Les fonctions cruciales de l'ego

3 nov. 2024

Dans cet article, je vous invite à explorer l’ego : une structure fondamentale de votre psyché, qui vous permet d’agir avec lucidité dans les diverses strates de votre conscience, externes et internes, d’éclairer votre relation au monde et d’habiter pleinement le présent.

Les descriptions remarquables du professeur Sam Vaknin s’appuient sur sa propre expérience et ses observations, ainsi que sur l’héritage de plusieurs penseurs majeurs : Freud, Erikson, Hartmann, Winnicott, Lacan, Jung, Kohut, Loewenstein, Kris, entre autres — dont les travaux élucident les diverses fonctions cruciales de l’ego.

J’ai réalisé une synthèse de plusieurs exposés de Sam Vaknin et y ai ajouté quelques passages afin de montrer comment ces fonctions se manifestent concrètement dans notre vie quotidienne.
— Prabhã Calderón

Voyons maintenant comment Sam Vaknin décrit l’ego.

Qu’est-ce que l’ego ?

En psychanalyse, le mot « ego » désigne une structure psychologique : un ensemble de fonctions qui nous aident à organiser notre personnalité et son interaction avec la réalité — le monde extérieur et ses exigences pratiques. Il maintient l’équilibre entre nos instincts inconscients, nos interdits moraux et les contraintes du monde extérieur.

L’ego est l’agent des processus qui nous permettent d’évoluer vers un narcissisme sain, incluant l’amour de soi, l’estime de soi, la confiance en soi, ainsi qu’une évaluation réaliste de soi-même — points forts, points faibles, limites, compétences, capacités et talents. Le sentiment de soi, le « je suis », lorsqu’il est ancré dans le réel, repose sur les fonctions essentielles de notre ego.

Ensemble avec notre intelligence, l’ego nous aide à discerner le vrai du faux, l’essentiel de l’accessoire, le devoir de ce qui ne l’est pas, et ce qui nous convient de ce qui ne nous convient pas. Il nous permet ainsi d’écouter nos besoins fondamentaux et d’établir des limites entre nous-mêmes et les autres, ainsi qu’entre nos « objets internes » et la réalité extérieure.

L’ego nous permet aussi de sentir si la réalité qui s’avance vers nous nous porte ou nous contraint, ce qu’elle attend de nous, et comment ajuster nos réponses sans nous perdre, ni nous laisser enfermer dans une situation pénible — par exemple sans nous laisser happer par le labyrinthe d’un narcissique pathologique.

L’ego est la partie de notre psyché qui a été modifiée par l’influence directe du monde extérieur. En d’autres termes, l’ego est réactif au monde extérieur. Celui‑ci l’a façonné et lui a appris à fonctionner de manière à minimiser les conséquences négatives pour l’individu et à maximiser les bénéfices : la perception et l’auto‑efficacité personnelle dans le monde.
L’ego est donc, à bien des égards, relationnel. L’ego représente la raison, le bon sens.

L’ego est considéré comme le siège des fonctions exécutives de l’esprit — pas du cerveau.
Le cerveau possède ses propres fonctions exécutives, de nature biologique ou neurobiologique. Ici, nous parlons des fonctions exécutives de l’esprit.

Grâce à un ego fonctionnel, nous pouvons négocier les exigences du monde extérieur, mais aussi celles d’autres constructions mentales, telles que le « surmoi ». L’ego est constamment dans un état de négociation et de compromis. Il constitue par conséquent une fonction — ou un ensemble de fonctions d’intermédiation, extrêmement cruciale et bénéfique.

L’ego est comme une immense bibliothèque. Il dispose de principes organisateurs et explicatifs que l’individu utilise pour ordonner les contenus de son esprit, de manière à produire un récit cohérent et cohésif de ce qu’il perçoit comme son « je » ou son « moi », ainsi que de sa personnalité et de la manière dont il en régule les comportements.

L’ego nous aide à planifier, car, dans sa bibliothèque, il dispose d’une grande sagesse. Il nous permet de prendre en compte les questions relatives à la manière de réaliser nos projets, de vérifier si nous pouvons ou non atteindre un objectif, ou encore de déterminer comment le remplacer par un substitut qui correspond à nos besoins légitimes.

Très souvent, l’ego nous aide aussi à différer la gratification jusqu’à un moment plus opportun, ce qui nous permet de minimiser d’éventuelles conséquences négatives. L’ego est donc le composant le plus crucial de l’adaptation positive. Lorsque l’ego est dysfonctionnel, perturbé, non intégré ou non constitué, il en résulte une adaptation négative, comme dans le cas des personnes souffrant de narcissisme pathologique ou de dépendance affective.

Les fonctions de l’ego peuvent être regroupées en trois catégories de base :

Les fonctions autonomes : dans la théorie du psychanalyste austro‑américain Heinz Hartmann, les fonctions autonomes désignent les capacités de l’ego qui ne sont pas issues d’un conflit entre pulsions et défenses. Ce sont des fonctions primaires, qui appartiennent à l’être humain dès le départ et qui permettent de vivre, penser, percevoir et s’adapter.

Les fonctions relationnelles nous conduisent vers un objet d’attachement : une présence signifiante avec qui tisser une intimité, faire croître le lien et éprouver, dans notre esprit comme dans notre cœur, la constance de cette relation. Ainsi, nous conservons en nous un fil vivant, un lien positif avec notre objet d’amour, ou personne aimée.

Les fonctions défensives ont pour rôle de réduire l’anxiété et d’en limiter les effets. Elles ont une fonction apaisante et cherchent à prévenir, contenir ou transformer les tensions internes.

Voici l’ensemble de ces fonctions :

  1. L’intelligence : fonction autonome, relationnelle et défensive.

  2. L’examen et l’épreuve de la réalité : fonction autonome.

  3. La distinction entre nos « objets internes », purement mentaux, et les personnes présentes dans la réalité, que la psychologie nomme « objets externes » : fonction relationnelle.

  4. Le contrôle de nos impulsions : fonction relationnelle et défensive.

  5. La régulation de nos émotions : fonction relationnelle et défensive.

  6. La capacité cognitive : fonction autonome.

  7. La capacité de jugement : fonction autonome.

  8. L’ancrage de défenses saines : fonction défensive.

  9. Le processus de synthèse : fonction autonome.

  10. Le récit de notre vie : fonction autonome et relationnelle.

  11. L’arbitrage de l’ego face au surmoi : fonction défensive.

Explorons la synthèse de chacune d’entre elles.

Première fonction : l’intelligence humaine

Il existe de nombreux types d’intelligence, mais d’une façon globale, l’intelligence est la capacité à comprendre les situations et à y répondre de manière pertinente, tant face aux informations que le monde nous renvoie que face à des contextes nouveaux ou complexes.  
Elle nous aide à développer notre capacité d’adaptation à la nouveauté ou à l’inconnu, dans toutes les strates de la conscience, à partir de l’observation, de l’expérience et des enseignements qu’elle nous apporte.

Elle ne se limite donc pas à des réponses fondées sur nos réactions automatiques, nos interprétations hâtives ou nos connaissances approximatives. L’intelligence implique un processus d’observation aiguë de notre propre psychisme et du monde extérieur, ainsi qu’une réflexion profonde reposant sur la conscience de soi et la puissance d’être. Ce processus nous permet de développer la créativité, l’intuition, la maîtrise de soi, la motivation, l’empathie, les compétences sociales et de donner du sens à notre vie une direction.

L’intelligence n’est pas une fonction isolée, mais un processus dynamique. Elle englobe des capacités telles que l’observation fine, la compréhension, l’adaptation, la créativité, la résolution de problèmes et la compréhension des enjeux complexes — émotionnels, sociaux et abstraits. Dans certaines approches théoriques, notamment en psychologie de la personnalité et en psychanalyse, l’intelligence peut également être comprise comme s’inscrivant dans une organisation plus large du psychisme, où les fonctions de l’ego contribuent à structurer, réguler et orienter ces capacités.

Les défis de l’intelligence

Les penseurs, psychologues et psychanalystes expliquent les difficultés à accéder aux processus fondamentaux de l’intelligence. Par exemple :

  • Heinz Hartmann décrit la faculté d’adaptation à la réalité. En son absence, ou en cas de dysfonctionnement, il y a une fragilisation des fonctions autonomes du « moi ».

  • Rudolph M. Loewenstein met l’accent sur les conséquences du déficit de tolérance à l’ambiguïté, au conflit et à l’incertitude.

  • Ernst Kris observe comment l’incapacité à mobiliser des modes de pensée primitifs tels que l’imagination, les associations libres et le jeu, entrave la compréhension, la créativité et la résolution de problèmes.

Lorsque ces facultés — capacité d’adaptation, tolérance à l’ambiguïté et mobilisation souple de modes de pensée primitifs — font défaut, le monde apparaît trop dense, trop ambigu, trop contradictoire. L’esprit cherche alors des raccourcis : des réponses toutes faites, des certitudes rigides et une pensée binaire qui refuse la nuance.

Wilfred R. Bion explique que certaines personnes ne parviennent pas à transformer leurs expériences émotionnelles en pensée et en réflexion, faute de fonction alpha opérante.
Il s’agit de la capacité à transformer les données brutes de l’expérience — notamment les émotions et les sensations non organisées en éléments pensables, symbolisables et utilisables dans le cadre de la réflexion.   

La philosophe et politologue Hannah Arendt, connue pour ses travaux sur le totalitarisme, décrit la bêtise humaine non comme un déficit de QI, mais comme une incapacité à penser et à exercer le jugement. Il s’agit d’une fermeture à la complexité, qui rend l’individu vulnérable aux illusions et aux systèmes de règles rigides, acceptés sans examen critique. Moins on comprend, plus on croit ; moins on analyse, plus on absorbe sans réfléchir.

Ainsi, en l’absence de fonctions intellectuelles capables de filtrer et de mettre à distance, tout peut s’imposer : manipulations, croyances simplistes, explications ou interprétations basées sur la pensée magique, discours séduisants mais faux. L’intelligence agit comme un tamis ; sans elle, l’opinion d’autrui demeure une matière brute qui s’impose sans résistance.

Une autre difficulté est l’incapacité à anticiper les effets de nos actions. L’intelligence nous aide à relier, déduire et prévoir. Lorsqu’elle fait défaut dans ses fonctions essentielles, nos actions deviennent impulsives, mal évaluées et déconnectées du réel. Nos erreurs se répètent, parfois à un coût élevé, car la chaîne des causes et des conséquences demeure opaque.

L’intelligence nous permet également de changer de perspective, de prendre du recul et de nous remettre en question. Sans ces processus, l’esprit se fige. Cette rigidité psychique agit alors comme une défense contre l’incompréhension, lorsque notre monde intérieur ne parvient plus à suivre la complexité du monde extérieur.

L’intelligence n’est pas seulement logique : elle est aussi relationnelle. Elle permet de percevoir les nuances émotionnelles, les intentions et les sous-entendus. Lorsque cette compréhension fait défaut — soit par manque d’écoute, de présence ou d’empathie affective — les malentendus se multiplient, les projections de nos propres insuffisances sur les autres s’intensifient, et les conflits deviennent plus probables.

En somme, le déficit de certaines facultés de l’intelligence rend l’existence opaque, lourde et douloureuse. C’est dans cette obscurité que les fonctions de l’ego révèlent toute leur valeur : elles nous aident à élargir notre conscience et notre perception, à déceler les pièges où un psychisme figé dans l’enfance peut nous emprisonner, et à cesser de nous identifier à tout ce qui se passe dans notre esprit — à tout ce que nous ne sommes pas.

