S'affranchir de la dépendance affective

17 sept. 2024

Par Prabhã Calderón

Cet article explore les différentes facettes de la dépendance affective, ses origines, ses manifestations et les moyens de s’en libérer. Il se base sur les enseignements du connu psychologue et professeur israélien Sam Vaknin, ainsi que sur mon expertise et mon expérience personnelle.
À travers une analyse approfondie de quatre sous-types, nous examinerons comment la dépendance psychoaffective — enracinée dans l’enfance et fondée sur une croyance inébranlable à propos de soi — influence la vie des personnes concernées ainsi que leurs relations intimes.

Introduction : l’état régressif des dépendants affectifs

Chaque individu présente un écart entre son âge chronologique et son âge psycho-émotionnel, ce qui peut parfois se traduire par des comportements infantiles. Cependant, chez les personnes souffrant de dépendance affective, cet écart devient disproportionné dans le cadre de leurs relations intimes : elles réagissent depuis un état psycho-émotionnel figé dans l’enfance.

  • Dans la société ou sur le lieu de travail, ces personnes peuvent adopter un comportement adulte tout en demeurant prisonnières d’une anxiété persistante, figée dans l’enfance.

  • Dans leurs relations intimes, leur immaturité psycho-émotionnelle et cette anxiété se manifestent avec une intensité particulièrement marquée.

Manque de confiance en soi ou manque total d’autonomie ?

La personne souffrant de dépendance affective manque de confiance en elle-même, mais elle conserve son autonomie. Elle ne se fie ni à ses capacités ni à son jugement, sauf lorsqu’elle adopte une posture empathique et qu’elle aime quelqu’un.
Sa faible estime de soi, son manque de confiance et ses émotions dérégulées l’empêchent souvent de se lancer dans des projets ou de progresser pleinement. Cependant, elle est capable de se prendre en charge et d’avancer à son propre rythme.
La dépendance affective n’est donc pas un diagnostic officiel de santé mentale reconnu dans la dernière édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM).

À l’inverse, le trouble de la personnalité dépendante (TPD), reconnu dans le DSM, est un trouble clinique, plus profond et persistant, qui se distingue par une incapacité fondamentale à être autonome. Dans ce cas, même la décision la plus simple peut devenir une épreuve insurmontable, nécessitant constamment l’aide et la guidance d’autrui.
Si l’anxiété de la personne souffrant de TPD est très intense, elle sombre dans le catastrophisme et ressent une peur quasi permanente. Lorsqu’elle refuse consciemment l’autonomie personnelle ou se sent incapable de l’assumer, elle peut devenir étouffante. Elle place alors son partenaire intime sous pression, en recourant à un chantage affectif constant. En ce sens, les comportements liés à ce trouble peuvent parfois être difficiles à distinguer de ceux associés au trouble de la personnalité borderline.

Une ambition et une créativité réprimées

La personne dépendante affective n’est pas satisfaite de sa dépendance à l’égard des autres. Elle peut parfois donner l’impression, à tort, d’être indolente ou passive. En réalité, elle est souvent animée par une ambition et une créativité qui, malheureusement, restent souvent réprimés. Bien qu’elle s’efforce de gérer sa vie, d’être autonome et efficace, elle peut échouer en raison de ses croyances limitantes et ses comportements, particulièrement dans une dynamique de couple.

Par exemple, elle est convaincue qu’elle doit toujours se comporter de manière irréprochable. Elle estime devoir plaire aux autres et à son partenaire intime, éviter toute critique ou tout désaccord. Par peur de perdre le soutien de sa famille ou de ses amis, elle considère que répondre à toutes leurs demandes, sans exception, est nécessaire pour préserver leur présence et obtenir la nourriture émotionnelle qu’elle croit indispensable. Par conséquent, elle rencontre de grandes difficultés à poser des limites claires.

La dépendance affective : une hypnose identitaire

Les dépendants affectifs souffrent d’une interruption dans le développement d’une structure psycho-émotionnelle solide et d’un ego fonctionnel. Cette interruption les conduit à adopter une fausse identité, assoiffée d’amour. L’identification à cette identité crée une sorte d’hypnose identitaire.

Ce phénomène hypnotique résulte souvent d’un trouble de stress post-traumatique (TSPT), causé par une instrumentalisation excessive ou par des maltraitances psycho-émotionnelles et corporelles prolongées, subies durant l’enfance. Ces expériences traumatiques sont fréquemment perpétrées par des parents extrêmement immatures, voire pathologiques. De nombreux dépendants affectifs ont été utilisés comme des « solutions » aux divers problèmes psychologiques de leurs parents.

La quête d’amour : une peur de ne pas pouvoir vivre sans l’autre

Chez les personnes dépendantes affectives, la quête d’amour est constante, car elle est alimentée par une profonde insécurité liée à la peur de la séparation ou à la crainte de rester seules pour le reste de leur vie.
Cette insécurité se manifeste par une anxiété persistante et des états régressifs, qu’elles utilisent pour contrôler et manipuler leur partenaire intime à partir d’une position de fragilité véritablement infantile.
Elles se comportent alors comme des enfants ayant besoin d’être aimées inconditionnellement et de voir leurs besoins psychologiques et affectifs satisfaits par l’autre.
Elles se comportent alors comme des enfants en quête d’un amour inconditionnel et cherchent à voir leurs besoins psychologiques et affectifs comblés par l’autre.
Elles croient également que jouer simultanément le rôle de mère et celui d’enfant, les protège contre les maltraitances, les blessures ou l’abandon.

Le « diamant noir » de toutes nos peurs : l’enfer triadique

Le « diamant noir » de toutes nos peurs n’est pas la peur de la mort, ni celle de ne pas exister, mais bien celle de « ne pas être ». Nos peurs et anxiétés trouvent leur origine dans une insécurité profonde.

Cependant, il est essentiel de souligner que l’anxiété et l’insécurité chroniques ne peuvent persister sans la focalisation inconsciente de l’attention sur ses croyances limitantes ou sur ses défaillances.

La personne souffrant de dépendance affective oriente inconsciemment son attention sur un « enfer triadique », une fusion de trois incapacités et sensations :

  1. Un doute profond de soi : une incertitude persistante concernant ses propres capacités, valeurs et décisions, accompagnée d’une perception de soi altérée.
    Cette altération de sa perception peut se manifester par une tendance à se concentrer de manière disproportionnée sur ses erreurs ou insuffisances, ainsi que par un besoin constant d’approbation ou d’assurance extérieure pour compenser une estime de soi fragile.

  2. Une certitude de manquer d’amour, de valeur personnelle et de sens dans sa vie.

  3. Un vide intérieur, souvent ressenti sous la forme d’une dépression chronique ou latente.

L’identification à cet « enfer triadique » engendre une honte toxique insupportable chez les personnes dépendantes affectives, nourrissant une quête inatteignable : celle de trouver un amour unique et romantique qui pourrait enfin les rendre heureuses.

L’observateur : une focalisation de l’attention sur l’enfer triadique

Identifiés à notre personnage habituel, nous focalisons continuellement notre attention sur la manière de contrôler la peur. Ressentez, par exemple, vos postures corporelles, vos contractions, vos tensions, ainsi que votre respiration courte. Ne sont-elles pas les indicateurs d’une peur que votre « personnage » cherche à contrôler ? La focalisation inconsciente de l’attention sur la peur et son contrôle est ce que j’appelle : « l’observateur ».

Lorsque je pose la question : « Où se focalise ton attention ? », les dépendants affectifs répondent invariablement : « Sur mon/ma partenaire intime. »

Puis, quand je leur demande : « Qu’évites-tu en focalisant ton attention sur lui/elle ? », leurs réponses révèlent leur peur : « J’évite de me retrouver seul(e), sans amour, vide, sans place dans ce monde, sans histoire, et incapable d’exister sans lui/elle. »

Ils expriment cela, même lorsque leur partenaire est un(e) narcissique pathologique qui, de toute évidence, ne leur apporte aucun ARA : Amour, Respect et Attention. En réalité, l’attention de « l’observateur » de notre « hologramme » demeure figée sur le danger de « l’enfer triadique » généré dans l’enfance : Le doute de soi, le manque et le vide.

Leur attention, représentée par ce que l’on appelle « l’observateur », demeure figée sur « l’enfer triadique » : le doute de soi, le manque de l’amour de l’autre, ainsi qu’un vide abyssal et une solitude insupportable. Ils vivent alors dans une insécurité permanente et un état chronique de régression d’âge.

Les conséquences de cette focalisation de l’attention

Il y a deux comportements principaux qui découlent de la focalisation de l’attention sur l’« enfer triadique » :

Premier comportement : l’instrumentalisation de l’autre
Si vous souffrez de dépendance affective, vous avez une anxiété d’abandon ou de séparation. Par conséquent, vous dépendez de votre partenaire intime pour réguler vos émotions et votre équilibre intérieur, pour fonctionner, et pour éviter de vous sentir seul(e) et déprimé(e).
Vous recherchez en lui/elle une source de réassurance et de joie de vivre, modifiant ainsi l’image ou la sensation que vous avez de vous-même grâce à cette relation que vous jugez indispensable.

Deuxième comportement : des stratégies de manipulation
Vous manipulez votre partenaire intime en jouant sur votre fragilité ou votre impuissance et votre besoin d’attachement, dans le but de l’inciter à agir en votre faveur. Vous l’utilisez en partant de la croyance que, sans lui/elle, vous ne pourriez pas vivre.
En état de régression infantile et vous sentant inférieur(e) vis-à-vis de votre partenaire, vous tentez de contrôler la dynamique de votre relation.

Par exemple, vous le manipulez en vous accrochant à lui/elle, en affichant un besoin affectif excessif ou en faisant preuve d’une empathie ostentatoire destinée à le/la séduire et le maintenir à vos côtés. Vous recourez au chantage émotionnel et aux stratégies machiavéliques pour atteindre vos objectifs.

Le chantage émotionnel

Le chantage émotionnel est une forme de manipulation psychologique utilisée pour influencer les décisions ou les comportements d’une autre personne en exploitant ses émotions. Il s’agit d’une stratégie relationnelle dans laquelle une personne exerce une pression sur une autre en suscitant des sentiments de culpabilité, de peur, ou de responsabilité de la relation, dans le but d’obtenir ce qu’elle souhaite.

Voici quelques caractéristiques du chantage émotionnel : 

  1. Menace implicite ou explicite : La personne manipulatrice peut laisser entendre qu’il y aura des conséquences négatives si ses attentes ne sont pas satisfaites.

    • Exemple : « Si tu m’aimais, tu ne parlerais plus avec ton ex-femme. C’est elle ou moi. »

  2. Culpabilisation : La culpabilité est souvent utilisée pour faire plier la victime, en lui faisant croire qu’elle est égoïste ou indifférente si elle ne cède pas.

    • Exemple : « Après tout ce que j’ai fait pour toi, tu me dois bien ça. Tu devrais ressentir de la gratitude. »

    • Ou bien : « Si tu m’aimais vraiment, tu ferais ce que je demande. »

    • Ou encore : « Si tu ne fais pas ça pour moi, je ne sais pas comment je vais m’en sortir. »

  3. Exploitation des peurs : Le manipulateur peut jouer sur les insécurités ou les peurs de la victime, comme l’abandon, le rejet ou le conflit.

    • Exemple : « Si tu pars, je ne pourrai pas vivre sans toi, je pourrais me suicider. »

  4. Répétition : Le chantage émotionnel s’installe souvent dans un schéma répétitif, où les mêmes tactiques sont utilisées à plusieurs reprises pour affaiblir la résistance de la victime.

