Les narcissiques cachés
20 sept. 2024
Par Prabhã Calderón
Les narcissiques cachés — aussi appelés « secrets », « occultes », « fragiles », « vulnérables » ou « masqués » — qui sont-ils vraiment ? Comment agissent-ils, et comment leur abus narcissique conduit-il à l’anéantissement psychique de leurs victimes ?
Pour comprendre leur fonctionnement — complexe et difficile à discerner — il est essentiel de s’appuyer sur une expertise solide. Le professeur Sam Vaknin est considéré comme une référence mondiale en matière de narcissisme pathologique. Depuis plus de trente-cinq ans, il consacre ses recherches aux troubles de la personnalité, principalement. Il est à l’origine de nombreux concepts qui nous permettent aujourd’hui de décrire, comprendre et analyser le trouble de la personnalité narcissique.
Ce texte est une synthèse personnelle de ses travaux, accompagné de quelques observations issues de mon expérience. Il comporte trois sous-types des narcissiques cachés :
Le narcissique caché anxieux — fragile, masqué, dissimulé, fictif.
Le narcissique caché passif-agressif — les sept phases de la relation avec lui.
Le narcissique caché qui a sombré dans la psychopathie primaire.
Sam Vaknin affirme : « Le narcissisme pathologique, dans sa variante occulte, se révèle plus pernicieux, vicieux et toxique que dans sa forme manifeste. »
Dans cet article, vous découvrirez comment et pourquoi ce narcissisme est particulièrement pernicieux. Si la personne avec qui vous vivez ou travaillez ne présente pas un ensemble significatif de comportements, de fantasmes, de mécanismes défensifs et de stratégies de contrôle décrits ici, elle n’est pas atteinte de narcissisme pathologique caché.
Je vous invite à lire ces descriptions avec recul et objectivité, afin d’observer ce qui se joue — ou s’est joué — dans votre propre dynamique relationnelle. Vous pouvez consigner par écrit les comportements de la personne à votre égard, sans amplifier ni minimiser les faits. Notez également vos propres réactions psychiques et émotionnelles.
Bien que le narcissisme pathologique touche autant les femmes que les hommes, j’emploie ici le pronom masculin afin de faciliter la lecture. Commençons maintenant à explorer l’univers des connaissances du professeur Sam Vaknin à travers les réponses à trois questions essentielles : qu’est-ce que l’abus narcissique ? Qu’est-ce que le narcissisme pathologique ? Et quelle est la différence entre les narcissiques manifestes et les narcissiques cachés ?
Qu’est-ce que l’abus narcissique ?
Sam Vaknin a inventé la notion d’abus narcissique en 1995. Voici sa description :
L’abus narcissique se manifeste sous diverses formes de maltraitance — verbale, physique, sexuelle, psychologique, émotionnelle, familiale, domestique, professionnelle, éducative, sociale, juridique et financière. Il s’agit de la seule forme d’abus qui vise toutes ces dimensions simultanément, touchant toutes les strates de la conscience.
Le seul but de l’abus narcissique est d’anéantir psychiquement la victime en tant qu’individu autonome et interdépendant, afin de la recréer comme une extension du narcissique — un « objet interne », un clone, une introjection entièrement contrôlable et manipulable. L’élimination de son individualité, de son existence distincte, constitue le noyau de l’abus narcissique. Et cela ne se produit dans aucune autre forme d’abus.
L’abus narcissique constitue l’une des expériences les plus sombres et destructrices qu’un être humain puisse vivre, car il imprègne toutes les strates de la conscience de la personne concernée.
Qu’est-ce que le narcissisme pathologique ?
Le narcissisme pathologique est un trouble de la personnalité — ou de l’identité — situé à la frontière de la psychose. Le célèbre psychanalyste autrichien Otto Kernberg a souligné d’ailleurs sa proximité avec le trouble de la personnalité limite (borderline), ainsi qu’avec certains aspects de la schizophrénie. Pourquoi ?
Parce que la psychose se caractérise par une rupture partielle ou totale d’avec la réalité, due à des altérations profondes dans la perception de soi et du monde.
C’est bien le cas des narcissiques pathologiques :
Leur perception est sévèrement altérée, donc leur rapport au réel est aussi profondément perturbé. Ils souffrent d’une désorganisation identitaire telle, qu’ils peinent à distinguer le réel de l’imaginaire.
Figés dans une étape narcissique pré-cognitive, entre 1 et 6 ans, ils manipulent des concepts sans les penser, ni raisonnement, ni mobiliser leurs capacités cognitives.
Leur monde psychique est largement dominé par des fantasmes infantiles, qui occupent jusqu’à 80 % de leur activité mentale.
Ils entretiennent une perception grandiose de leur importance et de leurs capacités.
Derrière leur façade de perfection divine, de moralité ostentatoire, d’altruisme affiché et de vertu irréprochable, ils peuvent adopter une posture communautaire ou prosociale — sans pour autant éprouver la moindre empathie affective.
Comme ils confondent fantasmes et réalité, leur parole n’est pas mensonge mais conviction : ils perçoivent comme réels leurs propres récits illusoires et fabulations.
Dans le cadre d’un fantasme partagé, ils réduisent les autres à des « objets internes » manipulables, et les submergent dans le torrent de leurs fabulations.
Ce tableau émerge d’un trouble de stress post-traumatique (TSPT) : les recherches montrent que l’enfant qui développera un narcissisme pathologique a vécu des expériences très traumatisantes. Les scénarios traumatiques sont multiples. Mais, dans tous les cas, l’enfant a été l’otage psycho-émotionnel de parents ou des figures titulaires infantiles. Pour en savoir plus consultez cet article : Le syndrome de l’otage chez les enfants.
Quelle est la différence entre narcissiques manifestes et narcissiques cachés ?
Les recherches récentes révèlent que les narcissiques pathologiques oscillent souvent entre une psychodynamique « manifeste » et une psychodynamique « cachée », et inversement.
L’équilibre intérieur du narcissique manifeste repose entièrement sur l’attention, la validation, la reconnaissance, l’admiration et l’adoration d’autrui, dont il soutire sa provision narcissique. Il s’agit de la « nourriture » psycho-émotionnelle sans laquelle son équilibre psychique s’effondrerait inexorablement. Pour cette raison, il développe des stratégies destinées à obtenir des sources d’approvisionnement narcissique.
Lorsqu’il ne parvient pas à se procurer cette provision, il connaît un effondrement partiel ou total de son faux moi, appelé aussi faux self. C’est-à-dire qu’il ne peut plus fonctionner, car, n’ayant pas accès à sa nature essentielle, son faux self constitue tout ce qu’il est. Pour plus d’information, consultez ces articles : Les narcissiques classiques et La provision narcissique.
Le narcissique caché, quant à lui, souffre d’un état d’effondrement partiel chronique, car il lui est particulièrement difficile d’attirer des sources d’approvisionnement narcissique.
Le narcissique caché présente les comportements suivants :
Il dissimule son dysfonctionnement derrière des « rôles » — familiaux ou sociaux — qu’il occupe en portant des masques. Incapable de comprendre la réalité, qui lui semble menaçante et meurtrière, il ne peut assumer la responsabilité de ces fonctions dans le monde, ni en mesurer la portée dans la vie quotidienne.
Enfermé dans un monde psychotique nourri de fantasmes, il ne rencontre jamais vraiment les siens. Les membres de sa famille cessent d’être des sujets pour devenir ses « objets internes », des avatars figés au service de son économie psychique.
Leur altérité lui échappe, leur humanité ne le traverse pas. Il ne les voit pas. Il les prive de chaleur, d’amour véritable, de respect et d’attention, les abandonnant à un désert relationnel où leurs émotions et leurs besoins les plus légitimes se dissolvent dans son vide intérieur. Toute tentative de communication authentique de leur part se heurte à un mur de silence, et, par des résistances feutrées, il entrave leurs rêves, leurs désirs et leurs espoirs.
Il camoufle ses affects les plus corrosifs — honte, rage, paranoïa, envie — derrière une façade de modestie et de pseudo-humilité. Il se rend utile, prodigue des services, se donne une image de bienveillance. Mais ses émotions finissent néanmoins par s’exprimer à travers son agressivité passive, son traitement du silence et son « innocence » violente.
Il s’abrite derrière une forme de victimisation, où l’isolement, la distance émotionnelle, l’effacement et la quête de pitié deviennent pour lui sa manière d’attirer l’attention.
Il manipule les autres, en s’appuyant sur une empathie « froide », purement cognitive, qu’il transforme en instrument de contrôle, d’exploitation et de destruction psychique.
Dans les contextes sociaux, il affine cette stratégie : il mime l’empathie, la compassion, l’altruisme et l’attention. Il utilise même son corps pour simuler des émotions — cette sensibilité qui, si elle était réelle, lui permettrait d’accéder au respect d’autrui.
Il peut s’approprier la sagesse et les compétences d’autrui, ou exploiter des connaissances fragmentaires dans un domaine donné afin de se poser en expert autoproclamé. Derrière ce personnage fabriqué, il lui est alors possible de se faire passer pour un leader spirituel, un chaman éclairé, un thérapeute ou un guérisseur bienveillant — voire d’endosser toute autre fonction professionnelle — alors qu’il n’est, en réalité, qu’un imposteur, dépourvu de savoir véritable. Ce comportement relève d’un trait psychopathique.
Ces comportements et ces simulations — parmi tant d’autres — le rendent particulièrement dangereux, et souvent plus destructeur psychiquement que les narcissiques manifestes.
Sa dynamique mentale, profondément dérangeante, repose sur un noyau schizoïde.
Le noyau schizoïde : un trou noir hurlant dans son propre abîme
En raison de son trouble de stress post-traumatique (TSPT), le narcissique caché ne possède qu’un noyau schizoïde. Ce noyau se manifeste comme un vide intérieur — un néant, un trou noir : un espace infini et informe, surgissant comme une absence de limite, menaçant la dissolution même de l’être. Le noyau schizoïde est dissocié du reste de sa psyché. Celle-ci est fantasmée, mais jamais intégrée à une construction significative de son identité.
Puisque les frontières de son « Je suis » et ses repères psychoaffectifs ont volé en éclats dans la petite enfance, son identité est brisée, diffuse et désamorcée. Par conséquent, le narcissique caché est dépourvu d’un noyau identitaire solide — indispensable à la formation d’une identité stable, d’un ego fonctionnel, et d’une structure psycho-émotionnelle équilibrée.
Tel un trou noir hurlant dans son propre abîme, il est consumé par son vide intérieur. Il avance solitaire dans la peur et l’effroi, sans jamais s’intéresser à sa psychopathologie, ni aux raisons de son sentiment d’anéantissement — son effondrement partiel chronique.
Les conséquences sont les suivantes :
Il souffre d’une insécurité ontologique profonde (du grec ontos, « être ») ;
Il est chroniquement effondré et se sent souvent anéanti ;
Il manque de fonctions cruciales de l’ego et d’une structure psychique stable ;
Entre autres, il manque des fonctions cognitives et psycho-émotionnels, nécessaires pour comprendre ce qui se passe à l’intérieur de lui. C’est pourquoi, son empathie est « froide » — purement intuitive et cognitive, mais déficiente, altérée, insuffisante ;
Il lui est impossible de se percevoir comme un individu entier, doté d’une véritable place dans le monde ;
Il oublie près de 80 % de son vécu et ne ressent pas la continuité de son être à travers le temps, jour après jour.
Le mot « schizoïde » renvoie à l’idée de scission, de fracture interne — fracture qui pousse le narcissique caché à se replier sur lui-même, à fuir le monde et à s’isoler pour panser ses plaies. Ce repli s’intensifie lorsque l’attention des autres et la provision narcissique lui font défaut, car il est incapable de réguler son équilibre intérieur de manière autonome.
Il finit alors par s’identifier à un « mauvais objet » — c’est-à-dire à une image de lui-même qu’il perçoit comme indigne d’amour, pleine de défauts, incompétente, sans valeur et honteuse. Pour se protéger de ses insuffisances et de ces pensées anxiogènes, il adopte un faux self : un personnage fictif par lequel il masque ce qu’il ressent réellement.
Ce faux self dépend de l’attention d’autrui pour exister, comme un toxicomane de sa drogue. Pourtant, il n’a pas la capacité de s’entourer des sources d’approvisionnement narcissique — de personnes susceptibles de le nourrir, de le « narcissiser ». Que fait-il donc ?
S’il est un narcissique anxieux, son faux self fragile menace de s’effondrer ; il n’a alors d’autre recours que la pseudo-humilité : se montrer serviable, se rendre utile, voire permettre l’escroquerie des autres — tout cela pour soutirer un minimum de provision narcissique.
S’il est un narcissique passif-agressif, son faux self repose sur le contrôle qu’il exerce sur les autres par le traitement du silence, la distance émotionnelle, l’absence de présence et une attitude de prétendue tranquillité. Par ces comportements, il crée une atmosphère d’insécurité pour ses enfants. Il ne peut pas se rendre compte des effets pernicieux qu’il génère chez ses proches par ce type de contrôle insidieux, car, semblable aux narcissiques manifestes, il présente un délire de perfection divine, d’irréprochabilité et d’omniscience.
Examinons maintenant les origines de ce faux self et la manière dont il a émergé en lui.
Comment le narcissique caché a-t-il adopté ce faux self ?
Le développement de l’enfant repose sur la véritable présence des parents capables d’offrir quatre formes essentielles d’empathie : instinctive, émotionnelle, compassionnelle et cognitive. L’enfant a besoin d’être vu, accepté et accueilli tel qu’il est.
Lorsque cette empathie parentale fait défaut, son développement psycho-émotionnel s’arrête brutalement — il cesse d’évoluer vers son individuation et son autonomie psychoaffective. Cette interruption génère un trouble de stress post-traumatique (TSPT).
Confronté dès l’enfance à une insécurité profonde, l’enfant qui deviendra narcissique caché renonce à son « Je suis » authentique — affranchi de toute définition externe. Il sacrifie son cœur à une figure protectrice imaginaire, laquelle se cristallise en faux self — une image déformée de lui‑même. Ce faux self agit comme un rempart contre une réalité menaçante, destructrice ou psychologiquement meurtrière, dans laquelle cet enfant a grandi.
Le faux self est aussi une forme de programmation psychique, par laquelle il alimente ses récits illusoires, ses fantasmes inconscients, ses croyances limitantes, ses mécanismes de survie et ses affects négatifs. À travers ce faux moi, il tente d’échapper à un vide intérieur, à une insécurité ontologique terrifiante, ainsi qu’à un complexe d’infériorité nourrissant une frustration et une amertume chroniques.
Il cherche à incarner une image parfaite, irréprochable, digne d’admiration. Mais la rumination inconsciente d’être un « mauvais objet » continue de le hanter.
Pour toutes ces raisons le narcissique caché présente des difficultés d’attachement.
Le noyau schizoïde et l’insécurité ontologique, engendrent chez lui une pulsion de mort, qui le pousse à l’auto-annihilation et à une forme d’autovictimisation grandiose.
La pulsion de mort qui habite le narcissique caché
Le connu psychanalyste Sigmund Freud, a expliqué la pulsion de mort ainsi :
« La pulsion de mort est une force de destruction qui habite l’intérieur d’un individu. L’agressivité exprimée n’en représente qu’une fraction projetée vers l’extérieur. »
C’est le cas du narcissique caché : il abrite une pulsion de mort qui se manifeste par une rage narcissique refoulée. Celle-ci est projetée sur autrui sous la forme d’une agressivité passive, d’oppositions systématiques, de silences prolongés et d’un refus de communication.
Pour compenser cette pulsion de mort, il se réfugie dans l’illusion d’une perfection divine, espérant ainsi échapper à ses pensées dévalorisantes.
C’est pourquoi il peut arborer un masque de pseudo-humilité et adopter le comportement d’une personne irréprochable, bienveillante et touchante. Il peut aussi s’accrocher à une quête prétendument spirituelle ou religieuse, destinée à dissimuler une honte toxique. Enfin, il peut entretenir secrètement une philosophie personnelle qui, à ses yeux, le rend très spécial.
Puisque le narcissisme pathologique est intrinsèquement lié aux interactions avec autrui, les schémas de comportement et le discours du narcissique caché — issus de sa pulsion de mort — visent à inverser, saper et ruiner les échanges interpersonnels. Son mode relationnel est nihiliste : il ne cherche ni à comprendre, ni à construire, ni à partager. Il veut blesser. Il veut démolir. Il rend la communication impossible.
En réalité, le narcissique caché est dénué d’humanité, d’enthousiasme et de joie de vivre.
Il évoque un androïde programmé : capable d’imiter les émotions positives, mais incapable de les ressentir véritablement. Il confond l’amour avec l’abus — parmi bien d’autres confusions. Il agit comme un être humain, mais fonctionne tel un robot sans cœur, conçu pour simuler l’humanité. Il manque d’amour de compassion et d’empathie affective.
Il est programmé pour faire de vous un « objet » de son propre esprit — que vous soyez son enfant, sa partenaire intime ou son associé. Il interagit exclusivement avec ce « objet interne » sans établir une véritable relation avec vous. Par conséquent, il ne vous offre ni amour véritable, ni respect, ni attention. Qui plus est, son affectivité est strictement négative.
Son affectivité négative : une compensation adaptative
En psychologie, l’affectivité négative (AN) désigne la tendance persistante à éprouver des émotions telles que la paranoïa, l’anxiété, la peur, la honte toxique, la rage narcissique et l’envie corrosive.
C’est le cas du narcissique caché : chroniquement effondré, il éprouve ces émotions négatives, mais les exprime de façon insidieuse, dissimulée et destructrice. Il est dépourvu d’assertivité : il n’extériorise jamais sa colère. En raison de son contrôle intérieur, il peut passer des années sans exprimer ouvertement sa rage, celle-ci restant confinée par le refoulement.
Pourtant, il rumine les émotions les plus sombres : un complexe d’infériorité tenace, une honte toxique, une frustration chronique, une envie dévorante, une paranoïa latente — parfois manifeste — et une rage narcissique dissimulée sous les masques de l’indifférence et du mépris. Ainsi, il regarde le monde avec amertume et ressentiment, s’enfermant dans un monde mental incompréhensible pour ses proches.
Ces émotions, toujours dissimulées, trahissent son noyau schizoïde, sa pulsion de mort et son insécurité ontologique. Elles se manifestent par une agressivité passive, particulièrement prononcée dans la dynamique d’un fantasme partagé.
Qu’est-ce que le fantasme partagé ?
Il s’agit d’un récit illusoire, une sorte de film fantasmatique que le narcissique pathologique utilise pour instaurer une dynamique relationnelle dans laquelle il se perçoit comme un être unique, spécial et supérieur à autrui. À travers ce fantasme inconscient, il enferme sa famille dans un espace psychotique et la transforme en « objets internes » et en sources d’approvisionnement narcissique.
