Le gaslighting

18 nov. 2024

Sam Vaknin

Le terme « gaslighting » trouve son origine dans le film « Gaslight », avec Charles Boyer et Ingrid Bergman, traduit en français par « Hantise ». Ce film illustre une manipulation intense orchestrée par un escroc malveillant, cherchant à rendre sa victime mentalement instable, jusqu’à nécessiter une institutionnalisation psychiatrique. Parmi ses stratégies, il réduisait progressivement l’intensité des lampes à gaz dans la maison tout en niant ce changement, poussant sa femme à croire qu’elle perdait la raison – d’où le titre du film.

Cet article est mon résumé de la conférence du professeur Sam Vaknin sur le gaslighting, traduit en français par les psychologues canadiens sous le terme « décervelage hypnotique ».

Note : Comment reconnaître le gaslighting et se libérer de l’emprise d’un(e) psychopathe ou d’un(e) narcissique qui pratique ce type de décervelage hypnotique ? L’article répond à ces questions. Pour des raisons pratiques, j’utilise le masculin.

Le professeur explique les puissantes stratégies employées par les psychopathes pour déstructurer leurs victimes, jusqu’à altérer complètement leur perception et les conduire à des états de dissociation, de dépersonnalisation et de déréalisation. Les victimes font l’expérience, entre autres, de sensations étranges telles que le « déjà-vu », le « jamais-vu », le « déjà vécu » et le « déjà là ». Ces derniers concepts trouvent leurs racines dans les travaux de Sigmund Freud, Karl Gustav Jung et Pierre Janet, mais ils sont également enrichis par des approches philosophiques d’Ernst Jentsch et Michel Foucault.

Distinguer le gaslighting de ce qui ne l’est pas

Pour commencer, il est important de préciser que tous les conflits dans une relation de couple ne sont pas le résultat du gaslighting. Que ce soit dans une dynamique de couple ou dans le cadre du travail, des dissonances, des ambivalences et des comportements incohérents sont inévitables.

Les dissonances : De nombreuses personnes confondent les dissonances qui surviennent dans leur couple ou leur partenariat avec du gaslighting. Pourtant, il est essentiel de comprendre que tout le monde fait face à des dissonances. Une dissonance se produit lorsque l’on maintient simultanément deux pensées, émotions ou croyances qui s’excluent mutuellement et se contredisent.

Les ambivalences : Aimer quelqu’un tout en éprouvant parfois de la contrariété ou du ressentiment à son égard, c’est ce qu’on appelle l’ambivalence. L’ambivalence émotionnelle est une expérience courante dans les relations intimes. Elle se traduit par deux pensées conflictuelles ou deux sentiments incompatibles, provoquant une dissonance et un sentiment de malaise. Si cette dissonance persiste, elle peut générer de l’anxiété.

Les comportements incohérents : Les comportements incohérents sont également une part naturelle de l’expérience humaine. Les gens peuvent changer de direction, se surprendre eux-mêmes et surprendre les autres. Ils agissent parfois de manière inattendue, influencés par des facteurs contextuels ou émotionnels. Ces dissonances, bien que fréquentes et parfois sources d’anxiété, n’ont rien à voir avec le gaslighting.

Qu’est-ce que le « gaslighting » ?

Le gaslighting est un entraînement hypnotique, qui vise à faire douter une personne de sa perception de la réalité, de sa mémoire ou de son jugement, ainsi que de sa réalité intérieure. C’est une manipulation insidieuse qui peut être exercée par les psychopathes de manière consciente, et par des narcissiques pathologiques de manière inconsciente.

Sam Vaknin déclare : Le gaslighting est comme si quelqu’un tendait la main pour atteindre votre cerveau, puis le brouillait intentionnellement. C’est aussi grave que cela. Cet entraînement hypnotique plonge la victime dans la confusion, détruit sa confiance en elle et la rend dépendante de son agresseur.

Le psychopathe utilise une série de techniques soigneusement élaborées pour détruire le psychisme de sa victime et lui imposer sa propre réalité. Il conduit sa victime à des états de déréalisation et de dépersonnalisation, ainsi qu’à des troubles anxieux et dépressifs.

  • Le narcissique pathologique produit des effets similaires, mais ces réactions ne sont pas préméditées comme dans le cas des psychopathes.

  • Il ne peut pas non plus faire la différence entre les fantasmes et la réalité, comme dans le cas des psychopathes. Le narcissique ne pratique donc pas le gaslighting.

Cependant, à partir d’intentions différentes à celles du psychopathe, le narcissique plonge sa victime dans un état de soumission et de confusion profonde. Il déstructure son psychisme, sape sa compréhension, détruit sa confiance en elle, prend le contrôle de son identité et la plonge dans un état de dissociation, de dépersonnalisation et de déréalisation. Lisez l’article explicatif en cliquant ici : La dépersonnalisation et la déréalisation.

La psychopathie primaire

Qu’est-ce que la psychopathie primaire ? En 2020, le psychiatre et psychanalyste autrichien Otto Kernberg a décrit les symptômes suivants : le psychopathe présente un délire de grandeur et de supériorité, un égocentrisme extrême, une envie corrosive qui le pousse à vouloir détruire les autres, un mépris des autres, un manque d’investissement émotionnel, un vide abyssal, ainsi qu’un besoin compulsif de stimulation externe comme l’alcool, les drogues, ou des excitations fortes, sexuelles ou autres.

Le psychopathe projette sa paranoïa sur les autres à travers des agressions malveillantes, notamment de type sexuel, ou des comportements perturbateurs comme des attitudes antisociales ou interpersonnelles. Cela inclut l’exploitation d’autrui ou des infractions à la loi, sans aucune retenue morale. Ce sont les comportements typiques d’un prédateur impitoyable. Pour comprendre la paranoïa, cliquez ici : La paranoïa des narcissiques.

Comment le psychopathe procède-t-il ?

Comment reconnaître un psychopathe avant qu’il ne vous détruise ? Si la personne en qui vous avez confiance ne montre pas d’enthousiasme face à vos réussites, mais semble satisfaite et heureuse lorsque vous travaillez dur, vous sentez déprimé(e) ou échouez, ou qu’elle vous ignore simplement, c’est probablement qu’elle est envieuse.

Si vous croisez un individu envieux, soyez vigilant, avertit Sam Vaknin, car il pourrait s’agir d’un psychopathe. Si vous réussissez précisément dans le domaine où il se considère comme un génie, son envie corrosive, sa rivalité et son désir de vous détruire deviennent dévorants.