    • Exemple : « Tu ne me fais jamais confiance. »

  5. Déséquilibre de pouvoir : Cette dynamique crée un déséquilibre, car la personne manipulée se sent obligée de céder pour maintenir l’harmonie ou éviter une escalade.

    • Exemple : « C’est toi qui es fautif(ve), pas moi. »

Il s’agit des stratégies qui peuvent évoluer vers un comportement machiavélique, où la manipulation de l’autre devient intentionnelle et calculée.

Voici quelques exemples de stratégies machiavéliques : 

  • Faire des compliments pour obtenir une faveur ou l’amour de l’autre.

    • Exemple : « Tu es tellement intelligent(e). Je suis sûr(e) que toi, tu pourrais m’aider avec ce problème. »

  • Projeter une image généreuse ou altruiste dans le but d’obtenir amour ou reconnaissance.

    • Exemple : « J’ai passé des heures à t’aider, mais ce n’est rien si tu reconnais ma valeur. »

  • Rappeler à l’autre ce qu’il « doit » en retour d’une générosité.

    • Exemple : « N’oublie pas que c’est grâce à moi que tu as pu avoir cette opportunité. »

  • Évoquer les sacrifices faits pour justifier une demande ou un comportement.

    • Exemple : « J’ai tout sacrifié pour toi, mais tu ne reconnais rien. »

  • Simuler la tristesse ou utiliser la distance pour obtenir un avantage.

    • Exemple : « J’ai pleuré toute la nuit à cause de toi, mais je vois que ça ne te touche pas. »

  • Faire des menaces d’abandon ou de rejet :

    • Exemple : « Si tu pars, je vais me suicider. »

Les personnes dépendantes affectives qui adoptent le chantage émotionnel ou les stratégies machiavéliques sont souvent inconscientes, tant de leurs intentions que de leurs comportements. Cependant, il est important d’observer la dynamique de couple et les réactions de chacun face à l’autre. Par exemple, si le partenaire est un narcissique classique ou un narcissique caché, passif-agressif, la tristesse ou la colère de la personne dépendante affective sont certainement légitimes.
Vous pouvez lire les comportements de ses derniers en cliquant ici : Le fantasme partagé des narcissiques.

Nous ne pouvons pas ne pas être

Personne ne peut « cesser d’être » en raison du manque d’amour ou d’acceptation d’autrui, car l’amour et l’acceptation résident avant tout dans notre propre cœur.
Pourtant, en réaction à « l’enfer triadique », les dépendants affectifs s’engagent dans une quête désespérée : celle d’un amour unique et romantique d’une personne qui les acceptera totalement et de manière inconditionnelle.
Elles cherchent une relation fusionnelle et symbiotique sur laquelle elles pourront s’appuyer pour gérer leur vie, réguler leur estime personnelle, leurs émotions et leur équilibre intérieur, espérant ainsi se sentir heureuses et rassurées.
Cependant, cette quête peut les conduire à se retrouver piégées dans une relation avec une personne narcissique qui, dans un premier temps, leur donne l’illusion d’être entièrement acceptées.

Les idées hypnotiques contre l’enfer triadique

Dans leur quête de réponses et de réconfort face au manque d’amour, au vide intérieur et à l’anxiété qui les tourmentent, les dépendants affectifs deviennent vulnérables à une multitude d’idées séduisantes et de propositions hypnotiques.

Par exemple, l’idée de l’« âme jumelle » est souvent mise en avant par des personnes naïves. Cette notion, parfois appelée « flamme jumelle » ou « âme sœur », est présentée comme une connexion intense entre deux âmes, où l’autre serait perçu comme sa « moitié ». Cependant, cela est impossible, car l’être que nous sommes est indivisible et ne peut être fragmenté.

Selon ces personnes, cette connexion serait instantanée, simultanée et curative. Elles affirment que les flammes jumelles agissent comme des miroirs, permettant à chacun de s’idéaliser mutuellement. Pourtant, cette notion est un véritable piège. L’idéalisation mutuelle engendre un état hypnotique qui déforme la perception de soi et de l’autre, plongeant le couple dans une dynamique régressive où l’un des partenaires est vulnérable aux manipulations de l’autre.

Les conséquences sont les suivantes :

  • L’exploitation des croyances par les manipulateurs :
    De manière inquiétante, les narcissiques ou les psychopathes exploitent la croyance des « flammes jumelles » afin de manipuler leurs victimes. En flattant et amplifiant la grandeur perçue de leur partenaire, ils consolident leur contrôle. Ainsi, l’abuseur hypnotise sa victime, qui le perçoit comme sa « flamme jumelle » et une figure parentale idéale. Cela permet aux psychopathes d’utiliser les stratégies de « gaslighting ». Pour en savoir plus, consultez l’article à ce sujet en cliquant ici : Le gaslighting.

  • La spirale de dépendance et d’isolement :
    Cette relation dysfonctionnelle, souvent couplée à un isolement progressif, renforce la dépendance de la victime, qui devient incapable de se détacher de sa « flamme jumelle » sans ressentir une panique profonde, car son enfer triadique se confirme.

  • Un détournement de l’attention des actions essentiales à poser :
    Ce type d’idées, bien que séduisant en surface, est conçu pour détourner l’attention des dépendants affectifs de l’essentiel : l’exploration et la déconstruction des dynamiques mentales toxiques qui les maintiennent dans un état de dépendance affective.

La quête d’une union totale : une illusion

En résumé, la quête incessante d’une relation fusionnelle découle d’un vide intérieur, d’un doute profond de soi et d’un sentiment persistant de manque d’amour et de valeur personnelle. Une telle dynamique ne fait qu’accentuer un état de régression psychologique et conduit, inévitablement, à la douleur d’une séparation.

Si vous souffrez de dépendance affective, votre véritable but de vie ne réside pas dans la recherche d’un « sauveur extérieur », mais dans la libération de vos états hypnotiques, la guérison de votre stress post-traumatique et votre cheminement vers une autonomie psycho-émotionnelle. C’est cette autonomie qui ouvrira la voie à un amour débarrassé des attachements toxiques.

Ce que l’amour n’est pas

Faisons une parenthèse pour explorer ce que le professeur Sam Vaknin dit à propos de l’amour : Personne ne peut définir l’amour. C’est un concept insaisissable, qu’aucun dictionnaire ne peut véritablement résumer. L’amour ne se communique pas pleinement, car il est une expérience profondément individuelle : un langage privé, un état émotionnel unique, une humeur singulière et idiosyncrasique.

L’amour n’est pas l’engouement
L’amour est souvent confondu avec l’engouement ou l’attirance. Dans ces cas, il repose sur une base biochimique semblable à celle d’une addiction, activant les mêmes centres du cerveau. Mais l’engouement n’est pas de l’amour. La promiscuité, qu’elle soit émotionnelle ou physique, n’est pas de l’amour non plus. C’est le résultat d’un trouble de stress post-traumatique (TSPT).

L’amour n’est pas une idéalisation
Si vous aimez quelqu’un pour la façon dont il vous idéalise, vous vénère, vous met sur un piédestal ou vous regarde comme la personne la plus parfaite, vous n’aimez pas vraiment. Dans ce cas, vous êtes intégré(e) dans son « fantasme partagé », et vous vous aimez à travers son regard. Ce n’est pas de l’amour, mais de l’auto-engouement. Vous vous idéalisez à travers l’image qu’il vous renvoie. Cela relève d’un amour-propre confirmé par certains mécanismes narcissiques.
L’amour authentique n’implique jamais de fantaisie ou d’idéalisation : il est toujours ancré dans la réalité.

L’amour n’est pas « aimer l’état amoureux »
Certaines personnes aiment l’état d’être amoureux. Elles ne se sentent vivantes que dans cet état, car sans cela, leur vie paraît terne, grisâtre, banale ou vide. Aimer quelqu’un n’est pas synonyme de rechercher constamment cet état d’exaltation. Si vous êtes accro à cette sensation d’excitation, d’épanouissement ou de puissance, et que votre partenaire est interchangeable parce que seule l’émotion compte, ce n’est pas de l’amour. C’est du narcissisme.

Aimer quelqu’un n’est pas fuir la solitude ou le désespoir
L’amour n’a rien à voir avec un désir de combler un vide, d’apaiser un désespoir ou de fuir la solitude. La solitude est un état d’esprit, et le désespoir un mauvais conseiller. Utiliser une autre personne pour se réconforter ou se médicamenter avec son attention, ce n’est pas de l’amour. C’est exploiter et objectiver l’autre.

L’amour n’est pas une fusion avec l’autre
L’amour ne consiste pas à fusionner, à devenir « un » avec l’autre ou à dépendre de lui pour tout. Ce n’est pas non plus jouer un rôle parental ou offrir un amour inconditionnel au point de se sacrifier ou de disparaître dans l’autre.
L’amour n’est jamais une régulation externe. Les personnes dépendantes affectives ou celles ayant des traits « borderline » se trompent lorsqu’elles attendent de leur partenaire qu’il régule leurs émotions, stabilise leurs humeurs ou définisse leur réalité. Ce n’est pas de l’amour, mais de l’égoïsme déguisé en don de soi.

Que signifie aimer quelqu’un ?

Le professeur Sam Vaknin l’explique : Aimer quelqu’un, c’est l’aimer pour ce qu’il est, indépendamment des bénéfices ou des résultats attendus. L’amour véritable transcende l’utilité et les attentes. Il est ancré dans la réalité, dans une acceptation sincère de l’autre, sans fantaisie ni idéalisation.

Aimer, c’est voir son partenaire : c’est l’acte suprême, primordial et fondateur de l’amour. Voir quelqu’un signifie reconnaître pleinement sa nature unique, lui permettre d’être une entité distincte avec ses dons, ses limites et ses potentiels qu’il réalise par lui-même.

Votre partenaire intime est une personne à part entière. Ce n’est pas une projection de vos désirs, ni une créature issue de votre « paracosme », de votre monde imaginaire infantile. Il/elle n’est pas non plus parfait(e). C’est un être humain.

Aimer quelqu’un, c’est donner et recevoir dans le respect des limites, avec des compromis et des négociations. L’amour est l’art de collaborer pour avancer ensemble vers des objectifs communs, tout en partageant des valeurs communes. C’est une construction visant à être présent dans la vie de l’autre, non seulement pour le bien de chacun, mais aussi pour contribuer à faire le bien.

Qu’est-ce que l’amour pour les narcissiques ?

Si vous avez lu mes articles sur les narcissiques classiques et les narcissiques cachés, vous aurez remarqué qu’ils confondent l’amour avec de nombreuses croyances erronées.

  • Pour eux, l’amour équivaut à l’abus qu’ils ont subi durant leur enfance.

  • L’amour, c’est utiliser l’autre comme un « objet interne », une extension d’eux-mêmes pour en extraire leur provision narcissique.

  • L’amour, c’est un « fantasme partagé » : un scénario construit pour soutirer sa provision narcissique, où l’autre est instrumentalisé et traumatisé par ses comportements.

  • Pour eux, l’amour signifie être pris en charge comme un enfant, être servi, comblé sexuellement et approvisionné narcissiquement, tout en faisant de leur partenaire intime une mère de substitution destinée à régler les comptes non résolus avec leur mère d’origine.

Si tel est le cas, une question se pose : Comment et pourquoi les dépendants affectifs se font-ils maltraiter et détruire par des narcissiques pathologiques, voire des psychopathes ?

La réponse : leur locus de contrôle externe

En état régressif et hypnotisés par leurs croyances illusoires sur l’amour, les dépendants affectifs adoptent un locus de contrôle externe, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux manipulateurs. En d’autres termes, ils cèdent à l’autre le pouvoir de contrôler et de gérer leur vie. L’autre peut être un « mari imaginaire », un « ange protecteur » ou un véritable manipulateur abuseur.