Vous comprendrez les phases prévisibles de ce fantasme inconscient dans la deuxième partie de cet article : le narcissique caché passif-agressif. Mais vous pouvez aussi lire cet article : Le fantasme partagé des narcissiques.
Si vous vivez avec un narcissique caché, son discours peut sembler inoffensif, bien intentionné et amical. Pourtant, derrière cette façade affleurent le ressentiment, l’amertume, l’auto-victimisation, ainsi qu’une volonté de vous blesser, de vous rejeter et de vous détruire.
Ce décalage entre le texte visible et le texte caché crée en vous une confusion, un conflit intérieur entretenu sans relâche par ses attitudes passives-agressives.
En réalité, il demeure inconsciemment animé par un désir de revanche maternelle, qu’il projette sur vous sous forme d’agressivité passive, de paranoïa et d’envie corrosive. Paradoxalement, ces émotions l’aident à restaurer son sentiment grandiose d’importance et de contrôle sur les autres.
Sa paranoïa peut le pousser à devenir moins asocial, à imiter l’empathie et la compassion, et à adopter un comportement prosocial et communautaire.
Son agressivité passive peut lui permettre de se sentir tout-puissant.
Son envie corrosive peut le pousser à concrétiser ses projets. Ou bien, à l’inverse, elle alimente son ambition et peut le pousser à devenir psychopathe.
Comment son agressivité passive se manifeste-t-elle ?
Voici quelques visages que peut prendre son agressivité passive :
Anxieux ou passif-agressif, ses armes de contrôle sont : l’absence de fidélité à ses propres promesses, l’opposition constante, le refus de communication et le traitement du silence envers la personne qu’il souhaite détruire ou considère comme son rival. Il projette sa frustration sur autrui sous forme de rancœur, de mépris tranchant, de jugements sévères, de critiques ou de sarcasmes mordants — toujours voilés derrière un masque de bienséance.
Dans la relation de couple, il ne vous offre aucun ARA — Amour, Respect, Attention — car il n’éprouve aucune émotion véritablement positive. Cela se manifeste par une absence de solidarité humaine, de compassion et d’empathie affective, mais aussi par une réalité plus brutale encore : vous ne comptez pas à ses yeux. Il ne vous voit pas, ne vous écoute pas et n’entre jamais en communication authentique avec vous.
La relation ne se joue pas avec vous, mais entre lui et « l’objet interne » qu’il a façonné à partir de vous : vous en êtes, de fait, exclu(e). Son agressivité passive s’exprime par un silence lourd, une distance affective et une absence totale de présence psycho-émotionnelle — une négligence extrême faite de dédain et d’indifférence glaciale. Vous en ressentez le déchirement intime, celui d’être sans cesse nié(e) dans votre existence même.
Son agressivité passive peut aussi se manifester par une indolence accablante : il procrastine, remet tout à plus tard, vous instrumentalise et vous exploite sans scrupule.
Il peut vous faire travailler à sa place, ou saboter vos projets et ambitions avec une indifférence glaciale, tout en vous traitant avec mépris prononcé.
Une autre forme d’agressivité passive réside dans son effacement. C’est l’un de ses mécanismes défensifs : il disparaît derrière ses rêves et ses fantasmes, ou s’efface pour reprendre le contrôle d’une situation. C’est ainsi qu’il s’est protégé, enfant, de l’agression parentale. À l’âge adulte, il généralise ce comportement à l’ensemble de ses relations humaines. En se réfugiant dans sa pensée magique, il semble dire implicitement : « Tu ne peux pas me faire du mal, car je ne suis pas là. Je disparais de ta vie, ou je m’efface, même si je vis avec toi. »
Le narcissique caché déploie une innocence violente
Le terme innocence violente a été inventé par le psychanalyste américain Christopher Bollas. Dans le cadre du narcissisme pathologique de sous-type occulte, l’innocence violente se manifeste à travers cinq composantes essentielles :
1. Le narcissique caché n’assume aucune responsabilité pour ses comportements nuisibles, même lorsqu’il blesse, brise ou ruine la vie d’autrui par son agressivité passive et son absence de présence psycho-émotionnelle. Il est complètement inconscient du fait qu’il méprise, ignore, néglige, dévalorise, dénigre, nie et détruit ses proches ainsi que les autres personnes de son entourage.
2. Puisque sa perception est altérée, il affiche une moralité ostentatoire, surtout lorsqu’il se présente comme prosocial ou engagé dans la communauté. Il se prend pour l’incarnation même de la perfection. Se sentant irréprochable et infaillible, il écrase les autres sous le poids de sa prétendue supériorité morale, de ses codes de conduite rigides, de ses règles et de ses normes. C’est la compensation de sa honte toxique et de son complexe d’infériorité.
3. Il présente un manque absolu de conscience des effets, des résultats et des conséquences de ses décisions, de ses choix et de ses actions. Son abus narcissique génère des préjudices considérables dans tous les domaines de l’existence de ses victimes, mais il demeure complètement inconscient de tout ce qu’il provoque. Il vit dans le déni de son impuissance, de ses insuffisances, de son complexe d’infériorité et de son agressivité passive.
4. Il refuse toute remise en question. Il refuse obstinément de reconnaître sa propre agressivité passive. Il refuse d’écouter ou de comprendre votre point de vue, ou celui de quiconque. Ce refus s’accompagne d’entêtement, de rigidité et d’une opposition constante. Imbu de lui-même, il méprise et invalide les remarques et les émotions d’autrui, car, de son point de vue, il est une bonne personne.
5. Il est un véritable professionnel du rôle de victime. Il recourt à l’auto-victimisation grandiose dès qu’il est confronté aux conséquences de ses actes ou de son manque d’action. Son narcissisme pathologique est une réponse adaptative à un environnement abusif, reposant sur un sentiment de victimisation érigé en principe organisationnel de son psychisme. Cette posture victimaire lui permet de justifier la projection de son agressivité passive sur autrui et de se sentir innocent — non coupable.
En réunissant ces cinq composantes — absence de conscience, manque de responsabilité, refus de remise en question, déni de ses actes et auto-victimisation — on découvre un être qui vous fait du mal tout en se percevant comme foncièrement bon, noble, tolérant, calme, respectueux, aimant, tendre et doux.
Cependant, dans son for interne persiste une dissonance cognitive anxiogène :
D’un côté, il est la source de la souffrance d’autrui, puisqu’il se conçoit à la fois comme omniscient et comme la source ultime du contrôle qu’il exerce sur les autres.
De l’autre, s’il refuse cette responsabilité, il ne peut plus se percevoir comme parfait, ostentatoirement moral ou omniscient.
Cette dissonance alimente son agressivité passive et renforce son recours au traitement du silence.
Le traitement du silence : un comportement fondé sur un affect réduit
Il n’y a rien de plus déchirant que de vivre avec un narcissique caché qui, tel une sculpture de la sagesse ne vous voit pas, ne vous écoute pas et ne communique pas avec vous. Il ne manifeste aucune émotion : on parle alors d’affect réduit. Son attachement est plat, évitant. Son absence de présence est dévastatrice — il semble avoir un trou noir à la place du cœur.
Les comportements liés au traitement du silence présentés ici, ne constituent qu’une partie de ceux décrits par le professeur de psychologie Kipling Williams :
C’est une stratégie — délibérée — de manipulation et de contrôle, qui nie l’existence même de la victime, sans que celle-ci ait nécessairement commis de faute.
Il s’agit d’une défense alloplastique, par laquelle l’abuseur attribue à sa victime la responsabilité de son silence ou de sa bouderie, sans jamais fournir d’explication.
C’est un comportement punitif redoutablement efficace, qui mobilise la coercition pour contraindre la victime à s’excuser ou à modifier son comportement.
L’exclusion de la victime par le traitement du silence, constitue une forme de gaslighting ou décervelage hypnotique, générant un ostracisme psychologique : un véritable bannissement de l’autre.
À l’image du renforcement intermittent, le traitement du silence oscille entre distance émotionnelle et proximité, consolidant ainsi un lien traumatique.
L’incapacité du narcissique caché à atteindre une autonomie émotionnelle déforme sa perception de lui-même et du monde qui l’entoure. Son noyau schizoïde et son faux self ont engendré une structure psycho-émotionnelle très fragile et un ego dysfonctionnel.
Son manque de fonctions cruciales de l’ego
Identifié à son faux self, le narcissique caché vit dans un état hypnotique qui lui fait percevoir le monde comme irréel, distant, falsifié et dénué de vie.
Il ne sait pas discerner le faux du vrai, le réel de l’imaginaire ou l’essentiel de l’inessentiel.
Ses fonctions cognitives sont défaillantes, parce qu’il est resté bloqué dans l’étape narcissique et pré-cognitive de son développement infantile.
Son épreuve de la réalité est manquante — il est incapable d’examiner correctement la réalité, car sa perception de soi et du monde est altérée.
Il ne parvient pas à distinguer ses « objets internes » des objets externes, c’est-à-dire les personnes de la réalité extérieure.
Il gère mal ses impulsions et souffre d’une dérégulation émotionnelle.
Il n’a aucune intelligence émotionnelle, car son jugement est souvent altéré.
Ses mécanismes de défense, étant primitifs, sont infantiles. Il lui est donc difficile de s’engager dans la réalité de la vie.
Pour plus d’information, lisez l’article intitulé Les fonctions cruciales de l’ego.
Tous les comportements évoqués jusqu’ici traversent les deux premiers sous-types du narcissique caché. Ouvrons à présent le chapitre de sa variante anxieuse.
Le narcissique anxieux et son angoisse viscérale
Enfant blessé dans un corps d’adulte, le narcissique fragile souffre d’une anxiété chronique.
Il ne se sent pas exister parmi les autres. Il ne les reconnaît pas comme ses semblables, et redoute de ne pas être accepté. Il est effrayé à l’idée de vivre et d’exister en leur présence.
Cela le pousse au retrait social et à l’isolement, car il ne dispose pas d’un modèle interne de fonctionnement relationnel. Il choisit alors de s’effacer, de s’éloigner. En évitant ceux qui l’entourent ou en disparaissant de leur vue, il tente de restaurer — temporairement — une illusion de sécurité, masque fragile d’une insécurité abyssale.
Il redoute l’intimité, l’amour et l’empathie. Inconsciemment, il associe ces sentiments à des blessures d’enfance, à des humiliations muettes, à des douleurs anciennes jamais vraiment cicatrisées. Il ne parvient pas à comprendre la nature des liens d’attachement qu’il pourrait établir avec autrui.
Dépourvu de frontières psychoaffectives, il ne sait ni à qui accorder sa confiance, ni auprès de qui formuler ses besoins. C’est pourquoi il préfère se réfugier dans son monde imaginaire — son paracosme — peuplé de fantasmes, d’amis et d’ennemis inventés, plutôt que d’affronter la réalité telle qu’elle est.
En raison de son insécurité ontologique, il ne possède ni confiance en lui, ni estime de soi suffisante pour s’affirmer de manière adulte. Comme un enfant, il redoute le jugement des autres — donc l’abandon, le rejet, l’humiliation, la trahison ou l’injustice, car il est harcelé par les voix parentales dans son esprit, qui le signalent comme un « mauvais objet » — et qu’il projette sur les autres. Cette peur le rend profondément défensif et évitant.
Cependant, s’il est prosocial et communautaire, il devient un activiste prétendant œuvrer pour le bien commun. Il adopte alors une posture de pseudo-humilité, dans l’espoir d’obtenir des autres un sentiment de sécurité et un minimum de provision narcissique.
Dans le contexte d’un fantasme partagé, il externalise son anxiété et vous contrôle :
Pseudo-hypocondriaque, il semble s’inquiéter pour votre santé.
Il vous abreuve de conseils et de rappels sur ce que vous devez faire ou ne pas faire.
Il se montre excessivement protecteur, s’alarme pour vos finances, et ainsi de suite.
Il perçoit ses comportements comme les preuves de son amour pour vous — c’est le récit qu’il se raconte. Le vôtre, c’est celui d’un lien où vous vous sentez contrôlé(e) ou privé(e) de votre espace psychique.
Comment fonctionne-t-il dans le monde ?
Le narcissique anxieux ne dispose d’aucun modèle fonctionnel des relations, ni avec autrui, ni avec lui-même. Il ne comprend pas non plus la dynamique relationnelle des autres. Pourquoi ? Parce qu’il n’a jamais traversé le seuil qui mène de la phase narcissique pré-cognitive à la phase cognitive et rationnelle. Ses parents — ou des figures tutélaires — ne lui ont pas permis d’interagir avec la réalité, ni d’en devenir une partie intégrante.
On l’a empêché de réfléchir, de s’exprimer, de s’affirmer, de se confronter à la friction, aux conflits, au retour d’information, à la résistance du réel — autant d’expériences qui informent l’enfant de ses limites, qui créent le Soi, qui lui permettent de comprendre : « Je m’arrête ici, le monde commence. Le monde s’arrête ici et moi je commence. »
Puisqu’il n’a pas de Soi et que son faux self se limite à la phase narcissique pré-cognitive, le narcissique anxieux se retrouve sans gouvernail, sans outils de navigation, sans rames, sans équipage — perdu sur la mer de la vie. Il dérive, surtout lors des épisodes d’effondrement.
Il ne trace aucune direction, car son univers intérieur est englouti dans un vide nihiliste. Par conséquent, il est dépourvu de repères et de sens. Il se sent comme suspendu dans un espace sans orientation.
Pour fonctionner dans le monde, il recourt à son personnage fictif : une figure d’apparence modeste et humble — un « bon objet » que les autres accepteront.
Sam Vaknin affirme : « Le narcissique vulnérable est tellement cassé, endommagé et inefficace qu’il doit éviter la vie en agissant à partir d’un personnage fictif. Ainsi, quoi qu’il advienne, cela arrive au personnage qu’il s’est inventé, non à lui. En se servant de ce personnage fictif, il regarde sa propre vie comme de l’extérieur. »
C’est pourquoi ses activités ne sont ni productives, ni cohérentes, ni durables. En tout cas, il ne s’y engage pas de tout son cœur, car il ne ressent de véritable passion pour ce qu’il fait, ni n’éprouve d’enthousiasme. Il ne s’investit que de façon superficielle dans ses projets, son activité, son métier ou sa profession — comme s’il jouait un rôle sans y croire.
Vers quel travail les narcissiques anxieux se tournent-ils ?
Certains choisissent des métiers solitaires, comme programmateur, sculpteur, artiste peintre.
D’autres s’engagent dans des activités de service, espérant être acceptés.
D’autres encore occupent des postes où ils rêvent sans cesse de gravir l’échelle de leur entreprise, sans jamais atteindre le sommet.
Certains adoptent un chemin religieux ou spirituel pour compenser leur paranoïa et leur vide intérieur : ils s’isolent dans un ashram ou deviennent nonnes ou prêtres. Mais la divinité qu’ils vénèrent n’est rien d’autre que leur faux self, déguisé en « être profond » ou en « Dieu ».
Sa sensation d’inexistence et son vide intérieur
En raison de son noyau schizoïde, de l’absence d’une structure psycho-émotionnelle solide, le narcissique anxieux entretient un doute profond quant à sa propre existence. Ce doute est confirmé par son insécurité ontologique. Inconsciemment, il se dit : « Je n’existe pas. »
Cette certitude accablante constitue le socle fragile sur lequel repose sa structure psychique, alimentant en permanence son anxiété ainsi qu’une forme de paranoïa dissimulée.
À cette sensation de non-existence s’ajoutent des croyances dévalorisantes, telles que : « Je suis mauvais », « Je suis nul », « Je suis imparfait », « Je suis incapable », etc.
Ces convictions, issues de ses traumatismes, nourrissent en lui un vide intérieur abyssal.
Ce vide intérieur, véritablement terrifiant, est la conséquence directe de son trouble de stress post-traumatique (TSPT).
Incapable d’accéder à son être authentique — et donc à des échanges véritables — il se voit contraint d’adopter des apparences et des masques, dans l’espoir d’être accepté par les autres. Il ne peut exister qu’à travers un faux self chroniquement effondré. Ce n’est pas un masque qu’il peut retirer : il est devenu ce faux self — vide par définition.
Comment se manifeste le faux self d’un narcissique anxieux ?
Le narcissique anxieux n’a pas accès à son véritable « Je suis » — au Soi libre de toute définition ajoutée. Ne survivant qu’à travers son faux self, il s’identifie à ses pensées et croyances négatives. Et s’il n’est que ces pensées négatives, il lui faut alors « devenir » leur contraire : des pensées positives idéalisées.
C’est pourquoi il endosse un personnage fictif, fait de masques trompeurs, tels que la pseudo‑humilité, la pseudo‑perfection divine, la pseudo-omniscience et la pseudo-puissance.
Il oscille ainsi en permanence entre deux états psychiques :
Celui où il ne se perçoit que comme un « mauvais objet », ce qui le complexe et le pousse à s’effacer ou à adopter une posture de pseudo-humilité devant les autres.
Celui où il compense ce complexe d’infériorité et ce « mauvais objet » qu’il croit être, en adoptant une posture d’agressivité passive, jamais frontale.
À un niveau inconscient, il demeure convaincu d’être fondamentalement mauvais et d’être inexistant, car il souffre de ce doute ontologique qui le pétrifie de terreur. Malgré ses efforts pour masquer ces convictions, frustration et amertume s’expriment sous la forme de pseudo-humilité ou d’agressivité passive — retrait, isolement, distance psycho‑émotionnelle et traitement du silence. Ces comportements, profondément blessants pour ses proches, constituent les mécanismes défensifs de son faux self.
Ses mécanismes défensifs d’isolement et d’identification projective
Le narcissique anxieux compense ses insuffisances par l’isolement : il se retire dans son monde mental, sans jamais montrer ses émotions ni parler de son vécu ou de ce qu’il ressent. Il présente un autre mécanisme défensif appelé « identification projective ». Les observations du célèbre psychanalyste autrichien Otto Kernberg nous éclairent sur ces deux mécanismes.
L’isolement : ce mécanisme défensif inconscient permet au narcissique pathologique — qu’il sont manifeste ou caché — de préserver, dans son imaginaire, un sentiment de grandeur. Il méprise et dévalorise ceux qui l’entourent, tout en se considérant comme supérieur, spécial, unique, voire omniscient. Cet isolement est aussi une manifestation de sa paranoïa : dans son univers paranoïaque, tout le monde est suspect — sauf lui.
L’identification projective : ce mécanisme défensif consiste à projeter sur autrui tout ce qui lui est intolérable en lui-même, notamment ses voix intérieures qui lui répètent qu’il est un mauvais objet, qu’il n’a pas le droit d’exister, de ressentir ses émotions ou de s’exprimer.
Il attribue aux autres ce qui lui est insupportable : ses déficiences, ses croyances toxiques à propos de lui-même et certains traits de personnalité.
Il projette également ses émotions négatives : sa peur, son stress, son anxiété, ses frustrations, sa colère, sa culpabilité et sa honte toxique.
Il blâme les autres pour ses crises de paranoïa ou pour le fait qu’il les considère à l’origine de ses idéations paranoïaques — soupçons des intentions cachées.