On peut reconnaître le gaslighting d’un psychopathe par quatre caractéristiques principales :

  1. Une asymétrie de pouvoir : le psychopathe est l’autorité qui défie votre réalité.

  2. Il ne s’investit pas émotionnellement avec vous, contrairement au narcissique qui, lui, le fait pour son propre bénéfice et sans tenir compte de vous.

  3. Ses actions sont préméditées, délibérées, planifiées ou comploteuses, comprenant une mise en scène élaborée pour tromper et abuser sa victime.

  4. Et le plus dangereux de tout cela, c’est que cet individu est capable de séparer la réalité de la fantaisie, de sorte qu’il n’est pas délirant. Contrairement aux narcissiques, le psychopathe est donc capable d’examiner la réalité sans confusion entre ses « objets internes » et les « objets externes » – c’est-à-dire les personnes présentes dans la réalité extérieure.

Notez que le narcissique caché peut basculer vers la psychopathie primaire. Lisez l’article sur le sujet en cliquant ici : Les narcissiques cachés.

L’éloignement de vous-même et de votre propre vie, généré par le psychopathe

Si un psychopathe pratique un décervelage hypnotique avec vous, la première étape de son gaslighting consiste à détruire votre confiance en vous-même, votre perception et votre évaluation de la réalité, ainsi que votre sentiment d’efficacité personnelle – c’est-à-dire votre capacité à interagir avec votre environnement pour en tirer des résultats positifs.

Progressivement, vous perdez foi en vous-même et commencez à vous éloigner de votre vie et de qui vous êtes, un processus connu sous le nom d’éloignement de soi.
C’est alors que l’agresseur intervient, instillant en vous des images déformées de la réalité et induisant délibérément des états de déréalisation, de dépersonnalisation et d’amnésie.

Cependant, les psychopathes ne sont pas les seuls à pratiquer le décervelage hypnotique (gaslighting). Les individus atteints du narcissisme pathologique recourent également à des manipulations machiavéliques pour exercer un contrôle sur leurs victimes, ce qui produit les mêmes effets hypnotiques : vous vous éloignez de vous-même.

Le gaslighting n’est pas prémédité chez les narcissiques

Le professeur Sam Vaknin explique : Le gaslighting est souvent confondu avec la dissociation, la confabulation et les dissonances chez les narcissiques.
Tel que je l’ai introduit dans le discours psychologique des années 1990, le gaslighting désigne une tactique délibérée et préméditée employée par les psychopathes, visant à altérer la perception de la réalité d’une victime.
Cette manipulation rend la victime dépendante de l’agresseur pour des fonctions cognitives essentielles, comme la perception, le jugement et la confiance en soi. Le gaslighting est donc une stratégie intentionnelle et réfléchie chez les psychopathes.

En revanche, chez les narcissiques, le décervelage hypnotique est un processus inconscient, lié à leurs mécanismes de défense tels que la dissociation, la confabulation et la demande permanente d’attention et de provision narcissique.

Leur dissociation

Les narcissiques vivent dans un état de dissociation constant. Leur perception de soi est fragmentée, marquée par une amnésie persistante et des trous de mémoire récurrents. Ces trous de mémoire entraînent une vision incohérente et disjointe de leur identité. Cela se traduit par des pensées, des émotions et des comportements contradictoires ou incohérents, souvent observables sur de courtes périodes.

Pour compenser ces trous de mémoire, les narcissiques élaborent des récits afin de combler les vides dissociatifs qu’ils perçoivent comme menaçants.
Ils se disent alors : « Je ne me souviens pas de ce qui s’est passé, mais en me connaissant, en analysant l’environnement et les circonstances, voici ce qui a probablement eu lieu. »

Ces récits, souvent plausibles, deviennent pour eux une réalité. Ils y croient sincèrement, ce qui donne l’impression d’une manipulation délibérée. En réalité, il s’agit d’un mécanisme de défense contre leur propre dissociation.

Leurs fabulations

Les psychopathes mentent délibérément, les narcissiques fabulent en croyant à leurs fabulations. Cela signifie qu’ils ne mentent pas vraiment lorsqu’ils les racontent. Ces fabulations, constituent une tentative désespérée de restaurer une continuité intérieure, servant de « colle psychologique » pour rassembler les fragments disjoints de leur identité. Bien qu’elles puissent ressembler à du gaslighting, n’en sont pas.

Leur besoin de provision narcissique

Le narcissique cherche à obtenir un flux régulier et stable d’approvisionnement narcissique. Son but premier est d’obtenir l’attention des autres pour en extraire sa provision narcissique et rétablir un équilibre intérieur : réguler ses humeurs et ses émotions. En utilisant les autres comme sources d’approvisionnement narcissique, il produit des états hypnotiques chez sa victime. Lisez l’article intitulé : La provision narcissique.

Le narcissique se persuade de la véracité de ses propres fabulations, ce qui lui permet de créer l’illusion d’une relation amoureuse avec quelqu’un, dans le but de soutirer une provision narcissique, et aussi de matérialiser son « fantasme partagé ». Pour en savoir plus, cliquez ici : Le fantasme partagé des narcissiques.

Dans le cadre de son « fantasme partagé », il passe de la phase d’idéalisation à celle de dévalorisation de son/sa partenaire intime, ainsi que de « l’objet interne » qu’il en a créé. Dans la phase de dévalorisation, il se nourrit de la souffrance et du délabrement de sa victime. Il obtient ainsi une « provision narcissique sadique », car cela lui donne un sentiment de toute-puissance, d’omniscience et de supériorité.

Ces trois mécanismes agissent ensemble pour produire, inconsciemment, un décervelage hypnotique (gaslighting).

Comment le narcissique procède-il ?

Le professeur explique : Lorsque vous entretenez une relation avec un narcissique pathologique, celui-ci crée une image instantanée de vous et l’introjecte.
Pendant la phase de dévalorisation de son « fantasme partagé », il superpose à cette introjection ou « objet interne » qu’il a crée de vous, ses propres voix internes dévalorisantes. Autrement dit, il vous attribue des paroles et des actes qui ne vous appartiennent pas, car ils proviennent de lui, et résultent de ses propres provocations.

En utilisant la représentation qu’il s’est faite de vous — littéralement une image —, il transforme d’abord cette image en un objet idéalisé. Par la suite, il y projette sur vous des phrases, des discours et des mots issus de son propre esprit, qu’il répète fréquemment, voire en boucle.

Puisqu’il confond ses objets « internes » avec les objets « externes », en l’occurrence vous, il croit que les paroles qu’il attribue à l’objet interne qu’il a construit de vous proviennent réellement de vous.