Deuxième fonction : test, épreuve et examen de la réalité

Le test de la réalité, l’épreuve de la réalité et l’examen de la réalité sont trois concepts qui décrivent une même fonction psychique : percevoir, juger et agir en accord avec la réalité.
Cette fonction est un véritable processus de discernement, qui nous permet de distinguer le vrai du faux. Il nous permet donc de maintenir un rapport plus juste à la réalité et d’ajuster nos actions aux situations que nous vivons dans le monde.

1. Le test de la réalité
La notion de « test de la réalité » est utilisée plus couramment en psychiatrie, même si nous pouvons l’employer dans la vie quotidienne. Elle désigne la capacité d’une personne à évaluer objectivement les situations, afin de distinguer le monde extérieur de son monde intérieur.

Le test de la réalité est déficient ou altéré chez les personnes souffrant de troubles psychiques, notamment certains troubles de la personnalité et les psychoses.
En clinique, il s’agit d’observer comment le patient perçoit et interprète les stimuli réels, afin de repérer d’éventuelles distorsions : hallucinations, idées délirantes, confusions perceptives.

2. L’épreuve de la réalité
En dehors du contexte clinique, l’épreuve de la réalité correspond à la capacité de différencier ce qui relève du monde extérieur de ce qui appartient à notre monde psychique : interprétations, croyances, fantasmes, récits illusoires, pensées influencées par nos blessures ou par des émotions issues d’un état de régression.

Par exemple, en remettant en question nos propres interprétations à propos de quelqu’un ainsi que l’idéalisation ou la « monstrification » que nous pouvons projeter sur lui — cette fonction nous aide à ajuster nos attentes et à anticiper les conséquences de nos réactions émotionnelles. Dans ce type de situation, l’épreuve de la réalité nous permet de distinguer le réel du fictif et de développer une régulation psycho‑émotionnelle, sans nous laisser entraîner par nos projections.

Grâce à cette fonction, nous prenons le temps d’observer, d’écouter attentivement et de considérer les messages explicites et implicites transmis par les comportements, les gestes et les paroles de l’autre, tout en observant nos propres réponses sans nous y laisser emporter.

3. L’examen de la réalité
L’examen de la réalité constitue un processus réflexif et méthodique visant à évaluer la validité de nos perceptions. Il permet d’identifier les influences susceptibles de les altérer, qu’il s’agisse de nos états émotionnels, de nos désirs, de nos croyances limitantes héritées de notre histoire personnelle et de notre environnement social. Grâce à ce processus, nous classons et évaluons les stimuli externes, ce qui nous permet d’agir avec davantage de justesse face à eux.

L’examen de la réalité agit comme une véritable déshypnose : il dissipe nos fantasmes, nos récits illusoires et nos distorsions cognitives, et restaure une perception plus authentique du moment présent. Il nous aide à distinguer nos besoins légitimes de ceux qui sont compulsifs, ou encore ce qui relève d’un besoin réel de ce qui ne l’est pas. En séparant nos véritables besoins de nos désirs fantasmatiques, nous établissons des limites internes.

Par ailleurs, il offre un cadre pour apprécier nos capacités, en évaluer l’efficacité et anticiper les conséquences de nos actions. Ainsi, même lorsque la perception se trouve altérée — par un choc, un état régressif ou la consommation d’alcool, par exemple — l’examen de la réalité contribue à restaurer un rapport plus fiable et plus stable au monde.

La perception du psychisme, de l’environnement et de l’invisible

La perception joue un rôle central dans nos fonctions psychiques et neuronales. Elle nous permet de prendre conscience de l’environnement, des personnes qui nous entourent et de notre dynamique interne c’est-à-dire notre activité mentale et psycho-émotionnelle en réponse aux situations extérieures. Grâce à elle, nous intégrons les stimuli externes et internes et évaluons leur impact sur nous-mêmes et sur les autres.

Nous avons besoin de percevoir au minimum deux dimensions pour examiner la réalité. Voici leurs descriptions, selon l’expérience de Prabhã Calderón.

La perception de notre dynamique interne :
Notre perception s’altère dès lors que nous restons attachés au passé, aux interprétations de notre vécu, à nos quêtes de réparation, à nos récits illusoires, à nos croyances limitantes et à nos états émotionnels. Tout cela confirme que nous serions bien ce que nous avons toujours cru être : notre histoire, et le « personnage souffrant » façonné par cette histoire. L’attention se fixe alors sur le danger, sur l’insécurité, sur le malheur du passé, sur un futur fantasmé, et sur la survie illusoire de ce personnage souffrant.

Reconnaître ce fait, peut nous encourager à nous engager dans un processus d’introspection et de déshypnose : un processus par lequel nous abandonnons progressivement tout ce à quoi nous nous identifions, comme si notre vie en dépendait. Les questions qui jalonnent ce processus révèlent la dualité de nos croyances limitantes.

Commençons par la question : « Suis-je ? »
« Suis-je le récit répétitif de mon histoire, celui qui maintient figées les blessures du passé ? »
« Suis-je le « personnage souffrant » qui entretient ce récit ? »
« Ou ni l’un ni l’autre ? »

La double négation nous permet de transcender le psychisme et les états émotionnels qui y sont attachés. En demeurant focalisés sur le fait d’être — ce que nous ne pouvons pas ne pas être —, nous nous désidentifions de l’activité mentale figée dans le passé. Cela devient le fondement même de notre évolution dans l’instant qui se déploie.

La perception de l’environnement :
La perception de l’environnement s’élargit à mesure que notre perception interne gagne en clarté. Elle devient une fenêtre qui s’ouvre à la fois vers le dehors et vers l’intérieur. Par nos sens — vue, ouïe, toucher, goût, odorat — le monde afflue en nous : il dépose des traces, des nuances, des signaux. Le cerveau recueille, tisse et unifie ces données, nous permettant de saisir ce qui advient avec émerveillement.

Notre perception nous porte alors vers l’extase devant la nature, vers l’inspiration qui s’élève en présence d’une œuvre d’art ou d’un concert, vers la complicité profonde avec un être aimé, vers l’exaltation devant la pulsation même de la vie. Dans ces instants, nous sommes entièrement présents. Le temps se dissout, et nous devenons un avec tout ce qui nous entoure.

La perception élargie, ouverte à l’invisible :
Dans certains instants de grâce, une perception élargie peut saisir des énergies qui se manifestent en sons harmonieux nous portant vers le divin, en lumières intenses qui n’éblouissent pas, en frémissements de champs subtils et éthériques qui ouvrent la conscience à l’invisible. Elle peut même rendre perceptibles des êtres éthériques que nous n’aurions jamais imaginé voir — et cela sans l’influence d’aucune substance psychoactive.
Il suffit de concentrer notre attention sur l’espace entre deux mouvements de la respiration, et de nous laisser glisser dans la conscience absolue d’être, sans chercher à « conscientiser » quoi que ce soit.

Les perturbations de l’examen de la réalité

Comme vous l’avez déjà compris, une perception claire est indispensable pour tester et examiner la réalité. Or celle-ci peut être altérée temporairement par un état de choc, un état régressif, un stress intense ou par l’usage d’alcool ou de drogues. Dans de telles conditions, l’ego ne parvient plus à évaluer correctement la réalité.

Si, sans consommation d’alcool ou de drogues, vous constatez que votre perception est perturbée et que votre examen de la réalité fait défaut, cela peut être le signe d’un problème organique ou d’une période de stress intense. Dans ces cas, percevoir, évaluer, classer et prédire correctement les résultats de vos actions devient difficile. De nombreux obstacles peuvent influencer votre perception et altérer l’examen de la réalité. Cependant, en vous servant de votre discernement, vous pouvez tout de même parvenir à évaluer correctement les situations.

Quand est-ce que le dysfonctionnement du test de la réalité persiste ?

Lorsque l’ego est dysfonctionnel, le test de la réalité est profondément affaibli. Les fonctions de l’ego peuvent être anéanties par l’instrumentalisation excessive et les maltraitances de parents immatures ou mentalement instables, qui transforment leurs enfants en véritables otages psycho‑émotionnels. Lisez l’article sur ce sujet : Le syndrome de l’otage chez les enfants.

Les personnes ayant subi de tels traitements souffrent de traumatismes complexes et présentent souvent un syndrome dissociatif, où dépersonnalisation et déréalisation s’installent de façon durable. La dépersonnalisation se manifeste par une déconnexion de soi-même et de son vécu, comme si l’expérience intime devenait étrangère, tandis que la déréalisation génère une perception totalement irréelle de l’environnement. Dans ces conditions, l’examen de la réalité est profondément perturbé.

Ces phénomènes se retrouvent fréquemment chez les individus présentant un narcissisme pathologique, un trouble de la personnalité limite (borderline) ou une dépendance affective.

 Chez les narcissiques pathologiques, le mécanisme défensif principal est le fantasme. Leur monde intérieur est quasi-psychotique, ce qui leur permet d’entraîner facilement leurs proches dans un fantasme partagé, où il les anéantit psychiquement en tant qu’individus autonomes.

Chez les personnes borderline, l’instabilité émotionnelle est le trait dominant. Elles vivent des fluctuations intenses, marquées par la peur de l’abandon et l’anxiété d’être englouties par l’autre. Submergées par leurs émotions contradictoires — maintenant une colère destructive et trois minutes après un amour absolu —, leur examen de la réalité est constamment perturbé.

Chez les dépendants affectifs, le besoin de reconnaissance et d’approbation gouverne leurs actes. Leur estime de soi dépend entièrement du regard de l’autre. Elles tolèrent le contrôle et la manipulation. Elles sacrifient leur autonomie et leurs besoins pour préserver la relation, même si leur partenaire intime les dévalorise. Dans ces conditions, leur examen de la réalité est également perturbé.

Troisième fonction : distinguer l’interne de l’externe

La troisième fonction cruciale de l’ego est la capacité à distinguer nos objets internes — les souvenirs de personnes significatives ainsi que les pensées, croyances et fantasmes qui leur sont associés — des objets externes, c’est-à-dire des personnes ayant leur propre altérité, avec leurs limites, besoins, circonstances, espoirs, élans et troubles psychiques. Autrement dit, l’ego nous permet de discerner ce qui se passe dans notre esprit de ce qui se déroule simultanément dans le monde extérieur. Il informe l’individu sur ce qui est intérieur et ce qui est extérieur.

Cette fonction est essentielle dans nos relations intimes, qui ne peuvent exister que grâce à la clarté de notre individualité et à la reconnaissance de la séparation d’avec les autres. Une véritable intimité est possible uniquement si nous reconnaissons l’autonomie et la différence de l’autre : il n’est pas nous, et il est distinct. L’être aimé ne peut ni vivre notre vie ni mourir à notre place, pas plus que nous ne pouvons vivre ou mourir à la sienne. Cette prise de conscience nourrit l’empathie et le respect mutuel.

Sam Vaknin affirme : « Nous ne pouvons pas nous percevoir nous‑mêmes comme des personnes entières, délimitées et séparées des autres, que si nous percevons nos proches et les autres de la même manière. »

L’équilibre d’un couple repose donc sur cette reconnaissance de l’individualité. Nous ne pouvons pas établir un véritable lien intime si nous ne reconnaissons pas nos propres limites et celles de l’être aimé. Dans une famille, le respect de l’altérité, des limites, des besoins fondamentaux, ainsi que de l’individualité de chacun, est essentiel. Cette capacité facilite la communication et la résolution des conflits, car elle permet de cibler et de traiter les véritables causes des difficultés relationnelles.