Il fait cela, parce que pour lui l’altérité n’existe pas : les autres sont extensions de son esprit.
Incapable de poser des limites, ces mécanismes permettent au narcissique dissimulé de renverser la situation. Plutôt que de reconnaître son incapacité relationnelle et d’admettre la colère, l’animosité ou même la haine qu’il éprouve, il se persuade : « Ils me blessent. Ils me détestent. » Ainsi, il évite toute responsabilité, tant pour les souffrances qu’il inflige que pour le déni de sa propre pathologie.
La paranoïa du narcissique caché et sa tendance à l’auto-victimisation
Le narcissique anxieux est incapable d’obtenir sa provision narcissique de manière directe, comme le font les narcissiques classiques, car il se perçoit comme un raté, un être ayant échoué, ou encore comme quelqu’un condamné à être jugé, rejeté, expulsé de la société pour des fautes réelles ou imaginaires. Craignant le regard et les réactions d’autrui, il devient profondément autocentré, pseudo-autonome, auto-suffisant et presque invisible.
Il en vient à croire que les autres complotent contre lui. Ce sont là ses idéations paranoïdes, marquées par le sentiment d’être un « mauvais objet », par une anxiété constante teintée de catastrophisme, par la suspicion et une hypervigilance permanente. Terrifié à l’idée d’être observé, il s’imagine sans cesse scruté, jugé, cerné par des regards hostiles, prêts à lui nuire.
Il confirme ainsi deux positions complémentaires :
Convaincu d’être au centre de tous ces jugements, de toutes ces attentions négatives, il nourrit un sentiment de grandeur qui alimente son narcissisme.
En même temps, il s’enferme dans une posture de victime professionnelle.
Par conséquent, le narcissique anxieux se replie sur lui-même et devient émotionnellement absent. Il ne s’engage pas émotionnellement avec les autres, car il est dissocié à la fois de ses propres affects et de la réalité. En érigeant cette barrière émotionnelle pour se protéger, il se coupe également de ses proches — sauf lorsqu’il s’agit de leur rendre service, posture qui lui permet de maintenir une image valorisante de lui-même.
Dans les cas les plus extrêmes, il se dissocie totalement de son environnement, jusqu’à devenir inexpressif, car sa paranoïa vient confirmer son sentiment d’inexistence, d’impuissance et d’insuffisance. Ainsi, confronté à des contextes inconnus ou stressants, il peut être sujet à des accès de panique, à des crises d’angoisse, et sombrer dans le catastrophisme — tout en projetant la faute sur la personne présente à ses côtés. Pour approfondir, consultez l’article : La paranoïa des narcissiques.
Sa pensée magique : entre illusion et spiritualité dévoyée
La pensée magique correspond à la croyance enfantine selon laquelle la réalité extérieure peut être influencée par la seule force des pensées. Illusoire mais normale à ce stade du développement narcissique, elle devient pathologique lorsqu’elle persiste à l’âge adulte, relevant alors du registre psychotique.
C’est le cas du narcissique caché, qui croit que tout ce qu’il imagine est vrai et que sa volonté suffit à modeler le monde extérieur. À l’instar d’un enfant avec ses jouets, il transforme les autres en personnages de son esprit, compagnons silencieux de ses jeux intérieurs.
Ayant échoué à s’individualiser, à se différencier et à se séparer de ses parents, il échoue également à développer une représentation adéquate du monde extérieur. Il ne reconnaît ni la séparation ni l’extériorité des autres, et demeure incapable d’en percevoir la cohésion et les limites, d’en élaborer une représentation cohérente.
Sa perception de sa coexistence avec le monde est altérée : il se perçoit comme le monde lui-même et réduit autrui à de simples images mentales, des objets internes qu’il introjecte. Confondant imaginaire et réalité, il considère que les contenus infinis de son esprit constituent son seul univers
Par conséquent, il est soumis à la pensée magique, nourrie par des idéations paranoïaques — telles que l’action à distance ou le conspirationnisme dirigé contre lui. Irrationnelles par nature, ses pensées magiques le poussent à compenser sa paranoïa par des croyances métaphysiques ou spirituelles. Il rêve alors d’un bonheur absolu, exempt de toute douleur.
Attirés par une spiritualité illusoire ou par une philosophie abstraite, déconnectée du réel et reposant sur des procédés auto-hypnotiques, certains narcissiques cachés élaborent une religion personnelle ou s’engagent dans une quête spirituelle purement imaginaire.
Sans en avoir conscience, leur faux self devient alors leur divinité. Ainsi, un bon nombre de narcissiques cachés, devenus coachs autoproclamés et se croyant « hors humains », prolifèrent sur Internet. Ils proposent des pratiques hypnotiques censées guider leurs adeptes vers des sphères cosmiques — mais en réalité, elles relèvent davantage du comique que du cosmique.
Son syndrome dissociatif : dépersonnalisation et déréalisation
Enfermé dans son monde d’amertume, il manque de joie de vivre, de spontanéité et d’authenticité. Dissocié de lui-même, et sans accès à son véritable « Je suis », il se protège du monde extérieur en se réfugiant dans un univers à la fois infantile, et souvent illusoirement spirituel ou religieux. Cet univers imaginaire, appelé « paracosme », le sert à refouler ses émotions et à se dissocier de la réalité. Il souffre donc d’un syndrome dissociatif — un état de dépersonnalisation et de déréalisation.
La dépersonnalisation survient lorsqu’il ne parvient pas à intégrer sa perception de lui-même avec son sentiment d’identité. Autrement dit, il s’observe de l’extérieur, recevant toutes sortes d’informations sur lui-même sans pour autant s’y sentir relié. Pour lui, ces informations ne sont que de simples données, ce qui entraîne un phénomène appelé en psychologie clinique « l’éloignement de soi. »
La déréalisation se manifeste par l’incapacité à intégrer sa perception du monde extérieur à sa propre identité. Il perçoit alors son environnement comme irréel, distant ou artificiel, ce qui accentue son sentiment de vide intérieur et son besoin de contrôle. Pour plus d’information consultez cet article : La dépersonnalisation et la déréalisation.
Son syndrome dissociatif ne fait que confirmer, encore une fois, la profondeur de son sentiment d’inexistence et de son complexe d’infériorité.
Pourquoi le narcissique anxieux est-il à ce point complexé ?
Pourquoi vit-il dans cet état de morosité, d’anéantissement chronique, de dépression sourde ? Parce qu’il est resté figé dans son passé, prisonnier d’une enfance marquée par des messages destructeurs, qu’il a introjectés de ses parents et pris pour des vérités. Au fond de lui, il est convaincu que ces derniers ne l’ont pas aimé et ne lui ont jamais accordé le droit d’exister pleinement, de s’affirmer, ni même d’exprimer sa joie de vivre.
Comme tous les enfants, le narcissique caché s’est identifié au parent maltraitant, s’y étant attaché au point d’en faire son principal objet interne : un abuseur idéalisé.
Il a introjecté (avalé), incorporé (consommé) et intériorisé (digéré) ce parent maltraitant, jusqu’à adopter ses valeurs, ses traits de caractère, ses comportements et les messages toxiques véhiculés à travers des maltraitances physiques et psycho-émotionnelles. Il a également absorbé sa honte profonde et son anxiété chronique — restant ainsi loyal à lui.
À l’âge adulte, il transfère l’image de ce parent abusif sur ses proches, anticipant rejet ou trahison. Cela renforce son incapacité à faire confiance et à établir des relations saines. Rempli de honte toxique, il sabote inconsciemment les liens positifs : soit en se retirant émotionnellement, soit en adoptant des comportements destructeurs. Il recrée ainsi, encore et encore, le cycle du rejet et de l’humiliation.
Ainsi, il nourrit ce que la psychologie appelle une affectivité négative, composée d’émotions toxiques qu’il projette de façon insidieuse et passive sur autrui : honte toxique, paranoïa, anxiété croissante, rage narcissique contenue et envie corrosive. Il entretient une rancune tenace, un ressentiment profond qu’il retourne contre lui‑même et contre les autres sous forme d’agressivité passive.
À cela s’ajoute une humiliation ancienne, jamais digérée, qui entretient une honte toxique et un apitoiement permanent. La moindre critique, le plus petit jugement, l’échec le plus banal le percute de plein fouet. Hypersensible à vif, il s’auto-victimise. C’est pourquoi il porte son complexe d’infériorité, son anxiété et sa paranoïa comme une seconde peau.
Malgré ses efforts pour être accepté ou pour mener ses projets à terme, il se sabote par la procrastination. Ses actions demeurent inconsistantes, car il dévalorise autrui ou ne lui accorde aucune attention réelle.
Ce mépris lui permet de réaffirmer son sentiment de grandeur ou de consolider son sentiment de supériorité. Mais ce n’est qu’un auto‑approvisionnement narcissique bancal, qui le fait replonger dans son effondrement chronique.
Pour toutes ces raisons, il se retrouve privé de cette provision narcissique — ce carburant psychique qui, s’il en disposait, lui permettrait enfin de se sentir exister.
Ses voix intérieures : une coalition toxique
Le complexe d’infériorité du narcissique caché est alimenté par une multitude de voix intérieures qui hantent son esprit. Ces voix, forment une coalition toxique qui alimente son insécurité ontologique. Elles répètent inlassablement des messages dévalorisants, anxiogènes, auxquels il s’identifie comme si les figures qui les prononçaient étaient encore réelles et présentes. Ce sont des messages explicites ou implicites provenant de son parent abusif — ou d’autres figures marquantes — qu’il a introjectés et profondément intériorisés durant l’enfance.
Par exemple, un juge intérieur, froid et implacable, lui assène qu’il est un mauvais objet : nul, imparfait, incorrect, inexistant, incompétent, indigne, inadéquat, inutile, inefficace, insignifiant, etc. Il s’identifie non seulement à ce « persécuteur intérieur », mais aussi à l’enfant blessé qui encaisse ces jugements — devenu, lui aussi, un objet interne.
De là émerge un mécanisme de comparaison et de jugement de soi, qui le pousse à une auto-dévalorisation extrême. Mais comment se défend-il de ces voix intérieures qui l’assaillent et le détruisent en silence ? Il les projette à l’extérieur, sur les autres, sous la forme d’une colère passive, subtile et contenue, mais profondément blessante et déchirante.
Le paracosme du narcissique caché : une compensation illusoire
Pour apaiser son anxiété et sa paranoïa, le narcissique caché se réfugie dans le paracosme de sa petite enfance — un univers imaginaire où il se consacre au rêve. Ce monde mental est peuplé d’objets internes et d’amis imaginaires ; il est régi par une religion fantasmatique, destinée à combattre le mal et à le rendre parfait. Structuré autour d’un paradis gouverné par une divinité bienveillante, il lui offre l’illusion d’une protection absolue.
Au cœur de ce paracosme se trouve une Sainte Famille tout aussi imaginaire : son faux self y incarne le Dieu tout-puissant, sa partenaire intime devient la Mère divine, et lui-même endosse le rôle de l’enfant adoré. Cette construction psychique lui permet de compenser l’image du mauvais objet qu’il croit être et de combler son vide abyssal.
À l’instar des narcissiques classiques, il rêve de reconnaissance, de succès, de pouvoir, d’argent, de célébrité et de notoriété. Mais, en raison de ses insuffisances, ces rêves demeurent inaccessibles. Malgré ses efforts, il est incapable d’en tirer la moindre provision narcissique. Il génère alors une auto-provision narcissique en s’imaginant, par exemple, des conflits dont il sort toujours victorieux, ou en se rêvant chevalier au service d’une Reine.
Il peut aussi se fantasmer parvenu à une perfection divine, à une conscience éclairée ou à une forme d’omniscience ou d’illumination spirituelle.
C’est là son activité compensatoire : plutôt que de remettre en question son isolement, son sentiment d’anéantissement, son auto-effacement, son anxiété, sa paranoïa, sa déréalisation, sa dépersonnalisation ou ses comportements passifs-agressifs, il préfère s’abandonner à ses fantasmes, ses fabulations, ses récits illusoires et aux rôles fictifs qu’il s’invente.
Comment obtient-il sa provision narcissique ?
Le narcissique anxieux cherche sa provision narcissique en endossant tour à tour divers masques. Il se rapproche des autres sous un masque de pseudo‑humilité et d’amabilité, souvent excessive, espérant obtenir leur acceptation, leur pitié ou leur compassion.
Lorsqu’on lui demande de l’aide, il peut réagir comme pour dire : « Bien sûr, je peux vous aider… mais ne me faites pas de mal, je suis sans défense. » Autrement dit, il cherche à éviter toute situation comportant un risque de rejet, de critique ou d’humiliation. C’est une posture victimaire, imprégnée de paranoïa, qui suscite parfois la pitié, mais aussi le dégoût.
Sa cathexis — c’est-à-dire son énergie émotionnelle — étant investie en lui‑même, lorsqu’il cherche à séduire, il se présente comme un enfant vulnérable, semblant dire : « Prends soin de moi, je suis sans défense. J’ai besoin de toi. » Il sollicite ainsi l’instinct maternel de la personne qu’il tente de séduire.
Pourtant, il demeure incapable d’offrir une relation adulte, fondée sur l’altérité et l’égalité. Il manifeste ce qui s’apparente à un trouble de la personnalité évitante, marqué par une absence psychoaffective et un refus de tout échange qualitatif ou significatif avec sa « mère » de substitution ou avec ses enfants. Par conséquent, sa provision narcissique reste précaire, davantage auto-alimentée par des fantasmes que par de véritables capacités relationnelles.
Son autosabotage : l’illusion d’un contrôle qui se retourne contre lui
Le narcissique anxieux a tendance à s’auto‑contrôler par l’effacement. Il retourne sa colère contre lui‑même sous une forme passive. Ce mécanisme le conduit à l’autosabotage : inconsciemment, il permet aux autres de le maltraiter, car il ne pose pas de limites et n’exprime sa colère qu’à travers une agressivité passive, dissimulée derrière un calme apparent et une fausse équanimité.
Par exemple, si la femme d’un narcissique vulnérable le trahit et l’humilie publiquement, il se dit : « Tu ne me feras rien ressentir, car c’est moi qui t’ai poussée à me trahir. C’est moi qui contrôle tes réactions. De toute façon, quoi que tu fasses, je ne suis pas là, car je m’efface, je suis inaccessible. » Ce type de contrôle illusoire lui permet d’éviter de ressentir sa souffrance.
Un autre exemple de contrôle détourné contre lui‑même se manifeste lorsqu’il perd ses possessions au profit des escrocs, faute de se défendre. Il élabore alors des justifications illusoires, se persuadant qu’il conserve le contrôle des situations. Il s’imagine abandonner volontairement ses biens au profit des autres.
Ainsi, s’il perd son argent en réalisant de mauvais investissements, il peut penser : « C’est moi qui me détruis, cet escroc n’était qu’un outil de mon autodestruction. Je suis voué à l’échec. »
Ou encore : « C’est moi qui ai incité cette personne à abuser de moi. J’ai contrôlé la situation, car même si elle m’a humilié, je me suis effacé, je n’étais pas vraiment là. »
Il recadre ainsi les situations pour échapper à l’humiliation, à la honte et à la mortification. Cependant, son autosabotage le frustre, car non seulement il perd sa dignité, mais il doit aussi restreindre ses dépenses.
Le narcissique anxieux peut devenir un imposteur prosocial
Pour réduire leur anxiété et leur paranoïa, et animés par le fantasme inconscient d’une perfection divine, nombreux narcissiques vulnérables cherchent refuge dans des communautés spirituelles ou religieuses. Dans ces contextes, ils suivent les préceptes des autorités religieuses ou spirituelles, qui les conduisent vers des « sphères supérieures ».
Certains se présentent sous le masque de pseudo-humilité — des personnes gentilles, irréprochables, vertueuses, bienfaisantes, empathiques, compatissantes, affectueuses, admirables et soutenantes. Ils deviennent des figures prosociales — « piliers » de leur communauté.
D’autres, au sommet de leur délire, se rêvent sauveurs, messies, enseignants, coachs, gourous, guides ou thérapeutes spirituels, dont la morale et l’éthique constitueraient une part essentielle de leur héritage. Ainsi, ils (elles) accèdent à des positions de leadership où ils entraînent autrui dans leurs constructions fantasmatiques.
Bien que leur cathexis — c’est-à-dire leur énergie émotionnelle — semble tournée vers autrui, en réalité elle est entièrement investie en eux-mêmes, car ils puisent leur provision narcissique derrière le masque de la spiritualité, de la guidance ou d’une prétendue religiosité.
Lorsqu’une personne affiche sa religiosité de manière ostentatoire, exhibe sa foi de façon démonstrative et cherche à capter l’attention par ce biais, elle manifeste un fonctionnement relevant du narcissisme pathologique. Ce type de personne instrumentalise la religion et la foi des autres en Dieu comme un levier d’attention — sa drogue. Sa communauté, qu’elle soit spirituelle ou religieuse, devient pour elle la source principale de sa provision narcissique.
Devenu prosocial, le narcissique anxieux est un imposteur. Dans une communauté spirituelle ou religieuse, il est un faux dévot, car son seul but est lui-même : se sentir vu par les autres membres de la communauté. Il détourne sa prétendue dévotion en source de provision narcissique. C’est son seul moyen de se sentir équilibré, joyeux et entier.
Sa stratégie est la conformité : il ne remet jamais en question les règles et les croyances de sa communauté. Il joue le jeu, manipule, exploite les failles du système, mais sans jamais le défier. Pour lui, l’important est d’être perçu comme un « bon élève », quelqu’un qui s’insère parfaitement dans la norme.
Il vit par procuration : il imite les comportements des autorités religieuses ou spirituelles — peut-être des personnalités narcissiques manifestes — persuadé que celles-ci sont supérieures. Dans son for intérieur, il se répète : « Je ne suis qu’un mauvais objet. Je suis insuffisant. J’ai besoin de devenir parfait comme l’autorité spirituelle ou religieuse que j’admire. » Il doit donc se rehausser, s’améliorer en se niant, en devenant quelqu’un d’autre — un imposteur.
Puis, il prêche les croyances et récits de l’autorité élue. Il s’emploie à exhiber sa proximité avec la vérité divine prêchée par cette autorité — se présentant comme un canal pur de cette autorité. Il se positionne en figure supérieure par sa moralité ostentatoire, son éthique ou sa spiritualité. Mais il ne cherche qu’une chose : l’attention d’autrui.
Les gens, hypnotisés par ses récits illusoires ne le rejettent pas, mais au contraire acceptent, car ils considèrent ces récits comme des cadeaux qui les aident à résoudre leurs problèmes. C’est ainsi que le narcissique prosocial imposteur soutire sa provision narcissique.
Voyons à présent comment se manifeste la pulsion sexuelle chez les narcissiques occultes.