En réalité, c’est lui qui vous met des mots dans la bouche à travers son introjection de vous, mais il finit par se persuader que ces mots sont effectivement les vôtres !
Il vous force ainsi à exprimer certaines choses qu’il déteste entendre, puis il vous le reproche : « Tu vois, tu as dit telle et telle chose. » De cette manière, il en vient à croire que c’est vous qui utilisez la stratégie de gaslighting à son encontre.

L’ironie, c’est que c’est lui-même qui pratique le gaslighting sur lui, car en manipulant l’objet interne qu’il a construit de vous, il vous attribue des mots et des phrases qui ne sont pas les vôtres, ce qui revient à se faire à lui-même un véritable décervelage hypnotique.

Qu’est-ce que l’agresseur narcissique fait par son entraînement hypnotique ?

Inconsciemment, il s’installe, s’intègre et se métastase dans votre esprit, éliminant ou désactivant les fonctions psychiques essentielles, comme le discernement, l’ego et le surmoi. Lisez l’article intitulé : Les fonctions cruciales de l’ego.

Il remplacer ces fonctions psychiques par ses propres messages négatifs que vous introjectez, et qui deviennent alors « la voix de votre conscience ». Vous devenez alors sa marionnette, totalement sous son contrôle. Autrement dit, ses messages hypnotiques présents dans votre esprit deviennent le point de référence et l’étalon de votre comportement.

Inconsciemment, vous vous fiez à cette voix pour agir, afin d’obtenir son approbation. Votre narcissique se transforme ainsi en chef d’un tribunal intérieur, un juge suprême siégeant en permanence pour vous juger, à la manière d’un procès kafkaïen.

Votre introjection du narcissique : une voix qui vous torture

Comme vous le voyez, le narcissique porte en lui un objet introjecté de vous, silencieux, car il n’écoute que son propre discours autoréférentiel.
En revanche, vous portez en vous un objet introjecté du narcissique qui est hyperactif, extrêmement bruyant et incessamment critique.

Sa voix, une fois intériorisée, vous réprimande, vous critique, vous diminue, vous rabaisse, vous humilie, vous châtie et vous analyse sans relâche.
En d’autres termes, par le biais de son entraînement hypnotique, le narcissique s’installe dans votre esprit comme un critique intérieur sadique et implacable, usurpant la place de votre surmoi. Il vous pousse à adopter des comportements contraires à votre volonté, à renier votre être authentique et à trahir votre essence.

Examinons plus en détail comment les psychopathes et les narcissiques procèdent au décervelage hypnotique (gaslighting).

Les psychopathes et les narcissiques vous manipulent différemment

Les psychopathes et les narcissiques sont machiavéliques, car tous deux manipulent autrui. Cependant, il existe des différences notables entre eux.

Le psychopathe manipule votre réalité intérieure, afin d’altérer votre perception de la réalité extérieure et vous imposer la sienne.

L’unique objectif d’un psychopathe est de prendre ce qu’il désire, puis de se retirer sans éprouver le moindre remords. Il agit avec une intention pleinement consciente d’obtenir du pouvoir, en détruisant sa proie : sa vie, ses projets, son entreprise, et bien plus encore. Contrairement aux narcissiques pathologiques, il distingue clairement la fantaisie de la réalité. Pour parvenir à ses fins, il cherche à exercer un contrôle total sur vous.  

  • Il manipule votre dynamique psychologique, comme vos croyances, pour semer le doute sur votre perception de la réalité et de votre environnement.

  • Il exploite vos vulnérabilités et brise vos défenses, afin d’obtenir ce qu’il convoite.

  • En recourant à la désorientation et à la déstabilisation à travers des messages répétitifs, il vous amène à douter de votre propre réalité, en particulier concernant votre travail ou votre famille.

  • Il provoque chez vous des réactions dissociatives et vous pousse à vous isoler de votre environnement, de votre famille, de vos amis et de vos relations professionnelles.

  • Il vous accule dans vos retranchements, au point de devenir la seule personne en qui vous avez confiance.

Sous l’influence hypnotique d’un psychopathe, la victime devient un acteur passif dans le « rêve » de ce dernier. Sa place dans ce monde virtuel altère profondément sa perception de la réalité, au point qu’elle commence à se sentir fragmentée et étrangère à sa vie et à elle-même.
Souvent, les victimes sont des personnes déjà vulnérables, souffrant de dépression, d’anxiété ou de traumatismes antérieurs. Le psychopathe exploite ces failles pour imposer sa propre réalité virtuelle.

À l’inverse, le narcissique manipule votre réalité extérieure, afin d’altérer votre perception de votre réalité intérieure et vous imposer la sienne.

Dans une relation intime, le narcissique tisse une illusion d’amour qui vous envoûte. Par cette illusion, il transforme votre perception de la réalité extérieure : Vous pensez enfin avoir trouvé un(e) partenaire intime sur qui vous pouvez compter, quelqu’un qui vous aime et vous accepte pleinement.

Bien qu’il adhère lui-même à cette illusion, ses comportements restent profondément centrés sur ses propres besoins. Pour lui, la relation est avant tout un moyen de combler son besoin de provision narcissique, et de projeter sur vous son désir inconscient de se séparer de sa mère.

Il établit ainsi son « fantasme partagé », qui débute par une idéalisation et un maternage mutuel, pour se terminer par une dévalorisation de votre personne suivie d’un rejet cruel. Vous pouvez étudier les 7 phases de ce fantasme en cliquant ici : Le fantasme partagé des narcissiques.

Le fantasme inconscient du narcissique repose sur la manipulation. À travers ses récits et ses fables, il s’introduit dans votre esprit et y implante une image idéalisée de vous-même et de lui, créant ainsi une dynamique fusionnelle et symbiotique, complètement dysfonctionnelle.

Par la fusion et la symbiose qu’il induit :

  • Il prend le contrôle de votre psyché : Il vous pousse à abandonner votre identité et certaines fonctions essentielles de votre ego, afin de mieux vous contrôler.

  • Il vous infantilise : Vous devenez une victime docile, privée de volonté propre, à l’image d’un enfant dépendant.

  • Il déforme votre perception de vous-même : Il sape votre identité fondamentale, nie votre existence, et vous prive de votre pouvoir de décision, de votre autonomie personnelle et de votre indépendance.

  • Il joue avec votre perception jusqu’à éroder votre jugement et vous aliéner de vous-même.

Une fois hypnotisé(e) de cette manière, il commence à manipuler votre réalité extérieure. Dans un état hypnotique, vous êtes prêt(e) à adhérer à son « fantasme partagé » et à devenir la source de sa « provision narcissique sadique ».