L’abuseur les réduit alors à l’état de propriété et de marionnette. Toutes leurs décisions, émotions, pensées et humeurs sont dictées par le narcissique.
Ce processus, appelé entraînement hypnotique, permet aux narcissiques pathologiques de se percevoir comme supérieurs, omniscients, tout-puissants et quasi-divins. Ils soutirent ainsi leur provision narcissique, afin de rétablir leur équilibre intérieur. Consultez l’article à ce sujet en cliquant ici : La provision narcissique.

La rencontre de deux personnes aux faims opposées

Pourquoi les personnes atteintes de narcissisme pathologique agissent-elles ainsi ?
Pour comprendre leurs comportements, il est essentiel d’examiner leur dynamique interne. Vous pouvez en apprendre davantage en consultant mes articles sur le sujet. Mais pour l’instant, retenez ceci :

  • Les narcissiques souffrent d’une anxiété profonde de manquer d’existence.

  • Chez les dépendants affectifs, c’est la peur de manquer d’amour qui les tourmente.

  • Ainsi, tandis que les narcissiques sont « affamés » d’existence, les dépendants affectifs, eux, sont « affamés » d’amour.

Lorsque les deux profils se rencontrent, leurs faims respectives s’opposent. Le narcissique, pour se sentir exister, cherche à se séparer de son/sa partenaire intime, qu’il perçoit comme sa mère. À l’inverse, le dépendant affectif éprouve un besoin urgent de s’attacher à lui/elle, espérant combler son besoin d’amour et de valorisation en devenant à la fois la mère et l’enfant de son/sa narcissique.

L’effet miroir : s’aimer par l’intermédiaire de l’autre

La personne dépendante affective ne s’aime que lorsqu’elle aime quelqu’un. Ce phénomène, désigné comme « effet miroir » par le professeur Sam Vaknin, reflète une dynamique particulière dans les relations.
Si l’autre personne est narcissique, la personne dépendante affective s’accroche à l’idéalisation de l’image que le narcissique projette sur elle à travers son regard. Dans certains cas, cette relation constitue pour la personne dépendante affective sa première expérience d’amour-propre, ou d’amour pour l’image qu’elle perçoit d’elle-même.
De son côté, le narcissique idéalise cette source de « provision narcissique », car elle lui permet à son tour de s’idéaliser et de réguler son amour-propre.

Quelle peur vous obsède en permanence ?

Si vous portez en vous la dépendance affective, votre insécurité profonde s’enracine dans une peur obsédante : celle de n’être rien sans un autre pour vous aimer, vous protéger, apaiser vos tempêtes intérieures, ancrer votre équilibre et nourrir votre bonheur.

Votre esprit s’englue alors dans cet « enfer » intérieur, un labyrinthe où résonne le doute : pouvez-vous être vous-même sans ce regard qui pourrait vous contenir ?
Vous ressentez la peur lancinante de manquer d’amour, de vivre dans une île déserte, errant pour toujours dans ce vide intérieur qui vous consume. Vous croyez que, sans ce pilier extérieur imaginé pour combler ce gouffre invisible, vous seriez perdu(e) – illusion persistante d’un abîme qui ne vit que dans les replis de votre esprit.

Alors, tel(le) un(e) mendiant(e) des cœurs, vous quêtez de maigres fragments d’amour auprès de ceux qui ne peuvent jamais vous les offrir. Et pourtant, cet amour que vous poursuivez, ce mirage destiné à combler un néant sans fond, n’est qu’une promesse fragile, une ombre qui vous éloigne de l’amour authentique, celui qui repose déjà, en silence, au fond de votre cœur.

L’origine de la dépendance affective

La personne émotionnellement dépendante n’a pas été véritablement vue, écoutée, acceptée ou aimée durant son enfance. Elle a plutôt été instrumentalisée ou encore maltraitée par l’un de ses parents ou par les deux, ce qui l’a laissée assoiffée d’amour.

  • C’est pourquoi elle rêve d’un amour sublime, unique, fusionnel et romantique qui la rendra enfin heureuse.

  • Ancré dans l’enfance, ce rêve engendre des comportements infantiles.

  • En couple, ces comportements s’apparentent à ceux des bébés qui, par crainte de l’abandon, cherchent à provoquer des réponses protectrices.

Même si elle réussit bien dans sa vie, elle continue de rechercher une figure parentale. Elle vit donc dans un état chronique de régression infantile.

Qu’est-ce que l’instrumentalisation ?

Lorsque nous parlons des abus subis durant l’enfance, nous pensons aux maltraitances verbales, physiques et psychoaffectives, mais nous évoquons rarement l’instrumentalisation. Pourtant, l’instrumentalisation est un abus psychologique qui empêche les enfants de s’individualiser, de se séparer psychologiquement de leurs parents, afin d’évoluer vers leur autonomie émotionnelle et affective.

La psychanalyste allemande Karen Horney décrit magnifiquement ce phénomène :

« Les parents n’aiment pas leur enfant pour ce qu’il est, mais pour ce qu’ils souhaitent qu’il soit. Ils en font l’accomplissement de leurs rêves inaboutis, le porteur de leur frustration inconsciente, l’instrument par lequel ils peuvent transformer leurs échecs en succès, leur humiliation en victoire et leurs frustrations en bonheur. L’enfant est ainsi conditionné à ignorer sa propre réalité essentielle et à occuper l’espace illusoire créé par ses parents. »

D’autres formes d’abus infligées aux enfants

L’instrumentalisation n’est pas la seule forme d’abus. Les enfants peuvent également être maltraités par l’enchevêtrement, le non-respect de leurs frontières psychoaffectives, ou au contraire, par l’imposition de limites très rigides.

Certains subissent la manipulation, le contrôle constant, le décervelage hypnotique ou « gaslighting », la négligence, l’ignorance, le dénigrement, le manque de respect, ou encore des injustices telles que les menaces, les punitions physiques, l’intimidation constante, l’abandon, le rejet, l’humiliation ou la trahison.

L’enfant peut se faire attribuer des rôles irréalistes, comme celui de bouc émissaire d’un des parents, de souffre-douleur, de compagnon de substitution, de parent d’un des parents, de clown, de partenaire romantique, etc.
D’autres encore sont psychologiquement castrés par un parent possessif qui les transforme en son « objet interne ». Consultez l’article à ce sujet en cliquant ici : Le syndrome de l’otage chez les enfants.

  • Une forme d’abus très courante est la transaction affective.

La transaction affective : une demande irréaliste

Les parents sont abusifs lorsqu’ils empêchent leur enfant de s’individualiser et de se séparer d’eux, que ce soit par des maltraitances physiques ou par une instrumentalisation émotionnelle et psychoaffective.

Ces parents conditionnent leur amour à une transaction : combler leur propre vide existentiel ou affectif, tout en répondant à leurs besoins psycho-émotionnels compulsifs.

Par exemple, un parent dépendant affectif qui perçoit son enfant comme un substitut de parent, de compagnon, ou comme l’objet de ses attentions qui comblera son besoin d’amour, risque de l’amener à développer une dépendance affective ou un narcissisme pathologique. De la même manière, un parent narcissique qui voit son enfant comme une extension de lui-même ou comme un souffre-douleur peut également le pousser à développer l’un de ces troubles.

Les répercussions transgénérationnelles

À l’âge adulte, les personnes souffrant de dépendance affective se retrouvent souvent piégées dans un couple dysfonctionnel qui les ré-traumatise. Le couple « narcissique/dépendant », par exemple, est si dysfonctionnel qu’il impose à ses enfants des exigences ahurissantes au nom de l’amour, comme celle de devenir les porteurs de leur folie à deux.

Issu de parents dysfonctionnels, ce couple immature maltraite, instrumentalise et brise les frontières psychologiques de leurs enfants, lesquels, par la suite, peineront à évoluer vers leur autonomie psychoaffective. C’est une chaîne transgénérationnelle, fondée sur des structures psycho-émotionnelles fragiles.

Une autre conséquence majeure est que ces enfants, élevés dans un environnement dysfonctionnel, restent figés dans l’emprise hypnotique de leurs parents. Cela les conduit à développer un attachement pathologique envers eux, ainsi qu’une structure psycho-émotionnelle fragile et un ego dysfonctionnel.

L’autopunition : une emprise hypnotique

Une des conséquences majeures d’avoir grandi dans un environnement dysfonctionnel est que les dépendants affectifs vivent sous l’emprise hypnotique exercée par leurs parents. Cette emprise les empêche de développer une structure psycho-émotionnelle solide et les pousse à entretenir un attachement pathologique envers eux.

Sous l’effet des « voix internes » impitoyables qu’ils intériorisent de parents culpabilisants, les dépendants affectifs développent une vision négative d’eux-mêmes. Ces voix génèrent des pensées obsessionnelles, nourries par les messages négatifs reçus durant l’enfance. En ruminant constamment ces pensées sans distinguer leur contenu de la réalité, ils s’auto-punissent, convaincus de la véracité de ces jugements internes. Ce processus reflète le manque de certaines fonctions essentielles de l’ego.

L’ego et ses fonctions cruciales

Dans le langage courant, l’ego est souvent associé à l’égocentrisme, mais son rôle véritable est bien plus complexe et fondamental.
L’ego est une structure psycho-émotionnelle hautement organisée, qui se développe durant l’enfance, au fil de notre évolution vers l’autonomie. Il nous permet de discerner ce qui est vrai de ce qui est faux, ce qui est essentiel de ce qui ne l’est pas, ce qui est un devoir de ce qui ne l’est pas, et ce qui nous convient de ce qui ne nous convient pas.

Les fonctions de l’ego sont les suivantes : L’examen de la réalité, la distinction entre nos objets internes mentaux et les objets externes se trouvant dans la réalité, le contrôle de nos impulsions, la régulation de nos émotions, la capacité cognitive, la capacité de jugement, l’ancrage de défenses saines, le processus de synthèse, le récit de notre vie et le surmoi. Consultez l’article à ce sujet en cliquant ici : Les fonctions cruciales de l’ego.

Ces fonctions cruciales de l’ego sont complètement altérées, ou même absentes, chez les personnes souffrant de traumatismes complexes et de troubles de la personnalité, tels que la dépendance affective et le narcissisme pathologique.

L’autoévaluation des dépendants affectifs

Une évaluation réaliste de soi et du monde est essentielle au bon fonctionnement de l’ego. Les dépendants affectifs, en revanche, se comparent sans cesse aux autres, s’auto-évaluent de manière négative et se dévalorisent. Leur perception des autres devient ainsi profondément irréaliste : en se focalisant uniquement sur ce qui leur manque, ils sont incapables de reconnaître les failles ou les comportements destructifs chez les autres.

Pour le narcissique, c’est tout l’inverse. Son autoévaluation est totalement délirante, mais sa perception des autres, guidée par une empathie froide strictement cognitive, est d’une précision à glacer le sang.

La dysrégulation émotionnelle

L’une des fonctions de l’ego est la capacité de réguler nos émotions, afin de nous empêcher d’en être submergés.
Si vous souffrez de dépendance affective, vous externalisez votre régulation émotionnelle en la confiant à vos proches ou à l’être aimé, car votre dysrégulation émotionnelle se traduit par une difficulté persistante à gérer, moduler ou répondre de manière appropriée à vos propres émotions.
Ainsi, en l’absence d’un(e) partenaire intime vous pouvez éprouver des épisodes de dépression, tandis qu’en sa présence, vos émotions peuvent devenir chaotiques.