Entre autoérotisme, misogynie et dérive pédophilique
Puisque son énergie émotionnelle, libidinale et érotique n’est investie qu’en lui-même, le narcissique caché —anxieux ou passif-agressif — demeure essentiellement autoérotique. S’il est sexuellement actif dans le couple, c’est uniquement pour éviter l’abandon.
Son intimité est marquée par la peur de l’autre. Sa femme (ou son mari) devient à ses yeux l’objet persécuteur idéalisé de son enfance : d’une part, elle est une madone divine ; d’autre part, elle est perçue comme la sorcière capable de l’engloutir. De quelle manière résout-il ce dilemme anxiogène ?
Il se sert alors de son personnage fictif : son plaisir sexuel découle de ce déguisement.
Si par hasard il a des rapports sexuels avec vous, il « exproprie » votre féminité et projette sur vous sa part féminine. De cette manière, il fait l’amour avec lui-même : il transfère cette part sur vous, pour ensuite l’intérioriser durant l’acte sexuel.
Mais son insatisfaction sexuelle chronique devient une autopunition masochiste, qui lui sert de justification pour projeter sur vous son agressivité passive — vous n’aurez jamais un véritable amant en face de vous. Votre rôle auprès de lui est figé : vous êtes la mère éternelle, condamnée à veiller sur lui et à porter le poids de sa misogynie et de sa pathologie.
Rongé par la honte liée à ses désirs, il peut développer des comportements compulsifs, comme une dépendance à la pornographie. Il peut aussi refouler une homosexualité mal assumée. Ou encore, il peut tisser une relation incestuelle avec sa fille, lui attribuant le rôle de partenaire romantique, tout en refoulant son désir sexuel, jusqu’à devenir asexuel.
Sam Vaknin affirme que certains narcissiques cachés sont terrifiés à l’idée d’être humiliés pour leurs préférences sexuelles, car ils présentent des tendances paraphiliques, c’est-à-dire une excitation sexuelle dirigée vers les cadavres, les animaux ou les enfants.
Ainsi, l’inceste et la pédophilie surgissent comme la pulsion de nombreux narcissiques cachés. Lorsqu’ils abusent sexuellement d’un enfant — y compris de leur propre enfant — ils recourent à une manipulation hypnotique, le « gaslighting », un véritable décervelage hypnotique. Dans ce cas, ils se drapent toujours dans leur personnage fictif, de sorte que la responsabilité semble incomber à ce masque plutôt qu’à eux-mêmes.
L’enfant n’est pour eux qu’un prolongement de leur esprit. Pourquoi dès lors s’inquiéter de leur pathologie et chercher l’aide d’un psychiatre, psychologue ou thérapeute ? Réponse : parce que leur pédophilie leur confère la provision narcissique indispensable à leur survie.
Ainsi, sous l’égide de la Sainte Église, certains narcissiques prosociaux, imposteurs, légitiment leurs pratiques pédophiliques — l’élection à prêcher la parole divine les érige, à leurs propres yeux, en êtres uniques et exceptionnels — cela prime sur tout. Un récit illusoire semblable est orchestré par certains gourous, coachs sportifs ou tout autre narcissique occulté en position de pouvoir au sein d’une communauté — jusqu’aux réseaux sociaux pédophiles.
Le narcissique caché peut devenir alcoolique
L’alcool a sept effets sur lui :
Sur le long terme, l’alcool réduit sa capacité à communiquer avec autrui, mais sur le moment, il le rend temporairement plus sociable, plus ouvert à la communication, que ce soit avec des inconnus ou avec ses proches.
Sous l’influence de l’alcool, un narcissique caché peut se désinhiber et avoir des relations sexuelles avec son conjoint, alors qu’il est habituellement autoérotique.
L’alcool affecte encore plus sa mémoire, et accentue sa dissociation, lui permettant de se justifier et de dire : « Je ne me souviens pas de ce que j’ai fait ou de ce que j’ai dit. Ce n’était pas moi, c’était la boisson. »
Il devient dépressif après une désinhibition initiale, donc l’alcool confirme sa dépression et son anéantissement.
L’alcool peut donner un semblant de structure à sa vie chaotique, car il est utilisé comme palliatif pour fuir sa douleur, sa honte, sa colère ou son anxiété.
L’alcool peut tout aussi provoquer une myopie alcoolique, et il peut devenir exagérément grandiloquent — macho, messie, dur à cuire, etc.
Sous les effets de l’alcool il peut devenir une version plus grandiose et parfois antisociale ou psychopathe de lui-même.
Le moment est arrivé de vous poser une question…
Votre père était-il un narcissique caché anxieux ?
Si l’un de vos parents était un narcissique caché, il ou elle était inévitablement absent(e), malgré sa présence physique. Puisque le narcissisme pathologique est intrinsèquement lié aux relations intimes, il ne peut ni reconnaître l’altérité de ses proches, ni leur offrir un amour authentique. En raison de sa pulsion de mort, il demeure privé d’accès aux émotions positives.
Par conséquent, il est incapable d’entretenir des relations authentiques fondées sur le respect des besoins et des limites de ses proches — y compris celles de ses enfants — car l’altérité lui apparaît comme une menace à détruire plutôt qu’une réalité à accueillir. Pourquoi ? Parce que, dans son enfance, il a confondu l’amour avec l’abus dont il fut victime. C’est pourquoi il demeure un enfant blessé, terrifié par l’intimité, la proximité, l’empathie et l’amour.
Et, en raison de son noyau schizoïde, il ou elle était profondément méfiant(e), parfois jusqu’à la paranoïa. Inconsciemment, il vous évitait, ne communiquait rien, ou ne disait que le strict minimum. Peut-être accordait-il plus d’attention à ses occupations qu’à vous. Il ne vous regardait pas — cela vous a brisé le cœur. S’il était fortement dissocié, non seulement son regard était fuyant, mais il ne manifestait aucun intérêt pour ce que vous étiez.
S’il n’était qu’une sorte de « régisseur » donnant des ordres, en vérité, il était passif-agressif. Dans ce cas, il générait de la crainte et de l’insécurité : vous aviez certainement peur de lui — et vous avez peut-être fait l’expérience de la vallée de l’étrange.
Il s’agit d’un concept développé par le roboticien Masahiro Mori, qui désigne le sentiment d’inconfort et sentiment d’étrangeté que nous éprouvons face à des robots humanoïdes dont l’apparence et les comportements ressemblent trop à ceux des êtres humains. Le narcissique caché produit une sensation similaire. À la fin de la prochaine partie, nous aborderons les graves conséquences pour vous.
Examinons à présent la psychodynamique du narcissique caché passif‑agressif.
Le narcissique passif-agressif et sa rage silencieuse
Imaginez une prison sans murs, une cage invisible où chaque sourire cache une intention, et où le silence comme l’absence de communication, deviennent des armes de destruction psychique. Vivre avec un narcissique caché, passif-agressif, c’est cela : la relation ne semble pas toxique au premier regard, mais on finit par s’épuiser, et finalement, s’éteindre.
L’agression passive se dissimule sous un vernis de civilité, de bonnes manières et de formalité. Derrière cette surface se cachent l’inimitié, l’hostilité, la haine et le désir de détruire la cible — l’objet de la frustration. Ainsi, le narcissique passif-agressif transmet aux autres ses traumatismes et ses blessures d’enfance en projetant sur autrui sa propre rage narcissique — sous la forme d’une agressivité passive, insidieuse et difficile à déceler.
Ce genre de personnage progresse dans l’ombre, drapé de pseudo-humilité, de pseudo-dignité, d’une sollicitude en apparence assumée. Mais derrière cette façade, une autre réalité se cache : celle d’un prédateur subtil, qui rabaisse sans hausser le ton, isole sans interdire, et fait passer ses besoins et son contrôle de vous avant votre équilibre.
Ses attaques sont rarement frontales : elles sont feutrées, déguisées, presque invisibles. Et pourtant, elles laissent des traces bien réelles — dans le psychisme, dans le cœur, et dans l’énergie vitale de sa victime qui s’épuise lentement.
Comment le reconnaître ?
À première vue, le narcissique caché passif-agressif paraît discret, intéressant, cultivé, parfois même admirable. Il affiche une modestie tranquille et une pseudo-humilité, tout en se montrant serviable. Il donne l’image d’une personne distinguée, digne, posée, impeccable, presque rassurante, sur qui l’on croit pouvoir compter. Mais derrière cette façade se dissimule une autre réalité.
Chez lui, la colère ne s’exprime jamais ouvertement : elle est contenue, enfouie. Il refoule ses émotions négatives derrière une perfection quasi divine et une moralité ostentatoire. Mais elles ne disparaissent pas pour autant — la rage, la paranoïa et l’envie corrosive fermentent en lui. Projetées sous la forme d’un silence pesant, d’un mépris voilé ou d’un retrait soudain et glacial, ces émotions se transforment en comportements passifs-agressifs : véritables signaux de son mal-être et de son dysfonctionnement toxique.
Sa tendance à l’isolement : une protection contre sa propre paranoïa
Chez le narcissique caché passif-agressif, l’isolement n’est ni un simple retrait ni un besoin de solitude. Il devient une manière détournée de projeter sur les autres ce qu’il ne peut tolérer en lui-même. Cette tendance se manifeste par une mise à distance constante, subtile mais implacable. Il s’enferme dans un univers où règnent contradiction et dissonance.
Ses proches deviennent alors des sources inépuisables de déception ou d’une hostilité masquée, jamais reconnue ni exprimée. Son isolement s’accompagne d’un mépris pour autrui, d’un désintérêt feutré pour les relations humaines, et d’un enthousiasme éteint pour tout ce qui touche à la vie commune.
Son repli traduit également une forme de paranoïa : une méfiance profonde envers le monde, une peur diffuse d’être trahi, humilié, jugé ou démasqué. Soupçons d’intentions cachées, scepticisme, hypervigilance et catastrophisme imprègnent ses idéations.
Sans connaissance préalable de son dysfonctionnement, il peut être difficile de percevoir certains signes. L’absence d’amis proches, l’isolement, l’indifférence et le mépris envers autrui sont justifiés par une prétendue autosuffisance, une indépendance et une certitude de ne pas avoir besoin des autres.
Mais ce n’est qu’une façade qui cache d’autres réalités :
Sa prétendue indépendance est un bouclier : elle lui donne l’illusion d’une autonomie, qui en réalité le protège de l’abandon, du rejet, de l’humiliation, de la trahison et de l’injustice.
Son autosuffisance apparente est une fuite devant son désir de fusion et son insécurité ontologique. Et, en se persuadant qu’il n’a pas besoin des autres, il garde le contrôle pour tenir à distance sa propre méfiance et paranoïa.
Son locus de grandeur : l’espace où il construit un récit illusoire
Son sentiment de supériorité transparaît dans sa posture, ses silences, ses regards et ses jugements implicites. Il se manifeste à travers l’image socialement acceptable qu’il s’efforce de préserver — une façade de modestie, de pseudo-humilité ou d’intégrité irréprochable. Mais derrière ce masque se dissimulent sa rage narcissique, sa paranoïa et, surtout, son envie corrosive soigneusement occultée.
Puisque le faux self du narcissique caché est vide, son métier, sa profession ou sa carrière — ainsi que les rôles qu’il endosse dans la vie — deviennent son locus de grandeur. C’est l’espace où il construit un récit intérieur grandiose, dans lequel il se vit comme spécial, unique, omniscient, tout-puissant et supérieur.
Vous le reconnaîtrez dans les critiques acerbes qu’il adresse au monde entier : s’il pratique la voile, il se proclame le meilleur et dévalorise tous les autres navigateurs ; s’il a construit son propre bateau, celui-ci devient, selon lui, un prototype exceptionnel. S’il est sculpteur, aucun autre ne saurait, à ses yeux, égaler son talent ni ses créations. Et ainsi de suite…
Cependant, ce sentiment d’être exceptionnel peut aussi naître de ses échecs répétés ou d’une faillite retentissante, qu’il transforme paradoxalement en preuve de sa singularité. Parallèlement, il adopte une posture victimaire. Il se dit incompris, mal aimé, négligé — et cette plainte lui confère, à ses yeux, tous les droits sur ceux qui l’entourent, surtout sur vous, sa (son) partenaire intime, ou son associé ou collègue de travail. C’est une autovictimisation stratégique, qui justifie ses comportements et le rend intouchable.
Son sabotage au travail ou en partenariat
Figé dans l’étape narcissique pré-cognitive de son enfance, le narcissique caché passif-agressif ne sait ni raisonner, ni réfléchir, ni mobiliser ses capacités cognitives. Même les sujets qui semblent l’attirer lui échappent, tout comme ses propres processus mentaux.
À cela s’ajoute son dysfonctionnement psycho-émotionnel. Dans un environnement professionnel — qu’il soit collègue, partenaire ou associé — son agressivité passive, ne se manifeste pas de manière frontale. Elle s’exprime plutôt à travers des comportements ambigus, peu condamnables d’emblée, mais profondément déstabilisants sur la durée.
Il peut feindre l’engagement et afficher une participation de surface, tout en sabotant subtilement le déroulement des tâches. Les suggestions sont rejetées, remplacées par une posture de supériorité teintée d’ironie. Tantôt nonchalant, tantôt rigide, il se montre peu motivé, souvent négligent, et laisse traîner les choses sous prétexte de réflexion ou de surcharge. Par son inertie, sa procrastination, son absentéisme et ses promesses rarement tenues, il ralentit le rythme du travail — souvent même le vôtre. On le surprend distrait, l’esprit ailleurs, l’œil perdu devant un écran, occupé à rêver plutôt qu’à produire.
Ces attitudes ne sont pas anodines. Elles sont le fruit d’un conflit intérieur issu de l’enfance. S’il a grandi sous l’autorité d’un parent dominateur, qui lui a imposé des responsabilités écrasantes, il développera, une fois adulte, une résistance quasi systématique à toute forme d’autorité. Chaque demande est perçue comme une atteinte à sa liberté, comme une injustice. Il se positionne alors en victime d’un système qu’il juge corrompu, incompétent, oppressant ou compétitif, ou encore de vous, qu’il identifie comme figure d’autorité.
Et puisqu’il se sent lésé, défavorisé et amoindri dans sa confiance en soi, il s’autorise à rejeter la faute sur les autres — en particulier sur ceux qu’il considère comme des figures d’autorité. Lorsqu’il fixe des limites, ce n’est pas pour préserver un cadre sain, mais pour affirmer un pouvoir. Il confond la notion de limites avec celle d’opposition. Cette confusion devient une arme, lui permettant d’éviter la collaboration et toute remise en question.
Sa difficulté à acquérir de nouvelles compétences renforce encore la confusion qu’il provoque autour de lui. Il oublie les détails, survole les sujets ou les projets collectifs et se contente d’une compréhension superficielle. Cette absence de profondeur aggrave son inefficacité.
Avec le temps, ses comportements installent un climat délétère : la méfiance grandit, l’usure s’installe, et la stagnation finit par épuiser l’énergie d’un bureau, d’un atelier ou même d’un partenariat.
Déprivés de contact avec la réalité, les narcissiques cachés refusent la vie adulte, adoptant une attitude de non-participation et un sabotage passif-agressif. Ils demeurent des adolescents en opposition à l’associé, au patron, à l’ancien système, à la société elle-même… Cette posture de résistance n’est qu’un rêve de liberté — un fantasme parmi tant d’autres.
L’inconscience de soi et l’incapacité à se remettre en question
Le narcissique caché est plus ou moins capable de comprendre les comportements des autres, car il possède une « empathie froide », purement cognitive, qui lui permet de les observer pour se rassurer et adopter la stratégie d’approche adéquate.
En revanche, il est totalement incapable de prendre conscience de sa dynamique interne ou de s’intéresser à l’observation de ses propres comportements dans une perspective de remise en question. Pourquoi ? Il est probable que cette incapacité provienne de sa certitude inconsciente de non-existence : son insécurité ontologique et son noyau schizoïde incarnent une menace interne insoutenable — un vide abyssal et une angoisse profondément refoulée.
Ainsi, il évite de ressentir cette angoisse, cette menace interne : son vide abyssal. Ce faisant, il se dérobe aussi à toute responsabilité pour ses traits et ses actes, feignant l’ignorance ou se persuadant d’être parfait : aimant, tolérant, patient, tendre et doux. En réalité, il vit dans un déni total de ses motivations, celles qui le poussent à manipuler et à contrôler les autres, en niant leur existence, en les négligeant et en les traitant avec une indifférence glaciale.
Les défenses alloplastiques du narcissique caché
Pour se protéger des blessures infligées durant l’enfance, le narcissique caché a développé des défenses adaptatives alloplastiques. Le préfixe « allo- » vient du grec ancien állos, qui signifie « autres », tandis que le préfixe « plastique » provient du grec plastikós, désignant la formation ou la malléabilité. Ainsi, dans un contexte psychopathologique, une défense alloplastique se manifeste par la tentative de modifier l’environnement ou d’altérer la perception d’autrui, dans le but de résoudre un conflit intérieur.
En raison de ces défenses, le narcissique caché rejette systématiquement la responsabilité de son mal-être sur les autres, sur le contexte ou la société. Sa propre souffrance, sa frustration, sa colère ne sont jamais, à ses yeux, le reflet d’un trouble intérieur, mais toujours la conséquence d’un facteur externe.
Incapable de reconnaître la moindre part de responsabilité dans les tensions qu’il provoque, il rejette catégoriquement toute critique, tout en jugeant, lui, les autres. La confrontation lui est insupportable. Il ne s’excuse jamais, même lorsqu’il sait, au fond, qu’il a blessé ou franchi une limite. Reconnaître ses torts — ne serait-ce que cinq pour cent — reviendrait, pour lui, à risquer la perte de contrôle de son image. Alors il blâme de façon détournée. Il retourne les faits, manipule les récits, déplace la faute.
Ce rejet systématique de toute culpabilité est l’un de ses traits les plus marquants. Il lui permet non seulement de se préserver psychologiquement, mais aussi de maintenir sa domination et son contrôle sur les autres, créant ainsi un climat de confusion et de doute.
Et si vous avez le courage de le confronter — si vous mettez des mots sur ce qu’il s’efforce de masquer, vous vous exposez à des représailles. Car derrière cette façade de calme ou d’indifférence se cache une réactivité violente passive, prête à surgir dès que son auto-idéalisation et ses défenses narcissiques sont menacées.
Que se passe-t-il dans sa vie relationnelle ?
La vie relationnelle du narcissique passif-agressif est pauvre, fragmentée ou marquée par des tensions répétées. Dans ses relations intimes, une stérilité émotionnelle se dresse : refus de vibrer, refus de s’abandonner, refus de se laisser traverser. Il est incapable de construire un lien profond et authentique avec quelqu’un. Il n’a pas d’amis. Et ses enfants, son conjoint ou son épouse sont complètement frustrés et finissent par s’éloigner. Il ne se relie pas réellement à l’autre, mais cherche plutôt à maintenir une forme de contrôle sur la relation, transformant l’autre en un objet interne manipulable, malléable comme une pâte à modeler.