À ce stade, vous en arrivez à vous mentir à vous-même, croyant que ses besoins sont les vôtres. Vous développez alors une forme de délire centré sur le narcissique et son paracosme – une réalité mentale alternative qu’il vous impose.

En résumé :

Le narcissique manifeste envahit votre esprit, en prend le contrôle et altère votre capacité à évaluer votre réalité intérieure, jusqu’à vous soumettre à sa réalité délirante.
Il devient l’enfant gâté qui vous soumet à preuve constamment. Il vous impose des règles intransigeantes et changeantes, tout en s’octroyant le droit d’être violent, sadique, offensant, humiliant, dénigrant ou sans cesse en demande. Il devient ainsi le maître du jeu, car, dès l’enfance, il a décidé d’être l’agresseur plutôt que la victime.

Le narcissique caché passif-agressif vous enfermé(e) dans une prison invisible, où chaque sourire dissimule une manipulation et où chaque mot ou silence devient une arme de pouvoir. À ses côtés, vous vivez un tourment silencieux.

Derrière un masque de fausse bienveillance et de pseudo-humilité se cache un prédateur qui vous hypnotise, vous rabaisse, vous manipule, vous fait douter de votre santé mentale et réduit votre voix au silence. Son gaslighting ne laisse aucune trace visible, mais les cicatrices gravées dans votre esprit et votre cœur sont, elles, bien réelles. Lisez l’article sur le sujet en cliquant ici : Les narcissiques cachés.

Ainsi, qu’il soit manifeste ou caché, votre narcissique vous conduit à un anéantissement psychologique, à la dépersonnalisation et la déréalisation, vous poussant à vous conformer à ses exigences, jusqu’à la destruction de votre volonté propre et l’adoption de la sienne.

Les conséquences du décervelage hypnotique dans les deux cas

Les conséquences sont perçues par les victimes comme étant identiques, mais les effets traumatiques sont totalement différents.

Dans le cas du psychopathe, à moins qu’il ne commette un acte de violence physique, comme un meurtre ou une agression sexuelle, le dommage qu’il inflige reste généralement de nature externe. Cela peut inclure le vol d’argent ou d’une entreprise, le sabotage d’une carrière, le dénigrement auprès de collègues ou encore la destruction d’une réputation.
Il peut également recourir à des moyens plus insidieux, comme l’engagement de poursuites judiciaires injustifiées, des accusations mensongères ou la manipulation du système judiciaire dans le but d’épuiser psychologiquement et financièrement sa victime.

Les répercussions sont donc principalement visibles et tangibles et une fois que ses intentions deviennent évidentes, il est facile de se distancier définitivement du psychopathe.

Dans le cas du narcissique pathologique, manifeste ou caché, les dommages sont beaucoup plus insidieux, étendus et parfois irréversibles, affirme Sam Vaknin. Il s’agit d’un traumatisme multidimensionnel, car le narcissique se concentre sur le fait de prendre le contrôle sur vous, de vous subjuguer et de vous consommer, jusqu’à ce qu’il ne reste presque plus rien de vous.

Inconsciemment, vous devenez une extension de lui/elle, le fruit de son imagination et de ses projections. Dès le début, vous participez consciemment à sa pièce de théâtre ou à son film, jouant le rôle qu’il a écrit pour vous. En un mot, vous cessez d’exister en tant qu’individu distinct, porteur de votre propre altérité.

Cette perte d’identité explique pourquoi vous ressentez une peur terrifiante à l’idée de le/la quitter : sans lui/elle, vous avez l’impression d’être complètement vide, privé(e) de sens et de substance.

Voyons maintenant les différents aspects du décervelage hypnotique appelé gaslighting.

La saturation sémantique

L’entraînement hypnotique de l’agresseur – narcissique ou psychopathe – repose sur la saturation sémantique, un phénomène psychologique qui se manifeste lorsque des mots et des phrases, répétés inlassablement, finissent par sembler familiers ou acceptables aux oreilles de la victime, désactivant ainsi sa capacité de réflexion critique.

Une personne psychologiquement fragile éprouve souvent des difficultés à poser des limites. En état de régression infantile, elle peut être captivée par le discours hypnotique d’un psychopathe, répété pendant des heures, et s’y soumettre sans percevoir la manipulation dont elle est victime. Cela s’explique par le fait que ses phrases lui « sonnent bien » et que son discours semble cohérent et rassurant, en particulier si elle traverse une période de doute sur elle-même et sur sa manière de vivre.

La stratégie de manipulation hypnotique

L’agresseur, psychopathe ou narcissique, s’appuie sur une communication absurde, paradoxale et anormale pour désorienter sa victime. Par des répétitions incessantes de phrases et de discours, il manipule sa perception jusqu’à imposer sa propre réalité.

Ce processus s’apparente à l’hypnose, car la répétition de mots et de phrases conditionne la victime à s’habituer à la présence et aux discours de l’abuseur.
Des techniques similaires sont employées par les pédophiles et les groupes terroristes pour manipuler et radicaliser des individus vulnérables.

Explication scientifique

Le pouvoir de l’entraînement hypnotique réside précisément dans la saturation sémantique. Par exemple, la violence verbale, répétée ad nauseam, devient une sorte de bruit, presque une mélodie, dépourvue de sens véritable. Cette répétition incessante franchit alors vos défenses linguistiques et s’enfonce profondément dans votre cerveau, jusqu’au cerveau reptilien, là où siègent vos instincts primaires, atteignant même le tronc cérébral.

  • Si vous répétez le même mot des milliers de fois, vous découvrirez, à votre grande surprise et consternation, que ce mot finit par perdre tout sens pour vous. Vous percevez les paroles répétées comme de simples sons, dénués de signification.

  • La répétition excessive et rapide d’un mot peut surcharger ces réseaux, le dénouant de sa signification.

  • Ce phénomène est lié à un processus appelé désensibilisation neuronale, où les neurones qui traitent une information spécifique diminuent leur réponse après une stimulation répétée.

Ainsi, votre agresseur prend progressivement le contrôle total de votre esprit, effaçant très vite votre perception et votre capacité de discernement.

Le processus de synchronisation des ondes cérébrales

L’entraînement hypnotique d’un agresseur, qu’il soit psychopathe ou narcissique, repose également sur un processus de synchronisation des ondes cérébrales. À l’image des musiciens d’un orchestre qui écoutent ou jouent la même musique, leurs ondes cérébrales se coordonnent parfaitement. L’agresseur exploite cette technique à son avantage.