Points à retenir sur le discernement entre l’interne et l’externe :

  • Reconnaissance de l’individualité : un ego sain nous aide à comprendre que chacun est une personne à part entière, possédant un vécu, ses objectifs, ses défis, ses aspirations, ses désirs et besoins, ainsi que ses limitations.

  • Reconnaissance de notre altérité : reconnaître notre altérité signifie accepter que personne ne peut vivre notre vie à notre place, et que l’inverse est tout aussi vrai. Nous pouvons aider un ami en difficulté, mais fondamentalement, nous ne pouvons ni résoudre ses problèmes à sa place, ni combler ses besoins pour lui.

  • Respect de nos limites et de celles des autres : percevoir nos limites et celles des autres nous aide à nous respecter mutuellement et à accepter que certaines situations échappent à notre contrôle, réduisant ainsi la frustration et le stress.

  • Autonomie et responsabilité : un ego fonctionnel nous permet de prendre la responsabilité de notre vie et de nos choix, en accord avec nos valeurs et objectifs, tout en respectant ceux des autres.

  • Compassion et solidarité : reconnaître que chaque personne vit une expérience unique, nous permet d’offrir un soutien authentique sans imposer nos expériences ou attentes, favorisant des relations équilibrées et respectueuses.

En somme, la capacité de distinguer nos « objets internes » des personnes présentes dans la réalité externe nous permet de maintenir une conscience claire de nos limites, tout en respectant celles des autres. Cela contribue à une vie plus équilibrée et harmonieuse, tant sur le plan personnel que relationnel, et rend possibles des relations mutuellement satisfaisantes.

La perturbation du discernement entre l’interne et l’externe

Vivant dans une zone de confort, beaucoup de gens n’établissent pas de limites personnelles claires. Et même lorsqu’ils en ont posé, ils les suspendent dès qu’ils interagissent avec un abuseur narcissique ou toute autre personne présentant un déséquilibre mental.

Les personnes souffrant d’un trouble de stress post-traumatique, de dépendance affective, de narcissisme pathologique ou d’un trouble de la personnalité limite (borderline) transforment les autres en « objets internes » — des constructions purement mentales censées ne jamais les abandonner. C’est pourquoi elles ne respectent pas les limites psychoaffectives d’autrui.

Par exemple, dans une relation intime entre deux personnes — l’une atteinte de narcissisme pathologique et l’autre de dépendance affective — chacune confond objets internes et objets externes. Au début de la relation, elles capturent une « photo instantanée » de l’autre pour en faire un objet interne idéalisé, convaincues qu’un tel objet ne pourrait jamais les abandonner.

C’est ainsi qu’elles placent leur régulation émotionnelle et leur équilibre intérieur sur l’autre : le narcissique pour se sentir exister, et le dépendant affectif pour se sentir aimé. Elles se manipulent, s’idéalisent, se maternent et s’infantilisent mutuellement, sans poser de limites.

Dans ce fantasme partagé, le narcissique passe de l’idéalisation à la dévalorisation. Dans cette dernière phase, il transforme l’autre en une « mauvaise mère ». Se sentant victimisé, il projette ses traumatismes et son conflit intérieur sur elle, ainsi que son propre sentiment d’être un mauvais objet. C’est ainsi qu’il cherche à se détacher de la « mère de substitution » dans son esprit, afin de se percevoir comme le souverain de son propre monde illusoire.

La personne dépendante, quant à elle, maintient l’idéalisation de cet objet interne devenu son « bébé », restant figée dans un schéma de maternage et d’idéalisation jusqu’à la fin de la relation. Elle s’y suradapte, tout en prenant en charge les besoins de l’autre comme s’ils étaient les siens, sans poser de limites psychoaffectives. Pour plus d’informations sur le sujet, vous pouvez lire l’article : Le fantasme partagé des narcissiques.

Dans ce drame relationnel, les parents instrumentalisent leurs enfants inconsciemment. Ces derniers seront incapables de poser des limites claires, car ils ne pourront pas distinguer l’interne de l’externe, ni où ils commencent et où leurs parents terminent, et vice-versa. Cette incapacité se révèlera plus tard dans leurs relations avec d’autres personnes. À ce sujet, vous pouvez lire : Le syndrome de l’otage chez les enfants.

Nos limites : l’espace où on peut enfin respirer

Il est essentiel de comprendre que les limites personnelles ne sont pas de simples déclarations. Il ne suffit pas de dire : « Voilà mes limites. Je n’accepterai pas de transgressions. »
Cette affirmation reste insuffisante, car pour qu’une limite personnelle fonctionne réellement, quatre conditions entrent en jeu :

Premièrement, une limite reste ferme : non floue, non négociable. Elle prend corps seulement lorsqu’elle s’incarne, lorsqu’elle se manifeste dans l’acte. Une limite se tient droite. Elle ne vacille pas. Elle ne se brouille pas.
Deuxièmement, elle s’énonce de manière claire et sans équivoque. Elle se communique explicitement à tous — vos enfants, vos parents, votre conjoint, etc. Elle se formule sans détour, sans sous-entendu. Elle n’admet aucune justification.
Troisièmement, un système cohérent de récompenses et de sanctions accompagne son application. Le caractère dissuasif naît de la cohérence, de la justesse, de la stabilité — jamais de l’impulsion, jamais de l’arbitraire ou du défi.
Quatrièmement, la tolérance zéro s’impose. Une limite ne se laisse jamais violer, franchir, contrecarrer ou neutraliser. Au premier signe de maltraitance, l’auteur du geste sort du cercle. La relation se ferme derrière lui. Aucune seconde chance n’entre dans ce paysage.

Ces limites s’établissent naturellement lorsqu’on dispose d’un narcissisme sain, qui est le socle de l’amour de soi, de l’estime de soi et de la confiance en soi. Cette expérience affective est fondamentale, car elle permet à chacun d’évoluer en permanence et d’accéder pleinement à la présence de son Soi — de son être authentique — dans l’ici et le maintenant.

Quatrième fonction : le contrôle des impulsions

La quatrième fonction de l’ego est le contrôle de nos impulsions, de notre libido et de nos désirs agressifs. Cette capacité de régulation nous empêche de nous laisser emporter par des actes regrettables, susceptibles de nous nuire autant qu’aux autres.

Le rôle de l’ego est de nous alerter, de faire surgir cette voix intérieure qui interrompt l’élan pulsionnel et nous oblige à réfléchir : « Ce que je m’apprête à faire est erroné. Cela entraînera des répercussions, des implications et des conséquences défavorables, et je ne souhaite pas emprunter cette voie. »

Ainsi, l’ego instaure en nous un état d’hypervigilance : nous observons notre environnement, évaluons la réalité, modérons ou contenons nos impulsions, ajustons nos comportements, les transformons, ou les sublimons. Nous les inscrivons dans un cadre socialement acceptable, mais principalement orienté vers notre équilibre intérieur.

La capacité à contrôler nos pulsions nous permet de fixer des objectifs réalistes et de persévérer dans leur poursuite. Elle facilite l’exécution des tâches, l’obtention de résultats et l’accomplissement de nos buts. Bien entendu, cette efficacité n’est pas constante : personne ne peut être pleinement auto-efficace en permanence. Toutefois, la plupart d’entre nous y parviennent suffisamment pour en retirer un sentiment de bien-être, lequel renforce l’estime de soi et la confiance en soi.

L’autodiscipline — lorsqu’elle n’est pas rigide — contribue largement à cet équilibre intérieur. La maîtrise des impulsions favorise le développement d’une discipline personnelle, essentielle pour atteindre des objectifs à long terme, que ce soit dans les études, le travail ou les relations. Grâce à elle, nous accédons à un équilibre global, à un contentement durable et à une meilleure santé psychique.

Enfin, la régulation de nos impulsions nous permet de prendre des décisions plus réfléchies et moins impulsives, en particulier dans des situations aux conséquences importantes, voire irréversibles. Elle nous aide également à éviter des réactions inappropriées face au stress ou aux conflits, à prévenir les malentendus et les escalades émotionnelles, et contribue ainsi au maintien de relations plus harmonieuses.

La perturbation de la gestion des impulsions

Lorsqu’une personne ne parvient plus à fonctionner correctement dans le monde, une anxiété généralisée peut s’installer. Elle se manifeste par une anticipation constante du pire et par la conviction profonde que les choses vont inévitablement mal tourner. Cette anxiété peut alors engendrer deux réactions opposées : une psychorigidité ou, à l’inverse, une hyper-flexibilité.

Face à cette anxiété diffuse, la réaction de nombreuses personnes consiste à se figer. Inconsciemment, elles souhaitent que tout — le monde comme elles-mêmes — demeure immuable et inchangé, afin de se sentir en sécurité. Pour répondre à cette peur du changement et à cette anxiété généralisée, elles instaurent un contrôle rigide : contrôle rigide de soi-même, des autres, des circonstances, de l’environnement, ainsi que des choix et des décisions. C’est précisément ce mode de fonctionnement que l’on appelle la psychorigidité. Tout ce qui en émane relève de schémas compulsifs.

Hyper-rigidité : psychorigidité

La psychorigidité se manifeste par un contrôle excessif des pulsions, proportionnel à l’intensité de la peur refoulée. Les personnes qui en souffrent déploient des efforts considérables pour maîtriser leurs comportements. Elles investissent une grande quantité d’énergie dans le contrôle de leur colère, animées par une crainte omniprésente de perdre la maîtrise de soi ou d’une situation — il s’agit là d’un besoin compulsif.

Ce besoin compulsif de perfection les conduit souvent à l’autosabotage et à l’épuisement. Ne se faisant pas confiance pour agir de manière authentique et spontanée, elles répriment leurs pulsions, lesquelles se transforment alors en psychorigidité et en compulsions de répétition.

Face à la psychorigidité, Sam Vaknin propose plusieurs axes d’action.
Le premier consiste à identifier la rigidité elle-même, en repérant les limites personnelles figées, irrationnelles ou fondées sur des illusions plutôt que sur la réalité, et en distinguant les véritables frontières protectrices des rigidités contraignantes. Cet exercice peut notamment passer par l’élaboration d’une liste consciente de ces limites.

Il s’agit ensuite de changer de point de vue sur soi-même, en remettant en question les croyances négatives automatiques, en les confrontant à l’action, et en prenant conscience qu’elles relèvent souvent de récits illusoires ou de distorsions cognitives, plutôt que de vérités objectives.

Une autre approche consiste à avancer un jour et une priorité à la fois. En fragmentant les objectifs en sous-tâches simples et en se concentrant sur une seule priorité à la fois, il devient possible d’éviter le piège du perfectionnisme et de réduire la pression intérieure.

Par ailleurs, plutôt que de chercher à supprimer les comportements rigides, il est préférable d’alterner entre eux. Accepter l’existence de ces mécanismes de défense tout en veillant à ce qu’aucun ne prenne le dessus permet d’en diminuer progressivement l’emprise.

Enfin, sortir volontairement de sa zone de confort constitue une étape essentielle. S’exposer régulièrement à des situations nouvelles, inconfortables ou déstabilisantes permet d’assouplir ses limites, d’élargir sa zone de confort et de favoriser une transformation intérieure.  

Cela peut, par exemple, passer par la délégation de certaines tâches à autrui, un exercice qui implique de développer la confiance envers les autres et d’opérer un changement de regard à leur égard. La prudence reste de mise.

Pour cela, vous pouvez vous poser la question suivante :
« Suis-je réellement la seule personne capable d’accomplir cette tâche, ou d’autres peuvent-elles la réaliser tout aussi bien ? »
Il est important d’y répondre avec honnêteté. La réponse doit être sincère et dégagée de toute justification défensive.