  • Par exemple, le sous-type limite (borderline) : Si votre dépendance affective est de type limite, vous souffrez d’une anxiété d’abandon écrasante. Vous espérez que votre partenaire va réguler vos émotions. Vous lui demandez continuellement de vous rassurer et de vous promettre qu’il ne vous abandonnera jamais.

  • Sous-type phobique : Si votre dépendance affective est de type phobique, vous comptez sur votre partenaire pour apaiser votre anxiété, en exigeant qu’il vous rassure. Submergé(e) par vos peurs, vous oscillez entre des phases d’effacement ou de retrait et des accès de colère imprévisibles, pouvant aller jusqu’à des actes de violence envers votre partenaire. Vous projetez vos angoisses et terreurs sur lui, ou sur d’autres, et les accusez d’en être la cause.

Nous reviendrons un peu plus tard sur ces deux types de dépendance affective.

L’examen de la réalité

Une autre fonction cruciale de l’ego est l’examen de la réalité. Dans le cas de personnes souffrant de dépendance affective, cette capacité est perturbée, car leur perception d’eux-mêmes et du monde est complètement altérée et déformée.

  • Si vous souffrez de dépendance affective vous ne prêtez pas vraiment attention à ce qui se passe autour de vous.

  • Vous vous accrochez à des relations toxiques, car votre vision de vous-même et des autres est faussée.

  • Si vous commencez à idéaliser une personne que vous venez de rencontrer, vous ne voyez que ce que votre « personnage dépendante » désire percevoir.

  • Vous ne prenez pas le temps d’observer le comportement de l’autre personne en profondeur, ni d’examiner la manière dont elle interagit avec ses proches.

  • Même lorsque vous observez ses comportements, vous continuez à percevoir uniquement ce que votre personnage dépendant veut bien voir.

  • Vous vous reposez sur votre partenaire intime pour déterminer ce qui est réel ou non.

  • Si cette personne est narcissique, vous lui cédez votre pouvoir de faire de vous ce qu’elle veut, car votre capacité d’examiner ce qui se passe est absente.

Votre examen de la réalité est limité par la pensée magique

En raison de votre état régressif chronique et de votre espoir de vivre un amour romantique unique qui vous rendra enfin heureux(se), vous vous réfugiez dans la pensée magique.

  • La pensée magique correspond à cette croyance, propre à l’enfant, selon laquelle il peut influencer la réalité extérieure par ses pensées. C’est une forme de pensée illusoire normale à ce stade égocentrique de son développement.

Cependant, lorsqu’un adulte conserve ce type de croyance illusoire, cela révèle un processus psychopathologique sous-jacent. C’est le cas des dépendants affectifs, dont la pensée magique est directement liée à leur empathie psychoaffective, souvent mal comprise.

Si vous êtes dépendant(e) affectif(ve) :

  • Vous avez tendance à croire tout ce que les autres vous disent.

  • Vous imaginez que le monde est fondamentalement bon.

  • Vous pensez que la personne aimée peut changer sous l’influence de votre amour.

  • Cette croyance s’intensifie si votre partenaire intime est un narcissique pathologique.

  • Vous croyez que votre amour peut effacer la souffrance de vos proches.

  • Vous pensez que vos sentiments de joie sont contagieux et que le monde se sent beaucoup mieux à vos côtés.

  • Vous imaginez que l’Univers vous envoie des messages pour guider votre vie.

  • Lorsque vous trouvez un partenaire potentiel sur votre chemin, vous l’idéalisez immédiatement, surtout s’il s’agit d’un narcissique qui vous bombarde d’amour.

  • Cette idéalisation n’est qu’une forme de pensée magique.

  • Vous pensez avoir trouvé votre âme sœur ou le partenaire d’une vie passée, avec qui vous auriez une mission commune.

Toutes ces croyances ne sont que de la pensée magique produisant des états auto-hypnotiques.

L’enchevêtrement des strates de la conscience

La pensée magique vous empêche d’examiner la réalité objectivement, car elle génère un état hypnotique qui vous pousse à enchevêtrer les strates de la conscience.

  • Par exemple, vous confondez la dimension mentale avec la dimension externe, ou la dimension émotionnelle avec la dimension essentielle.

  • Vous mélangez vos « objets internes », qui sont purement mentaux, avec les « objets externes », c’est-à-dire les personnes présentes dans la réalité extérieure.

La discrimination entre objets internes et externes

La discrimination entre objets internes et objets externes est l’une des fonctions cruciales de l’ego.
Cependant, si cette distinction échoue, les relations deviennent confuses et troublées : l’autre est perçu non comme un être indépendant avec ses propres besoins et désirs, mais comme une projection de vos attentes et de vos manques.
Cela conduit à des relations dysfonctionnelles, où l’altérité de l’autre n’est pas reconnue, et où l’illusion d’une fusion affective masque la réalité.

Ainsi, si vous souffrez de dépendance affective, vous ne distinguez pas l’objet interne que vous avez fait de votre mère, qui réside dans votre esprit, de la personne réelle en face de vous, sur laquelle vous projetez cette figure maternelle.
Vous pouvez aussi transférer l’image de la mère idéalisée que vous auriez souhaité avoir sur la personne aimée.
Ou bien, vous procédez à l’introjection de l’image que vous vous faites de l’autre, le transformant en un objet interne, sans reconnaître ses besoins légitimes, ses espoirs ou sa façon d’agir envers vous.
Cela mène inévitablement à une relation dysfonctionnelle, car vous ne pouvez pas voir l’autre tel qu’il est réellement.

Vos défenses adaptatives autoplastiques

En raison de la dynamique infantile décrite précédemment, il n’est pas surprenant que vos mécanismes de défense psychiques soient également altérés.

Le psychisme de l’enfant que vous étiez a mis en place des défenses adaptatives, appelées « défenses autoplastiques », pour se protéger des abus psychologiques et de la terrible confusion entre amour et instrumentalisation. Ces défenses se traduisent par la croyance tenace d’être responsable des erreurs irréparables et de tout ce qui se passe dans vos interactions humaines. Vous vous percevez comme à l’origine des évolutions positives, mais surtout comme la cause des résultats négatifs.

Les défenses autoplastiques sont un mécanisme de contrôle :

En effet, lorsque vous ressentez honte et culpabilité, vous vous dites : « Je suis responsable de ce qui s’est passé. » Mais réfléchissez un instant… Si vous croyez avoir une responsabilité absolue sur ce qui se passe ou s’est passé, alors vous vous identifiez à un « personnage » tout-puissant aux commandes. Vous nourrissez ainsi le fantasme du contrôle, l’illusion d’être le maître de l’existence, et vous ne percevez plus la réalité telle qu’elle est.

Posez-vous cette question : la responsabilité individuelle existe-t-elle vraiment ?

Identifié(e) à votre « moi dépendant », vos défenses autoplastiques et votre culpabilité ne font que vous tromper, en vous donnant l’illusion de pouvoir contrôler les situations. Vous déguisez le contrôle en honte et en culpabilité. En ce sens, le contrôle produit des effets d’apparence thérapeutique, car il joue le rôle d’un anxiolytique.

Si vous pensez être pleinement aux commandes de votre vie et de vos décisions, alors vous devez aussi assumer l’entière responsabilité des résultats, en particulier des plus négatifs. Vous devenez alors « coupable » et, logiquement, vous devriez avoir honte de vous.
Le prix de votre contrôle, ce sont vos émotions toxiques et votre identification persistante à l’hologramme que vous croyez être. Autrement dit, la culpabilité et la honte sont le prix à payer pour ne pas perdre le contrôle et éviter de vous sentir impuissant(e) et désespéré(e).

Ainsi, lorsque vous vous mentez à vous-même, que vous vous surestimez et vous persuadez que l’environnement, les actions des autres et leurs conséquences ont été déterminés, dictés et dirigés par vous, vous devez alors, bien évidemment, en assumer l’entière responsabilité. Et si les choses tournent mal, il ne vous reste qu’à vous sentir coupable et honteux(se).

Cependant, si un jour vous prenez conscience que vous vivez en marge de votre propre existence, que votre malheur a été façonné autant par des forces extérieures que par des constructions imaginaires, et que vous n’avez jamais eu de prise sur l’évolution ni la direction de votre vie, alors vous paniquez : vous plongez dans une crise d’insécurité ontologique. Pourtant, cette crise, cette douleur que vous avez toujours tenté de fuir, est rédemptrice, car elle vous confronte à la souffrance profonde d’avoir cru n’être qu’un simple personnage mental – fictif, illusoire, erroné.

En ressentant la douleur d’avoir confondu « ce que vous êtes réellement » avec un « moi dépendant » – un simple rôle façonné par des fantasmes, des récits invisibles et mensongers hérités du passé et de vos parents – vous cessez de fuir et accueillez enfin l’effondrement des illusions sur vous-même. C’est alors que vous vous abandonnez à votre Véritable Nature, qui est l’accomplissement de vos élans profonds.

Votre cognition

L’altération de la perception, vos défenses psychiques infantiles, ainsi que l’identification à vos fantasmes inconscients et à vos objets internes, affectent vos capacités cognitives, limitant votre discernement et votre capacité à explorer ce qui se passe en vous.

  • En vous identifiant à votre personnage dépendant affectif, vous perdez la capacité de réfléchir et d’explorer ce qui se passe en vous, car votre attention est focalisée sur le manque d’amour, de valeur, de sécurité et de plénitude.

  • Cette focalisation accapare votre esprit, vous enfermant dans des pensées répétitives et/ou des émotions négatives liées à la dépendance affective.

  • Vos fonctions cognitives s’en trouvent donc diminuées, car vous perdez la capacité de discerner ce qui vous convient de ce qui ne vous convient pas, ce qui est essentiel de ce qui est secondaire, et ce qui relève d’une obligation et ce qui n’en relève pas.

Le manque de fonctions cruciales de l’ego se confirme par vos « objets internes » : les images de vos parents que vous portez dans votre psychisme, ainsi que leurs messages que vous avez introjectés (ou avalés), incorporés (ou consommés) et intériorisés (ou digérés). Vous vous êtes identifié(e) à tout cela, au point de porter vos parents comme des fantasmes qui hantent votre esprit.

Le fantasme du parent abusif idéalisé

Les parents des personnes souffrant de dépendance affective n’avaient pas un ego fonctionnel au moment où ils ont eu leurs enfants. Par conséquent, ils ont été maltraitants à bien des égards.

  • L’enfant a introjecté, incorporé et internalisé ses parents, ainsi que leurs maltraitances, s’attachant à eux de manière absolue et totale afin de s’en protéger, de les contrôler et de garantir sa survie.

La personne restée bloquée dans un état régressif recrée sans cesse les conflits de son enfance, s’identifiant à la fois au parent maltraitant, devenu un « objet interne », et à l’enfant blessé, lui aussi devenu un « objet interne ». Autrement dit, la représentation de l’enfant et du parent envahit le psychisme de la personne hypnotisée par son passé. L’enfant et le parent forment un binôme inséparable dans son esprit.

Les conséquences de ses introjections sont les suivantes :

Si vous êtes dépendant(e) affectif(ve), vous êtes tellement identifié à ces « objets internes », ces parents introjectés, incorporés et intériorisés, que vous vous oubliez. Vous accordez trop d’attention au parent qui vous instrumentalise, vous maltraite et fait de vous son « objet interne ». Vous continuez à régresser en âge et à réagir comme un enfant face à ce parent. Vous pensez que sa vie est plus importante que la vôtre, au point de vous consacrer davantage à lui/elle qu’à vous-même.