Par exemple, si sa violence verbale adopte un refrain, un rythme ou une certaine harmonie intégrée, elle peut se transformer en une forme de « musique ». Pire encore, en répétant inlassablement des discours qui « sonnent bien » à vos oreilles ou qui vous paraissent réalistes, il synchronise vos ondes cérébrales avec les siennes, vous plaçant ainsi sous son emprise.

Autrement dit, lorsqu’une personne est exposée de façon répétée à des violences écrites ou verbales ainsi qu’à des discours hypnotiques, elle perd progressivement le sens de la réalité. Les paroles de l’agresseur se transforment en une forme de « musique » qui conditionne son cerveau, synchronisant ses ondes cérébrales avec celles de l’abuseur.

La satiété sémantique et l’inhibition réactive

Lorsque les centres linguistiques de la victime se désactivent, elle perçoit les discours de son abuseur comme un mur sonore, une sorte de musique à laquelle elle s’habitue.

Un discours prolongé au milieu de la nuit, une analyse interminable ou la fixation d’un mot ou d’une phrase pendant une durée excessive produisent un effet comparable à celui de la répétition : ils induisent une satiété sémantique, désengageant ainsi les centres linguistiques.

Dans le cortex cérébral, la répétition verbale génère un schéma neuronal spécifique correspondant au sens du mot. Une répétition rapide stimule simultanément l’activité sensori-motrice périphérique et l’activation neuronale centrale.
Cette répétition incessante déclenche un phénomène connu sous le nom d’inhibition réactive : une diminution progressive de l’intensité et de la sensibilité de l’activité neuronale à chaque nouvelle répétition.

De nombreuses études confirment ces observations. Par exemple, James Jacobovits, en 1962, a qualifié ce phénomène de « neuro-sémantique expérimentale ». Des recherches plus récentes, notamment celles de Piloti, Antrobus et Daph en 1997, ainsi que celles de Koinos en 2000, viennent également appuyer ces conclusions.

Il s’agit donc d’un phénomène bien établi

Si vous êtes la victime d’un psychopathe, celui-ci vous entraîne hypnotiquement en saturant vos capacités sémantiques. Il crée ainsi une coordination, une synchronisation entre ses ondes cérébrales et les vôtres. Cela lui donne un accès total à votre esprit, lui permettant d’effacer votre identité, vos souvenirs, vos expériences et vos perceptions, pour les remplacer par les siennes. C’est une description précise du gaslighting.

Le contrôle et l’autorité du psychopathe

Par les stratégies décrites, l’agresseur psychopathe acquiert une autorité incontestée. Une asymétrie de pouvoir s’installe, renforcée par le lien traumatique entretenu de manière intermittente. L’agresseur exerce une domination totale, imposant un rapport de pouvoir qui le maintient systématiquement en position de supériorité.

Il instaure une dépendance psychique, amenant la victime à considérer comme normales ses insultes, ses jugements, ainsi que ses discours et comportements obsessionnels. Cette emprise hypnotique est consolidée par un contrôle verbal strict, la coercition et des sanctions infligées en cas de résistance.

Le gaslighting d’un agresseur consiste à implanter dans votre esprit une réalité virtuelle issue de son « paracosme » – un monde imaginaire créé durant son enfance – tout en vous persuadant qu’il s’agit de la seule réalité existante. C’est une stratégie subtile et redoutablement efficace pour remplacer votre réalité par la sienne.

La coercition et l’invalidation émotionnelle

L’agresseur narcissique utilise la coercition pour renforcer son emprise, déformant la réalité de sa victime et projetant sur elle ses propres comportements négatifs.
En cas de conflit, il recadre toujours les événements en sa faveur et punit la victime si elle remet en cause ses comportements. Par des insultes et des remarques dévalorisantes, il invalide les émotions de la victime, la poussant à douter de ses propres sentiments et à se sentir coupable.

La déréalisation et la dissociation

En utilisant ces stratégies hypnotiques, l’agresseur psycopathe ou narcissique, conduit sa victime à des états de dissociation, de déréalisation et de dépersonnalisation.

  • La déréalisation : La victime perd de vue ses propres expériences de vie et sa réalité personnelle. Elle devient une spectatrice de sa propre existence, manipulée dans un univers virtuel ou « paracosme » construit par l’agresseur.

  • La dépersonnalisation : Ce phénomène éloigne la victime de son identité jusqu’à ce qu’elle adopte celle de son abuseur. Pour mieux comprendre ces états dissociatifs, consultez l’article intitulé La dépersonnalisation et la déréalisation.

Les conséquences du décervelage hypnotique s’inscrivent dans une stratégie globale de l’agresseur visant à effacer la personnalité de la victime et à la remplacer par la sienne.

Voici une liste de comportements de l’agresseur, qu’il soit narcissique ou psychopathe :

  1. Invalidation de vos émotions : Cette personne invalide vos émotions lorsque vous souffrez par cause de ses commentaires acerbes, des critiques et des jugements, voire des insultes. Par cette invalidation émotionnelle, vous serez désorienté(e) et douterez de vous-même, en particulier lorsque l’agresseur est dans une position d’autorité ou que vous l’admirez.

  2. Négligence de vos besoins légitimes : L’agresseur ne s’intéresse pas à votre besoin de repos, à votre besoin de sérénité, d’amour, de respect et d’attention.

  3. Inversion de faits à sa faveur et contre vous : Cette personne inverse les faits et les retourne contre vous. Elle insiste avec force pour affirmer que vous avez fait ou dit des choses dont vous savez pertinemment que ce n’est pas le cas.

  4. Coercition : L’agresseur vous force à admettre que vous avez tort. Si vous refusez, vous êtes pénalisé(e), voire puni(e). Il peut, par exemple, vous contraindre à vous excuser.

  5. Rejet de la responsabilité : L’agresseur projette son mauvais comportement sur vous de manière à en faire votre faute.

  6. Manipulation du récit : Même si c’est vous qui êtes trahi(e), il change le récit, déplace la faute sur vous et se victimise. Il vous fait vous sentir honteux(se), coupable et déstabilisé(e), notamment lorsqu’il affirme : « C’est toi qui m’as poussé à le faire. » Ainsi, vous finissez par accepter sa réalité et à vous excuser.

  7. Perception altérée des conflits : Vous êtes perçu(e) comme la source des conflits. Si vous êtes une personne qui cherche à plaire, vous adoptez des défenses « autoplastiques » et finissez par assumer la responsabilité d’actes que vous n’avez pas commis.

  8. Stratégies hypnotiques : L’agresseur se montre assuré, confiant, fort, explosif, répétitif, et vous entraîne hypnotiquement en utilisant toutes sortes de stratégies visant à détruire votre psyché.