Examinons maintenant la réponse opposée à l’anxiété : l’hyper-flexibilité.

Hyper-flexibilité : une perte totale de contrôle

L’hyper-flexibilité engendre une tendance à perdre complètement le contrôle, au point de s’adonner facilement à l’interdit, à la transgression et à la répétition d’actes qui procurent un soulagement momentané, mais renforcent ensuite la culpabilité ou le conflit intérieur.

Elle se manifeste notamment par des pulsions mal maîtrisées, telles que le manque d’engagement, les changements fréquents, l’agressivité explosive, la promiscuité sexuelle, ou encore la dépendance à la masturbation, souvent associée à la consommation de contenus pornographiques. On observe également des comportements autodestructeurs, comme l’abus de drogues et d’alcool ou une addiction excessive au tabac.

L’hyper-flexibilité constitue un élément majeur des états situés aux confins de la psychose, notamment dans le trouble de la personnalité narcissique et le trouble de la personnalité limite (borderline). Examinons brièvement ces deux exemples.

Le narcissisme pathologique se caractérise davantage par une hyper-flexibilité que par une rigidité. Dépourvues d’une identité centrale stable, les personnes narcissiques présentent une diffusion identitaire, marquée par un manque d’engagement durable. Elles changent fréquemment d’emploi, d’intérêts et de relations. L’absence d’un passé psychique cohérent les contraint à s’appuyer sur le fantasme et la validation externe afin de maintenir une image de soi grandiose et un sentiment de continuité. Il en résulte une existence fragmentée, instable et imprévisible.

Les personnes souffrant d’un trouble de la personnalité limite présentent, quant à elles, une difficulté prononcée à contrôler leurs pulsions autodestructrices. L’un de leurs problèmes centraux réside dans une profonde autodépréciation. L’autodestruction physique, les relations sexuelles débridées, l’auto-objectification, l’ivresse, la toxicomanie, le tabagisme excessif, la négligence médicale, l’automutilation et l’agression dirigée contre soi-même constituent autant de formes de déni de la vie, mais aussi de rejet des immenses potentialités qu’elle recèle.

L’ensemble de ces comportements peut être assimilé à un suicide progressif, qui s’accomplit lentement. Dans des états d’ivresse ou de déséquilibre émotionnel intense, ces personnes peuvent également mettre en danger leur propre vie, ou celle d’autrui, par exemple lors de la conduite d’un automobile.

L’impulsivité incontrôlée : une construction précoce

La perturbation de la gestion des impulsions prend ses racines dans l’enfance. Quelle que soit la forme que prend votre mode de contrôle — hyper-rigidité ou hyper-flexibilité — cette dysfonction trouve généralement son origine dans l’enfance.

Inconsciemment, vous vous laissez guider par l’image introjectée du parent qui vous a blessé, ainsi que par ses messages implicites ou explicites, intégrés par l’enfant que vous étiez. Ce faisant, vous abandonnez votre pouvoir à deux « objets internes », entièrement psychiques : le parent et l’enfant.

Vous agissez alors soit dans une posture de révolte, soit dans une posture de soumission, en fonction d’un récit de vie figé dans l’enfance. Cela signifie que vous n’avez pas encore pleinement incarné votre propre individualité et votre autonomie.

En vous identifiant à ces objets internes, vous vous éloignez de vos besoins légitimes et agissez de manière automatique, souvent contre vous-même. En perdant le contact avec votre véritable Soi, vous confondez conformité et révolte, et vous abdiquez votre responsabilité intérieure envers vous-même.

Une question s’impose alors : existe‑t‑il une manière juste de maîtriser ses pulsions ?
Oui. La première étape consiste à reconnaître clairement la nature de la difficulté qui vous habite. Puis, dans le mouvement de l’introspection, vous pouvez discerner vos zones d’ombre et identifier le type de fonctionnement qui vous gouverne — dépendance affective, trouble de la personnalité limite, narcissisme pathologique, et d’autres encore.

En explorant votre dynamique psychique, vous finirez par entendre le récit de vie qui vous tient. Vous pourrez alors commencer à vous en détacher, le laisser se délier, se dissoudre.
Vient ensuite le temps de façonner un récit de vie plus juste, plus habitable. À ce sujet, vous pouvez consulter l’article intitulé L’introspection.

Vous pouvez également vous tourner vers la sublimation, qui demeure l’une des voies importantes de transformation des pulsions.

La sublimation comme processus de contrôle des pulsions

Dans la théorie psychanalytique classique, la sublimation est conçue comme un mécanisme par lequel des pulsions sexuelles ou agressives, jugées socialement inacceptables, se transposent en formes d’expression valorisées, offrant ainsi une satisfaction indirecte de la pulsion.

Ainsi, une poussée exhibitionniste peut se transformer en geste chorégraphique ou en création vestimentaire ; une tendance voyeuriste peut se métaboliser en curiosité scientifique ; une agressivité menaçante peut se déployer sans sanction sur un terrain de football ou dans le cadre militaire, tout en procurant des bénéfices substitutifs.

Ces voies d’expression socialement légitimées sont supposées protéger le sujet de l’angoisse suscitée par la pulsion originaire, en la faisant passer du registre de la condamnation à celui de la tolérance, voire de l’admiration.

Selon le psychanalyste français Jacques Lacan, les pulsions et les instincts sont des sources d’énergie. Cette énergie est dirigée vers l’extérieur, vers un objet. La sublimation ne consiste pas à modifier la pulsion elle-même, mais à déplacer son énergie vers un autre fantasme, vers un autre récit.

Sublimer signifie ainsi créer un nouveau récit de vie, réécrire la fantasmatisation de telle sorte que l’objet initial de la pulsion soit transformé d’une manière socialement acceptable. Autrement dit, la sublimation n’implique pas de rediriger la pulsion vers un nouvel objet, mais de modifier la nature de l’objet vers lequel elle était déjà orientée.

Contrairement à l’idée selon laquelle la sublimation servirait avant tout la société ou la culture, elle se centre en réalité sur l’individu. Elle constitue le processus par lequel le sujet apprend à satisfaire ses pulsions, à contourner les sanctions et à maximiser ses bénéfices personnels, tout en composant avec les normes qui l’entourent. La sublimation n’obéit pas : elle orchestre, elle négocie, elle transforme afin que le désir trouve sa voie dans un monde qui le contraint.

Cependant, il n’est pas toujours nécessaire de recourir à la sublimation. Lorsqu’une personne mentalement stable souhaite, à un moment donné, désactiver une impulsion sexuelle ou agressive jugée inacceptable, une autre voie est possible.

Il peut suffire de fermer les yeux, de se centrer sur la respiration et, dans une posture d’introspection, de se poser la question suivante :
« Que se passe-t-il si la présence ou l’absence d’un fantasme, d’un récit illusoire quel qu’il soit, n’ajoute rien et n’enlève rien à l’être qui me fait respirer ? »

Cinquième fonction : la régulation des émotions

Nos émotions portent l’empreinte de nos croyances limitantes les plus inconscientes, de nos conditionnements premiers, de tout ce qui a façonné notre psychisme avant même que nous puissions parler ou choisir. Les exprimer, les accueillir, les valider, c’est un acte de lucidité et de courage, un serment de fidélité envers nous-mêmes. En laissant affleurer nos mouvements intérieurs sans les juger, nous cessons de nous plier à l’image attendue.

Valider nos émotions, c’est retrouver le souffle, la sensation subjective de liberté, renouer avec la tendresse envers soi et laisser émerger l’authenticité qui ne demande qu’à s’exprimer.

La régulation émotionnelle vise à gérer les émotions de manière saine et adaptée. Par exemple, nous pouvons observer sans jugement la honte, la culpabilité, la peur, la tristesse et la colère, et les accueillir avec bienveillance et empathie. Nous pouvons également explorer la source de ces émotions, ainsi que les états hypnotiques qui les déclenchent, afin d’identifier et de déconstruire les croyances qui les alimentent.

Sa perturbation : le refoulement émotionnel

Le refoulement émotionnel consiste à réprimer les émotions, inconsciemment. C’est un mécanisme de défense temporaire, mais sur le long terme, il est très nuisible, car il rend les émotions toxiques. Voyons comment.

Les émotions refoulées ne disparaissent pas, mais restent enfouies dans le psychisme, ce qui génère un stress intense, une anxiété chronique ou une dépression. Par ailleurs, des études montrent que le stress chronique affaiblit le système immunitaire, augmentant la vulnérabilité aux maladies. Ce stress peut également entraîner une pression artérielle élevée et accroître le risque de maladies cardiovasculaires.

En refoulant leurs émotions, certaines personnes perdent le contact avec leurs propres sentiments. Elles éprouvent alors des difficultés à les exprimer ou à les comprendre, ce qui conduit souvent à une rigidité psychologique ou à un engourdissement émotionnel. Les émotions non exprimées se manifestent aussi physiquement : tensions musculaires, maux de tête ou autres symptômes psychosomatiques.

Les conséquences du refoulement émotionnel

En refoulant nos émotions, il devient difficile de partager nos ressentis avec les autres, ce qui peut nuire à la qualité de nos relations interpersonnelles, ainsi qu’à notre santé.
Le manque d’expression émotionnelle peut mener à un sentiment d’isolement, car les autres ne comprennent pas ce qu’on ressent réellement. Se transformant en rancune ou en frustration latente, les émotions non exprimées explosent plus tard sous forme de conflits majeurs.

Refouler nos émotions peut créer une distance avec soi-même et une diminution de l’estime de soi, entraînant une perception négative de soi-même, car on se sent déconnecté ou incapable de gérer ses émotions. Les émotions peuvent alors s’exprimer de manière détournée, comme sous forme de honte toxique masquée, générant des comportements rigides et inflexibles.

Par exemple, les narcissiques cachés et les schizoïdes ont refoulé leurs émotions si profondément qu’ils n’ont plus accès à leur émotivité positive, ne laissant place qu’à une émotivité négative. Ces personnes se laissent souvent emporter par des manifestations de rage narcissique exprimées sous la forme d’agression passive.

Les personnes souffrant de dépendance affective extériorisent leur régulation émotionnelle. Elles croient que la personne qu’elles idéalisent — et qu’elles prétendent aimer — doit réguler leurs émotions, veiller à leur équilibre interne et garantir leur bien‑être. C’est là l’effet direct de leur refoulement émotionnel. Incapables de trouver l’amour dans leur propre cœur, ni la simple joie d’être, elles confient alors à leur partenaire une mission impossible, que même Tom Cruise ne saurait accomplir.

La dysrégulation émotionnelle

À l’inverse, les émotions refoulées peuvent resurgir de façon imprévisible, sous forme de comportements impulsifs, d’irritabilité ou de colères explosives et disproportionnées face à des situations anodines. Dans ce cas, la dysrégulation émotionnelle se manifeste par une incapacité à gérer et à exprimer ses émotions de façon adulte. C’est l’un des principaux indicateurs des troubles de la personnalité.

Par exemple, les personnes atteintes de trouble de la personnalité limite (borderline) souffrent d’une dysrégulation émotionnelle particulièrement chaotique. Leur dysrégulation émotionnelle se manifeste par une difficulté persistante à gérer, moduler ou répondre de manière appropriée à leurs émotions, entraînant des réactions intenses ou inadaptées face à diverses situations.

À l’image des dépendants affectifs, elles extériorisent leur régulation émotionnelle. Elles éprouvent des difficultés à identifier et à nommer leurs émotions, ainsi qu’à comprendre les croyances qui les alimentent. Souvent submergées par ces émotions incontrôlables, elles adoptent des comportements impulsifs, souvent autodestructeurs. Les narcissiques classiques, quant à eux, expriment leur colère de façon explosive.