Deux voix cohabitent dans votre esprit : celle d’un parent idéalisé mais abusif, et celle de l’enfant blessé que vous étiez, auquel vous vous identifiez encore aujourd’hui. Identifié(e) à ces deux « objets internes », vous vous comparez constamment au parent tout-puissant qui vous maltraite, et cela vous fait vous sentir inférieur(e), presque déshumanisé(e).

Vous vous identifiez à ce que vous n’êtes pas. Vous croyez être ces « personnages » qui hantent votre esprit, ce qui vous empêche de vivre dans le moment présent. Par conséquent, vous ne ressentez pas la joie d’être pleinement vous-même.

L’assaut impitoyable de parents culpabilisants

Comment les dépendants affectifs réagissent-ils dans leur couple lorsqu’ils restent sous l’emprise de parents culpabilisants, désormais intériorisés sous forme d’objets internes ? Le professeur Sam Vaknin explique :

La personne dépendante affective croit, inconsciemment, devoir une fidélité éternelle à ses parents introjectés. Lorsqu’elle vit avec un(e) partenaire intime, elle s’auto-punit en anticipant l’assaut impitoyable des parents culpabilisants qu’elle porte en elle. Elle maltraite son partenaire intime pour l’avoir poussée à trahir son parent persécuteur idéalisé.

Elle est consciente du risque encouru, car parfois elle se comporte comme une personne limite (borderlime), voire psychopathe, en agressant son partenaire avec une charge émotionnelle intense. Lorsqu’elle maltraite son partenaire, elle sait qu’il pourrait partir, qu’il pourrait l’abandonner pour de bon. Pourtant, elle persiste dans ses comportements autodestructeurs, cédant à la pression écrasante des parents intériorisés, impitoyablement punitifs et culpabilisants. Par sa réponse paradoxale interne, elle semble leur dire : « Vous n’avez pas besoin de me punir, car je me punis moi-même. »

Ainsi, si vous êtes dépendant(e) affectif(ve), lorsque vous trouvez un(e) partenaire intime, vous l’aimez ou l’adorez parce que vous avez besoin de quelqu’un pour vous sentir vivant(e), réguler vos émotions, renforcer votre estime de soi et maintenir votre équilibre intérieur. Cependant, dans un état régressif, vous réagissez comme un enfant terrifié à l’idée d’avoir trahi un parent punitif et idéalisé. Vous en venez à maltraiter votre partenaire intime pour prouver à ce parent imaginaire que vous lui êtes toujours fidèle. Ce mécanisme défensif, paradoxalement, vous sabote, car il risque de détruire votre relation et de vous faire perdre votre partenaire intime.

Retournons maintenant à l’enfant qui a été maltraité et instrumentalisé : en grandissant dans un environnement où ses besoins ont été ignorés ou manipulés, cet enfant développe une fausse certitude de soi, qui devient le noyau de son identité appelé « faux core ».

La certitude inconsciente : un « faux core »

Qu’arrive-t-il au psychisme d’un enfant instrumentalisé et maltraité ? He bien, à travers l’introjection, l’incorporation et l’intériorisation des messages négatifs de ses parents, un « faux core » anxiogène émerge. Il s’agit d’une certitude illusoirement inébranlable, qui génère une hypnose identitaire.

  • Autrement dit, l’enfant s’identifie à un « faux self » ou « faux moi », qui n’est pas son être authentique.

  • Ce « faux self » a été engendré par un « faux core » ou certitude illusoirement inébranlable, adopté en réaction à l’instrumentalisation de ses parents.

Si, à l’âge adulte, grâce à un processus d’introspection, la personne parvient à reconnaître que le « faux core » et le « faux self » ne sont qu’un binôme illusoire, elle peut se réveiller de cette hypnose identitaire et vivre en accord avec son être authentique.

Quelle est la certitude inconsciente qui régit votre vie ?

Si vous êtes une personne dépendante affective, le « faux core », cette certitude qui gouverne votre vie, vous maintient dans un état régressif.
Vous êtes hypnotisé(e) parce que vous vous identifiez à cette certitude illusoire, qui vous paraît inébranlable, comme si votre vie en dépendait, ou comme si elle était votre seule réalité. Mais quelle est cette certitude ?

Il est crucial de l’identifier, car hypnotisé(e) par cette croyance inconsciente et par la structure psychologique qui en découle, — le « faux self » —, vous tentez de combler un vide intérieur, de donner un sens à votre vie et de surmonter un doute profond de vous-même.

Cependant, cette structure psychique est la source de votre souffrance chronique et de toutes vos réactions autodestructrices. Pour mieux comprendre ce phénomène, explorons les quatre sous-types de dépendance affective, chacun émanant d’une certitude erronée, d’un « faux core ».

  1. La dépendance affective classique

Le « faux core » de l’enfant qui est resté bloqué dans la dépendance affective classique est : « Je ne suis pas aimée. Je ne suis pas digne d’être aimée. »
Pour compenser cette certitude anxiogène, l’enfant adopte un « faux self » qui cherche à devenir suraimant, tout en se livrant à une quête insatiable d’amour.

  • Si votre dépendance affective repose sur la certitude de manquer d’amour ou de ne pas être digne d’en recevoir, vous cherchez l’amour dans tous les endroits inappropriés.

  • Identifié(e) au binôme « faux core » et « faux self », vous renoncez à vous-même, à votre autonomie personnelle et à votre colère, afin de ne pas être abandonné(e) par la personne aimée.

  • Votre colère se retourne contre vous, jusqu’à devenir autodestructrice.

  • Vous vous oubliez au point de négliger votre propre altérité, vos limites, et vos besoins essentiels d’ARA : Amour, Respect et Attention.

  • Votre « centre de gravité » est le parent qui vous maltraite, vous instrumentalise et abuse de votre générosité, de votre amabilité, ainsi que de votre tendance à vous suradapter à lui.

  • Vous devenez suraimant(e) et trop soumis(e), vous adaptant entièrement aux désirs et aux besoins de la personne aimée, jusqu’à adopter son mode de vie sans poser de limites.

  • Vous oubliez vos propres besoins et considérez ceux des autres comme les vôtres, car vous niez votre individualité.

  • Pour vous, l’être aimé est une extension de vous-même. Vous devenez ainsi obséquieux(se), docile et condescendant(e).

  • Vous fusionnez avec votre famille, votre partenaire et vos enfants, comme s’ils étaient un seul organisme qui fait partie intégrante de vous-même.

  • Vous vous sacrifiez pour eux, tout en les manipulant inconsciemment au nom de l’amour.

  • Votre intention inconsciente est de prévenir l’abandon, car vous vivez dans un état permanent de régression infantile sur le plan psychoaffectif.

Cela empêche vos enfants de se détacher, de se séparer de vous au niveau psychologique, de s’individualiser et de développer leur propre autonomie.

Son autodestruction : une insensibilité à l’abus

La personne dépendante classique devient insensible aux abus. Peu importe l’intensité des maltraitances qu’elle subit, elle reste engagée et investie dans la relation, même si celle-ci est toxique.
Elle s’adapte à son partenaire, qu’il soit manipulateur, narcissique destructeur ou passif-agressif, en lui accordant tout le pouvoir de la faire exister en tant que « personnage souffrant ». Ainsi, elle retourne sa colère contre elle-même et devient autodestructrice.
Cependant, ce comportement va à l’encontre de son effort de préserver son intégrité et la cohésion de sa personnalité, ainsi que la représentation des êtres chers au sein de son identité. Cette autodestruction silencieuse illustre la profondeur de son déni et l’étendue de sa peur de devenir autonome psycho-émotionnellement.

Ainsi, si son/sa partenaire intime est un(e) narcissique pathologique, le dépendant affectif le « narcissise » et devient la source de sa provision narcissique.
Tandis que la personne dépendante classique s’adapte de manière excessive aux besoins compulsifs du narcissique, celui-ci instaure un « fantasme partagé » dans lequel le/la codépendant(e) doit endosser le rôle de sa mère d’origine, tout en lui transmettant son traumatisme.

Après avoir exploré le sous-type classique, penchons-nous maintenant sur un autre visage de la dépendance affective : la dépendance affective limite (borderline).

  1. La dépendance affective limite

Tandis que la dépendance affective classique repose sur la certitude de manque d’amour, la dépendance affective de sous-type limite, elle, se caractérise par une peur omniprésente d’être inadéquat(e) et d’être abandonné(e).

Le « faux core » de l’enfant qui est resté bloqué dans la dépendance affective limite est : « Je suis tellement inadéquat(e), que je n’ai pas de place dans ce monde. » Pour compenser cette croyance anxiogène, l’enfant adopte un « faux self » qui cherche à languir d’amour.

  • Si vous souffrez de dépendance affective limite (borderline) vous avez la certitude que vous serez toujours abandonné(e) car vous croyez que vous êtes inadéquat(e).

  • Vous êtes hanté(e) par une peur écrasante d’être abandonné(e).

  • Vous avez le sentiment que l’univers et la vie vous ont délaissé(e), et que vous n’avez pas de place dans ce monde.

  • Cette anxiété se confirme par un mécanisme de comparaison qui vous place inférieur(e) aux autres et vous fait sentir honteux(se).

  • Par exemple, vous vous apitoyez sur vous-même, tout en ressentant de l’envie et de la jalousie pour les accomplissements des autres.

  • Identifié(e) à votre « faux core/faux self », vous rêvez de trouver votre âme sœur, croyant que sans cette personne, vous ne pourriez pas vivre.

  • Votre attention se focalise alors sur la mélancolie, sur votre soif d’amour et sur la souffrance déchirante que vous ressentez lorsque vous n’obtenez pas l’objet de l’amour ou lorsque l’être aimé s’éloigne.

  • Lorsque vous trouvez un(e) partenaire intime, vous devenez extrêmement fusionnel(le). Par exemple, vous faites l’introjection de sa souffrance.

  • Autrement dit, vous tentez d’absorber ou intérioriser sa souffrance, comme si vous pouviez la lui épargner, et soigner ainsi ses besoins fondamentaux.

  • Étant mélodramatique, vous lui dites : « Je t’aime tellement que je renoncerais à moi-même si tu me le demandais. Je pourrais mourir d’amour pour toi. Sans toi, je ne survivrais pas, car ma vie n’aurait plus aucun sens. »

  • Cependant, en étant aussi anxieux(se) que la personne souffrant de trouble de la personnalité limite (borderline), vous étouffez et emprisonnez votre partenaire psycho-émotionnellement, dans la tentative d’éviter l’abandon que vous ressassez dans votre subconscient.

  • Vous avez donc tendance à installer une sorte de psychopathie partagée, comme une folie à deux.

  • C’est pourquoi même si vous aimez votre partenaire, vous pouvez devenir abusive, agressive et vicieuse, en même temps que vous vous sentez victime.

  • En fait, vous lui demandez de l’aide en vous comportant mal avec lui. C’est une demande implicite de réguler vos émotions en affirmant qu’il ne vous quittera jamais.

  • Ou bien, vous pourriez abandonner votre partenaire avant qu’il ne vous quitte. C’est ainsi que vous évitez d’être blessée, et que vous gardez un certain contrôle.

L’oscillation entre l’effacement et les décharges de colère

De nombreux dépendants affectifs de sous-type limite (borderline) oscillent intensément entre des décharges de colère et une soumission éternellement enfantine, jusqu’à l’effacement. Leur effacement s’exprime dans sa soumission à l’objet interne — le parent punitif intériorisé —, ainsi que le maintien d’un rôle de « paillasson ».

À l’opposé, les décharges de colère contre le partenaire intime prennent la forme d’explosions verbales, impulsives et vicieuses, parfois même physiques. Ces réactions expriment les injonctions du parent punitif intériorisé, et elle est incapable de trouver un juste milieu.
Ces explosions sont caractéristiques de ce que la psychiatrie désigne comme une « psychopathie secondaire ».