Le retrait affectif est le rituel répété par lequel il transmet son traumatisme à la victime du moment, rejouant sans fin le conflit originel avec sa mère. Pour anéantir cette victime de passage, il se retire, se ferme, érige le silence comme une arme. Le langage corporel fait partie intégrante du machiavélisme du narcissique caché. Il mobilise son corps lorsqu’il s’agit de manipuler, de contrôler, de conspirer, d’établir une connivence, puis de frapper la cible — à la manière d’un serpent dissimulé dans l’herbe.
Ces relations sont marquées par l’incompréhension, le déséquilibre et, bien souvent, par la rupture. Si vous l’interrogez sur ses relations passées, il évoquera ses ex-compagnes comme des personnes problématiques, instables, toxiques — jamais comme des partenaires avec lesquelles il aurait partagé une responsabilité dans l’échec de la relation. Il se présentera toujours comme la victime : trop généreuse, trop tolérante, mais incomprise et trahie.
Bien entendu, il passera sous silence son propre rôle : l’agressivité passive et le contrôle par le traitement du silence, l’indifférence glaciale, la négligence extrême, l’opposition constante, la rétention d’affection et l’innocence violente. Ce sont les droits qu’il s’arroge dans la « relation ». En plus, en ne manifestant aucune émotion, en usant de l’évitement punitif et du refus de communiquer, le narcissique caché détruit sa victime.
Ce qu’il a fait à d’autres partenaires intimes serait votre destin
Observez‑le attentivement, car certaines impressions ne trompent pas : que vous raconte‑t‑il à propos de ses relations antérieures ? Comment s’exprime‑t‑il au sujet de son ex‑femme ? Comment se comporte‑t‑il avec ses enfants ? Est‑il capable de véritable tendresse, d’affection et d’attention sincère ? Joue‑t‑il avec eux ou leur consacre‑t‑il des moments suffisamment nombreux, fondés sur des échanges et une réelle communication ?
Traite‑t‑il les autres — y compris vous — comme des égaux ? Ou bien se montre‑t‑il hautain, arrogant et supérieur ? Et dans les situations ordinaires, comme aller au marché ou rendre visite à des proches, vous sentez‑vous pleinement à l’aise à ses côtés ? Ou bien y a‑t‑il toujours un malaise, une étrangeté, une tension qui plane, même dans les gestes du quotidien ?
Ces questions sont essentielles, car chez le narcissique passif‑agressif, la colère ne se manifeste pas par des cris ou des éclats, mais par l’agressivité passive. Il exprime son hostilité de manière détournée : par la distance, l’indifférence, le mutisme, l’absence, des remarques cyniques ou méprisantes, un scepticisme froid, une impatience latente. Tout chez lui semble conçu pour tenir l’autre à distance, sans jamais rompre ouvertement le lien.
Cette façon de contrôler les autres découle de son affectivité négative. La sensibilité, la compassion, l’empathie — ces qualités qui permettent une véritable communion — sont étouffées chez lui par une affectivité négative qu’il dissimule derrière une façade hautaine. Sa tristesse, sa colère et son ressentiment forment un noyau émotionnel figé, qui empêche toute intimité réelle. Le narcissique caché est un enfant sans cœur. Et, puisque son narcissisme se manifeste principalement dans la relation à l’autre, c’est vous qui en souffrirez le plus.
Ses anciennes partenaires ont vécu une destruction psycho‑émotionnelle profonde, qui s’est installée au fil du temps. Leur confiance s’est effritée. Leur estime de soi s’est fragilisée. Leur perception de la réalité s’est altérée sous l’effet d’une dissonance cognitive anxiogène qu’elles ont éprouvée. C’est un processus de démolition insidieux, comme un venin d’action lente, difficile à détecter au début, mais dont les effets sont extrêmement pénibles.
Son mode relationnel repose sur un attachement évitant
Dès qu’il installe son fantasme partagé avec vous, il crée une dynamique de dépendance tout en refusant de répondre à vos besoins affectifs légitimes — amour, respect et attention. Soumis à ses propres états d’âme, il se dérobe à la communication, s’enferme dans le silence et l’inaction — surtout dans les phases de dévalorisation. Ce refus d’engagement devient une stratégie de contrôle qui réactive votre peur de l’abandon. Il ne vous attaque jamais frontalement, mais vous use lentement, en vous maintenant dans l’attente et l’incertitude.
Il s’oppose systématiquement à vous : à vos besoins légitimes, vos désirs et vos élans. Il vous frustre jusqu’à vous pousser à bout. Il sabote la relation en érigeant un mur de silence, tout en se nourrissant de vos réactions. Chaque émotion que vous exprimez — colère, tristesse, révolte — lui sert, par un mécanisme de comparaison, à confirmer sa perfection divine et sa morale ostentatoire, ainsi qu’à alimenter son sadomasochisme.
Le sadomasochisme du narcissique caché passif-agressif
Une chose devient vite évidente : votre narcissique caché exprime sa colère sans éclats et sans aucune empathie. Son agressivité, en apparence endormie, est en réalité sadique. Et comme chez les narcissiques manifestes, cette colère prend souvent une forme sadomasochiste. Chez lui, l’amour est indissociable de la douleur, de la blessure, de l’humiliation. Il ne sait aimer qu’en reproduisant la maltraitance. Derrière sa tentative d’établir une relation de couple, se cachent deux croyances profondément enracinées, forgées dans l’enfance :
Si ma mère (ou mon père) m’aime, alors elle me fait souffrir, me maltraite, me rejette, parce que je ne suis pas assez bien. Je suis la cause de son hostilité ou ses punitions.
Je suis un « mauvais objet ». Je mérite donc la douleur, l’humiliation, la trahison.
C’est le récit d’auto-victimisation qu’il vous transmet lorsque vous devenez sa mère de substitution. Cependant, il n’est pas seulement victime. En réalité, il vous fait souffrir lentement, afin d’être maltraité. En vous transmettant ses traumatismes, il suscite vos réactions négatives, lesquelles alimentent son sadomasochisme. C’est alors qu’il se positionne en martyr, incompris, mal-aimé, maltraité par ceux qu’il dît aimer, mais qu’il tente en réalité de contrôler, de dominer.
C’est cette confusion — entre amour et maltraitance, entre douleur et attachement — qui fait du lien avec un narcissique passif-agressif une expérience aussi éprouvante que difficile à décrire. Ses croyances inconscientes sont la fondation de son système relationnel. Ainsi, à travers son agressivité passive — silences pesants, distance affective, absence, négligence et dédain — il cherche, inconsciemment, à recréer le conflit avec sa mère.
Et, puisque vous êtes sa nouvelle mère, il vous pousse à bout, en écho à ce qu’il a lui‑même vécu, jusqu’à vous amener à envisager l’infidélité ou l’abandon. Lorsqu’il sent ce rejet approcher, il évite de confronter son sentiment profond d’indignité affective, en affichant une posture détachée — se comportant digne, tolérant et aimable — même avec votre amant. C’est ainsi qu’il garde le contrôle de la situation.
Sa provision narcissique sadique
La provision narcissique, c’est cette nourriture invisible mais essentielle dont le narcissique pathologique dépend pour maintenir un équilibre intérieur et sa sensation d’exister. Incapable de s’autoréguler émotionnellement, il cherche en permanence des sources extérieures pour soutenir son faux self, son image, et alimenter son sentiment d’omniscience, de toute-puissance et de perfection quasi divine.
Le narcissique caché passif-agressif extorque une provision narcissique d’une nature sadique. Ce n’est pas en vous aimant ou en vous admirant qu’il se sent plein — comme il le prétend — mais en vous ignorant, en vous infligeant une indifférence glaciale, en imposant le silence, l’absence émotionnelle, le vide affectif — sans jamais se soucier de ce que vous ressentez.
Voyons comment régule-t-il ses émotions et son équilibre interne :
Si vous êtes sa mère de substitution, il attend de vous que vous réguliez ses émotions et mainteniez son équilibre interne.
En vous faisant souffrir, sans jamais en assumer la responsabilité, il se sent exister.
Lorsque vous pleurez de douleur, il éprouve une euphorie narcissique.
En observant vos failles et vos blessures ou vos efforts pour comprendre ce qui se passe et réparer, il se sent supérieur, tout-puissant et invulnérable.
Il devient le spectateur cynique d’un théâtre qu’il orchestre lui-même.
Ainsi, sans que vous ne vous en rendiez compte, vous devenez la source même de sa provision narcissique sadique. Et plus vous tentez de comprendre son retrait ou d’apaiser la tension, plus il se sent renforcé dans sa position de contrôle et d’arrogance.
Le clivage : la division de l’autre en bon ou mauvais
Au cœur du narcissisme pathologique se trouve un mécanisme central : le clivage.
Comme tous les narcissiques, le narcissique caché a grandi en scindant le monde en deux catégories : le tout bon et le tout mauvais. Et cette division ne concerne pas seulement les autres, mais aussi lui-même.
Dans son monde intérieur, sa mère — figure centrale de son développement — a été perçue sous deux formes opposées : l’une idéale, douce, parfaite ; l’autre terrifiante et maltraitante. Cette figure aurait pu être son père, dépendant du contexte familial.
En tout cas, il n’a pas pu intégrer ces deux aspects en une seule personne complexe, ambivalente. Il les a séparés. Et en même temps qu’il a clivé cette figure parentale, il s’est aussi divisé intérieurement, en arrivant inconsciemment à cette conclusion :
« Si ma mère est mauvaise ou mon père mauvais, alors je peux être bon.
Mais si l’un d’eux me blesse, me châtie et m’humilie tout en se montrant impeccable, voire parfait, c’est forcément moi le problème. »
Ce genre de récit confirme l’existence de ses « objets internes » : des figures parentales introjectées durant l’enfance, auxquelles il continue de s’identifier. Et vous — son objet significatif parmi d’autres objets internes — êtes perçu(e) à travers ce prisme.
Son mécanisme de clivage alimente alors son fantasme partagé : après avoir fait de votre image une mère nourricière idéalisée, il vous entraîne à votre insu à devenir la mère persécutrice qu’il redoute tant. Vous êtes ainsi sommé(e) de régler les comptes restés ouverts avec elle.
Autrement dit, il ne vous perçoit pas comme une personne entière et réelle, mais comme le reflet de son monde psychique. Lorsque vous ne comblez pas ses attentes — même implicites — il projette sur vous l’image du parent qui l’a rejeté, fait souffrir et humilié. Alors, il vous dévalorise, vous rabaisse et vous humilie. Voyons maintenant ses stratégies de manipulation.
Les messages codés et machiavéliques du narcissique passif-agressif
Les messages du narcissique passif-agressif se présentent toujours sous une forme raisonnable, socialement acceptable ou empreinte de bon sens. Pourtant, derrière ses paroles raisonnables se cachent toujours des « messages codés », destinés à appuyer sur vos points sensibles. Ces messages sont pernicieux, insidieux, sournois et invisibles aux autres.
Voici quelques exemples :
Exemple 1 : Le message codé présuppose que vous avez consenti à quelque chose sur lequel vous n’avez jamais consenti. Il vous fait croire qu’un pacte, un contrat ou une décision a déjà été conclu(e). Mais rien de cela n’est vrai : c’est contrefactuel, contraire aux faits.
Exemple 2 : Il utilise sa posture de victime. Peu importe vos paroles ou vos actes, vous serez toujours catalogué(e) comme l’agresseur, car il s’obstine à projeter sur vous la victimisation vécue dans l’enfance.
Exemple 3 : Ses attaques verbales se déguisent en plaisanteries. Il vous blesse tout en niant son intention, insinuant que vous êtes trop sensible ou dépourvu(e) d’humour. Ce n’est qu’une preuve de sa stupidité, car « la moquerie est indigence d’esprit ».
Exemple 4 : Le narcissique passif-agressif vous manipule par l’équivoque. Il ne ne s’engage jamais: ne dit ni oui ni non. Il vous répond par des formules vagues — « Peut-être », « Si tu le dis », « C’est vrai que j’ai dit ça ? » Ses messages codés restent ambigus, fondés sur l’incertitude. Ainsi, il remet en question votre perception de la réalité.
Exemple 5 : Il feint l’ignorance. Il joue le naïf, l’innocent, celui qui ne sait pas, vous poussant à devenir son guide, son soutien, son interprète du monde. Ce faisant, vous vous retrouvez à excuser ses erreurs et à porter ses responsabilités.
Exemple 6 : Il recourt à une pseudo-humilité. Il se rabaisse ostensiblement, exagère ses failles, dans le seul but d’obtenir vos compliments, votre compassion et de vous assigner un rôle réparateur.
Son gaslighting : un abus narcissique insidieux
Le narcissique manifeste (classique) crée un fantasme partagé, adapté à vous. Il est un provocateur visible. Il utilise un type de langage pour vous dominer, vous intimider ou vous harceler. Il utilise la colère — exprimée ouvertement — pour faire honte, culpabiliser et humilier sa cible, que ce soit son partenaire intime, ses amis, ses collègues ou toute autre personne. Son langage est transparent, vous n’avez pas besoin de le déchiffrer. Son abus narcissique est manifeste, bruyant et violent.
Le narcissique passif-agressif, lui, est furtif, subtil et nuancé. C’est un narcissique effondré, incapable d’obtenir une provision narcissique grâce à des sources externes. Il se présente donc comme une personne modeste, pseudo-humble, charitable et altruiste — mais c’est une illusion. Il dégouline d’amertume, de ressentiment et de mépris.
Ses messages sont idiosyncratiques, chargés de doubles sens. Il crée des expressions sémantiques dans lesquelles certains mots ont des significations cachées. Son langage, à la fois agressif et codé, intime et lourd de sous-entendus, forme un discours obscur qui échappe aux non-initiés. Ses messages implicites et explicites — répétés des milliers de fois, jour après jour — fonctionnent comme un véritable décervelage hypnotique : une stratégie de manipulation connue sous le nom de gaslighting. Lisez l’article sur le sujet en cliquant sur le titre : Le gaslighting.
Le psychopathe pratique le gaslighting de manière préméditée. En principe, le narcissique caché n’a pas l’intention consciente de blesser, mais ses comportements produisent les mêmes effets traumatiques. Par son décervelage hypnotique, il prive sa victime de ses repères, de son intériorité, voire de son identité lorsque celle-ci est fragile. Puis, tel un sculpteur, il façonne une identité factice et lui déclare : « Voici qui tu es. Tu ne t’étais encore jamais vu(e) ainsi. Grâce à moi, tu t’es enfin trouvé(e). »
Dans Psychose d’Alfred Hitchcock, un meurtrier tue sa mère et la momifie pour continuer à prendre soin d’elle éternellement. C’est exactement ce que fait le narcissique pathologique : si vous êtes symboliquement mort(e), réduit(e) à une momie sans volonté ni autonomie, vous ne pouvez plus vous séparer de lui, rompre, partir, l’abandonner ou l’oublier. Vous lui êtes dévoué(e).
En vous entraînant dans son univers psychotique, il altère votre perception jusqu’à ce que vous ne sachiez plus distinguer le faux du réel, ce qui est exagéré, ni ce qui relève de sa propre volonté. Cette activité hypnotique constitue le but inconscient de son abus narcissique : vous éliminer en tant qu’individu autonome et interdépendant, pour vous recréer comme une extension de lui‑même — un objet interne, une introjection entièrement contrôlable et manipulable. L’anéantissement de votre individualité est au cœur de son abus narcissique.
La victimisation du narcissique caché et votre processus d’aliénation
Le narcissique caché se place sans cesse en position de victime, rejetant la faute sur vous, sur les autres ou sur le monde en général. Il ne prend jamais la responsabilité des effets traumatiques que son fantasme partagé et son abus narcissique provoquent chez vous et chez les autres victimes qu’il a utilisées.
En parallèle, il utilise des tactiques beaucoup plus sournoises pour altérer votre perception de la réalité. Il vous fait porter la responsabilité de ses comportements, ainsi que celle de la souffrance qu’il vous inflige. Si vous réagissez, il utilise vos émotions comme preuves contre vous : « Tu vois bien, c’est toi le problème. »
Cette forme de manipulation vous pousse peu à peu à douter de vous-même. Vous vous sentez inférieur(e), fautif(ve), décalé(e). Votre comportement change, vos réactions ne vous ressemblent plus, et vous commencez à vous éloigner de votre essence. Cette sensation profonde, de plus en plus difficile à nommer, porte un nom : l’aliénation — ce sentiment douloureux de ne plus être soi, d’être devenu étranger à sa propre vie, de s’être détaché de son identité ou de sa réalité et d’avoir régressé au stade de nourrisson.
Dans ce jeu malsain, il renforce sa sensation de toute-puissance. Il se vit comme supérieur, détaché, invulnérable — pendant que vous, peu à peu, vous vous videz de votre énergie vitale.
Son contrôle repose sur l’envie corrosive
Chez le narcissique passif-agressif, l’envie n’est pas une émotion passagère — c’est un carburant, une force souterraine qui irrigue son discours, ses pensées et ses comportements. Elle constitue une émotion centrale, se traduisant par un désir inconscient d’anéantir la personne perçue comme un rival. Ce désir, teinté de persécution, vient confirmer et renforcer à la fois sa structure paranoïaque et son sentiment d’être une victime.
Son envie constante, le rend rancunier, toujours sur la défensive. Il se sent lésé, oublié, méprisé — persuadé que ce qui lui revient de droit a été donné à d’autres. Il se plaint souvent d’avoir été écarté, ignoré, ou injustement traité. Cela peut concerner une opportunité professionnelle, une reconnaissance artistique, ou même une simple attention. Il ne supporte pas que les autres soient admirés ou choisis à sa place.
Pour garder le contrôle, il adopte une posture méprisante — toujours déguisée. Il dénigre subtilement ceux qui réussissent, critique les projets des autres, remet en question leurs mérites. Obsédé par son manque de réputation, il se compare sans cesse, mais dans une logique biaisée : il se persuade que les réussites des autres sont le fruit d’un vol, d’un coup de chance, ou d’une imposture, des contacts sociaux qu’il n’a pas. Ainsi, dans son for intérieur, il peut continuer à croire en sa propre supériorité.
Son fantasme partagé : gagner en souveraineté à vos dépens
Le narcissique pathologique vous impose un fantasme partagé — à l’intérieur de son univers psychotique — dans le but inconscient de se séparer de sa mère, de s’individualiser et d’évoluer vers son autonomie et sa souveraineté — ce qui lui est en réalité impossible.
Vous devenez l’instrument de ce processus inachevé : il vous transmet les traumatismes de son enfance, afin de les dépasser, tout en adoptant un rôle de victime. Vous êtes utilisé(e) comme un « pivot », autour duquel se déploie ce fantasme inconscient. Mais paradoxalement, vous en êtes exclu(e).
Les neuf phases du fantasme partagé sont les suivantes : repérage → audition → idéalisation → bombardement d’amour → maternage mutuel → dévalorisation de l’objet interne → dévalorisation de l’objet externe → rejet cruel → pour finir, peut-être une relance narcissique.