  9. Altération de votre perception : Il vous amène à ne plus faire confiance à vos propres perceptions.

  10. Conditionnement et introjection : L’agresseur conditionne votre esprit en implantant sa propre voix, qui devient une introjection, un objet interne. Vous ne pouvez pas vous en débarrasser, car il vous ramène à un état régressif.

  11. Il remet en question votre réalité : L’agresseur ne vous attaque pas directement, il attaque votre réalité afin de vous rendre fou ou folle.

Quel est votre état d’esprit ?

Si vous commencez à avoir des doutes disproportionnés sur vous-même, qui n’existaient pas auparavant, c’est un signe que vous avez été victime du gaslighting. Vous vous retrouvez dans un état hypnotique de régression, de confusion et de désorientation, au point de douter de vous-même et de vous demander :

  • Ai-je réagi de manière excessive ?

  • Ai-je mal compris certaines situations ?

  • Si j’avais réagi autrement, serions-nous ensemble ?

  • Puis-je changer mon/ma partenaire intime par la force de mon amour en me soumettant à lui/elle ?

Ne sachant plus quoi faire ni à qui faire confiance, il devient beaucoup plus facile de céder, de vous soumettre et de dire : « Tu as raison, j’ai eu tort depuis le début. »

Lorsque vous vous dites : « Peut-être que je suis fou/folle, peut-être que je suis paranoïaque ou trop sensible » – quoi que cette personne vous accuse d’être –, sa voix résonne dans votre esprit. Cela signifie que vous avez introjecté, incorporé et intériorisé ses paroles et ses messages hypnotiques.
Dans cet état, vous répétez ses mots comme une personne dont la perception est complètement altérée, semblable à un robot ou un zombie ayant perdu toute volonté propre. Vous avez perdu la confiance en vous-même et votre estime personnelle.

Le déjà-vu : un signe de fragilité psychique

À ce stade, vous pourriez avoir des expériences de « déjà-vu » : une impression troublante de revivre, l’espace d’un instant, une situation ou une expérience qui ne s’est pourtant jamais produite. Si tel est le cas, ces expériences de « déjà-vu » peuvent être un signe de la profonde fragilisation de votre psychisme.
Le « déjà-vu » n’est pas le seul signe : il s’accompagne d’un état de désorientation chronique, voire de dissociation, ainsi que de pensées récurrentes qui envahissent votre esprit. Votre attention devient entièrement focalisée sur le conflit que vous vivez avec votre abuseur.
Les personnes sujettes à sensations de déjà-vu, sont souvent fragiles et vulnérables. Elles souffrent de dépression, d’anxiété ou de stress, et subissent une forte pression. Les recherches montrent clairement que l’expérience de déjà-vu est fréquemment liée à d’autres problèmes de santé mentale ou à un stress post-traumatique.

Sa solution à votre problème

Si vous êtes la victime d’un psychopathe ou d’un narcissique pathologique, une fois qu’il a induit des états dissociatifs en vous, il déclare implicitement : « Tu es très amnésique en ce moment, peut-être même dépersonnalisé(e). Eh bien, j’ai une solution pour toi. Laisse-moi te donner ma réalité, mon monde, mon univers, mes perceptions, mes expériences et mon interprétation de ce qui se passe. »
En état dissociatif, vous vous sentez si étrange ou irréel(le) que vous en venez à vous percevoir comme une actrice ou un imposteur. Ayant perdu vos repères, votre réalité et votre individualité, vous vous accrochez alors désespérément à la sienne.

Le « jamais-vu » : Une dissociation profonde

Les stratégies de votre agresseur vous amènent également à expérimenter le « jamais-vu ». Alors que le « déjà-vu » évoque un sentiment trompeur de familiarité, le « jamais-vu » suscite une étrange sensation d’inconnu, accompagnée d’un profond effroi. Vous avez l’impression de vivre une situation pour la première fois, même en sachant rationnellement l’avoir déjà expérimentée à plusieurs reprises.
Cette expérience, qui combine une reconnaissance floue à une impression de nouveauté déconcertante, engendre une anxiété marquée par un sentiment d’étrangeté. Ce phénomène est étroitement associé à des états dissociatifs tels que l’aphasie, l’amnésie ou l’épilepsie, s’inscrivant ainsi dans le cadre des troubles dissociatifs.

  • L’agresseur, qui induit en vous des sensations de « déjà-vu » et de « jamais-vu », provoque en réalité des états dissociatifs, de déréalisation et de dépersonnalisation.

  • C’est précisément sa capacité à engendrer ces états anxiogènes et ces conflits intérieurs qui lui confère un pouvoir immense sur vous.

Une sensation de déconnexion

Lorsque le « jamais-vu » se manifeste par des oublis temporaires d’un mot, d’un son, d’une image, d’un lieu ou de tout élément familier, il traduit une rupture entre la cognition et la perception. Dans ces moments, vous savez rationnellement avoir déjà vécu cette situation ou connaître cet élément, mais vous ne ressentez aucune familiarité.

Cette expérience crée une fracture entre vous et la réalité, un écart que l’agresseur exploite pour s’immiscer dans votre esprit. Par ailleurs, le « jamais-vu » engendre souvent un sentiment d’imposture, renforçant la confusion intérieure : vous vous sentez comme un imposteur.

Ces états sont générés par le pouvoir hypnotique de l’agresseur, qui projette sur la victime sa propre perception déformée de lui-même. En provoquant ces états de déconnexion, il pousse la victime à douter de son identité et à se percevoir comme irréelle, reflétant ainsi la manière dont il se perçoit dans sa propre folie.

Le « jamais-vu » est aussi associé aux troubles délirants, à l’intoxication, à la toxicomanie, ou à dautres psychopathies. La victime mérite ainsi sa place au panthéon des pathologies de l’esprit humain, conclut le professeur Sam Vaknin.

Le syndrome dissociatif des agresseurs

Il est essentiel de comprendre que la plupart des agresseurs induisent des états dissociatifs chez leurs victimes, car beaucoup d’entre eux, notamment les narcissiques, se perçoivent comme de simples spectateurs de leur propre vie, qu’ils observent à la manière d’un film. Leur existence leur apparaît comme une production cinématographique qu’ils contemplent avec un détachement quasi clinique, sans jamais y participer pleinement.

Ainsi, ils ne vivent pas véritablement leur vie : ils semblent l’observer de l’extérieur, comme s’ils jouaient un rôle dans une mise en scène théâtrale. Agissant tantôt comme réalisateurs, tantôt comme acteurs, ils finissent par induire chez leurs victimes un profond sentiment de confusion, marqué par des sensations de « déjà-vu » et de « jamais-vu ».

