qui rappelle le trouble de la personnalité limite (borderline). Elles sont imprudentes comme les psychopathes masculins, mais elles demeurent distinctes dans la mesure où elles éprouvent des émotions. Ces émotions peuvent être envahissantes. Elles ressentent même de l’empathie et des affects négatifs tels que la honte et la culpabilité. Pourtant, les psychopathes féminines peuvent bel et bien détruire votre vie. Voyons comment.

La psychopathe crée un espace de folie, un environnement délirant. Cet espace équivaut au fantasme partagé des narcissiques. À l’intérieur de cet espace aliénant, elle attire les gens, les séduit, les appâte, puis les incorpore, les digère et les assimile. Cet espace de folie est un véritable tourbillon, un vortex dans lequel la psychopathe féminine aspire, par cercles concentriques de plus en plus larges, toutes les personnes autour d’elle.

Elle maltraite les gens dans leurs relations personnelles : campagnes de dénigrement, trahisons, manipulations. Elle peut vous tromper avec votre meilleur ami, un collègue, ou même avec le conjoint d’un ami ou d’un collègue. Elle manipule les autres en flirtant ou en jouant la victime pour susciter la pitié et la compassion, plaçant les hommes dans des rôles de sauveur ou de protecteur. Elle charme, elle ensorcelle, se présentant toujours comme l’âme sœur tant attendue, la flamme jumelle, l’autre moitié perdue depuis toujours, une connexion parfaite et évidente. C’est le rôle typique que joue la psychopathe féminine.

Pour l’homme qui la rencontre, le sexe avec elle est la matérialisation d’un fantasme : une illusion devenue réalité. Sous cet aspect également, les psychopathes féminines rappellent les femmes fatales, ou celles atteintes d’un trouble de la personnalité borderline. Elles peuvent même adopter le rôle d’une personne réservée ou timide, ce qui renforce encore leur pouvoir de séduction et de manipulation.

Elles peuvent appâter et attirer les autres en affichant de manière ostentatoire leurs vulnérabilités et leur besoin d’attention. En ce sens, les psychopathes féminines sont très douées pour imiter la dépendance affective. Elles peuvent aussi se montrer extraverties et histrioniques. Quel que soit le rôle qu’elles choisissent — et oui, la psychopathe féminine peut passer d’un rôle à l’autre, car aucun ne reflète sa véritable personnalité ni sa nature profonde — ce ne sont que des masques, des jeux de rôle, des mises en scène.

Ainsi, qu’elle choisisse de jouer la femme timide, vulnérable, fragile, en détresse et en quête de protection et d’aide d’un côté, ou au contraire la femme extravertie, séductrice, provocante, « bombe sexuelle », piège de séduction de l’autre, chacun de ces rôles s’inscrit dans un fantasme, dans un espace de folie. Et dans cet espace chaotique, même les plus réticents finissent par être happés : son chaos agit comme un aimant puissant. Elle attire les gens, aussi bien de l’extérieur que de l’intérieur.

Ainsi, une psychopathe féminine est extrêmement attirante — pas nécessairement sur le plan sexuel, mais dans un sens global. Sa présence entière exerce une attraction irrésistible, envoûtante, addictive, sans qu’on sache vraiment pourquoi. Car si l’on analyse séparément chacun des éléments qui la composent, rien n’a de particulier : parfois elle est laide, parfois elle est stupide, parfois elle paraît masculine.
Très souvent, la psychopathe féminine est un assemblage surprenant de carences, de défauts, de faiblesses, de fragilités et de vulnérabilités. Et pourtant, réunis, tous ces éléments forment une sorte de source d’énergie fascinante et magnétique.

D’une certaine manière, ces éléments donnent du pouvoir à la psychopathe féminine sur vous, et vous ne pouvez rien y faire. Ainsi, si vous vous trouvez dans l’orbite d’une femme qui exerce sur vous une influence que vous ne parvenez pas à expliquer, à comprendre ni à déchiffrer, il est très probable que vous soyez en présence d’une psychopathe. Cela est d’autant plus vrai si elle introduit dans la relation beaucoup de drame, de mise en scène, de comportements excessifs, d’imprévisibilité, d’incertitude, et une forme de menace diffuse, quelque chose de légèrement inquiétant, de déstabilisant, qui vous met mal à l’aise ou vous trouble profondément. C’est ce qu’on appelle la « réaction de l’étrangeté » — ce sentiment d’inquiétante d’avoir devenu étranger à vous-même.