Sam Vaknin souligne que de tels changements brusques sont souvent confondus, à tort, avec un trouble bipolaire. Pourtant, ces oscillations tectoniques pendulaires révèlent plutôt une structure de personnalité sous-jacente, plutôt que des anomalies cérébrales ou des perturbations biochimiques.

Passons maintenant à un autre type de dépendance affective, celle où le besoin de reconnaissance et d’attention prédomine : la dépendance affective narcissique.

  1. La dépendance affective narcissique

Contrairement à la dépendance limite, où la crainte de l’abandon est dominante, le sous-type narcissique cherche à compenser un profond sentiment de manque de valeur personnelle par une recherche constante de reconnaissance et d’admiration.

Le « faux core » de l’enfant qui est resté bloqué dans la dépendance affective narcissique est : « Je ne vaux rien ». « Je ne vaux rien aux yeux de mes parents. » Pour compenser cette croyance anxiogène, l’enfant adopte un « faux self » qui cherche à être reconnu.

  • Si votre dépendance affective repose sur la certitude de ne rien valoir, vous recherchez constamment la reconnaissance, l’admiration, voire la flatterie.

  • Vous séduisez les autres par le sourire, l’amabilité, la générosité, l’aide et les conseils que vous leur offrez, mais également par vos atouts physiques et votre façon de vous habiller.

  • Identifié(e) à votre « faux core/faux self », vous adoptez une attitude séductrice et histrionique pour attirer l’attention. Vous êtes très séducteur (ou séductrice).

  • Vous cherchez à être reconnu(e) à votre « juste valeur » et à réguler votre estime personnelle.

  • Si vous êtes en couple, vous avez deux visages. D’un côté, vous reniez l’interdépendance et agissez comme si vous étiez très indépendant(e), alors que vous dépendez de la reconnaissance de votre partenaire.

  • Vous oscillez entre des périodes de présence et d’absence, d’attachement et de distanciation, dans le but de mieux le contrôler. Vous ne tenez pas compte de ses besoins légitimes, même si vous lui dites que vous l’aimez.

  • Vous êtes tellement centré(e) sur vous-même que vous êtes parfois dépendant(e) et parfois exigeant(e), en vous comportant comme une princesse qui mérite des traitements spéciaux.

  • Vous poussez votre partenaire à renoncer à son autonomie personnelle et son indépendance.

  • Par exemple, vous attendez de votre partenaire qu’il/elle soit une sorte d’extension de vous-même, jusqu’à créer l’illusion qu’il/elle doit deviner vos pensées et répondre à vos attentes.

  • Vous lui dites : « Tu devrais me connaître si bien maintenant, que tu pourrais agir en conséquence. »

  • Vous êtes comme un puits sans fond. Peu importe combien de choses votre partenaire fait pour vous plaire, cela ne suffit jamais.

  • Vous lui imposez un « fantasme partagé » pour punir inconsciemment le parent qui vous a blessé(e) et pour vous séparer de lui.

  • Ainsi, vous faites de cette personne la source de votre provision narcissique en lui transmettant vos traumatismes.

  • Comme les narcissiques, vous commencez par l’idéaliser, l’aimer et la materner.

  • Ensuite, vous le dévalorisez constamment, jusqu’à l’ignorer et le dénigrer.

  • Par exemple, vous ne lui témoignez pas de reconnaissance pour sa présence dans votre vie, pour les attentions qu’il vous donne, ou pour le travail qu’il fait pour vous.

  • Vous pourriez ne pas le présenter à vos amis, croyant que cette attitude est un signe d’autonomie et d’indépendance. Finalement, vous l’abandonnez ou le poussez à partir.

Les défenses narcissiques : une réaction contre l’anxiété

Chez la personne dépendante affective de sous-type narcissique, l’anxiété augmente lorsque son/sa partenaire intime ne l’aide pas à réguler ses émotions ou lorsqu’elle ne se sent pas reconnue par lui/elle, quelle qu’en soit la raison. Dans ces moments, ses défenses narcissiques se déclenchent. Plus elle ressent un manque de reconnaissance ou d’aide pour gérer ses émotions, plus elle adopte des comportements narcissiques.

Après avoir exploré les trois sous-types précédents, intéressons-nous maintenant à la dépendance affective phobique, qui se manifeste par une focalisation constante de l’attention sur le danger, dans tous les aspects de la vie.

  1. La dépendance affective phobique

Le « faux core » de l’enfant qui est resté bloqué dans la dépendance affective phobique est : « Je suis seul(e) dans un monde hostile. » Pour compenser cette croyance extrêmement anxiogène, l’enfant adopte un « faux self » qui cherche à se rassurer.

  • Si votre dépendance affective repose sur la certitude d’être seul(e) dans un monde hostile, vous cherchez désespérément à vous relier à une personne qui vous semble rassurante, car vous souffrez d’une anxiété chronique si intense que vous avez des troubles de sommeil et des crises d’angoisse.

  • Identifié(e) à votre « faux core/faux self », votre attention se focalise sur le danger.

  • Vous ressentez une anxiété constante non motivée par un réel danger extérieur ou intérieur.

  • Vous faites du catastrophisme, ruminez la peur de l’inconnu, la peur sans objet ou la peur d’être seul(e) dans un monde menaçant, et vous traversez des épisodes récurrents de phobie.

  • Vous ressentez la peur du changement, la peur de faire des erreurs ou de ne pas être capable de faire face aux défis de la vie, la peur de ne pas survivre, la peur de lâcher cette peur.

  • Vous ressentez également la peur d’aimer, de l’intimité et de la trahison qui peut aller jusqu’à la jalousie paranoïde. Par exemple, vous ressentez une urgence extrême de contrôler votre partenaire intime dès que vous anticipez la trahison.

  • Ainsi, vous devenez sceptique et hypervigilant(e), imaginant constamment des intentions cachées chez les autres. Paradoxalement, vous défiez votre peur en prenant des risques.

  • Par exemple, pour éviter la solitude, vous pourriez vous accrocher à quelqu’un en lui tenant fermement la main, comme si vous étiez dans un avion qui allait s’écraser.

  • Autrement dit, vous vous accrochez à une personne sans observer ses comportements, parce que votre anxiété chronique est si intense que vous perdez votre capacité de discernement.

  • Ainsi, vous pouvez aller jusqu’à sacrifier votre vie et vos activités pour quelqu’un que vous considérez comme un gourou, une figure maternelle ou paternelle qui pourrait vous sauver, mais qui en réalité vous contrôle et vous manipule.

  • Dans ce cas, vous renoncez à votre propre altérité et commencez à vivre par procuration, en vous consacrant entièrement à cette personne et en glorifiant sa prétendue omniscience et accomplissements.

  • Si cette personne est malveillante, narcissique ou sadomasochiste, vous vous soumettez inconsciemment à ses désirs et besoins compulsifs sans poser de limites.

Par exemple, j’ai connu une femme dépendante affective qui tentait de se protéger par la pensée magique. Elle regardait toujours les signes que l’univers lui envoyait. Un jour, elle a croisé un gourou psychopathe qui utilisait le décervelage hypnotique connu sous le nom de « gaslighting » pour manipuler les gens. Il hypnotisait les femmes en les privant de sommeil, à travers la répétition sans cesse des discours d’apparence « rassurants » issus de sa propre réalité virtuelle. Ces discours correspondaient à la vision idéale qu’elles avaient de l’énergie cosmique et de l’évolution spirituelle.

Quand elle a commencé à envisager la possibilité de le quitter et de vivre sans son « enseignement illusoire », elle a eu des crises de paranoïa qui se sont rapidement estompées. Pour comprendre comment se manifeste la paranoïa, lisez cet article : La paranoïa des narcissiques.

Présentez-vous des crises paranoïaques ?

Une manifestation de la paranoïa est le fait de convertir votre partenaire intime en « objet persécuteur », alors qu’il ne le mérite pas.

  • Dans ce cas, vous pouvez projeter vos peurs et vos soupçons sur cette personne, devenant ainsi très contrôlant(e) et contraignant(e) pour éviter toute trahison ou abandon. Ainsi, vous traquez la représentation que vous vous faites de lui/elle.

  • Comme vous vous percevez comme faible, vous tentez de compenser cette perception en imposant votre autorité dans votre couple, afin de vous sentir fort(e).

Le harcèlement interne : persécuteur/persécuté

Dans l’esprit de dépendant affectif phobique se joue ce que Sam Vaknin appelle un « harcèlement interne ». Lorsque l’abandon, le rejet, la trahison ou la rupture sont anticipés, il/elle commence à harceler mentalement son partenaire, bien avant que la projection de ses peurs et le harcèlement réel ne s’expriment.

Comme vous le voyez, malgré leurs manifestations différentes, les sous-types de dépendance affective partagent tous une quête désespérée de combler un vide illusoire et un manque d’amour illusoire.

L’énergie libidinale investie dans le partenaire intime et dans le faux self

Il est essentiel de noter que chaque structure psychique repose sur la cathexis, qui est l’énergie psycho-émotionnelle et libidinale.
Le dépendant affectif investit sa libido en l’autre personne, tout en la dirigeant également vers son « moi souffrant », renforçant ainsi sa conviction de manquer d’amour, de sécurité, de valeur et de place dans ce monde.
Il doute tellement de lui-même et de l’amour de son/sa partenaire intime, qu’il peut l’étouffer par ses doutes. Observons à présent l’un des effets de cette dynamique sur sa vie de couple.

Le lien traumatique que les dépendants affectifs établissent

Dans les quatre cas décrits, les dépendants affectifs peuvent tomber dans le piège d’entretenir un lien traumatique avec une personne atteinte du trouble de la personnalité narcissique.

Le Professeur Vaknin explique :

La personne dépendante affective se fait souvent maltraiter car, dans son état régressif, elle ne dispose pas du discernement nécessaire pour fixer des limites.
Si le partenaire est malveillant, sadique, narcissique ou psychopathe, il abuse du privilège qu’elle lui donne, d’avoir accès à son esprit.

Dans ce cas, l’agresseur et sa victime sont les instruments l’un de l’autre, car ils reproduisent ensemble leurs traumatismes de l’enfance. En devenant une victime, la personne dépendante manipule son agresseur à son détriment. Et en devenant une victime, l’agresseur se sent tout-puissant et supérieur, et se donne tous les droits sur sa victime.

Il s’agit d’une danse macabre dans laquelle les deux membres de la dyade collaborent et contribuent à leur relation toxique. Il est difficile pour eux de rompre ce lien traumatique, car celui-ci répond à des fantasmes infantiles, et aux besoins compulsifs de chacun.

D’autres comportements et symptômes

Bien que les comportements des quatre sous-types de dépendance affective soient bien expliqués, il existe d’autres symptômes qui se manifestent chez la plupart des personnes souffrant de ce trouble.

Voici quelques comportements et symptômes qui appartiennent à tous les sous-types :

  • Toute personne qui souffre de dépendance affective manque de confiance en elle-même, même si elle est une dépendante affective narcissique.

  • Les dépendants affectifs n’ont pas de confiance en eux-mêmes, car ils se dévalorisent et éprouvent de la culpabilité et une honte d’exister.

  • Ces personnes répriment leurs émotions, en particulier leur honte toxique.

  • Elles sont incapables de fixer des frontières psychoaffectives, car celles-ci n’ont pas été respectées durant leur enfance. Donc, elles ne savent pas respecter celles des autres.

  • Elles sont plutôt timides ou sont incapables de s’affirmer et d’exprimer leurs sentiments profonds, car elles ne connaissent pas leur dynamique interne ni leur vécu.