La contagion narcissique

Pour la raison décrite précédemment, lorsque vous commencez à vous percevoir de l’extérieur, cela marque le début de ce que l’on appelle la « contagion narcissique ».

  • Lorsque le narcissique vous « infecte » avec le virus de son narcissisme, vous commencez à voir le monde à travers ses yeux. Vous adoptez alors ses distorsions cognitives et sa perception déformée de lui-même.

  • Ce processus conduit à des états de dépersonnalisation et de déréalisation. Vous en venez à douter de la réalité elle-même : c’est la déréalisation. Vous vous percevez comme irréel, tout comme l’agresseur se perçoit lui-même.

Les flash-back : Une expérience de déjà vécu

Pour plonger leurs victimes dans le décervelage hypnotique, les agresseurs exploitent également le phénomène de « déjà vécu ». Il s’agit d’un sentiment intense, mais faux, d’avoir déjà vécu la situation présente. C’est une forme de « déjà-vu », mais beaucoup plus marquée et envahissante. Sur le plan psychologique, cela s’apparente à un véritable flash-back ou à une reviviscence.

  • Les flash-back et reviviscences sont généralement des conséquences du trouble de stress post-traumatique (TSPT).

Le « déjà-vu », quant à lui, peut être considéré comme une version atténuée du flash-back. Pendant un court instant, vous perdez la distinction entre la réalité et l’illusion. Durant cette période, vous êtes véritablement immergé(e) dans une réalité alternative imposée par l’agresseur.
Les patients qui éprouvent fréquemment un sentiment de « déjà-vu » l’attribuent à des croyances essentiellement délirantes ou issues de leur pensée magique.

Le métavers du « déjà vécu »

Note : Le terme « métavers » est la traduction officielle de l’anglais « metaverse », qui désigne un univers virtuel immersif et partagé, où les utilisateurs peuvent interagir entre eux et avec des objets numériques dans un environnement simulé, souvent via la réalité virtuelle ou augmentée. Cependant, les psychopathes et les narcissiques réalisent un exploit similaire sans utiliser d’outil numérique.

Contrairement au « déjà-vu », continue le professeur Sam Vaknin, le « déjà vécu » a des conséquences comportementales, car il pousse les individus à agir dans leur environnement comme s’il s’agissait d’une réalité différente de ce qu’elle est réellement.
Le « déjà vécu » vous contraint à abandonner la réalité pour plonger dans une réalité virtuelle, une seconde vie, un véritable « métavers ».

Ce phénomène s’accompagne d’un sentiment intense de familiarité, qui incite à se retirer des événements ou des activités de la vie réelle pour habiter l’espace imaginaire de votre agresseur connu sous le nom de « paracosme ».

Le gourou et les suiveurs

Note : le « déjà vécu » est une expérience courante dans les environnements enivrants produits par exemple par un gourou psychopathe ou narcissique. Ces figures d’autorité utilisent le décervelage hypnotique pour renforcer son pouvoir sur les disciples.
Ces derniers, en quête de réconfort spirituel ou de solutions miraculeuses, acceptent de se soumettre aux règles et doctrines du gourou sans identifier la dynamique malsaine que celui-ci propose. En fait, il exploite la pensée magique par l’endoctrinement pour annihiler leur esprit critique, plongeant ainsi les disciples dans un état de soumission totale.

C’est un environnement sectaire

Le professeur Sam Vaknin explique : Dans cet environnement, si vous vous opposez au chef de la secte, qui est l’agresseur narcissique, vous êtes immédiatement pénalisé(e). Cependant, en plus du bâton, il y a la carotte.
Si vous acceptez la réalité imposée par l’agresseur et agissez en conséquence, si votre soumission se traduit par des comportements observables et mesurables qu’il peut surveiller, alors il vous récompense. Il vous accorde un prix, vous loue, vous élève, fait de vous son favori ou sa favorite, etc.
Ces mesures incitatives, combinées à des renforcements intermittents, exercent une pression psychologique puissante. Elles vous poussent à abandonner votre réalité pour adopter la fausse réalité imposée par l’agresseur, vous enfermant dans un état permanent de « déjà vécu ».

La substitution de votre réalité par la sienne

En somme, l’agresseur, qu’il soit psychopathe ou narcissique, vous déconnecte de votre propre réalité, rendant la sienne familière et presque naturelle pour vous. Cependant, le gaslighting d’un psychopathe est plus profond, car il a un but précis.

Note : Sous son influence, vous pourriez même abandonner vos enfants et votre travail pour adhérer à sa réalité virtuelle. C’est si grave que ça.

Cela se produit parce que, dans un état de déréalisation et de dépersonnalisation, vous ne pouvez plus discerner vos besoins et comparer sa réalité à la vôtre.
Ainsi, vous vous mentez à vous-même, parce que vous croyez, par exemple, que sa réalité est plus extraordinaire que la vôtre, et qu’elle est votre destin.
Donc vous perdez la capacité d’examiner la réalité et perdez également d’autres fonctions cruciales de l’ego. Lisez l’article intitulé : Les fonctions cruciales de l’ego.

C’est un point crucial à comprendre : le gaslighting ne se limite pas à provoquer une rupture entre vous et votre perception de la réalité. Il implique une véritable substitution de votre réalité par la sienne, explique Sam Vakin.
L’agresseur vous impose une alternative à votre propre expérience, à votre monde, à votre réalité, et même à votre univers. Et parce que vous êtes coupé(e) de vos racines – car il efface votre mémoire et remet en cause votre identité – sa réalité devient pour vous un radeau de sauvetage. Vous vous y accrochez désespérément, car vous n’avez plus d’alternative.

La mort est « déjà là »

Et voilà donc les stratégies utilisées dans le gaslighting, continue le professeur. Parmi elles se trouve une beaucoup moins connue, que Michel Foucault, le célèbre théoricien et critique social, appelait « déjà là ».
Dans son ouvrage « Folie et déraison : Histoire de la folie à l'âge classique », publié pour la première fois en 1961, Foucault examine l’évolution du sens de la folie à travers la culture, le droit, la politique, la philosophie et la médecine, notamment en Europe, du Moyen Âge jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.
Fidèle à son style complexe, Foucault explore la manière dont la perception de la folie a changé au fil des siècles.
Pour éclairer cet aspect, voici une traduction en langage courant d’un passage clé évoqué par Sam Vaknin.