Le rôle de cet espace aliénant, exactement comme le fantasme partagé du narcissique, est de créer un environnement optimal pour permettre à la psychopathe d’exprimer pleinement sa grandiosité, son sadisme, et la poursuite de ses objectifs.

L’objectif de la psychopathe féminine n’est pas différent de celui du psychopathe masculin : le pouvoir. L’argent, c’est du pouvoir. Le sexe, c’est du pouvoir. Le sexe, pour le psychopathe, c’est avoir du pouvoir sur quelqu’un. Et l’acte sexuel du psychopathe est souvent agressif, parfois violent, coercitif dans de nombreux cas.

Chez le narcissique, le sexe n’est pas coercitif, car il a besoin de se sentir irrésistible. Chez le psychopathe, le sexe est coercitif, parce qu’il a besoin de dominer, de contrôler, de posséder. Le pouvoir est pour lui ce que la provision narcissique est pour le narcissique : c’est son carburant, sa source d’énergie, ce qui le maintien en mouvement.

La psychopathe féminine ne diffère en rien sur ce point. Le fantasme partagé du narcissique a plusieurs fonctions qui ne sont pas liées au pouvoir. Chez le narcissique, ce fantasme vise à rejouer les conflits précoces de l’enfance, en particulier avec les figures parentales — surtout la mère. Elle sert à créer un monde parallèle, un « paracosme », dans lequel le narcissique se sent semblable à un dieu, et donc en sécurité. Il s’agit pour lui de stabilité, de contrôle et de protection. Telles sont les fonctions du fantasme partagé chez le narcissique.

Les fonctions du fantasme partagé du psychopathe, ou de son espace aliénant, tournent entièrement autour du pouvoir. Le chaos donne au psychopathe le statut d’unique îlot de stabilité. Le chaos le renforce. Le chaos le rend indispensable — la seule source de protection, de prévisibilité et de constance. Le chaos est donc essentiel. Les psychopathes créent le chaos afin d’accumuler du pouvoir, puis d’exercer leur domination sur les autres et de les amener à exécuter leurs volontés.

Cette orientation vers le pouvoir n’est pas absente chez la psychopathe féminine. Son espace dramatique est comme un décor de théâtre, une scène sur laquelle elle joue sa pièce immorale et antisociale. Et dans cette pièce amorale, il n’existe ni bien ni mal, ni juste ni faux. Il n’y a qu’une seule mesure : « est-ce que ça fonctionne ? ». L’efficacité est le seul critère. Alors que, dans une pièce morale classique, l’affrontement oppose le bien au mal, dans le théâtre du psychopathe, tout repose sur la réussite et l’atteinte des objectifs.

Pour parvenir à ses fins, la femme psychopathe doit réduire les autres à de simples figurants dans sa mise en scène : des acteurs dans une pièce, des personnages de film, ou encore des avatars à deux dimensions dans un jeu vidéo. Le seul moyen d’y parvenir est d’instiller la peur, de déstabiliser, de menacer, jusqu’à ce que les autres perdent toute autonomie et finissent par dépendre d’elle. Le narcissique, dans une moindre mesure, utilise une méthode similaire : celle du renforcement intermittent.

Ainsi, la vie de la psychopathe féminine devient une pièce immorale où chaque personne autour d’elle n’est qu’un accessoire. Tout tourne autour d’elle. La pièce met en scène ses pulsions antisociales, leur satisfaction, leur glorification, leur transformation en mythe. Elle érige sa psychopathie en idéologie, voire en une forme de religion personnelle. Dans cet espace dramatique, tout devient théâtre au service de cette religion intime, où chacun dans son entourage joue le rôle d’un adorateur — et elle, celle d’une divinité sans remords, sans culpabilité, sans honte et sans empathie.