Comment incarner une régulation émotionnelle stable ?

Il est crucial de comprendre que notre souffrance naît du fait de se prendre pour un « personnage » tissé uniquement de pensées — alors que la puissance de notre être authentique demeure là, même lorsqu’elle nous échappe. Lorsque la reconnaissance de notre véritable nature se retire, tout se contracte : on se sent écrasé, impuissant, aspiré dans une dépression sans fin qui semble vider la vie de sa joie.

C’est précisément pour cela qu’un processus d’introspection devient essentiel : non pas pour façonner un nouveau personnage, mais pour laisser tomber tout ce qui nous éloigne de notre être authentique. Dans toutes les circonstances de la vie, l’introspection est un processus essentiel. Elle représente un acte de recul qui permet d’identifier et de dépasser les croyances limitantes, ainsi que les dynamiques conflictuelles qui leur sont associées.

Hors guerres, tortures, famines ou intoxications chimiques — toutes infligées par autrui — notre malheur psycho‑émotionnel ne vient pas des autres. La source de notre malheur se trouve dans nos interprétations des événements, dans nos croyances limitantes, dans nos affects non exprimés, dans nos traumatismes infantiles, dans les récits illusoires que nous élaborons et dans l’altération de notre perception. C’est pourquoi nos perceptions et nos émotions peuvent évoluer grâce à un processus d’introspection. Lisez l’article à ce sujet :  L’introspection.

Nos croyances limitantes : le brasier secret de nos émotions négatives

Nos croyances limitantes influencent nos choix, orientent nos décisions et alimentent notre souffrance, nos traumatismes, nos schémas répétitifs, nos émotions négatives envahissantes et nos comportements réactifs. Pourtant, ces croyances ne flottent pas seules : elles sont portées, animées, entretenues par les multiples « moi » qui peuplent notre mental.

Le coach en introspection et transformation personnelle Prabhã Calderón développe une approche fondée sur la reconnaissance de tout ce que vous n’êtes pas : la déshypnose identitaire et la désintrojection des objets internes. Elle explique que notre personnage psychique est comme une hydre à plusieurs têtes : une constellation de « moi » qui animent un scénario intérieur. En vérité, ces « moi » sont nos « objets internes ».

Dans les coulisses de notre psychisme, une multitude de « moi » s’agitent, chacun portant sa voix, son histoire, son ombre, et générant nos émotions négatives. Ainsi, lorsque vous dites : « Moi, je crois ceci… », il devient essentiel de reconnaître le « moi » qui parle, celui qui s’avance, celui qui réclame la scène. Car ce « moi », par ses croyances limitantes, façonne votre ressenti et engendre vos émotions négatives. Et lorsque vous le voyez — vraiment — lorsque sa silhouette se détache dans la clarté de votre conscience, son emprise commence déjà à se dissoudre.

À la lumière de son approche, Prabhã Calderón vous invite à rencontrer vos « moi », à les nommer, à les entendre, à parler d’eux à la troisième personne pour les laisser apparaître. Vous commencez par identifier la croyance la plus primitive, celle qui engendre toutes vos émotions négatives. Elle peut-être l’une de celles‑ci :

« Je suis incorrect(e). » « Je ne vaux rien. » « Je suis incapable de faire ou d’accomplir quoi que ce soit. Je suis nul(le). »  « Je suis inadéquat(e) et je n’ai aucune place dans ce monde. » « Je n’existe pas. » « Je suis seul(e) dans un monde hostile. » « Je suis incomplet(e). » « Je suis impuissant(e) et démuni(e). » « Je suis sans amour, je ne suis pas digne d’être aimé(e). »

Une fois que vous l’avez reconnue, vous laissez venir les questions qui défont, une à une, les récits illusoires du « moi » qui confirme cette croyance et alimente votre souffrance :

  • Si le « moi » croit cela, (nommer la croyance) quelles émotions génère-t-il ?

  • Si le « moi » croit cela, que se fait‑il à lui‑même ?

  • Si le « moi » croit cela, que fait‑il aux autres ?

  • Si le « moi » croit cela, que provoque‑t‑il chez les autres ?

  • Si le « moi » croit cela, comment contrôle-t-il les autres ?

  • Si le « moi » croit cela, comment manipule-t-il les autres ?

Ce type de questions vous permet de prendre du recul et de découvrir le récit illusoire auquel vous vous attachez. Grâce à cela, vos émotions commencent à se réguler.
Cette régulation vous protège des décisions impulsives, celles qui ne font que renforcer l’illusion d’un besoin de vous « guérir » ou de vous « réparer ». Car la véritable démarche ne consiste pas à corriger ce que vous croyez être brisé, mais à cesser de vous confondre avec le « moi » qui porte la croyance primitive.

Les psychologues Peter Salovey et John D. Mayer se sont intéressés au développement de la capacité à reconnaître et comprendre une émotion — la sienne ou celle d’autrui — afin d’apprendre à la gérer et d’interagir de manière plus adaptée et constructive. Ce processus a ensuite été popularisé par Daniel Goleman sous le nom d’intelligence émotionnelle.

Au travail, par exemple : quelqu’un critique votre travail vous vous sentez agressé → au lieu de contre‑attaquer, vous attendez, vous respirez, vous laissez passer quelques secondes.
En reconnaissant l’émotion de l’autre, vous adaptez votre manière de communiquer — plus lent, plus doux, plus clair ou plus direct — ou bien, vous posez une question. La discussion avance au lieu d’exploser.

Marshall B. Rosenberg a développé la communication non violente.
Il propose d’observer une situation, écouter l’émotion de l’autre et dire « je vois que tu te sens triste, en colère… ». Puis poser la question : « quel est ton besoin ? » Regarder s’il est possible d’accueillir ce besoin et d’agir en conséquence, avec empathie.

Inversement, on peut décrire en une seule phrase la situation qui nous blesse → exprimer ensuite ce que l’on ressent (honte, culpabilité, peur, tristesse, colère) → puis formuler notre besoin (par exemple le besoin de respect) → et, enfin, énoncer notre demande explicite, de façon ferme mais respectueuse.

Un autre processus de gestion émotionnelle, « The Work », proposé par Byron Katie, consiste à écrire le reproche que nous adressons à quelqu’un, puis à suivre une procédure d’auto‑observation en quatre questions — toujours les mêmes.

Exemple : « Elle ne m’écoute jamais. »
1. Est‑ce vrai, ce que je lui reproche ? Réponse : C’est ce que je ressens.
2. Puis‑je absolument savoir que c’est vrai ? Réponse : En réalité non : parfois elle m’écoute, parfois non.
3. Comment je réagis quand je crois cette pensée ? Réponse : Je suis irrité(e), je parle plus fort, je coupe la conversation ou je me ferme.
4. Qui serais‑je sans cette pensée ? Réponse : Je serais plus calme, plus disponible, je poserais des questions, je l’écouterais aussi.

Dans ce dernier processus, il est essentiel d’observer attentivement les comportements de l’autre personne, sans quoi nous risquons de nous attribuer des torts qui ne nous appartiennent pas. C’est souvent le cas des personnes qui, dans l’enfance, ont développé des défenses adaptatives dites « alloplastiques ». Elles se sentent fautives de tout, toujours coupables.
Si elles cohabitent avec un narcissique pathologique, ou avec un manipulateur machiavélique, elles peuvent en venir à justifier ses comportements en s’appuyant sur ce travail.

La régulation émotionnelle renforce notre efficacité personnelle

Elle nous rendre capables de faire face aux obstacles et à persévérer dans nos objectifs.
Elle est cruciale pour interagir de manière respectueuse avec les autres. Une bonne régulation émotionnelle aide à mieux gérer les conflits, à faire preuve d’empathie et à communiquer efficacement.

L’empathie commence par nous‑même et par la capacité à poser des limites : ne laissons jamais ceux avec qui nous vivons réduire nos émotions au silence — par l’indifférence, la critique, le jugement, la moquerie, l’humiliation ou le mépris.

En apprenant à gérer nos émotions et à poser nos limites, nous réduisons le stress et l’anxiété, ce qui permet une meilleure gestion des situations difficiles, une plus grande résilience face aux défis, ainsi qu’une meilleure santé mentale et physique. Cette régulation nous aide à prévenir des problèmes liés au stress, tels que les troubles du sommeil, les difficultés digestives ou certaines maladies cardiovasculaires.

Sixième fonction : la cognition

La cognition comprend les fonctions suivantes :

La pensée logique, analytique, abstraite, stratégique, discursive, créative et rationnelle.
Le raisonnement critique, stratégique, spatial et abstrait.
La conscience, incluant la conscience de soi et la conscience situationnelle.
La mémoire sensorielle, la mémoire de travail, la mémoire séquentielle à court et à long terme, ainsi que la mémoire prospective, essentielle pour anticiper et planifier des actions futures.
La perception sensorielle, la rapidité de traitement de ces perceptions et la reconnaissance de schémas cognitifs.
L’intentionnalité, l’imagination, ainsi que les capacités déductives et inductives.
L’attention, c’est-à-dire la capacité de focaliser et de maintenir l’attention, ainsi que de la diviser entre plusieurs tâches simultanées.
Les fonctions exécutives : la planification, l’organisation, la flexibilité mentale, la prise de décision et l’inhibition des comportements inappropriés.
Le stockage temporaire des informations afin de les utiliser dans la réflexion ou la résolution de problèmes.
La métacognition : la capacité à réfléchir sur sa propre pensée et à évaluer ses raisonnements.
L’apprentissage : toutes ces fonctions sont au service d’un apprentissage constant.

On peut envisager la cognition et l’intelligence comme un système en interaction : les capacités cognitives fournissent les briques de base, tandis que l’intelligence les orchestre en fonction du contexte. Par exemple, la flexibilité cognitive permet de changer de stratégie d’action, tandis que l’intelligence permet d’adapter le raisonnement à de nouvelles situations ou à de nouvelles règles.

Grâce à la cognition, nous pouvons mobiliser notre intelligence pour réfléchir, nous adapter à des situations diverses et tirer des enseignements de nos actions, des capacités indispensables à la vie quotidienne et à l’autonomie.

La cognition sociale inclut la capacité à comprendre les intentions, les croyances et les émotions d’autrui ; l’intelligence, quant à elle, permet d’utiliser cette compréhension pour interagir efficacement avec les autres et établir des relations harmonieuses.
Enfin, la métacognition permet à l’intelligence de corriger ses erreurs et d’apprendre plus efficacement de l’expérience.

La perturbation de la cognition

En situation de choc, de stress intense ou dans des états altérant notre perception, nos capacités cognitives diminuent, voire disparaissent temporairement. Notre discours devient chaotique, car l’ego n’est plus en mesure d’organiser la réflexion ou la synthèse. Nos idées deviennent désorganisées, nous manquons des arguments construits et passons alors du coq à l’âne sans logique apparente.

Le stress prolongé ou le traumatisme peut affecter la mémoire de travail, rendant difficile la gestion d’informations essentielles pour la prise de décision. La flexibilité cognitive peut également être altérée, ce qui limite la capacité de notre intelligence à adapter ses stratégies face à des situations nouvelles ou complexes.

La capacité de planification et d’anticipation peut être compromise, entraînant des décisions impulsives ou inadaptées. Les fonctions exécutives telles que la régulation de l’attention et l’organisation des idées peuvent aussi être temporairement désactivées, perturbant la cohérence du raisonnement et l’efficacité de l’action.