Traduction en langage courant :

À la fin du Moyen Âge, les gens vivaient dans une obsession omniprésente de la mort. Les guerres et les épidémies leur rappelaient constamment qu’ils ne pouvaient y échapper. Mais vers la fin du XVe siècle, un changement radical s’opère : au lieu de craindre la mort, les gens commencent à la banaliser et à percevoir la vie comme futile et absurde.

La mort n’était plus perçue comme une fin tragique et ultime, mais comme une présence quotidienne, inscrite dans les comportements humains, leurs faiblesses et leurs vices.
Elle est apprivoisée, presque banalisée. La folie devient alors un miroir de cette vacuité : elle révèle que la mort est « déjà là », non plus une fin lointaine mais une condition sous-jacente à la vie elle-même.

La « tête de la mort » apparaît dans des objets du quotidien, symbolisant un vase déjà vidé de toute substance. La folie de la mort est, elle aussi, « déjà là ». La mort, dans ces manifestations quotidiennes, montre que son règne a déjà commencé, et qu’il est dénué de grandeur. Elle a retiré le masque de la vie, sans révéler quoi que ce soit d’autre.

Explication par Sam Vaknin

Foucault suggère ici que la folie équivaut à une forme de mort mentale. Être fou, c’est être déconnecté de la réalité, incapable de fonctionner socialement, tout comme les morts.
Il affirme qu’une transition culturelle a eu lieu lorsque les sociétés occidentales ont déplacé leur obsession de la mort vers une obsession pour la folie.
Cette transition repose sur une prise de conscience : la folie est aussi effrayante que la mort, car elle représente une forme de mort avant la mort physique, un état où la personne est déjà exclue de la société, incapable de participer à la réalité collective.
Ainsi, Foucault introduit l’idée que la mort peut être perçue comme « déjà là » : une réalité psychologique et sociale qui précède sa forme physiologique.

Comment cela s’inscrit-il dans le cadre du gaslighting ?

Le gaslighting, explique le professeur Vaknin, est une destruction psychique. Il vise à vous désorienter totalement, à semer la folie en vous, à vous faire douter de votre propre existence et à détruire votre structure psychologique. Autrement dit, c’est une mort psychologique, surtout lorsqu’il est pratiqué par un narcissique pathologique.

Quant au psychopathe, après avoir détruit votre intégrité psychique, l’agresseur propose une « résurrection ». Il vous offre une seconde chance, une nouvelle vie, mais à une condition : accepter sa réalité, ses règles et son contrôle total sur votre esprit.

Dans ce cas, il vous impose une condition : « Tu ne seras jamais complet(e) tant que tu seras avec moi. Mais si tu vis dans mon espace, si tu deviens une extension de moi, sans volonté, sans liberté, sans sens critique ni défi, alors tu existeras à nouveau. »

Par ce type de stratégie hypnotique, la folie et la mort mentale sont déjà là, présentes comme des états sous-jacents à votre existence, orchestrés par l’agresseur pour s’assurer de sa domination totale.

L’urgence de retrouver sa propre réalité

Le gaslighting est une stratégie de possession totale et de destruction psychique. Pour s’en libérer, il est crucial que la victime prenne conscience qu’elle est sous l’emprise d’un véritable « gaslighter », la personne qui pratique le décervelage hypnotique.
Le processus de se rendre compte de cette réalité, nécessite le soutien d’un professionnel bienveillant, capable d’apporter une perspective extérieure afin d’aider la victime à identifier et comprendre la manipulation et le contrôle qu’elle subit.
Parallèlement, la victime doit entreprendre une introspection approfondie pour retrouver sa confiance en elle-même. Cela implique de prendre le temps de consigner ses ressentis et ses expériences, tout en posant des questions introspectives pour mieux distinguer la réalité des illusions imposées par l’agresseur.

Tenez un journal

Identifiez ce que vous ressentez et notez-le dans un journal. Chaque fois que vous êtes dans le doute, décrivez ce doute. Documentez chaque événement, même s'il vous semble insignifiant ou sans conséquence. Notez les situations et les dates. Êtes-vous en train de boire un café ? Enregistrez-vous en décrivant ce qui se passe en vous et les dynamiques de votre vie. Ensuite, écoutez cet enregistrement. Écrivez vos émotions et vos ressentis, enregistrez-les.

Posez-vous ces questions :

  • Comment est-ce que je me sens lorsque je suis avec cette personne ou lorsque cette personne est près de moi ?

  • Est-ce que je me sens anxieux(se) ? Est-ce que je crains que cette personne me contredise ?

  • Est-ce que je me sens plus confiant(e) lorsque je ne suis pas avec elle ?

  • Mais quand je suis avec elle, est-ce que je me sens confus(se) ou est-ce que je pense qu’il y a quelque chose qui ne va pas chez moi ?

  • Puis-je identifier ce qui ne va pas ?

Ce type d’introspection renforce la confiance en soi. Peu à peu, vos doutes et votre confiance en vous seront rétablis et régulés.
Affirmez votre propre réalité autant que possible, dans les limites de ce qui est sûr pour vous. Vous pourriez appeler un(e) ami(e) pour discuter d’une situation lorsque vous commencez à douter de votre perception ou de la réalité des faits que vous vivez.
Parlez clairement de vos besoins à votre agresseur si vous vivez encore avec lui, et
n’hésitez pas à faire appel aux autorités si nécessaire, par exemple à la police.

Le plus important est de vous séparer de votre agresseur. Vous devez déconstruire toutes les introjections et croyances, tant sur vous-même que sur lui, qui se sont enracinées dans votre psychisme à cause de son abus. Sans cela, vous risquez de rester bloqué(e) dans un état de stress post-traumatique pendant longtemps. Il est donc essentiel de vous faire accompagner par un thérapeute expérimenté et familiarisé avec le gaslighting.

La Déshypnose Identitaire

Si vous êtes victime ou avez été victime d’une personne manipulatrice – narcissique ou psychopathe – ayant exercé son pouvoir et son contrôle sur vous en utilisant le gaslighting, la Déshypnose Identitaire est un processus essentiel, sans doute l’un des plus puissants auquel vous pouvez vous engager.

Cette méthode vous aide à identifier, comprendre et transcender votre stress post-traumatique, vos croyances limitantes et vos dynamiques internes bloquées.
Elle vous permet de vous libérer définitivement des messages de votre agresseur, que vous avez introjectés, incorporés et intériorisés au cours de cette période d’abus.

Vous avez été victime, certes, mais grâce à ce processus de déhypnose, vous ne serez plus jamais une victime. Consultez mon article explicatif ici : L’introspection.

Prabhã Calderón