  • Beaucoup d’entre elles ne s’expriment pas, ni ne s’affirment, car ils ont peur d’être jugés.

  • Elles sont incapables de discerner le vrai du faux.

  • Elles s’accrochent à des fantasmes inconscients totalement illusoires.

  • Elles doutent souvent de leurs propres ressources et capacités, se sentant perdues et ne sachant pas quelle direction donner à leur vie.

  • Elles n’écoutent pas leurs besoins fondamentaux, soit parce qu’on ne leur a pas appris à le faire, soit parce qu’on leur a refusé cette possibilité.

  • Elles souffrent d’une anxiété chronique, de peurs et d’angoisses constantes.

  • Leur vision religieuse ou spirituelle est souvent basée sur la pensée magique.

  • Elles éprouvent des difficultés à établir et à maintenir des relations intimes, en raison du manque d’écoute de leurs besoins fondamentaux.

  • Elles souffrent de dépression chronique, ou en traversent des épisodes récurrents.

  • Elles manifestent divers symptômes psychosomatiques de gravité variable.

  • Elles peuvent souffrir de troubles alimentaires ou d’addictions, telles que l’alcoolisme, le tabagisme ou la dépendance aux médicaments.

  • Inconsciemment, elles mettent en place des mécanismes de défense tels que le déni, la répression de leurs besoins, la dissociation, la fuite, ou encore des comportements de lutte ou d’agression.

  • En se croyant empathiques, elles cherchent à guérir ou à materner leur partenaire, qu’elles ont à tort ou à raison diagnostiqué comme narcissique.

Confusions sur le concept d’empathie

Certaines personnes se déclarent « empathiques », se prétendent empathiques ou s’auto-attribuent cette qualité. En réalité, ces individus sont souvent narcissiques, affirme le professeur Sam Vaknin.
Ils vantent leur prétendue hypersensibilité comme une manière grandiose de s’affirmer comme étant uniques, et de se poser en victimes. Ils se considèrent comme exceptionnels, des victimes perpétuelles.
Cependant, l’empathie n’est enseignée dans aucune université, et n’apparaît que très rarement dans les publications académiques, où elle est généralement mentionnée de manière critique.

Tout le monde possède de l’empathie. Même les narcissiques et les psychopathes en ont. Dans leur cas, il s’agit d’une forme d’empathie que j’appelle « empathie froide ». Ce type d’empathie est cognitive, calculatrice et détachée, mais elle existe bel et bien. Dans ce sens, tout le monde a de l’empathie, ce qui peut être source de confusion.

Attention ! Si vous croisez quelqu’un qui affirme être empathique, il est fort probable que cette personne cherche de l’attention, nourrisse un délire de grandeur et soit narcissique, affirme Sam Vaknin.

D’après mes observations, continue-t-il, beaucoup des personnes qui se déclarent « empathiques » sont en réalité des narcissiques effondrés ou cachés. Ces derniers, ayant été manipulés ou abusés par des narcissiques grandioses, se présentent comme des victimes ou des individus empathiques, et entrent en conflit avec d’autres narcissiques.

Ce cycle illustre deux types de narcissiques en compétition : un groupe se pose en victimes, tandis que l’autre affiche ouvertement sa grandeur. Dans ces dynamiques, la sensibilité auto-attribuée des personnes dites empathiques est souvent une manifestation de rage narcissique, conséquence de blessures narcissiques successives.

Se définir comme « empathique » peut sembler valorisant, mais cela perpétue une vision narcissique de soi-même. Cette autoglorification détourne des efforts nécessaires pour guérir, apprendre et se développer. Elle facilite également l’abus des manipulateurs, en leur fournissant un levier psychologique.

Voyons à présent comment ces différents schémas affectent le quotidien des personnes concernées et comment il est possible de les transcender.

Le chemin vers son autonomie psycho-émotionnelle

Je vous invite à considérer votre dépendance affective comme un défi, une opportunité de transcender l’illusion, la souffrance et la folie.
Il est crucial de comprendre que, même si elle est omniprésente, la dépendance affective ne définit pas votre véritable nature.

  • Préalablement au « personnage » dépendant affectif se trouve votre être authentique, libre de toute fixation mentale.

  • Même si les mécanismes de la dépendance affective semblent profondément ancrés, la prise de conscience et le travail sur soi offrent toujours une voie vers la libération, la guérison et l’éveil à votre véritable nature.

Qui êtes-vous en réalité ?

Si vous vous reconnaissez dans l’un des quatre personnages décrits ou dans la liste des symptômes, sachez qu’ils appartiennent à votre structure psychique, mais ne définissent pas QUI vous êtes véritablement.

  • L’indicible, ce qui précède votre esprit, ne peut être décrit de cette manière.

  • Votre être authentique constitue l’expression directe de cet indicible.

  • La présence ou l’absence de votre « personnage dépendant affectif » n’ajoute ni n’enlève quoi que ce soit à l’Être, qui est la seule réalité.

Pour accéder à la voix de votre être authentique, il est nécessaire de comprendre comment votre ego dysfonctionne, et comment ce dysfonctionnement vous emprisonne dans des réactions infantiles.

Transcender la dépendance affective

Contrairement à une personne fixée sur l’absence de quelqu’un et sur le besoin inconscient de maintenir des relations conflictuelles, l’adulte ayant atteint l’autonomie respecte à la fois ses propres limites psychoaffectives et celles des autres.

  • Cette personne reconnaît sa dynamique interne, écoute ses besoins fondamentaux et sait fixer des limites, car il s’est libéré des parents intériorisés.

  • Ainsi, il est capable de choisir la direction qu’il souhaite donner à sa vie, car il possède un ego solide.

Voici un extrait remarquable du psychiatre anglais Donald Laing au sujet de l’autonomie :

« La capacité de se vivre comme autonome s’appuie sur une conscience claire que l’on est une personne distincte des autres. Quelle que soit la profondeur de mon engagement vis-à-vis de quelqu’un que ce soit dans la joie ou dans la souffrance —, cette personne n’est pas « moi » et je ne suis pas elle. Le fait que l’autre dans sa propre réalité, n’est pas moi, implique en retour le fait, tout aussi réel, que mon attachement pour elle fait partie de moi. Si cette personne me quitte ou meurt, elle disparaît, mais mon attachement à elle persiste et je serai triste. Cependant, ultimement, je ne peux pas mourir sa mort, pas plus qu’elle ne peut mourir la mienne. Par ailleurs, comme le commente Jean-Paul Sartre dans ses réflexions sur certains propos de Martin Heidegger, personne ne peut aimer ni prendre mes décisions à ma place. »

Bien que votre dépendance affective puisse vous sembler accablante, vous pouvez la transcender grâce à des outils concrets et une prise de conscience profonde.
La libération des schémas répétitifs confirmant votre manque d’autonomie nécessite toutefois un travail en profondeur.

  • La seule façon de vous libérer de la dépendance affective est de remettre en question les fixations mentales, les « objets internes », les mécanismes de défense, les fantasmes inconscients et les croyances du « personnage » — souffrant et anxiogène — qui contrôle votre vie en alimentant le trouble de stress post-traumatique.

  • La Déshypnose Identitaire, que j’enseigne, offre des outils pour vous réveiller de votre conditionnement, vous permettant d’incarner pleinement votre autonomie psychoaffective et émotionnelle. Grâce à cela, vous retrouvez la confiance et l’estime de vous, écoutez la voix de votre être authentique, et ressentez l’amour et la joie d’exister.

Pour avoir plus d’information sur le processus que je propose, cliquez sur ces titres

Exemple d’un processus introspectif initial

Voici un extrait d’un processus d’introspection, qui montre comment Ève, souffrant d’une dépendance affective de sous-type limite, explore son traumatisme dans une première séance de déshypnose identitaire. Il illustre comment elle peut prendre conscience de ce qui lui arrive, afin de déconstruire son programme de souffrance et se réveiller progressivement de son « personnage souffrant ».

― Tu dis que ce que tu cherches est l’amour de ta maman, Ève. Qu’est-ce que tu évites plus que tout dans ce monde en cherchant son amour ?

― J’évite d’accepter que ma mère puisse mourir sans me dire qu’elle m’aime. Toute ma vie, j’ai attendu le moment où elle allait enfin me le dire ! Si avant sa mort elle pouvait me dire qu’elle m’aime du fond de son cœur, je pourrais enfin être en paix. Maintenant qu’elle est hospitalisée, je ressens une peine énorme. Je sais qu’au moment de sa mort, je serai vide. J’essaie d’éviter ce vide effroyable ! Je me sens abandonnée ! Dit-elle en pleurant…

― Va à la rencontre de cette douleur et respire, s’il te plaît, Ève. Je suis avec toi. Quand as-tu commencé à sentir ce vide et la peur d’être abandonnée ?

― Depuis que je suis toute petite…

― Va à la rencontre de la douleur de cette petite fille. Va à la rencontre de sa peur et de sa sensation de vide, prends ton temps. De quelle façon cette petite fille se sent-elle vide ? Fais une liste de sensations et sentiments.

― Elle ressent que sa maman ne l’a jamais aimée. Elle se sent rejetée et abandonnée.

― Comment sa maman agissait-elle ?

― Elle remplissait bien sa fonction de femme au foyer. Mais je ne me souviens pas d’une seule fois où ma mère aurait passé du temps avec moi juste pour le plaisir. Elle ne me donnait pas l’amour dont j’avais besoin. Elle était toujours insatisfaite. Elle était amère. Elle ne me parlait que de façon désagréable. Elle n’arrêtait pas de m’empêcher de bouger, elle me regardait méchamment, elle exigeait que je me taise. Elle avait tout le temps l’air accusateur. Ma mère me critiquait, me rejetait, me faisait sentir que je la dérangeais, avoue Ève en pleurant. Je me sentais coupable d’être moi !

Elle éclate en sanglots et je l’invite à aller à la rencontre de sa douleur. Je lui donne du soutien et je continue à parler de la petite fille à la troisième personne pour qu’elle puisse se rendre compte de son identification au passé. Par ce récit, je perçois que la mère d’Ève évitait la fusion avec sa fille et que ses conduites se ressemblent à celle d’une mère narcissique.

― Que faisait la petite fille dans ces circonstances ?

― Elle est devenue sa maman. Je suis devenue la maman de ma mère en attendant qu’elle me donne de l’amour.

― De quelle manière cette petite est-elle devenue sa maman ?

― Je faisais en sorte de lui plaire, de venir à son aide, de prendre sa souffrance pour qu’elle m’aime. Je me suis dévouée à elle. Mais rien à faire ! Elle était toujours insatisfaite et énervée, et continue à l’être.

― Crois-tu que ta maman te rejetait dans l’intention délibérée te faire du mal ?

― Non, je crois qu’elle était inconsciente de ce qu’elle faisait. Elle se sentait très seule et elle était toujours insatisfaite.

― En fait ta maman t’a maltraitée, chère Ève. Elle a projeté sur toi sa propre frustration et la colère contenue dans son cœur.

― Son amour m’a vraiment manqué, j’avais besoin d’être vue !

― C’est tout à fait vrai, ma chère Ève, ta maman ne t’a jamais vue. Elle ne regardait que « l’image » qu’elle projetait sur toi, parce qu’elle vivait en état d’hypnose identitaire. Elle était une mère « morte » en tant que telle. L’important pour toi aujourd’hui, est de te poser ces questions : En quoi est-il grave de ne pas avoir été aimée par ma maman ? Respire… Prends ton temps.