Les perturbations cognitives peuvent interférer avec la mémoire à long terme, rendant difficile l’accès aux connaissances acquises ou aux expériences passées pour guider le comportement. Dans certains cas, des altérations plus sévères de la cognition peuvent se manifester par des erreurs de jugement ou des interprétations erronées de la réalité, comme on peut l’observer dans les états dissociatifs ou lors de crises psychotiques temporaires.

Septième fonction : le jugement

Le jugement est la capacité d’agir de manière adulte, judicieuse et responsable en identifiant les causes possibles d’une action, en anticipant et en évaluant les conséquences, et en prenant des décisions appropriées. Cette fonction est essentielle pour entretenir des relations mutuellement satisfaisantes avec les autres. Elle nous aide à naviguer dans des situations complexes en prenant en compte nos besoins et ceux des autres. Ainsi, nos décisions concernant nos interactions avec eux sont plus claires et mieux adaptées aux circonstances.

Le jugement dépend donc de la capacité à intégrer la cognition et l’émotion afin de prendre des décisions équilibrées, qui tiennent compte à la fois de la réalité et de nos sentiments.
Il permet d’évaluer les risques, de distinguer l’important de l’accessoire et de prioriser les actions de manière efficace, tout en incluant la capacité à mettre ses décisions à l’épreuve de la réalité et à les ajuster en fonction des résultats obtenus.

La mémoire et les expériences jouent un rôle clé dans le jugement en fournissant des références pour anticiper les conséquences de nos actions, et il implique également la métacognition, c’est-à-dire la capacité à réfléchir sur sa propre pensée et à reconnaître ses biais ou erreurs potentielles.

Le jugement permet à l’individu d’apprendre de ses expériences, favorisant l’autonomie et la responsabilité non rigide. Renforcé par la flexibilité cognitive, le jugement permet d’envisager plusieurs solutions et de s’adapter à des situations nouvelles ou inattendues, tout en incluant la prise de responsabilité et l’acceptation des conséquences de ses choix.

La conscience sociale et morale influence le jugement en nous permettant de considérer l’impact de nos décisions sur autrui et de faire preuve d’éthique dans nos actions.
Et enfin, le jugement fonctionne en étroite relation avec les autres fonctions de l’ego, comme le contrôle des impulsions et la régulation émotionnelle, pour produire des comportements adaptés et équilibrés.

La perturbation du jugement

La première manifestation d’une perturbation du jugement est la régression infantile : un manque de discernement peut nous ramener à un état archaïque, générant de la souffrance aussi bien chez les autres qu’en nous‑mêmes. Il est également possible que nous n’ayons jamais pleinement incarné notre individualité et notre autonomie. Dans ce cas, nous réagissons inconsciemment, de manière répétée, à partir de cet état régressif.

La régression, ce sentiment de redevenir petit, se loge au cœur d’une fixation que nous portons depuis l’enfance. Comme une photographie figée dans la mémoire, le traumatisme et le conditionnement précoces s’enregistrent, s’introjectent, s’incorporent et demeurent, jusqu’à nous faire nous percevoir — et nous définir — comme un enfant blessé, incapable de respirer pleinement, incapable d’habiter l’ici et maintenant.

Chaque matin se réveille le côté sombre de l’« enfant intérieur », celui qui reprend les commandes de notre vie et projette sur le présent — et sur les autres — des souvenirs et des émotions qui n’appartiennent plus à la réalité du moment.

Quand l’enfant du passé hypnotise l’adulte d’aujourd’hui, le jugement se dissout, et cela ouvre la porte à tous les dysfonctionnements possibles.

Par exemple, les narcissiques pathologiques manquent de discernement et de jugement lorsqu’ils infligent de la souffrance aux autres. Si votre équilibre interne repose sur la douleur d’autrui, cela révèle un défaut de jugement, dû à une fixation infantile qui gouverne vos actes.

Les dépendants affectifs, quant à eux, se blessent eux‑mêmes en choisissant mal les personnes à qui ils accordent leur confiance, la dynamique qu’ils entretiennent avec leurs proches, et ce qu’ils acceptent pour être aimés et conjurer l’abandon. Là encore, on observe un manque de jugement, dû à une fixation infantile.

Que faire ? Un processus de désintrojection s’impose

Il s’agit d’un mouvement des yeux, par lequel vous cessez de vous confondre avec vos « objets internes » — l’enfant blessé et le parent persécuteur idéalisé — afin de laisser émerger, peu à peu, le « Je suis » préalable à toute définition.

Imaginez alors les deux images figées dans votre esprit — celle de l’enfant meurtri, celle du parent qui l’a blessé — se détacher de votre corps, glisser hors de votre esprit, flotter dans l’espace devant vous comme un hologramme à deux têtes.
Laissez votre regard aller de l’une à l’autre, lentement d’abord, puis avec une cadence qui s’accélère, comme si vous suiviez le battement d’un pendule intérieur.

Puis, lorsque le mouvement s’interrompt et que le souffle revient, laissez monter les questions que la dualité de vos croyances révèle :
« Suis‑je l’enfant blessé ? »
« Suis‑je le parent qui l’a blessé ? »
« Ou ni l’un ni l’autre ? »
La réponse est une double négation, qui vous permet de constater que ce que vous êtes réellement n’est pas « deux ».

Vous passez de la fixation que vous preniez pour réelle → à l’image → au mouvement des yeux qui vous ouvre à une nouvelle perception → aux questions pertinentes → à l’interruption de la fixation → à une prise de conscience inattendue — non duelle. Cet exercice mérite d’être appris dans un contexte adéquat. Vous trouverez l’explication à la fin de l’article sous l’intitulé : « Qu’est-ce qui caractérise un bon processus thérapeutique ? »

Huitième fonction : l’ancrage des défenses saines

Les défenses saines nous protègent des stimuli menaçants et des personnes susceptibles de compromettre notre intégrité physique et psycho-émotionnelle. Elles nous permettent de réagir de manière constructive aux menaces émotionnelles et psychologiques, sans recourir à des mécanismes de défense infantiles ou autodestructeurs.

Cette fonction de l’ego permet de maintenir un équilibre entre la protection de soi et l’ouverture aux autres, favorisant ainsi le développement de relations harmonieuses et équilibrées. Elle nous aide, par exemple, à poser des limites dans nos interactions et à affirmer nos besoins fondamentaux d’amour, de respect et d’attention (ARA).

Une part importante de notre énergie psychique est consacrée à gérer l’anxiété, à la tenir à distance ou à recadrer les situations pour en atténuer son impact. L’anxiété est souvent liée à des impulsions sexuelles jugées agressives ou inacceptables, ainsi qu’aux représentations du soi et des « objets internes » qui leur sont associées. Les mécanismes de défense prennent donc des formes variées, selon la nature des tensions qu’ils cherchent à réguler.

Ainsi, grâce à un ego fonctionnel, nous développons des défenses saines entre les différents aspects de notre psychisme. Cela inclut la capacité de remettre en question les messages toxiques de nos parents, les voix autocritiques de notre esprit, ainsi que les croyances limitantes que nous pourrions avoir sur nous-mêmes. Ce processus nous permet d’examiner la réalité de manière plus objective, en intégrant cette analyse dans nos défenses internes pour les rendre plus adaptées à notre bien-être et alignées avec nos désirs véritables.

Les défenses saines nous aident également à respecter l’altérité des autres. Par exemple, lorsqu’un parent possède des défenses fonctionnelles, il respecte non seulement ses propres limites, mais aussi celles de ses enfants, tout en leur fixant des limites claires. Cet équilibre entre amour et respect des frontières est essentiel pour le développement sain de l’ego de l’enfant, et pour l’établissement d’un narcissisme sain.

Le narcissisme sain constitue le socle de l’amour de soi, de l’estime de soi et de la confiance en soi. Cette expérience affective est fondamentale, car elle permet à chacun d’évoluer en permanence et d’accéder pleinement à la présence et à l’authenticité de l’être, ici et maintenant. L’amour de notre véritable « Je suis » — sans définitions ajoutées — est la condition essentielle pour pouvoir aimer les autres et établir une communication authentique avec eux, dans le respect de leur altérité et de leurs limites — ce qui correspond, au fond, à la définition même de l’empathie.

Sa perturbation : les défenses primitives

Ce qui produit cette perturbation, ce sont les défenses primitives. Celles-ci ont été initialement décrites par la psychanalyste austro-britannique Mélanie Klein. Parmi ces défenses, on retrouve :

  1. Le clivage ou scission de l’objet : le mot « objet » se réfère à une personne qui est perçue comme entièrement bonne ou entièrement mauvaise, sans intégration possible de ces aspects contradictoires. L’individu protège ainsi son « moi » en le considérant comme un « bon objet » et en isolant des « mauvais objets » du monde extérieur.

  2. Le déni de la réalité : l’individu refuse d’accepter certains aspects de la réalité qu’il trouve trop menaçants ou douloureux, agissant comme si ces aspects n’existaient pas.

  3. L’dentification projective : l’individu projette sur une autre personne des aspects négatifs de lui-même (des sentiments et des définitions de soi qu’il ne peut pas tolérer), tout en conservant un lien avec ces éléments projetés. Cela crée une confusion entre soi et l’autre.

  4. Le contrôle omnipotent : l’individu croit pouvoir contrôler ou manipuler les autres ou les événements de manière toute-puissante, afin de protéger son « faux self » d’une réalité trop angoissante ou incontrôlable.

  5. La formation réactionnelle : l’individu réagit à des désirs ou sentiments intolérables en adoptant des comportements ou attitudes opposés à ces désirs. Par exemple, une personne qui ressent de la colère pourrait se comporter de manière excessivement douce et attentionnée, retournant ainsi sa colère contre elle-même.

  6. L’idéalisation primitive : l’individu attribue à un objet ou une personne des qualités idéalisées, les rendant parfaits et sans défauts pour éviter de confronter des aspects négatifs ou décevants.

Ces défenses sont qualifiées de « primitives » parce qu’elles se développent tôt dans la vie. Lorsqu’elles persistent à l’âge adulte, elles se manifestent chez les personnes atteintes de diverses psychopathies, comme le narcissisme pathologique, le trouble de la personnalité limite (borderline) ou les psychoses.

Dans ces cas, les défenses primitives de ces personnes se déclenchent dans les relations intimes — que ce soit avec un partenaire ou toute autre personne proche — et leurs conséquences peuvent être dévastatrices. Elles sont utilisées pour protéger leur « faux self » contre une angoisse insupportable, mais au prix de distorsions importantes de la réalité et de conflits dans les relations interpersonnelles.

Les défenses primitives et la parentalité

Si l’ego d’un parent a été brisé durant son enfance, il développera des défenses primitives qui déforment la réalité. Comment pourrait-il alors être capable d’examiner la réalité de manière adéquate ? Il ne pourrait pas discerner entre l’interne et l’externe et ne pourrait pas non plus établir de limites claires entre lui et son enfant. Il ne respectera donc pas l’altérité de son enfant.

À moins d’engager un véritable processus introspectif, les enfants de parents dépourvus d’une structure psycho-émotionnelle solide et d’un ego suffisamment fonctionnel peuvent souffrir durablement, car ce type de dynamique parentale tend à placer l’enfant dans une position d’otage psycho-émotionnel. Cette position génère des traumatismes complexes, parfois assimilables à un trouble de stress post-traumatique (TSPT). Pour en savoir plus, consultez l’article : Le syndrome de l’otage chez les enfants.

Les défenses sophistiquées de l’adulte

En grandissant et en devenant adulte, on développe des défenses beaucoup plus sophistiquées, comme la rationalisation et l’intellectualisation, par exemple. Dans ce cas, l’ego lui-même devient responsable des mécanismes de défense qui filtrent des informations de la réalité qui sont dystoniques à l’ego, désagréables et perturbantes.