La psychopathe féminine distribue, sans pitié et sans relâche, ce qu’elle considère comme la juste récompense ou le juste châtiment des gens. Elle récompense, elle punit. Elle profite des autres si ceux-ci sont assez stupides pour se laisser exploiter — à ses yeux, c’est leur faute. Elle est là pour consommer. C’est une grande prédatrice, et les gens ne sont pour elle que des matières premières. Ils sont introduits dans la machine psychopathe, traités, broyés, transformés.

La psychopathe féminine agit de manière mécanique, sans peur, impulsive et déterminée, comme une sorte d’automate implacable, une force de la nature. Et d’une certaine manière, dans une culture où l’on est encore conditionné à percevoir les femmes comme faibles, inoffensives, bien intentionnées, maternelles, mais aussi naïves et incapables d’atteindre les mêmes buts que les hommes — ce stéréotype reste vivace, il n’a pas disparu, notamment dans des sociétés comme les États-Unis — cette perception joue en sa faveur.

Nous avons l’habitude de voir les femmes sous cet angle, et la psychopathe féminine exploite pleinement cette faille. Elle tire parti de notre aveuglement, de nos stéréotypes, de notre vision biaisée de la féminité. Elle s’en sert contre nous. C’est ce qui la rend beaucoup plus insidieuse, pernicieuse, souterraine et dangereuse que son équivalent masculin.

Le psychopathe masculin peut être manipulateur, dissimulateur, un excellent acteur, capable de jouer la comédie sociale. Parfois, on ne le voit pas venir. Mais parce qu’il est un homme, il déclenche naturellement nos mécanismes de défense : nous sommes instinctivement plus méfiants face à lui, plus vigilants, plus sur nos gardes.

En revanche, face à une femme, nous abaissons ces défenses. Et la psychopathe féminine le sait parfaitement. Elle agit avec subtilité, passivité agressive, discrétion. Elle ne s’attaque pas frontalement à la forteresse, elle en mine les fondations.

Le psychopathe masculin, en raison de sa grandiosité, est souvent gêné par le besoin de jouer un rôle ou de feindre : cela l’humilie. La psychopathe féminine, elle, n’a aucun scrupule à le faire. Elle s’accroche, se montre dépendante, affiche sa vulnérabilité — parfois feinte, parfois calculée. Elle supplie, implore, s’abaisse, se dégrade s’il le faut. Elle est prête à tout pour vous captiver, vous piéger, vous mettre sous son emprise.

Une fois que vous êtes pris, elle vous enferme symboliquement dans une cage, dans son propre « zoo », où vous devenez un acteur dans une pièce dont elle est la seule autrice, la seule productrice et la seule metteuse en scène. Elle crée quelque chose. C’est un acte créatif. Dans ce drame qu’elle met en scène sur son propre théâtre intérieur, vous êtes un élément inerte à bien des égards.

Même en tant que victime, même en tant que souffrant, vous n’êtes pas perçu comme quelqu’un qui aurait le droit de se plaindre. Vous n’avez aucun motif de réclamation, car être une victime ou une personne en souffrance dans le grand théâtre de la psychopathe féminine est un honneur. Vous devriez être reconnaissant du rôle qui vous a été attribué. Votre souffrance a un sens, et ce sens tire sa valeur de la présence — surtout de la conscience — de la psychopathe féminine.

En ce sens, la psychopathe féminine agit comme une cheffe de culte religieux : elle crée de véritables sectes. Mais elle n’hésitera pas à vous déchirer en morceaux, à vous anéantir, à éliminer et effacer tout ce que vous êtes, tout ce que vous aimez. Elle n’y réfléchira pas à deux fois. Elle est impitoyable, insensible, implacable jusqu’à l’extrême. Vous n’êtes que du fourrage, une ressource brute. Vous n’êtes rien, personne, un non-être. Et c’est cette nature impersonnelle de son abus qui rend ses victimes folles, qui les plonge dans la confusion la plus totale. Elles essaient de comprendre la psychopathe féminine, mais elles n’y parviennent pas.