― Je me sens vide ! C’est le « trou noir ». Je me sens abandonnée. Je vis dans l’attente de sa démonstration d’amour. Je vis dans le manque. C’est comme si j’étais suspendue dans le temps. Et je ne peux pas quitter l’idée fixe que je ne serai heureuse que le jour où elle me dira enfin qu’elle m’aime. J’ai espéré cela toute ma vie. Je me suis sentie traitée comme un objet.

― Va à la rencontre de la tristesse de cette petite fille, Ève. En quoi est-il grave pour la petite fille d’avoir été traitée comme un objet ?

― Je crois que c’est de ma faute ! (Ève est en larmes).

― Va à la rencontre de sa culpabilité, ma chère Ève. Prends ton temps. Ferme les yeux. Prends la petite fille du passé dans tes bras. Embrasse-la… Imagine que tu es sa maman. Parle avec elle, dis-lui combien tu l’aimes. Dis-lui les mots qu’elle a toujours voulu entendre. Embrasse la petite fille intérieure qui s’est sentie toujours fautive. Va à la rencontre de sa tristesse et de la tienne.

Ève pleure en faisant le geste d’enlacer et consoler la petite fille du passé… Je lui suggère quelques phrases :

« Je te comprends, ma chère petite fille C’est normal d’avoir cru que c’était de ta faute. Mais ce n’est pas de ta faute. Si ta maman était incapable de te dire qu’elle t’aime, si elle était incapable de te respecter, c’est parce qu’elle souffre. L’amour de son cœur lui est inaccessible, elle est vide. Mais aujourd’hui, je suis ta maman, je t’aime comme personne d’autre et je suis là pour te donner tout ce dont tu as besoin… »

Ève prend l’attitude corporelle d’embrasser un bébé pendant qu’elle écoute mes suggestions et s’apaise.

― Je ne savais pas que je croyais que c’était de ma faute et je ne voyais pas que ma mère vit dans son vide. Elle n’est pas en contact avec son cœur.

― Veux-tu continuer ? Serais-tu prête à te libérer du « moi souffrant » ?

― Oui, bien sûr.

― Remarque que ton énergie vitale est investie dans ta quête d’amour, dans l’espoir d’être aimée par une petite maman vide. Va à la rencontre de cet espoir, chère Ève. Intentionnellement, reproduis cet espoir mentalement.

― Oui, tu as raison, beaucoup d’énergie est investie dans cet espoir.

― Je te propose maintenant de rester dans ta propre énergie vitale et dans la sensation de l’amour pour ton « enfant intérieur ». Écoute ces questions : Comment se manifeste la peur d’être abandonnée ? Où se trouvent dans ton corps sa demande de fusion et l’espoir d’être aimée ?

― Dans ma poitrine se trouve l’espoir d’être aimée, dans mon cœur se trouve le besoin d’être aimée, dans mon ventre la peur d’être abandonnée.

― Va à la rencontre de ses sensations, Ève. Prends ton temps et respire. Maintenant, vois la consistance et la forme de cette peur. Puis, en le percevant comme énergie pure, fais le geste de sortir de ton ventre sa peur de l’abandon. Utilise tes mains pour le faire. Sors de ton cœur son besoin d’être aimée. Sors de ta poitrine sa demande d’amour. Place toutes ses sensations dans l’espace, pour un moment…

Ève fait les gestes et explique : « Je sors de mon corps le besoin obsessionnel de ma petite fille intérieur, d’être aimée par ma maman. Je sors sa peur d’être abandonnée. Je sors sa sensation de manquer d’amour et sa demande de fusion. »

― Maintenant, respire. Laisse tous ces aspects bouger dans l’espace. Suis-les des yeux. (Mon index signale l’emplacement de tout cela. Tout se déplace dans l’espace, de droit à gauche et en diagonale, et toi, tu les suis des yeux. Intentionnellement, suis le mouvement de bouger sa peur d’abandon, sa demande d’amour, son besoin obsessionnel de fusion.)

Ève fait les mouvements des yeux pour un certain temps.

― Maintenant dis-moi, où se trouve dans ton corps le rejet de ta maman ?

― Partout dans mon corps.

― Ressens la consistance et la forme de ce rejet. Puis, en le percevant comme énergie pure, sors de ton corps le rejet de ta mère. Place-le dans l’espace et suis-le des yeux. Prends ton temps. Maintenant tu as deux images : la demande obsessionnelle de la petite fille, et le rejet de sa maman.

(Ève suit des yeux les images qui flottent dans l’espace pendant que je les signale en disant : ici le rejet de la maman, là les sensations de la petite fille, sa peur et son désir obsessionnel d’être aimée par sa maman.) Je continue…

― Remarque que cette dynamique interne est très mécanique. Où dans ton corps se trouve l’observateur de ce film ?

― Dans ma tête.

― Dépose l’observateur dans l’espace devant tes yeux. Regarde maintenant ces trois images-là. Elles bougent dans l’espace… Regarde les trois et suis-les des yeux.
(Je désigne un triangle imaginaire avec mon bras tendu et mon index, pendant que je signale chaque personnage : ici l’observateur du film, ici l’image de la maman qui rejette sa fille, ici la demande d’amour de la petite.)

Ève suit des yeux le triangle imaginaire et les aspects qui flottent dans l’espace.

― Maintenant, repose-toi pour un moment et réponds à cette question : est-ce que le rejet de la maman pourrait être là sans la demande de la petite fille ?

― Non, la maman et la petite fille sont complémentaires.

― Ce film pourrait-il être là sans « l’observateur » qui est en train de le recréer et de focaliser son attention dessus de façon obsessionnelle ?

― Non, sans l’observateur le film disparaîtrait.

― Remarque maintenant ce qui se passe lorsque tu écoutes cette question : « Quel observateur observe tout cela ? »

― La question me surprend. Elle met fin au scénario.

― Maintenant écoute. Es-tu le rejet de la maman ? Es-tu le manque d’amour et la demande de la petite fille ? Ou ni l’un ni l’autre ?

― Aucun des deux.

― Es-tu « l’observateur » de ce film-là ? Es-tu le film du manque d’amour ? Ou ni l’un ni l’autre ?

― Ni l’un, ni l’autre.

― En effet, « l’observateur » fait partie intégrante de la représentation du passé. Si l’observateur du film, le manque d’amour, la demande d’amour et le rejet de la maman… Si tout cela n’est qu’une représentation imaginaire, indissociable de « l’observateur » que l’observe. Que se passe-t-il alors ?

― Alors, mon identification à tout cela s’arrête. Je ne peux plus prendre ce film pour « la réalité ».

― Maintenant dis-moi, si la présence ou l’absence de cette représentation, n’ajoute rien, ni n’enlève rien, à l’Être qui respire ici, que se passe-t-il ?

― Alors je suis plus paisible. Il n’y a ni passé, ni futur. Cet instant est tout ce qui Est.

― C’est ça. Ici, il n’y a que l’adulte aligné dans le présent constatant « ce qui Est ». Constate la représentation imaginaire qui se répète sans cesse dans ton esprit automatiquement et respire… Que ressens-tu maintenant, Ève ?

― C’est plus paisible. Cela m’attriste de ne pas avoir reçu l’amour dont j’avais besoin. Mais si maman n’est qu’une petite fille apeurée, insatisfaite et vide, que pouvait-elle faire alors ? Son histoire n’est pas drôle non plus.

― Tu constates donc que l’espoir de recevoir son amour est irréaliste. Maintenant, dis-moi s’il te plaît. Manques-tu vraiment d’amour ici et maintenant ?

― Non, certainement pas ! L’amour est là et je peux aimer ma « petite fille intérieure » et l’embrasser comme je viens de le faire. Elle se sent aussi plus calme et rassurée maintenant.

― Crois-tu vraiment que l’amour n’est localisé que dans cette petite maman ?

― Non, l’amour n’est pas localisé, il est partout !

― En fait, l’amour EST, autant que l’ÊTRE est le substratum de tout ce qui EST. Il n’est donc pas localisé. L’important maintenant est de discerner ce qui est faux de ce qui est vrai. Pose-toi cette question en respirant. Suis-je en manque d’amour vraiment ?

― Non, ce que je suis n’est pas en manque d’amour. C’est mon « moi dépendant » qui se sent en manque d’amour. Je vois maintenant que c’est « le souffrant » auquel je me suis identifiée. J’ai toujours cru que j’étais « le souffrant » et que ce que l’observateur regardait était la réalité ! Si je ne m’identifie plus à l’observateur du film, je suis là, c’est tout.

― Maintenant pose-toi cette question, Ève. Quelle est l’importance pour « l’observateur » de créer le film intitulé « Manque d’amour » ? En quoi est-ce important pour lui de regarder ce film partout et pour toujours ?

― Pour exister. Pour être fidèle à la mère pour toujours ! Pour exister en tant que « moi souffrant. »

― Merci de le dire ! Comme tu vois, tu es devenue une experte en « autohypnose », mais maintenant tu commences à pratiquer la « déshypnose ».

Constate que ce fantasme obsessionnel, le manque d’amour, prend la forme d’une loyauté à une maman imaginaire, qui est traitée comme une « déesse ». Remarque à quel point tu t’identifies au « moi souffrant », à cette petite fille qui croit devoir lui être fidèle pour toujours. Le souffrant lui confirme qu’elle doit rester à jamais totalement dévouée à cette déesse. Ce moi souffrant, est devenu ton « personnage habituel. »

― Je vois…

Comme vous le voyez, les questions que j’avais posées à Ève visaient à révéler l’hypnose infantile dans laquelle elle se trouvait.
Ce sont des questions provenant de la philosophie Non-duelle, que j’utilise pour que chacun puisse identifier la dynamique interne figée dans son psychisme.
Cela est essentiel, car nous ne pouvons pas lâcher prise sur quelque chose sans savoir ce que c’est.

Conclusion

La dépendance affective est un phénomène hypnotique qui se manifeste sous quatre sous-types principaux : classique, limite, narcissique et phobique. Chacun de ces sous-types est ancré dans une certitude illusoire qui maintient l’individu dans un état de souffrance.

  • Cette certitude, engendrée par les traumatismes de l’enfance et les blessures psychoaffectives. Elle provoque une quête incessante d’amour.

  • Les personnes qui en souffrent vivent dans un état de régression émotionnelle, recréant des schémas relationnels fondés sur le manque d’amour, le doute de soi et un vide abyssal.

Cependant, il est possible de se libérer de cette dynamique en prenant conscience des mécanismes intérieurs qui l’alimentent.

La Déshypnose Identitaire

Grâce à la pratique de la Déshypnose Identitaire, chacun peut déconstruire graduellement les fantasmes inconscients, les objets internes, les croyances et les mécanismes qui confirment la dépendance affective. Cliquez ici : L’introspection.

Les outils de Déshypnose Identitaire permettent des prises de conscience qui démêlent les schémas de souffrance et ramènent l’individu à un état d’autonomie psychoaffective dans le présent.

  • En reconnaissant et en acceptant l’origine de ses blessures, et en arrêtant de vouloir combler son vide avec des objets externes, la personne dépendante peut enfin se libérer de l’emprise du passé.

  • La clé de cette transformation repose sur la reconnaissance de son être authentique, qui n’a pas besoin d’être aimé ou d’utiliser les autres pour exister.

  • En apprenant à différencier ce qui est faux de ce qui est réel, chacun peut reprendre son pouvoir, retrouver confiance en ses ressources intérieures, et s’ouvrir à des relations fondées sur le respect mutuel et l’autonomie émotionnelle.

La libération de la dépendance affective n’est pas seulement une guérison psychologique, mais un éveil à la réalité de l’Être, à la paix et à l’amour véritable qui réside dans votre cœur.

Prabhã Calderón