La question suivante émerge : si les mécanismes de défense comme la rationalisation et l’intellectualisation sont conçus pour filtrer certaines informations dystoniques à l’ego — c’est-à-dire désagréables ou perturbantes — comment cela peut-il être compatible avec un bon examen de la réalité ? Comment l’ego peut-il à la fois maintenir un examen de la réalité et falsifier cette même réalité ?

C’est une excellente question, dont la réponse demeure inconnue. C’est l’un des plus grands dilemmes du concept de l’ego et de ses dérivés, affirme Sam Vaknin.

Neuvième fonction : la synthèse

La synthèse est au cœur de notre identité, car elle nous permet de prendre en compte les différentes strates de conscience qui nous définissent en tant qu’êtres humains.

Voici une description succincte des strates de la conscience :

  • La dimension externe concerne tout ce qui se trouve à l’extérieur de notre corps, y compris les activités professionnelles et sociales, les relations de couple, les enfants, la famille, etc.

  • La dimension biologique ou corporelle englobe les organes de perception et d’action, les besoins physiques tels que manger et dormir, ainsi que la sexualité et les activités sportives.

  • La dimension mentale regroupe les croyances, les habitudes de pensée, les concepts, les images, les fantasmes, les objets internes et les schémas répétitifs.

  • La dimension émotionnelle comprend des émotions comme la honte, la culpabilité, la peur, la tristesse, la colère, la jalousie, ainsi que des émotions positives comme la joie et l’amour conditionnel.

  • La dimension intellectuelle subtile nous permet de discerner le vrai du faux.

  • La dimension de l’inconscient collectif inclut tout ce qui nous a été transmis par l’humanité depuis des siècles.

  • Le sens de « Je suis » est le simple constat d’Être, préexistant à tout concept, définition, idée ou qualificatif ajouté à « Je suis ».

  • L’essence est l’espace intérieur de gratitude, d’émerveillement, de compassion, d’acceptation, de pardon, d’amour sans objet et de joie d’être.

La synthèse consiste à organiser et à unifier de manière cohérente et cohésive les différentes fonctions de l’ego. Grâce à cette fonction, nous intégrons nos pensées contradictoires, nos émotions ambivalentes et nos diverses expériences pour les fondre en une unité intérieure plus stable. Ainsi, nous évitons de confondre ce qui se passe dans la dimension extérieure ou dans notre corps avec ce qui se déroule dans notre esprit.

Par exemple, lors d’un divorce, l’une de mes clientes hésitait à céder la maison à la mère de son ex‑mari et à ce dernier, alors que c’était elle qui l’avait achetée. Il ne travaillait pas en raison de son alcoolisme, même s’il avait réalisé tous les travaux dans la maison. Dans la dimension mentale, elle se sentait responsable d’eux et coupable de les faire partir, car elle était très empathique et se considérait comme « spirituelle ».

En prenant conscience que son salaire ne lui permettrait pas d’acheter une autre maison pour elle et ses filles, elle a finalement consulté un avocat. Elle a ainsi résolu sa dissonance cognitive en agissant selon la dimension externe et la dimension essentielle : l’amour pour ces filles et leur sécurité matérielle.

Agir en fonction des différentes strates de la conscience

Les personnes dont le processus de synthèse fonctionne correctement agissent en tenant compte de chaque strate de la conscience sans les confondre. Elles possèdent une grande capacité de synthèse, ce qui leur permet de fixer des objectifs réalistes en connaissant à la fois leurs forces et leurs limites. Ainsi, elles projettent une version cohérente et fiable de leur identité dans le monde, qui reste intacte au fil de la vie, malgré l’évolution de leurs points de vue, de leurs activités et de leurs comportements. Cette cohérence inspire confiance aux autres.

La perturbation du processus de synthèse

Les personnes ayant un ego déficient manquent de capacité de synthèse, car elles confondent leur monde mental avec la réalité et, par conséquent, elles mélangent les strates de la conscience. D’autres confondent la dimension essentielle avec la dimension purement mentale.

Dans ce cas, ces personnes prennent leur pensée magique pour la réalité et considèrent leur spiritualité comme un chemin d’éveil, alors que notre être véritable n’a nul besoin de s’éveiller.

Les narcissiques pathologique confondent leurs « objets internes » avec la personne présente dans la réalité externe : leur traitement envers elle change selon les phases de la relation dans le cadre de leur fantasme partagé. Dans les situations conflictuelles qu’ils provoquent, ils confondent les réactions de leur victime avec leurs propres défenses, qui nient leur participation. Pour plus d’informations, lisez Le fantasme partagé des narcissiques.

Dixième fonction : la création des récits

La dixième fonction de l’ego est la création du récit de notre vie, une fonction qui découle du processus de synthèse. L’ego agit comme le narrateur, le scénariste et le réalisateur de ce récit.

La complexité de notre nature humaine se reflète dans nos réflexions, nos attitudes, nos choix, nos actions, notre capacité d’adaptation et l’évolution de nos croyances et opinions au fil de nos expériences. Nous éprouvons également des sentiments et des émotions ambivalents. Par exemple, il est possible d’aimer quelqu’un tout en choisissant de ne pas vivre avec cette personne en raison de l’examen de la réalité, du jugement et de la régulation de nos émotions.

L’ego synthétise ces sentiments ambivalents et la complexité de nos expériences pour créer un récit cohérent. Cette capacité narrative est proportionnelle à notre capacité intellectuelle.

Les récits réalistes que nous construisons sur notre vie renforcent notre estime de soi et facilitent nos relations. Développer un ego fonctionnel permet de créer des récits cohérents et adaptatifs, qui intègrent les erreurs, les succès, les émotions et les apprentissages, favorisant ainsi une vie plus équilibrée.

Sa perturbation

Les personnes qui possèdent un ego dysfonctionnel, mal formé ou non intégré, créent des récits compensatoires — toujours illusoires — à propos d’eux-mêmes et du monde. Ces récits renforcent leurs mécanismes de défense et masquent temporairement leur souffrance, mais à long terme, ils limitent leur capacité à évoluer et à intégrer les expériences de manière réaliste.
Ainsi, les récits qui déforment la réalité génèrent des difficultés pour les personnes vivant aux côtés d’un partenaire intime souffrant d’un trouble de la personnalité.

Par exemple, le narcissique cérébral, souvent créatif, intelligent et imaginatif, est capable de créer des récits sophistiqués. Cependant, comme son identité est fondée sur un « faux self » et que sa perception de soi et du monde est altérée, il utilise ces récits de manière compensatoire, souvent pour manipuler les autres. Ces récits, construits sur son intelligence et son imagination, sont particulièrement difficiles à contredire ou à démanteler.

Ainsi, un narcissique peut pousser son partenaire à l’infidélité par une coercition constante, puis l’accuser de trahison tout en se positionnant comme la victime, se percevant lui-même comme omniscient et moralement supérieur. Cette infidélité collusive ne sera jamais reconnue par le narcissique en raison du récit trompeur qu’il a créé. Pour plus d’information lisez les articles suivants : Les narcissiques classiques et La compulsion de répétition des narcissiques.

Onzième fonction : l’arbitrage de l’ego face au surmoi

Tout d’abord, il est largement admis — bien que pas unanimement — que le « surmoi » fait en réalité partie de l’ego. Voyez cela comme un iceberg : la pointe de l’iceberg est le surmoi, et la partie immergée est l’ego.

Le surmoi est l’instance où s’intériorisent les attentes sociales, les mœurs, les conventions et les normes, transmises et médiatisées par les figures de socialisation, notamment les parents.
Il exige une conformité totale et immédiate à ses impératifs — le plus souvent moraux, éthiques ou comportementaux.

Les injonctions du surmoi contribuent à développer une conscience sociale et à respecter les limites nécessaires au vivre-ensemble. Mais l’équilibre entre ces exigences et nos besoins personnels demeure essentiel pour préserver une vie psychique harmonieuse.

Lorsque l’ego est dysfonctionnel, voire inexistant, les injonctions du surmoi perdent leur consistance. La personne agit alors sous l’emprise de ses pulsions, de ses envies ou de ses désirs immédiats, sans mesurer les conséquences, ce qui peut mettre autrui en danger — comme on l’observe dans certains fonctionnements psychopathiques ou antisociaux.

À l’inverse, lorsque les injonctions du surmoi prennent toute la place, elles nous étouffent et nous contraignent. Le surmoi devient alors un ensemble de règles rigides, à suivre quels qu’en soient le coût, les circonstances ou les conséquences. Elles s’imposent à nous comme les décrets d’un dictateur intérieur.

Pourtant, grâce à un ego fonctionnel, nous pouvons assouplir et moduler ces exigences. Cela suppose de prendre en compte tout ce que le surmoi nie, ignore, méprise ou juge sans importance. La sagesse de l’ego élargit alors notre perception et transforme nos réponses, afin de les ajuster à ce qui respecte véritablement nos besoins légitimes. Nous recevons l’injonction, la confrontons au réel, puis décidons de l’action juste à entreprendre.

Lorsque nous nous trouvons dans une situation où deux désirs opposés s’affrontent, ou lorsqu’un conflit intérieur doit être résolu, notre ego agit comme médiateur. Il nous permet de soupeser les éléments en tension et de décider ce qu’il convient de faire — ou de différer. Il se renforce et s’articule davantage chaque fois qu’un conflit est traversé avec succès.

De quelle manière les fonctions de l’ego se développent-elles ?

Il est important de savoir que les fonctions cruciales de l’ego se développent durant l’enfance, au sein d’un système familial fonctionnel. Les parents fonctionnels offrent un cadre sécurisant. Ils n’utilisent pas leurs enfants pour apaiser leurs propres problèmes psychologiques. Ils ne font pas d’eux leur extension de leur identité. Ils possèdent des frontières psychologiques claires : ils aiment leurs enfants tout en leur fixant des limites. Ils créent ainsi un modèle de la réalité qui leur permet d’évoluer vers leur autonomie.

Mais que se passe-t-il si l’environnement des enfants est terrifiant et abusif, ou insécurisant et confusionnel, en raison de l’instrumentalisation dont ils sont l’objet ? Que se passe-t-il lorsqu’ils ne sont pas reconnus pour ce qu’ils sont ? Que se passe-t-il lorsqu’une mère empêche ses enfants de se séparer d’elle, d’affronter leurs propres épreuves, de s’individualiser et d’évoluer vers leur autonomie ?

Réponse : les parents mentalement instables, infantiles ou traversés par des troubles psychiques altèrent en profondeur les processus les plus essentiels de la formation de l’identité, de la socialisation et de la construction de soi chez leurs enfants. Ils génèrent une rupture nette dans le cours naturel de leur évolution psycho‑émotionnelle. Dès lors, les fonctions de l’ego ne parviennent à se développer que partiellement, parfois pas du tout. Vous pouvez lire un article consacré à cette question : Le syndrome de l’otage chez les enfants.

Si, à la lecture de ce texte, vous reconnaissez en vous un fonctionnement de l’ego entravé, il peut être judicieux d’entreprendre un travail introspectif afin d’installer progressivement les fonctions essentielles de l’ego. Un article explicatif est disponible ici : L’introspection.

À présent, vous commencez à percevoir que l’ego est impliqué dans presque tout ce qui traverse un individu : chaque action, chaque décision, chaque choix, chaque désir, chaque rêve, chaque fantasme, chaque dynamique intérieure. C’est ce que l’on appelle l’implication de l’ego.
Une personne dotée d’un ego sain apparaît attentive, consciente de son environnement, malléable, capable de s’adapter aux circonstances, réactive et responsable.
Il ne faut jamais croire qu’il faudrait tuer l’ego : cette idée est profondément erronée.