Elles ne peuvent concevoir que, pour elle, les gens ne sont que des chiffres, des statistiques, des minéraux. Elle se comporte comme une mineuse, une extractrice : elle exploite, extrait ces ressources, puis les façonne, les modèle. Il y a d’ailleurs une forte dimension artistique dans cette démarche. La psychopathe féminine considère ses victimes comme un sculpteur regarderait un bloc de marbre. Elle perçoit en eux leur potentiel de victime, puis taille, creuse, polit jusqu’à obtenir la victime parfaite. La perfection est essentielle pour la psychopathe féminine.

Et tout au long de cette succession d’événements démentiels, la psychopathe féminine peut éprouver de l’empathie — parfois par éclairs — ainsi que des émotions intenses : le remords, la honte, la culpabilité. Et pourtant, ces émotions demeurent sans effet. Elles ne la poussent à aucune action. C’est comme si elle les vivait par procuration, ou les observait à travers un casque de réalité virtuelle, détachée, consciente, mais totalement insensible.

Elle ressent des émotions, mais elles ne lui appartiennent pas vraiment. Elles sont simulées, virtuelles. Oui, il y a une distance entre elle et ce qu’elle éprouve. Une séparation. Un détachement entre la psychopathe féminine et ses émotions — ou, plus largement, entre tout psychopathe secondaire et ses affects. Cette incapacité à transformer les émotions en attitudes ou en motivations réelles, cette impossibilité de leur donner une valeur morale ou directionnelle, c’est précisément ce qui rend la psychopathe féminine aussi dangereuse que le psychopathe primaire, son équivalent masculin.

Alors que les motivations du psychopathe primaire sont généralement concrètes — l’argent, le sexe, le pouvoir, les contacts, le statut, la richesse — celles de la psychopathe féminine, typiquement une psychopathe secondaire, sont d’une autre nature. Ses buts sont liés à l’expression d’elle-même. Et vous, dans ce processus, vous êtes le support : la toile sur laquelle elle peint, le bloc de marbre qu’elle sculpte, la matière brute qu’elle façonne dans son entreprise artistique.

Elle légitime ainsi ses pulsions antisociales, ses désirs et impulsions psychopathiques. Freud aurait dit qu’elle est dominée par le ça, sans surmoi, et avec très peu de moi. Tous les psychopathes, quels qu’ils soient, partagent cette défiance et cette imprudence, mais chez elle, cela prend la forme d’une quête d’accomplissement personnel. Malheureusement, la seule manière pour elle de s’accomplir passe par la mise en scène de drames impliquant la souffrance, la victimisation, l’humiliation, la désintégration et parfois même l’anéantissement d’autrui.

C’est tragique — de la même façon qu’un tueur en série ne peut s’exprimer qu’en tuant, qu’un sadique sexuel ne peut s’affirmer qu’à travers la cruauté, ou qu’un pédophile ne peut agir qu’en corrompant l’innocence. Chez la psychopathe secondaire, la seule manière d’exister pleinement est de faire de ses victimes des sacrifices. C’est une forme de religion. Elle en est la déesse, et le sacrifice humain en fait partie. Et vous, sans même vous en rendre compte, en devenez l’offrande.

Avant que vous ne le réalisiez, votre vie, votre santé, votre esprit sont détruits, traumatisés au-delà du réparable, exposés à une forme de mal presque étrangère à l’humain, un mal raffiné, glacé, abstrait. Jordan Peterson a eu raison de dire que ce n’est pas la réalité objective qui traumatise, mais bien la rencontre avec le mal — cette prise de conscience soudaine que vous avez été enlacé, aimé, et avez partagé votre vie avec le mal incarné.

Note de Prabhã Calderón

J’espère que la sélection de vidéos académiques de Sam Vaknin que je vous ai proposée, ainsi que mes résumés, vous a apporté un éclairage utile sur le sujet. Je vous invite à présent à poursuivre avec un travail plus personnel : un chemin d’introspection profonde, que j’appelle la Déshypnose Identitaire.

Il est essentiel de ne pas minimiser l’impact qu’un narcissique pathologique — ou un psychopathe — a pu avoir sur votre équilibre mental, émotionnel et relationnel. Comprendre vos propres réactions face à cette personne constitue une première étape vers la libération.