Au fil de ses phases, décrites magistralement par Sam Vaknin, le narcissique passif-agressif pulvérise votre intégrité psychique : il vous contraint à cesser d’exister en tant que vous-même, pour ne vivre qu’en tant que « l’objet interne » qu’il fait de vous. Ces phases, vous pouvez les explorer en détail dans cet article : Le fantasme partagé des narcissiques.
Pour l’instant, suivons le fil rapide de leur développement.
Première phase : son repérage
Imaginez : il entre dans un pub, vous êtes là, assise de l’autre côté du comptoir. Il vous voit au loin. Vous êtes une cible. C’est comme un viseur laser : vous êtes dans sa ligne de mire.
Alors il s’approche de vous physiquement pour vous auditionner.
Il vous met dans diverses situations. Il dit toutes sortes de choses.
Il se comporte de manière à vous mettre à l’épreuve. Vous êtes testé.
Lorsque votre regard croise pour la première fois celui d’un narcissique, le sien n’exprime ni curiosité ni complicité : c’est une évaluation à laquelle vous n’avez jamais consenti. La plupart des gens utilisent le contact visuel pour instaurer la confiance. Mais un narcissique en fait une arme : il n’est pas là pour échanger, il est là pour contrôler ou analyser.
En réalité, il se fiche complètement de vous. Ce qu’il évalue, c’est votre potentiel à devenir sa source de provision narcissique — l’objet auquel il pourra assigner le rôle central dans la mécanique inexorable de son fantasme partagé.
Le narcissique possède quelque chose que Sam Vaknin appelle : l’empathie froide. C’est une combinaison d’empathie cognitive et d’empathie réflexe, une empathie animale, mais dépourvue de toute composante affective et émotionnelle.
Ainsi, lorsque le narcissique passif-agressif s’approche de vous, il vous scanne. Il repère immédiatement toutes vos faiblesses, vos vulnérabilités, vos peurs, ainsi que tout ce que vous espérez. Il dresse une carte de vous.
Deuxième phase : il vous auditionne
Imaginez : il entre dans un pub, vous êtes là, assis de l’autre côté du comptoir. Il vous voit au loin. Vous êtes une cible. C’est comme un viseur laser : vous êtes dans sa ligne de mire.
Alors il s’approche de vous physiquement pour vous auditionner.
Il vous met dans diverses situations. Il dit toutes sortes de choses.
Il se comporte de manière à vous mettre à l’épreuve. Vous êtes testé.
Le narcissique possède quelque chose que Sam Vaknin appelle : l’empathie froide.
C’est une combinaison d’empathie cognitive et d’empathie réflexe, une empathie animale, mais dépourvue de toute composante affective et émotionnelle.
Ainsi, lorsque le narcissique s’approche de vous, il vous scanne.
Il repère immédiatement toutes vos faiblesses, vos vulnérabilités, toutes vos peurs, ainsi que tout ce que vous espérez. Il dresse une carte de vous.
Premièrement, il vous observe pour déterminer si vous êtes capable d’être idéalisé(e) par lui — grâce à vos centres d’intérêt, à votre type de travail, à vos traits de caractère, à certains atouts ou à une apparence particulière — des éléments auxquels il pourra s’accrocher en les idéalisant.
Deuxièmement, il vous analyse pour vérifier si vous êtes en mesure de lui fournir au moins deux des quatre « services » qu’il recherche, car il fonctionne avec une mentalité d’exploitateur : sécurité, sexe, services pratiques, et que vous soyez la source de sa provision narcissique.
Concernant la sécurité, il se demande :
« A-t-elle une disposition addictive ? Va-t-elle accepter de me materner ? »Concernant la sexualité, il se demande :
« Suis-je à la hauteur de ses attentes ? Puis-je profiter de mon auto-érotisme ? »Concernant les services pratiques, il s’interroge :
« Comment puis-je l’exploiter ? Puis-je la pousser à me soutenir ? Est-elle capable de répondre à mes besoins ? Puis-je lui prendre son argent indéfiniment ? Jusqu’où puis-je aller ? »Concernant sa provision narcissique, il se demande :
« Est-elle capable de m’adorer, de m’admirer, de faire en sorte que je me sente unique et spécial ? »
Troisièmement, il vous observe pour évaluer votre vulnérabilité. Il se pose alors les questions suivantes : « Est-elle abîmée et brisée ? Est-elle une rêveuse ? Abhorre-t-elle la réalité ? »
Si oui, vous adhérez plus facilement à son fantasme partagé. Grâce à cela, il peut obtenir sa provision narcissique sadique, qui consiste à vous infliger de la douleur émotionnelle — se prouvant ainsi à lui-même qu’il est omnipotent, omniscient et divin.
À travers ces tests, son vide se révèle : il n’existe pas sans une proie. Que ce soit par votre attention ou par votre souffrance, il puise en vous la provision narcissique dont il a désespérément besoin pour se sentir exister.
Troisième phase : il idéalise l’avatar qu’il fait de votre image
Si vous avez passé ses tests, tout semble intense, fusionnel, presque trop parfait. Mais cette intensité ne naît pas d’un lien véritable : elle s’ancre dans un fantasme puissant — il effectue un transfert de sa mère nourricière sur vous.
Dès les premières interactions, le narcissique caché passif-agressif projette sur vous l’image de cette mère nourricière. Il vous observe, vous « scanne », puis capture une image instantanée de vous — une image figée qu’il introjecte et internalise — afin de façonner un objet interne idéalisé. Vous cessez alors d’exister pour lui en tant qu’individu : vous lui appartenez en tant qu’avatar idéalisé.
Cet objet interne devient la figure psychique à laquelle il s’attache, tout en vous excluant de ce lien. C’est une dynamique difficile à comprendre, mais c’est pourtant la réalité. Le narcissique caché est atteint d’un trouble de la personnalité constitué à 80 % de fantasmes. Vous êtes donc exclu(e) de la relation véritable.
Désormais, il vous traite comme si vous étiez la personne la plus extraordinaire, son propre bébé qu’il materne, car il projette sur vous cet objet interne idéalisé. Si vous prenez son fantasme pour la réalité, une relation à la fois fusionnelle et symbiotique s’installe.
Quatrième phase : l’idéalisation et le bombardement d’amour
À l’intérieur du fantasme partagé, le narcissique vous offre une drogue : une drogue mentale, psychologique. Il vous propose des choses hautement addictives. L’une d’elles est ce que Sam Vaknin appelle : « La galerie des miroirs ».
Dans cette phase du fantasme partagé, le narcissique vous idéalise : il crée un objet interne, un avatar, une image instantanée de vous, une photographie qu’il retouche — et vous devenez idéal. Vous devenez parfait(e) à ses yeux. Il vous dit : « Tu es incroyable, tu es un génie, tu es d’une beauté foudroyante. Je n’ai jamais vécu une telle expérience auparavant. Je t’aime comme je n’ai jamais aimé personne. »
Alors vous vous voyez à travers son regard. Vous vous voyez à travers ses yeux comme parfait(e), comme idéal(e), sans tache, sans défaut. Et vous tombez amoureux(se) de votre image idéale, de vous‑même. Vous faites l’expérience de l’auto‑infatuation, de l’adoration de vous-même. Le narcissique vous montre vous‑même d’une manière qui vous rend totalement adorable. Et c’est uniquement lui qui peut vous donner accès à cette image idéalisée de vous.
La galerie de miroirs
Si vous voulez vous voir comme magnifique, intelligent, extraordinaire, unique, sans précédent ; si vous voulez vous voir comme un être parfait, une déesse ou un dieu ; vous ne pouvez le faire qu’à travers le regard du narcissique, uniquement à travers ses yeux. Il détient le monopole de votre version idéalisée.
Très vite, vous tombez amoureux(se) de cette version et vous ne pouvez plus vivre sans elle. Vous devenez dépendant(e) de cette image, dépendant(e) du fait de vous voir à travers le regard du narcissique. Et c’est cela, la galerie des miroirs.
Dès lors, il vous bombarde d’amour. Mais ses gestes attentionnés et ses démonstrations d’attachement ne vous sont pas véritablement destinés. Ils s’adressent à son objet interne : l’image idéalisée qu’il a façonnée à partir de la vôtre.
Dans cette phase, il vous demande implicitement — sans jamais l’exprimer clairement — de confirmer que vous êtes digne de cette idéalisation. Il évalue vos qualités, les comptabilise et les magnifie même, mais toujours à travers le prisme de son propre fantasme partagé. Vous n’êtes plus une personne complexe, ambivalente, réelle. Vous devenez un support, une vitrine, un miroir flatteur… S’il vous couvre d’amour et vous materne, ce n’est pas vous qu’il chérit. C’est l’objet idéalisé qu’il a construit à partir de vous. Et à travers cet objet, c’est lui-même qu’il idéalise.
Si vous tombez sous son emprise, vous idéalisez ce que vous êtes devenu(e) à ses côtés : à la fois sa mère et son bébé. Cependant, dans ce scénario, vous n’êtes qu’un pivot, un point d’appui autour duquel tourne son fantasme partagé. Tout ce qui se passe c’est à propos de lui.
Cinquième phase : le maternage mutuel
Il existe une autre voie par laquelle le narcissique passif-agressif vous enchaîne à lui. Un enivrement subtil, qui vous retient à jamais, vous interdit de fuir : le maternage mutuel.
Pour un narcissique, aucune réalité n’existe en dehors de son univers illusoire. Il vous entraîne à vous immerger dans cet univers — fascinante, hypnotique — où son fantasme partagé s’impose à vous deux. C’est une pièce, un récit, une fiction, une légende qui s’ouvre sur une promesse implicite, irrésistiblement séduisante :
« Mon bébé, la réalité est horrible, n’est-ce pas ? Tu n’aimes pas ta vie, tu n’aimes pas la réalité. J’ai pour toi une alternative envoûtante, extraordinaire, addictive : elle accomplira tous tes rêves, et rien de mauvais ne pourra jamais advenir. Dans mon royaume, je te protégerai, je te sauverai, je te délivrerai ; je serai ton roc, ton gardien éternel. Je régulerai tes émotions, je gérerais ton équilibre, j’apaiserai tes humeurs. Tu n’auras plus jamais rien à décider : je déciderai pour toi, et si quelque chose tourne mal, ce sera ma responsabilité. Je vais être ta mère. Tu vas être ma mère. Nous allons être la mère l’un de l’autre. »
Bref, il vous propose de redevenir un enfant — rêve envoûtant pour qui souffre de dépendance affective. Qui ne souhaiterait pas avoir une seconde chance de vivre une enfance heureuse et fonctionnelle ? Et si vous êtes maternelle et empathique, avoir un bébé c’est une proposition irrésistible ! Pourtant, dans cette phase, il vous compare constamment à l’objet interne idéalisé qu’il s’est construit.
Il vous enferme dans quatre rôles inéluctables
Il vérifie sans cesse si vous correspondez à la mère parfaite qu’il attend de vous, à travers les 4 rôles qu’il vous impose :
La mère nourricière : celle qui le protège, le rassure, l’offre sécurité, prend soin de lui sans poser de conditions.
La servante ou l’esclave : toujours disponible, soumise à ses besoins, exploité(e) sans scrupule.
La poupée sexuelle : un objet de désir façonné selon ses fantasmes, dépourvu de sa propre force érotique et volonté.
La source de sa provision narcissique : à travers vos attentions, vos regards, votre admiration, ou plus souvent encore — votre souffrance.
Ainsi, il vous confie, comme un fardeau, ses besoins et désirs d’enfant jamais satisfaits et les blessures qu’il n’a pu digérer, surtout celles qui l’attachent encore à l’ombre de sa mère. Il teste vos limites, met en place des jeux de pouvoir et mesure jusqu’où il peut vous pousser avant que vous ne craquiez. Il s’arroge le droit de vous façonner selon ses propres besoins, en usant d’une violence presque invisible, faite de silences prolongés, d’évitements, de dévalorisations feutrées, des remarques ou des attitudes dévalorisantes.
Il réagit sans cris, sans blessures apparentes, mais il vous traite avec une froideur sournoise, par des gestes qui ne marquent pas la peau — et pourtant s’incrustent dans la mémoire.
Il vous met constamment à l’épreuve. Il se montre distant, absent, émotionnellement fermé. Il devient inaccessible, tout en exigeant de vous présence, compréhension et loyauté. Il exprime son agressivité passive en vous refusant l’ARA : Amour, Respect, Attentions.
Cette activité de contrôle est plus insidieuse que celle des narcissiques classiques, car elle se dissimule derrière des airs de discrétion ou d’impeccabilité. Au lieu d’exprimer clairement ce qu’il ressent, il vous punit par le silence. Il laisse vos questions sans réponse, vos besoins légitimes en suspens, et vos émotions invalidées. Cette absence de dialogue est une forme de de domination et de destruction psychique, car vous vous sentez constamment nié(e).
Même lorsque vous tentez de vous adapter à ses attentes, même si vous répondez avec patience ou compassion, il vous méprise. Votre soumission ne le touche pas ; au contraire, elle l’irrite ou l’ennuie. Il abhorre votre empathie, car elle lui apparaît comme une faille qui dévoile la sienne et le place en position inférieure. Il ne demande pas votre soutien. Il n’a besoin de rien, puisqu’il se croit la perfection incarnée. Ce qu’il cherche, ce n’est pas votre amour — c’est vous blesser pour obtenir sa provision narcissique sadique.
Son contrôle coercitif : une dérive paranoïaque
Parfois, le contrôle exercé par le narcissique caché devient véritablement coercitif. Lorsqu’il sombre dans une paranoïa extrême, il vous terrorise. Il vous surveille en permanence : il veut savoir où vous êtes, avec qui, ce que vous pensez. Il espionne vos messages, vos appels, tout. Il devient punitif.
Il empiète sur votre liberté, vous prive d’espace personnel : il vous empêche de vous habiller comme vous le souhaitez, de sortir, de voir votre famille ou vos amis, de travailler, de vivre… Il sabote tout, sape tout, empêche tout et fait dérailler vos espoirs, vos tâches, vos projets les plus chers. Vous devenez son otage, parce que vous êtes privé(e) de vos besoins légitimes, tandis que lui s’érige en figure sadique et toute-puissante.
Dans ce cas, vous êtes subjugué(e) et conditionné(e). Votre volonté est brisée. Vous obéissez aveuglément, sans aucune remise en question, car vous idéalisez votre narcissique, même s’il est votre geôlier. Vous êtes entièrement contrôlé(e), parfois par un simple regard de désapprobation. Par conséquent, vous ne pouvez envisager aucune alternative. Son contrôle coercitif est criminel, même si son comportement relève de la psychose — il nourrit à votre égard une rancune profonde, presque mortelle.
Sixième phase : il dévalorise son avatar
En dévalorisant l’objet interne qu’il avait fait à partir de votre image, le rôle initial qu’il vous a imposé s’effondre, cédant la place à un rôle plus sombre : celui de la « mauvaise mère ». À travers ce nouveau prisme, le narcissique caché passif-agressif réactive le conflit ancien, qui demeuré irrésolu, et qu’il entretient avec sa propre figure maternelle. C’est la phase de dévalorisation de l’objet interne qu’il s’était construit.
Dans cette phase, même si vous souffrez de dépendance affective et que votre besoin d’amour vous aveugle, vous commencez à découvrir son véritable visage et ses défaillances : son manque d’amour, d’empathie affective, de solidarité, d’authenticité, d’intégrité, d’honnêteté, de justice et de responsabilité.
Si vous réagissez en fonction de vos défenses adaptatives autoplastiques, vous ressentez de la culpabilité et trouvez des justifications à ses comportements.
Peut-être continuez-vous à entretenir cette relation toxique parce que vous considérez votre religion comme une loi absolue. Ainsi, si, le jour de votre mariage, vous avez juré devant l’autel de vous dévouer à vie à votre conjoint, vous négligez aujourd’hui le fait qu’il souffre d’une altération psychotique et que la seule issue est de le quitter.
Que sont vos défenses adaptatives autoplastiques ?
Ce sont vos propres mécanismes de défense, développés dans l’enfance, qui se réactivent au contact d’un(e) narcissique pathologique. Le préfixe « auto » provient du grec autós, qui signifie « soi-même », tandis que le terme « plastique » vient du grec ancien plastikós, désignant la formation ou la malléabilité.
Sous l’influence d’un parent narcissique, par exemple, vous avez appris à vous sentir coupable et honteux(se) face à ses agressions et, vous sentant fautif(ve), vous avez voulu changer. C’est un processus de contrôle pour survivre à l’insécurité que vous ressentiez. Aujourd’hui, face à votre narcissique caché, vous vous sentez coupable de son agressivité passive, de son traitement du silence, de son innocence violente.
Ne pas reconnaître que cette culpabilité est l’héritage émotionnel de votre enfance vous empêche de respecter vos besoins fondamentaux et vos limites psychoaffectives.
Et même lorsque vous parvenez à poser quelques limites, le narcissique les viole invariablement.
En raison de ces défenses autoplastiques, vous souffrez d’une altération de la perception de vous-même, ce qui vous conduit à croire que vous êtes responsable et coupable de toute réaction négative de la part de votre abuseur narcissique. Elles vous poussent à chercher en vous-même la cause du malaise et des conflits, même quand celui-ci ne vous appartient pas.
Là où le narcissique, protégé par ses défenses alloplastiques, rejette toujours la faute sur vous, sous l’effet de vos défenses autoplastiques vous absorbez le poids de la responsabilité. Vous vous sentez fautif(ve), insuffisant(e), instable. Vous doutez de vous-même jusqu’à vous effacer.
Le renforcement intermittent : une stratégie confusionnelle
Le narcissique caché passif-agressif s’appuie sur une stratégie redoutablement efficace pour maintenir son emprise : le renforcement intermittent. Inconsciemment, il alterne chaleur et froideur, douceur et distance, attention et indifférence. Ce va-et-vient émotionnel crée un état de confusion affective qui vous lie davantage à lui, tout en affaiblissant votre clarté intérieure.
Il vous idéalise, puis vous dévalorise sans transition.
Il vous comble de gestes tendres, tout en vous négligeant sur des aspects fondamentaux.
Il fusionne avec vous dans une proximité intense, avant de vous rejeter dans un silence glacial.
Il vous flatte, puis glisse une remarque qui mine votre confiance.
Il affirme vous aimer, mais ses actions minent peu à peu votre intégrité psychologique.
Cette alternance crée une sorte de cercle de punition émotionnelle. D’abord vient la tension — souvent sourde, difficile à nommer. Ensuite, son agressivité passive s’installe : mutisme, sarcasmes, retrait affectif. Puis, sans prévenir, un geste d’affection survient : un mot doux, un regard tendre, une main posée au bon moment. Et cela suffit à vous replonger dans l’illusion d’un lien sincère. Le cycle recommence, toujours plus désorientant.