Que signifie alors la mort de l’ego ?

Dans certains cercles spirituels, l’ego est présenté comme la source de la souffrance ou comme un obstacle à la divinité, d’où l’idée qu’il faudrait le faire disparaître. Pourtant, si l’ego venait réellement à s’effacer, nous risquerions de basculer vers des fonctionnements narcissiques ou psychopathiques. Ces troubles témoignent précisément d’un ego défaillant, fragmenté ou absent.

Ainsi, de nombreux gourous, guides ou experts spirituels autoproclamés parlent de « tuer l’ego » sans comprendre ce qu’ils avancent. Ils induisent en erreur ceux qui les écoutent, alors qu’eux-mêmes manquent souvent d’un ego fonctionnel. Vous en trouverez des illustrations dans mes articles consacrés aux narcissiques cachés, aux narcissiques classiques et à la provision narcissique.

Voyons les conséquences d’un ego dysfonctionnel ou inexistant :

Il est souvent affirmé que les narcissiques ont un ego surdimensionné, alors qu’en réalité, ils n’en ont pas, affirme Sam Vaknin. Cela explique leur besoin compulsif de dépendre des autres pour réguler leurs émotions, maintenir leur équilibre intérieur et obtenir une provision narcissique qui confirme leurs distorsions cognitives et leur délire de grandeur.

Les personnes atteintes du trouble de la personnalité borderline n’ont pas d’ego fonctionnel non plus, ce qui les amène à dépendre des autres pour réguler leurs émotions, leur estime de soi, leurs pulsions et leur bien-être. Les personnes souffrant de dépendance affective vivent dans un état de régression infantile. Leur ego étant dysfonctionnel, elles recherchent des régulateurs externes et dépendent des autres pour gérer leurs émotions.

Si l’ego « meurt », ce qui s’installe n’est pas la paix intérieure, mais l’égoïsme, l’égotisme ou l’égomanie — l’exact opposé du fonctionnement adéquat de l’ego.

L’égoïsme :
L’égoïsme est décrit comme l’attachement excessif porté à soi-même et à ses intérêts, au mépris des intérêts des autres. Il désigne des comportements ou des efforts visant le bien‑être de l’individu, l’avancement de ses objectifs, et même le maintien du fonctionnement de son ego — mais au détriment du bien‑être, des objectifs et des aspirations des autres.

L’attitude égotiste ne peut s’expliquer que si l’on prend en compte les tendances narcissiques ou agressives de l’individu et les multiples formes qu’elles peuvent prendre. Ainsi, l’égoïsme survient lorsqu’aucun ego fonctionnel n’est là pour le contenir. L’égoïsme peut se manifester également par l’utilisation exagérée d’adjectifs possessifs tels que « ma », « mon » et « mes », ainsi que par l’usage de pronoms possessifs tels que « le mien », « la mienne » ou « les miens ». Dans ce cas, probablement elle ne parle que d’elle sans écouter les autres.

L’égotisme :
L’égotisme est l’habitude d’imposer aux autres ses instincts, ses pulsions et ses désirs, au détriment de ceux‑ci. Lorsque l’ego de quelqu’un est désorganisé, dysfonctionnel ou gravement compromis, cette personne perd le contrôle : elle devient malsaine ; ses actions ne sont plus intégrées ou sont corrompues. Dans ce cas, elle peut même présenter une absence totale d’ego.

L’égotisme est, en somme, la manifestation la plus évidente d’un instinct de survie libidinal qui a cessé d’être maîtrisé. Les observations à ce sujet montrent que l’incorporation de l’énergie émotionnelle et libidinale investie dans les autres — ce que l’on appelle la cathexis — est, d’une manière ou d’une autre, perturbée, défaillante ou interrompue.

Cela se manifeste lorsqu’elles échouent à s’investir émotionnellement dans les autres, ou lorsque, en s’investissant émotionnellement, elles produisent surtout des effets négatifs — envie, colère, rivalité, ressentiment. Autrement dit, lorsque ces personnes dirigent leur énergie émotionnelle vers autrui, elles échouent à l’incorporer de manière bénéfique pour le bien‑être de tous. Le facteur émotionnel et libidinal est bien présent dans l’attitude égotiste, mais l’examen de réalité, les fonctions de l’ego — l’ego lui‑même — sont absents.

C’est là la grande ironie de l’égotisme et de l’égoïsme : il s’agit d’un état d’esprit, d’un état d’être et d’un état d’action où l’ego n’intervient pas, où il ne contribue pas, où il n’interface rien, où il ne contrôle rien. Pas d’ego.
Les personnes qui n’ont pas d’ego sont égotistes.
Les personnes dépourvues d’un soi fonctionnel — les personnes « sans ego » — sont égoïstes.

L’égomanie :
L’égomanie est décrite comme un égocentrisme obsessionnel et une préoccupation pathologique pour soi-même. Contrairement au mégalomane, l’égomaniaque ne recherche pas le statut, l’admiration ou la validation des autres. Il considère le monde comme essentiellement insignifiant ou inexistant ; les autres ne sont que des ombres ou des accessoires de sa propre existence. En substance, l’égomaniaque est seul au monde : il est le monde dans son expérience subjective.

La conclusion de Sam Vaknin

Les personnes dotées d’un ego fonctionnel sont lucides et capables de se projeter sur le long terme. Elles planifient, se concentrent et collaborent avec les autres pour atteindre des objectifs réalistes, générant des résultats positifs tant pour leur propre bien-être que pour celui des autres. Leur ego est réaliste et non délirant, car il ne cherche pas la grandeur. Un ego fonctionnel n’est jamais grandiose, car il s’oppose fondamentalement au narcissisme.

La personne possédant un ego fonctionnel présente un narcissisme sain. Elle est capable de compromis avec la réalité. Elle est attentive aux autres : elle les écoute et leur permet de s’exprimer. Elle est engagée dans une négociation constante.

Si votre ego présente des dysfonctionnements, un bon processus thérapeutique s’impose.

Qu’est-ce qui caractérise un bon processus thérapeutique ?

Un bon processus introspectif et thérapeutique ne peut se dissocier de la présence essentielle du psychologue ou du psychothérapeute qui vous accompagne. Il est cet auditeur attentif, cet artisan de l’écoute, qui s’immerge dans le flux de vos paroles, non pas comme un simple récepteur, mais comme un compagnon de route. Il s’intéresse à vous, à votre histoire, aux méandres de votre existence, et pose ces questions pertinentes qui éclairent tout ce que vous-même ne savez pas voir ou expliquer.

Il possède l’art de prêter une oreille si fine qu’elle capte non seulement les mots, mais aussi les silences chargés d’émotion. Il sait lire entre les lignes, entendre ce que vous ne dites pas encore, percevoir les soupirs étouffés, les hésitations qui trahissent un non-dit. Structurant la conversation, il y apporte des points d’ancrage, des relances subtiles qui donnent forme au chaos intérieur.

Avec la fermeté d’un miroir, il vous renvoie vos messages implicites, les croyances enfouies qui orientent vos choix, vos décisions, vos actions et vos gestes quotidiens. Sans vous en apercevoir, vous bâtissez votre vie sur ces fondations invisibles, mais il vous aide à les reconnaître et à réfléchir sur elles.

Il vous amène à regarder vos zones d’ombre, vos besoins compulsifs et vos addictions.
Il vous invite à observer vos habitudes de penser, ainsi que votre type d’attachement.
Il explore avec vous, sans jugement, le pourquoi de ces tendances.

Lorsque vous lui livrez le récit de votre vie, selon une perception altérée, il ne se contente pas d’écouter — il suscite en vous des réponses nouvelles, fait naître des perspectives insoupçonnées, des perceptions que vous n’aviez pas encore envisagées. Il accueille vos souvenirs, même les plus pénibles, et vous offre l’espace pour exprimer vos émotions.
Il vous guide vers une meilleure compréhension de ce qui, dans votre regard sur le monde, génère douleur ou confusion.

Par ce cheminement, vous découvrez peu à peu les états hypnotiques et les fantasmes dans lesquels vous êtes plongé à votre insu, ces automatismes de l’âme qui vous guident à votre insu, vos récits de vie, vos narratifs et les histoires dans lesquelles vous vous enfermez.

La séance elle-même est un espace structuré. Ce cadre s’appuie sur la pratique clinique, nourrie de recherches et d’études sur la déconstruction des illusions. Il partage parfois une intuition, une expérience, un fragment de lecture, une page d’un livre qui éclaire soudain votre parcours. Jamais il n’impose, toujours il propose.

En dehors de ces espaces partagés, il prend le temps de s’asseoir, de consigner, de réfléchir à votre dynamique interne, de découvrir le type de « personnage » que vous avez façonné à travers votre histoire. Un bon thérapeute porte en mémoire non seulement ce que vous lui dites, mais aussi ce que vous êtes en train de devenir.

La psychologie en soi n’est donc pas une science, c’est une discipline. Elle n’est pas une science au sens strict comme peuvent l’être la physique ou les mathématiques. C’est une discipline, un champ d’exploration des comportements, des pensées et des émotions.

La philosophie d’un bon coach, thérapeute ou psychologue

Un thérapeute, un psychologue ou un coach s’appuie toujours sur une philosophie. Il n’est jamais neutre, au sens profond du terme. Même lorsqu’il cherche une posture objective, il repose, consciemment ou non, sur une vision de l’être humain, une compréhension de la souffrance, du changement et du processus de désidentification.

« Ma philosophie est la Non‑dualité », explique Prabhã Calderón.

De la même façon que Michel‑Ange retirait du marbre la forme que la pierre dissimulait, les pratiques non duelles retirent de votre esprit tout ce que vous n’êtes pas, pour laisser apparaître ce que vous ne pouvez pas ne pas être.

Je vous propose des outils pour traverser et transmuter vos traumatismes complexes : des pratiques corporelles et énergétiques qui vous aident à déloger, à « désintrojecter » tout ce qui s’est greffé à vous au fil des blessures.

Je vous offre aussi des questions qui ouvrent, qui éclairent, qui démantèlent vos croyances duelles — ces fixations mentales à deux têtes qui vous maintiennent dans la sensation de séparation d’avec votre véritable nature. Ces questions sont des clés : elles déverrouillent les portes que vous aviez scellées à double tour. Par la double négation de vos propres réponses, vous découvrez tout ce que vous n’êtes pas.

Elles révèlent ce que vous affirmiez sans le savoir, dévoilent les croyances toxiques que vous aviez laissées s’enraciner en vous. Elles font surgir, dans la pénombre de l’inconscient, ce qui vous tenait captif — et ce qui peut enfin se défaire. Elles vous permettent de quitter l’hypnose identitaire. Ainsi, ce qui n’est pas vous se détache, et ce qui est vous peut enfin respirer.

Je vous accompagne alors à incarner pleinement votre individualité et votre autonomie, tandis que se dissolvent les mirages anciens : les fantasmes de l’enfance, les blessures enfouies, les récits illusoires qui vous retenaient. Vous entrez ainsi dans la clarté du réel, là où l’ego retrouve ses fonctions essentielles.

Une personne dotée d’un ego fonctionnel ne se surestime ni ne se dévalorise, ne se perçoit ni parfaite ni imparfaite, ni supérieure ni inférieure. Connaissant tout ce qu’elle n’est pas, elle demeure dans la puissance d’être. Elle est portée par l’amour sans objet et par la joie de la Présence de l’Être.

Prabhã Calderón