Connaître les dynamiques psychiques des narcissiques et psychopathes est une forme de protection. Mais c’est en comprenant vos propres mécanismes intérieurs, ainsi que ce que cette relation a réveillé ou modifié en vous, que vous accédez à une véritable transformation.

Je vous propose de relire cet article avec une intention nouvelle. Chaque fois qu’un paragraphe résonne avec votre vécu, prenez le temps d’en faire une pause réflexive, et consignez deux éléments clés dans un cahier dédié à votre introspection :

  • Sur la page de gauche, notez-les faits concrets : les comportements, les messages, les attitudes ou les gestes de l’abuseur qui vous a blessé (e) ou déstabilisé (e).

  • Sur la page de droite, écrivez vos réactions : vos émotions, vos pensées, vos ressentis, exprimés avec sincérité.

Ce travail vous permettra d’amorcer une introspection profonde, lucide, parfois douloureuse, mais toujours salutaire. Accordez-vous du temps. Offrez-vous l’espace d’écrire, non pour ressasser, mais pour déposer. Pour comprendre, mettre des mots, relier les faits, identifier les schémas. Et surtout : pour retrouver du sens dans ce que vous avez vécu.

L’écriture comme outil de libération

L’écriture permet de dissiper le brouillard mental et émotionnel imposé par la manipulation narcissique. Elle vous aide à vous réapproprier votre histoire, à reprendre le fil de votre vie.
En développant une compréhension approfondie, à la fois des comportements et des motivations du narcissique, mais aussi de votre propre fonctionnement psychique, vous entrez dans un véritable processus de désintrojection : celui de l’image du narcissique et de ses messages destructeurs, longtemps absorbés et intériorisés comme s’ils étaient les vôtres.

Il est essentiel d’identifier et de faire taire cette voix hostile et critique dans votre esprit – celle que vous avez inconsciemment introjectée (avalée), incorporée (intégrée), et intériorisée (confondue avec vous-même).
Pour approfondir ce travail, je vous invite à lire l’article intitulé La déshypnose des objets internes.

L’importance du Zéro Contact

Il est tout aussi crucial de mettre en place une stratégie de zéro contact avec la personne narcissique ou psychopathe, afin de rompre définitivement le lien toxique. Pour cela, vous pouvez consulter l’article : Quitter un narcissique pathologique.

Le travail intérieur ne s’arrête pas là :
Ce processus vous amène également à explorer votre propre identité — peut-être façonnée depuis l’enfance par une dépendance affective, une blessure d’abandon, ou un besoin profond de reconnaissance. C’est précisément ici que commence la Déshypnose Identitaire.

La Déshypnose Identitaire

Elle vous aide à sortir de l’état de brouillage intérieur dans lequel vous avez peut-être été maintenu(e) durant des années. Elle vous permet de restaurer votre autonomie, de rétablir votre souveraineté psychique, et de vous reconnecter à la voix profonde, stable et authentique de votre être véritable.

Se réapproprier sa vie :
Vous pouvez retrouver votre ancrage dans la réalité en vous engageant dans ce travail d’introspection. L’objectif est de consolider une identité mature, alignée, libre de toute influence toxique. Pour approfondir cette démarche, consultez l’article L’introspection.

Si vous ressentez encore les effets traumatiques d’un abus narcissique ou psychopathique, je vous encourage à entreprendre un véritable voyage intérieur pour vous libérer des chaînes invisibles du passé.
Guérir des blessures laissées par une telle relation, c’est se réapproprier sa vie, restaurer son intégrité, et créer un environnement sain, loin de toute influence destructrice – loin de la personne qui a voulu vous éteindre, vous contrôler, voire vous annihiler.

Vers une renaissance intérieure :
Grâce aux outils que je mets à votre disposition, vous pourrez progressivement déconstruire les schémas toxiques qui vous ont enfermé(e), afin de renaître pleinement à vous-même.
Cette aventure intérieure vous conduira à un éveil profond, à l’écoute de votre être authentique, pour enfin vivre dans la sérénité, la joie d’être, et l’amour inconditionnel — libre de tout objet extérieur.

Avec vous sur ce chemin,
Prabhã Calderón