Ce renforcement intermittent n’est pas une simple instabilité émotionnelle : c’est une méthode de conditionnement — toujours inconscient — par laquelle il vous pousse à espérer le retour de la phase « chaleureuse » en acceptant, de plus en plus, la violence silencieuse qui la précède. Et c’est ainsi que votre attachement se renforce, au détriment de vous-même.
Ébranlé(e) par l’alternance entre proximité et rejet, vous doutez de vos perceptions, de vos réactions, de votre propre valeur. Vous croyez être à l’origine de ses silences, de sa froideur, de ses humeurs toujours changeantes.
Et pourtant, malgré la souffrance, vous gardez l’espoir. Car les bons moments existent — assez pour entretenir l’illusion. Un regard tendre, un mot attentionné, une période de calme suffisent à raviver la croyance qu’il est possible d’aimer et d’être aimé(e) dans cette relation. Mais pendant ce temps-là, vous dépérissez doucement. Car le venin qu’il distille est lent, invisible, et agit à petites doses.
Il s’oppose à vos désirs et à vos besoins
À un moment ou un autre, vous le remarquerez : chaque fois que vous lui demandez quelque chose qui compte vraiment pour vous, c’est précisément cette chose qu’il refusera de vous offrir. Il ne s’agit pas d’un malentendu ou d’un oubli — c’est une dynamique profondément ancrée. Il s’oppose systématiquement à vos objectifs, vos désirs, vos besoins essentiels. C’est un non, sec, sans appel. Ou pire, un silence prolongé, un détournement, une forme d’évitement glacial. Lorsqu’il vous critique, ce n’est pas pour vous inviter à modifier un comportement : c’est pour vous dépouiller de votre singularité, de votre libre arbitre, de votre identité.
Remarquez qu’il ne vous critique pas, vous — mais « l’objet interne » que vous représentez dans son esprit. Ainsi, vos demandes lui paraissent déraisonnables, excessives, ou trop exigeantes — surtout lorsqu’elles touchent à ce qu’il est incapable de donner : l’amour, le respect, l’attention sincère. Votre demande de tendresse devient, à ses yeux, une intrusion ; et le fait d’exprimer vos désirs, vos besoins ou vos émotions, un affront.
En réalité, ce n’est pas à vous qu’il s’oppose directement. C’est à ce que vous représentez dans son psychisme. Vous êtes devenu(e), malgré vous, une mère de substitution. Et c’est à cette figure blessante de son passé qu’il continue à résister. Il s’oppose à vous comme il s’est opposé, enfant, à une mère vécue comme absente, dure, insécurisante et injuste. Et dans cette posture, il devient froid, indifférent, insensible à vos émotions comme à vos besoins.
Il ne vous voit plus comme une personne — mais comme une projection de lui-même à neutraliser. Il rejette vos élans d’amour, votre joie de vivre, votre spontanéité — non pas parce qu’ils sont inacceptables, mais parce qu’ils activent en lui une blessure qu’il n’a jamais reconnue. Ce qu’il rejette, au fond, c’est le fait que vous existiez.
Son invalidation de vos émotions
Comme tous les narcissiques, le narcissique caché passif-agressif invalide systématiquement vos émotions. Ce rejet, constant et insidieux, engendre une douleur sourde mais déchirante. Quoi que vous ressentiez, il refuse d’y accorder la moindre valeur, d’en discuter avec vous — et même d’en reconnaître l’existence.
Si vous vous mettez en colère face à ses comportements blessants, il s’éloigne sans un mot. Il vous ignore, froidement, comme si votre réaction n’existait pas.
Plus vous souffrez, plus il s’oppose à vous. Il résiste à vos protestations, surtout quand vous exprimez clairement votre douleur.
Il invalide aussi vos émotions positives. Il déteste vous voir enthousiaste, vivant(e), lumineux(se). Votre joie le dérange, car elle le confronte à ce qu’il ne peut ni ressentir, ni contrôler.
Quand vous chantez, dansez, riez, il reste distant, fermé, figé dans son monde intérieur ou un mutisme déchirant, car votre vitalité l’agresse.
Dans tous les cas, votre monde émotionnel est nié. Qu’il soit douloureux ou lumineux, il est réduit au silence. Et dans ce vide, une vérité s’impose lentement : vous n’avez pas le droit d’exister en tant qu’être sensible. Vous vivez dans le déchirement d’être constamment nié(e).
Son traitement du silence
Le narcissique passif-agressif manie le traitement du silence comme une arme. Ce n’est pas un simple retrait ou une absence de mots — c’est un outil de contrôle, de punition, de pouvoir. Son silence est stratégique, même s’il est inconscient : il l’utilise pour vous manipuler, vous dévaloriser, vous blesser, vous exclure psychiquement, tout en vous faisant porter la faute. Il ne dit rien, mais tout est dit. Et tout vous est adressé.
Son mutisme glacial est l’expression directe de sa pulsion de mort, de sa colère refoulée, de sa frustration, de l’insatisfaction chronique qu’il projette sur vous.
En refusant de parler et de communiquer, il vous signifie, par ce retrait, que vous avez mal pensé, mal réagi, mal dit, mal été. C’est un silence coercitif, donc il vous puni(e). Il vous contraint à deviner ce qu’il ressent, à vous excuser pour une faute que vous ignorez. Et dans cet espace vide de mots, mais saturé de tension, naît une incertitude permanente. Ce flou est délibéré. Il attire votre attention, tout en vous maintenant dans un état de soumission psychologique.
Le traitement du silence est extrêmement douloureux. Il provoque en vous une cascade de sentiments : aliénation, confusion, impuissance, frustration, perte d’estime de soi, sensation d’inadéquation, et ce terrible sentiment d’être un « objet mauvais », indigne d’amour ou d’écoute. Voici quelques exemples concrets de ce silence maltraitant :
Comme les trois singes de la sagesse, il ne vous regarde pas, ne vous écoute pas, ne vous répond pas. Rien. Point final.
Il évite vos questions, agit comme si de rien n’était, refuse d’expliquer ce qui ne va pas et, par conséquent, invalide vos émotions à propos de tout ce qui vous blesse.
Votre souffrance l’indiffère. Il garde une posture froide et distante, cruellement méprisant et ironique : « Tes larmes tombent sur moi comme la pluie sur les plumes d’un canard. »
En dehors des échanges liés à la routine, il reste muet, froid et absent.
Il détourne toute tentative de communication en évitant le conflit, mais sans jamais écouter vos émotions ou reconnaître ce qui vous fait mal.
Aucun dialogue réel n’est possible : il vous ignore entièrement.
Il vous prive d’ARA : il ne vous donne ni Amour, ni Respect, ni Attention.
Il vous enferme dans un isolement psychique fait de mépris, d’indifférence et de rejet affectif.
Selon les circonstances de votre vie commune, il vous enferme aussi dans ce lieu qu’on appelle foyer, mais qui n’en est pas un : c’est devenu une prison.
Il se réfugie dans ses distractions : son travail, son ordinateur, ses pensées, son alcoolisme… Vous laissant seul(e), exclu(e) et constamment nié(e).
Même lors d’un moment censé être chaleureux — un repas, une fête, une célébration — il peut se retirer sans dire un mot, vous laissant coupable, sans savoir de quoi.
Il crée des coalitions secrètes contre vous, au sein de sa propre famille et, si possible, aussi de la vôtre. Ce sont de véritables campagnes de diffamation, menées lâchement derrière son masque de victime professionnelle.
Pourtant, son récit intérieur est tout un autre.
Il vous dira : « Je ne suis pas jaloux, je ne suis pas envahissant, je ne t’impose rien. Je te laisse vivre ta vie comme tu l’entends, je ne m’immisce pas dans tes affaires. Tout ce que tu fais me convient. Regarde toute la liberté que je t’accorde. »
Il y a un conflit entre vos récits : cette « liberté », qui frôle l’anarchisme ou le désintérêt total, est perçue par lui comme une preuve d’amour — une forme d’amour qui nie l’altérité, contourne l’engagement, et confond absence avec bienveillance.
Mais vous, vous ressentez l’agonie d’être constamment nié(e). L’intimité et la complicité sont impensables : il ne s’abandonne jamais à vous. Vous êtes là — mais il n’est pas avec vous. Il est contre vous.
En réalité, il reste relié par un fil invisible au fantasme de sa mère. C’est à elle qu’il s’adresse, à elle qu’il oppose ce silence devenu sa méthode de survie et de contrôle.
À ce sujet, le film Phantom Thread, réalisé par Paul Thomas Anderson, en offre un portrait d’une troublante proximité avec celui du narcissique caché. Daniel Day-Lewis y incarne Reynolds Woodcock, un homme possédé par l’image de sa mère, dont le lien fantasmatique devient un véritable théâtre d’aliénation. La mère affleure partout : dans l’atelier, dans la précision liturgique de ses gestes, dans son rapport obsessionnel au tissu, dans la manière dont il façonne Alma, afin de la repousser. Reynolds reste lié à cette figure maternelle par un attachement idéalisé, quasi sacré, qui continue de modeler en secret toute sa vie d’adulte.
Glissons vers un autre registre. Sur le terrain des finances, comment le narcissique caché vous traite‑t‑il ?
Son exploitation financière
Dans une relation avec un narcissique caché passif‑agressif, l’argent finit toujours par devenir un terrain de pouvoir. Au bout de quelques mois, les échanges affectifs cèdent la place à des attentes financières, de plus en plus assumées par vous.
S’il traverse des difficultés économiques, vous vous retrouvez à le soutenir. Vous lui prêtez de l’argent, vous assumez les dépenses du quotidien, parfois même les siennes. Mais loin de reconnaître votre générosité, il agit comme si tout cela allait de soi. À ses yeux, c’est un privilège de vivre à ses côtés. Vous ne faites que payer le prix de sa présence, qu’il considère comme une offrande précieuse. En somme, vous finissez par lui payer un loyer.
Il s’attend à être servi, aidé, soutenu, sans jamais prendre en compte vos efforts ni votre fatigue.
Il ne vous remercie pas. Il ne vous rend pas la pareille. Et surtout, il ne vous rembourse jamais.
Il s’autorise à vous exploiter, convaincu que son exploitation est juste, voire méritée. Il se voit comme méritocratique : s’il reçoit, c’est qu’il y a droit. Point final.
Et si vous avez grandi avec la croyance — souvent issue de traumatismes anciens — que vous devez mériter l’amour, que vous n’êtes pas « naturellement aimable », il confirmera cette blessure. Par ses comportements froids, hostiles, intéressés, il ancrera l’idée que l’amour doit se payer, au prix fort. Et pendant que vous travaillez dur, que vous donnez tout, il vous renvoie ce message cruel : « Tu es seule, même à mes côtés ». Ou encore, il vous tourne le dos en lançant : « Je te laisse seule. »
Sa cruauté semble ne connaître aucune limite. Pourquoi ? Parce qu’elle puise sa force dans son envie corrosive — l’émotion centrale du narcissique passif‑agressif.
Son envie corrosive : une forme d’auto-provision narcissique
Là où la plupart des êtres puisent leur énergie dans l’amour, la joie ou l’espérance, tandis que le narcissique passif‑agressif s’alimente d’affects négatifs — paranoïa, auto-victimisation, rage et envie corrosive.
Cette dernière est son feu noir : elle attise son ambition, le pousse à vous dénigrer, à vous humilier, à vous réduire en cendres.
Elle recrée l’illusion de sa supériorité, le précipite dans une rivalité sans fin et l’entraîne vers la vengeance et la destruction de votre psychisme.
Elle devient le moteur paradoxal de sa survie, précisément parce qu’il est incapable d’attirer l’attention dont il a besoin pour se sentir exister.
Son autoérotisme ou son asexualité et l’abandon de votre force érotique
Sur le plan sexuel, le narcissique caché passif-agressif reste figé dans une posture infantile. Il ne s’engage pas dans une sexualité partagée, vivante, ouverte à l’autre. Il est autoérotique ou asexué. Il ne vous perçoit pas comme un(e) partenaire de désir, mais comme une figure maternelle. Comment, dès lors, pourrait-il vous faire l’amour ?
Il ne vous trouve ni attirant(e), ni séduisant(e), car il n’est pas tourné vers l’altérité. Il rejette votre désir, et si, parfois, il accepte un rapport sexuel, ce n’est pas par envie ou par lien affectif : c’est uniquement pour éviter que vous ne l’abandonniez. Le sexe devient une transaction de contrôle, une manœuvre pour maintenir votre attachement.
Pendant l’acte, il projette sur vous son propre féminin intérieur, non pour se relier à vous, mais pour s’unir à lui-même à travers vous. Il vous instrumentalise comme un miroir, un support, un contenant — et ce qu’il cherche réellement, c’est à se faire l’amour à lui-même.
Dans certains cas, cette dynamique va jusqu’à l’exclusion complète de l’autre. Il peut se masturber devant vous, sans vous inclure, sans vous regarder, sans même tenir compte de ce que vous ressentez. Pour lui, vous n’êtes pas supposé(e) exister en tant que sujet désirant. Vous ne devez avoir ni volonté, ni besoins, ni élan propre. Votre désir n’est pas reconnu. Il est nié, étouffé, évacué.
Septième phase : il vous dévalorise et vous rejette
Dans cette phase, quelque chose de plus profond encore se produit : il ne se contente plus de dévaloriser l’objet interne qu’il a fait de vous. Il détruit l’objet interne qu’il avait, un temps, idéalisé à travers vous. Et sur ce vide qu’il a lui-même créé, il déverse une rage passive d’une cruauté extrême : mépris, indifférence glaciale, évitement, rejet et distance totale.
À travers son traitement du silence, sa négligence excessive, ses oppositions systématiques, son exploitation psychologique ou matérielle, il vous pousse à bout. Vous finissez par hurler, par craquer, par l’affronter, peut-être même par le trahir. Et c’est là qu’il attendait que vous tombiez : dans cette réaction qu’il provoque, il trouve sa justification.
Dans certains cas, il peut même provoquer inconsciemment une infidélité — ce que l’on appelle une infidélité collusive. Il orchestre votre chute — l’infidélité, la faute — pour asseoir sa supériorité morale et revêtir le costume de la victime professionnelle. Cela lui permet de mépriser, de dominer et de renforcer l’illusion de sa propre supériorité. C’est ainsi qu’il tire, une fois encore, sa provision narcissique sadique.
Il se nourrit de votre douleur, car elle confirme ses fantasmes de toute-puissance, d’omniscience, de grandeur. Il a réussi à détruire ce qu’il avait d’abord idéalisé — et cette destruction, il la vit comme une victoire.
Son déni : la manifestation de son inconscience totale
Le narcissique caché passif-agressif refuse toute remise en question. Son déni est le produit d’un monde psychotique intérieur, socle de son dysfonctionnement. La réalité lui étant insupportable, il se voit contraint de créer des confabulations et des récits illusoires.
Il nie vous utiliser, vous ignorer, vous négliger, vous exploiter ou vous maltraiter.
Il nie vos besoins fondamentaux et invalide vos émotions. Si vous le confrontez ou vous plaignez, il prétend que vous exagérez ou dramatisez.
Il ne reconnaîtra jamais que son agressivité passive et le traitement du silence qu’il vous inflige lui procurent un sentiment de toute-puissance et d’omniscience.
Si vous lui dites qu’il est malade, il réagit avec dédain et se retire sans un mot.
Ou bien, il se sent humilié par cette vérité et retourne votre évaluation contre vous.
Il ne perçoit ni sa cruauté, ni son sadisme, ni son mépris. À l’inverse, il se persuade qu’il est respectueux, aimant, attentionné, compréhensif, tendre, doux.
Cette distorsion de la réalité n’est pas une simple mauvaise foi passagère : c’est sa distorsion cognitive. Un mur fondé sur des défenses alloplastiques.
Le blâme et le déni : son bouclier alloplastique
Pour se protéger de toute souffrance intérieure ou de toute remise en question, il mobilise ses défenses adaptatives alloplastiques. Plutôt que d’assumer ses propres insuffisances, conflits et tensions, il les projette sur vous. Ce n’est jamais lui le problème. C’est vous.
S’il est manifestement paranoïaque, il continue à vous soupçonner, à vous harceler et à vous contrôler sans la moindre honte — peut-être depuis le tout début de la relation.
À l’inverse, s’il n’exprime pas ouvertement ses idéations paranoïaques, il vous attribue ses propres insuffisances, émotions et conflits internes. Il vous accuse d’être à l’origine des tensions, et vous fait croire que votre souffrance n’a rien à voir avec lui.
Et pour cela, il a un arsenal prêt à l’emploi :
« Bon, je te laisse seul(e) avec tes émotions. » « Tu es trop sensible. » « Tu es paranoïaque. » « Tu interprètes tout de travers. » « Ta souffrance, c’est ton problème. Je n’ai rien à voir avec elle. » « Va te faire soigner, je ne suis pas ton infirmier psychiatrique. » « Tu exagères, je suis aimant, respectueux, tolérant, tendre et doux. »
Son innocence violente et votre blessure épistémique
Comme vous pouvez le constater, il est totalement inconscient de sa pulsion de mort, de son affectivité négative, de ses jeux de pouvoir, de ses manipulations, de son agressivité passive et du traitement du silence qu’il emploie pour vous contrôler. Son déni et son inconscience sont absolus. À ses propres yeux, il est innocent : un « bon objet », irréprochable et exemplaire.
À ce stade, vous ressentez peut-être un besoin impératif de parler de votre vécu à d’autres personnes, mais vous n’êtes pas cru(e). Cela engendre en vous une « blessure épistémique » : un tort subi lorsque votre vérité n’est pas reconnue, renforçant ainsi votre isolement et altérant votre confiance en votre propre perception du réel.
Si les personnes à qui vous vous confiez ignorent tout de son agressivité passive et de son innocence violente, et que vous n’avez pas les mots pour expliquer ce que vous vivez, elles risquent d’invalider votre récit. Mais il y a un fait encore plus écrasant…
Chez les narcissiques cachés, l’innocence violente s’accompagne d’une moralité ostentatoire et d’une pseudo-humilité, qui nuisent non seulement aux victimes, mais aussi à leur entourage. Cette « innocence » sape les fondements de la morale, éloigne les individus de la réalité et leur impose un fantasme partagé dans son espace psychotique. Elle engendre une confusion profonde entre ce qui est réel et ce qui est faux.
Votre narcissique utilise ainsi son pouvoir hypnotique pour faire croire aux autres qu’il est une personne aimante et morale. Il est en outre très habile pour simuler la réalité, imposer ses fantasmes et sa posture d’auto-victimisation grandiose, rendant les autres complices et les amenant à adhérer à lui contre vous, dans l’évolution de son fantasme partagé. Si vous vous confiez à ces personnes, il est fort probable qu’elles deviennent des « singes volants » contre vous. C’est pourquoi vous devez choisir avec soin celles à qui vous pouvez vous confier.
Il vous rejette cruellement, enfin
À ce stade avancé du fantasme partagé — de cette folie à deux — le narcissique entre dans une dynamique de dévalorisation brutale de l’objet externe, c’est‑à‑dire de vous. Décidé à mettre fin à la relation, il remet en question sa propre perception de vous en tant qu’objet externe. Il se persuade qu’il s’est trompé : que vous n’étiez pas aussi parfait(e), idéal(e) ou exceptionnel(le) qu’il le croyait. Il conclut qu’il vous a surestimé(e). Son fonctionnement psychique reposant quasi exclusivement sur ses récits intérieurs et ses fabulations, il accorde une confiance absolue à cette nouvelle version de l’histoire.
Cependant, reconnaître qu’il s’est trompé reviendrait à admettre une faille narcissique insoutenable : qu’il n’est pas infaillible, qu’il n’est pas omniscient, qu’il n’est pas divin.
Une telle prise de conscience ébranlerait les fondations même de son faux self. Sa survie psychique repose donc sur le maintien de ses distorsions cognitives et de son délire de grandeur.
Pour surmonter cette angoisse d’imperfection, il active un mécanisme de défense classique : la projection. Il vous attaque — verbalement ou psychiquement — en vous prêtant ses propres failles : sa peur, sa honte, son vide, sa rage. Vous devenez le réceptacle de ce qu’il refuse de reconnaître en lui-même.
Son objectif : vous rendre folle
C’est à ce moment-là qu’il déclenche en vous des déferlements émotionnels incontrôlables, réveillant des souffrances anciennes, enfouies parfois depuis des décennies. Si vous pleurez abondamment, il intensifie la torture psychologique. Il utilise votre souffrance pour vous dévaloriser, et vous faire passer pour une personne mentalement instable. Il ne vous touche plus, ne vous prend jamais dans ses bras, ne vous rassure pas ni ne vous console. Et si vous osez exprimer votre colère légitime, simplement il l’invalide en vous laissant seul(e).
Si vous ne parvenez pas à croire ce qui est en train de se passer, souvenez-vous : dans le fantasme partagé du narcissique, vous n’êtes que la mère. Il n’a jamais pu se séparer de sa mère originelle. Il n’a jamais pu devenir un individu autonome. Alors maintenant, avec cette nouvelle mère que vous êtes, il tente de se séparer. Il rejoue l’abus vécu avec sa mère et vous transmet son traumatisme, persuadé que cette séparation le mènera à devenir un individu à part entière, autonome et souverain. Tout cela se déroule de façon inconsciente.
Il intensifie son agressivité passive et son gaslighting
Comme nous l’avons vu, dès le début de la relation, le narcissique passif-agressif pratique le gaslighting — ou décervelage hypnotique. Il s’agit d’une stratégie de manipulation redoutable qui vise à vous faire douter de votre perception de la réalité, de votre mémoire, de votre jugement, ainsi que de votre monde intérieur et de votre identité. Consultez l’article suivant en cliquant sur le titre : Le gaslighting.
Ce décervelage hypnotique s’accentue dans les deux dernières phases de la relation. Il génère en vous l’altération de la perception que vous avez de vous-même, ainsi qu’une dépersonnalisation. Il s’agit d’un sentiment subjectif d’aliénation, d’éloignement, de détachement de soi, ainsi que d’une distance ou d’une déconnexion vis-à-vis de vos émotions et de votre propre vécu. Cet état est induit inconsciemment par le narcissique caché, qui, lui aussi, souffre de dépersonnalisation.
Son gaslighting génère également une déréalisation. Dans ce cas, vous vous détachez de l’environnement que vous percevez comme irréel, comme s’il y avait un voile entre vous et le monde extérieur. Lisez l’article suivant en cliquant sur le titre : La dépersonnalisation et la déréalisation.
Si vous vivez déjà dans un état de déréalisation et de dépersonnalisation — à cause de son décervelage hypnotique — cela vous rend trop soumis(e), incapable de le confronter, de ressentir vos émotions ou vos besoins, et de poser des limites. C’est ainsi qu’il vous maintient à ses côtés, surtout si vous souffrez de dépendance affective.
Cependant, dans cette septième phase de la relation, même si vous ne le maltraitez pas, même si vous vous suradaptez à ses abus — car vous êtes devenu(e) son zombi docile — il finit par vous détester. Alors, il vous provoque délibérément, dans l’unique but que vous partiez… ou que vous lui demandiez de partir. Il vous pousse à le maltraiter en intensifiant son abus.
Si vous exprimez votre colère légitime, il peut se transformer en démon et vous agresser physiquement. Dans ce cas, sa rage explose de manière ouverte : il n’est plus passif-agressif. Il devient un narcissique manifeste. Vous verrez ses yeux noirs, pleins de haine, pendant qu’il vous maltraite. C’est ainsi qu’il vous expulse de sa vie. Il devient encore plus sadique, franchissant toutes vos limites dans le but de vous pousser à le maltraiter, afin de justifier ensuite son propre abus.
Puis, pendant la séparation, il s’arrange pour conserver les biens communs : la maison, les meubles, l’argent… Profitant de votre faiblesse et de votre soumission, il ira jusqu’à tenter de garder vos enfants auprès de lui, s’évertuant à les retourner contre vous, subtilement et méthodiquement. Et ne soyez pas surpris(e) s’il retourne le miroir contre vous, en vous qualifiant de narcissique !
En réalité, sa vengeance ne vise que la figure maternelle en vous. C’est à travers vous qu’il règle ses comptes. Mais ce seront vos épaules qui porteront le poids financier de la séparation, et vous serez encore celle qui souffrira de l’éloignement de vos enfants si cela arrive. Dans ce cas, il fragilise leur perception de vous et fait d’eux des « singes volants » contre vous.
Son désir conscient de vengeance devient enfin conscient
Pourtant, sa rage véritable — dirigée contre sa mère d’origine — demeure enfouie dans son inconscient. À ce stade, le fantasme partagé, autrefois central pour lui, s’effondre.
Il ne supporte plus vos émotions, vos protestations chargées de colère, vos pleurs, ni votre manière de le confronter. Tout cela réveille en lui un rejet profond. Il veut vous faire souffrir. Il veut vous rendre fou (folle). Il est prêt à intensifier ses punitions, à orchestrer méthodiquement votre effondrement psychique. Comme le disait déjà Freud, son faux self vous hait. Il vous exècre, car à ses yeux, vous êtes devenu(e) la source même de son déplaisir.
Il tisse des réseaux de manipulation
Dans cette phase, il manipule habilement certains membres de la famille ou d’autres personnes, et créé avec eux une alliance leur faisant croire qu’ils partagent un même ennemi. Ces personnes fonctionnent comme des « singes volants » ou de « bombardiers kamikazes » contre vous, sa victime.
Pendant ce temps, il se présente comme une bonne personne et une victime injustement maltraitée.
Il vous attaque ainsi à travers ses intermédiaires, sans remords, sans regret, ni la moindre culpabilité. Il n’hésite pas à sacrifier ses proches, ruiner des vies ou mettre des familles en danger, uniquement pour satisfaire son envie malveillante, sa rivalité narcissique et son besoin de vengeance.
Il vous oublie aussitôt
Dans cette septième phase de la relation toxique et traumatisante, il se sépare de vous, car vous ne lui servez plus à rien. Si ce n’est pas lui qui quitte votre foyer, il vous pousse à partir du sien — tout en profitant de la situation pour vous blesser davantage, vous traiter de manière indigne, froide et sadique. Ou bien, si la maison vous appartient à tous les deux, il fait en sorte d’y rester sans se soucier des conditions de vie que vous allez avoir.
En vous voyant dévasté(e), anéanti(e), il renforce son image de perfection divine, de supériorité, d’omniscience et de toute-puissance. Il tire de votre effondrement un sentiment d’équilibre et même d’euphorie narcissique. Vous devenez, une fois de plus, la source de sa provision narcissique sadique.
Il vous oublie aussitôt : vous n’étiez là que pour être utilisé(e), abusé(e), puis rejeté(e) comme un vieux jouet, comme un fichier qu’on efface d’un simple clic sur l’ordinateur. Il peut même feindre de vous offrir son amitié, comme si rien ne s’était jamais passé.
Lui et sa victimisation sont indissociables
Sa victimisation se manifeste par une conviction profonde : il se croit autorisé à tout se permettre avec vous. Par exemple, en activant son mécanisme de projection, il provoque votre colère légitime dans le but de satisfaire son sadomasochisme. Lors de la séparation, il peut convaincre sa famille, la vôtre, ou vos amis, que vous êtes mentalement instable — se faisant ainsi passer pour votre victime. Ces personnes deviennent donc ses « singes volants » contre vous.
Ou bien, sans tenir compte de vos sentiments, il vous envoie un massage, pour vous confier qu’il a trouvé une nouvelle compagne fascinante et auréolée de reconnaissance sociale.
Ou encore, s’il vous doit de l’argent, il ne le remboursera jamais. Se considérant comme la victime, il s’estime en droit de vous punir, de vous voler, de se venger. Son statut de victime donne un sens à sa vie. C’est pourquoi il s’octroie tous les droits. Comme l’affirme Sam Vaknin : « Son narcissisme et sa victimisation ne font qu’un. »
L’un de vos parents était un narcissique passif-agressif ?
Si c’est le cas, il ou elle a perturbé votre développement psycho-émotionnel : vous viviez dans un état d’insécurité, de confusion extrême, de déstabilisation, de frustration ou de peur intense face à un parent dépourvu de véritable regard, incapable d’une communication authentique.
Ses messages implicites émanaient tous de sa pulsion de mort :
Non-existence : « Je n’existe pas, pourquoi devrais-tu exister ? »
Auto-victimisation : « Je suis malheureux.se, pourquoi devrais-tu être heureux.se ? »
Dissociation : « Ne t’approche pas de moi. Tu me déranges. Va dans ta chambre. »
Moralité ostentatoire : « Tu dois suivre mes codes de conduite, mes règles rigides. »
Absence : « Je ne te vois pas, alors ne me demande ni amour ni attention. »
Non-respect de l’altérité : « Tu n’es que mon « objet interne » manipulable. »
Invalidation émotionnelle : « Il ne faut pas montrer ses émotions, donc, je te laisse seul(e) avec tes émotions. »
Rôle d’extension identitaire : « Sois mon clone, sois renfermé(e) comme moi, ou sois omniscient comme moi, sois parfait comme moi, sois ce que je veux que tu sois. »
Ce type de messages vous ont hypnotisé et conditionné ou point de vous empêcher de vous en différentier, de vous individualiser et d’évoluer vers votre autonomie psychoaffective.
Ce parent a fait éclater vos frontières psycho-affectives.
Il a entravé votre processus d’individuation, vous empêchant de développer une structure psycho-émotionnelle stable, un ego solide et un narcissisme sain.
Vous avez introjecté son identité, son absence de présence psycho-émotionnelle, ainsi que son univers de fantasmes inconscients et sa déconnexion d’avec la réalité.
Vous avez incorporé son agressivité passive et son méprit — ses jugements, ses critiques, et son invalidation de vos émotions.
Vous avez intériorisé son instrumentalisation, le rôle d’extension identitaire qu’il vous a imposé, voire son inceste psychologique.
Hypnotisé(e) par ces introjections — par la voix de ce parent dans votre esprit —, vous êtes resté(e) un enfant attaché à cet objet interne à la fois persécuteur et idéalisé.
Possédé(e) et contrôlé(e) de l’intérieur par ce parent, vous lui avez délégué votre capacité à évaluer, vérifier et examiner la réalité.
Votre perception étant altérée, vous êtes demeuré(e) dans un état de déréalisation et de dépersonnalisation qui vous empêche de discerner le faux du réel.
Vous vous niez — vous invalidez vos émotions, vos besoins légitimes et vos limites — comme ce parent le faisait.
Hypnotisé(e) par le monde psychotique de ce parent, vous le revivez encore et agissez selon ses fantasmes, ses fabulations et ses récits illusoires.
Que ce soit dans sa variante anxieuse ou passive agressive, votre vécu douloureux a laissé probablement en vous les marques d’un traumatisme complexe. Seule une prise en charge professionnelle peut offrir un espace pour explorer et apaiser les blessures profondes engendrées par l’abus narcissique.
Vivez-vous sous l’emprise d’un narcissique passif-agressif ?
Si tel est le cas, il est essentiel de remarquer les points suivants :
Sa voix de Thanatos, émanant des profondeurs de sa pulsion de mort, agit tel un poison lent, insidieux, qui vous consume peu à peu.
Tandis que sa voix de Dieu murmure sa suffisance — enivré par votre affaiblissement, il goûte à une forme d’euphorie narcissique.
Et dans vos souffrances, il puise son plaisir le plus sombre : vous êtes devenu(e) la source de sa provision narcissique sadique, et c’est ainsi que sa voix de la vie se ranime.
Le professeur Sam Vaknin affirme :
« Votre souffrance est sa guérison, et votre crucifixion, sa résurrection ».
Face à une telle spirale, il n’existe qu’une issue : la rupture totale. Il vous faut fuir ce vampire de l’âme, couper tout lien, toute communication. Alors — et seulement alors — commencera votre renaissance. Votre force érotique, votre élan vital, délivrés des chaînes de ce messager funeste, se réveilleront pour embrasser chaque recoin de votre être. Vous connaîtrez une joie, une intensité, un plaisir d’exister que vous pensiez à jamais perdus.
Partez. Osez le pas décisif.
Et si vous cherchez la première sortie de son labyrinthe, cliquez sur le titre de cet article : Quitter un narcissique pathologique.
Explorons maintenant la deuxième forme de compensation du narcissique caché — plus froide, calculée et dangereuse. C’est le moment où il bascule vers la psychopathie primaire.
Le narcissique caché devenu psychopathe
Depuis 1977, le professeur Sam Vaknin soutient que les personnes atteintes d’un trouble de la personnalité peuvent évoluer vers d’autres configurations mentales. Sous stress extrême, le narcissique caché peut basculer vers un état borderline, impulsif et destructeur, à la limite de la psychose, ou vers une configuration psychopathique froide, dangereuse et redoutable.
Le seuil de tolérance du narcissique caché est faible. S’il se sent durablement trahi, rejeté, humilié, traité injustement ou piétiné, il peut glisser vers une forme de psychopathie primaire, trouble qui alimente son agressivité et l’incite à vouloir éliminer la source de sa frustration. À ce stade, il perçoit cette frustration comme provenant de l’intérieur ; il ne reconnaît pas qu’elle est liée à un objet externe — en l’occurrence vous, à qui il n’accorde aucune importance réelle. Son agressivité devient alors coercitive.
Pour se libérer de sa tension interne extrême, il exige que vous cessiez d’exister en dehors de son esprit et que vous vous fusionniez symbiotiquement avec l’objet mental qu’il a façonné à partir de vous. Il cherche alors à vous contraindre à vous conformer à ses attentes. Et si vous refusez de céder, d’obéir ou de vous soumettre ; si vous persistez à affirmer vos besoins, à résister à son agressivité, à défendre votre autonomie et votre volonté, il pourra tenter de vous réduire à néant — dynamique qui peut s’intensifier jusqu’à la violence physique.
Dans le contexte de son fantasme partagé, le narcissique vous déshumanise : vous n’êtes pour lui qu’une construction psychique, un avatar, une introjection dans son esprit. Il ne peut pas simplement se lever et dire : « Tu me frustres, je m’en vais, je refuse la frustration, donc je pars. »
Sa frustration persiste tant qu’il ne parvient pas à vous contrôler physiquement par la violence, ou psychiquement par un décervelage hypnotique appelé gaslighting, afin de vous forcer à adopter un comportement conforme à son « objet interne ». Pour plus d’informations, consultez cet article : Le gaslighting.
La psychopathie primaire
En 2020, le psychiatre et psychanalyste austro-américain Otto Kernberg a décrit les caractéristiques suivantes : la psychopathie primaire se manifeste par un vide intérieur abyssal, un manque d’investissement émotionnel et affectif, une organisation narcissique marquée par des fantasmes de grandeur et de supériorité, un égocentrisme massif, ainsi qu’une envie corrosive poussant les sujets atteints à mépriser les autres, à entrer en rivalité avec eux et à vouloir les détruire.
Ces personnes peuvent également céder à des besoins compulsifs et rechercher des stimulations externes, comme l’alcool, les drogues ou des excitations intenses, sexuelles ou autres. Elles projettent leur paranoïa sur les autres sous forme d’agressions malveillantes et de comportements perturbateurs, antisociaux et interpersonnels, tels que l’exploitation d’autrui et des infractions à la loi sans retenue morale. Ce sont les comportements typiques d’un prédateur impitoyable. Consultez l’article intitulé : La paranoïa des narcissiques.
La psychopathie primaire peut se manifester aussi bien chez les narcissiques manifestes que chez les narcissiques cachés. Lisez l’article sur les différences entre narcissiques et psychopathes en cliquant sur ce titre : Psychopathes vs narcissiques - leurs différences essentielles.
Le reconnaître à travers son envie corrosive et sa rivalité
Si la personne en qui vous avez confiance ne montre pas d’enthousiasme face à vos réussites, mais semble satisfaite et heureuse lorsque vous travaillez dur, vous sentez déprimé(e) ou échouez, ou qu’elle vous ignore simplement, c’est probablement qu’elle est envieuse. Si vous croisez un individu envieux, soyez vigilant, avertit Sam Vaknin, car il pourrait s’agir d’un narcissique masqué devenu psychopathe. Si vous réussissez précisément dans le domaine où il se considère comme un génie, sa rivalité et son désir de vous détruire deviennent dévorants, car, en se comparant à vous, il se sent écrasé, vaincu et effondré.
L’envie et la convoitise constituent les affects dominants qu’un narcissique devenu psychopathe éprouve envers la personne qu’il perçoit comme son rival. L’envie corrosive est l’une des émotions les plus délétères du psychisme. Envahissante, virulente et toxique — elle alimente le conflit intérieur du narcissique, sa rivalité, son antagonisme et ses comportements malveillants. Elle se manifeste par une agressivité destructrice tournée contre autrui, mais aussi contre lui-même. Sa cathexis, ou investissement émotionnel, est entièrement orienté vers une affectivité négative saturée de haine.
Lorsque le narcissique devenu psychopathe se compare à l’objet de son envie, il se vit comme déficient, dévalorisé, humilié et envahi par une honte toxique si intense qu’elle peut nourrir des fantasmes suicidaires. Pour se défendre de ce rival qui, selon sa perception, le frustre de l’intérieur, il s’autorise à l’exploiter de manière insidieuse, se muant en profiteur, en escroc ou en criminel rancunier, tout en arborant un masque de politesse, de pseudo-humilité, de pseudo-civilité ou de bienveillance ostensible.
Son délire grandiose
Le narcissique dissimulé, devenu psychopathe, rumine un délire grandiose, surréaliste, exigeant, dévorant et agressif, reflet de son envie corrosive. Frustré et amer, il se persuade que l’objet de son désir lui est supérieur. Inconsciemment, il l’idéalise et se convainc qu’il devrait être comme lui. En dehors d’une relation intime, son besoin d’équilibre interne le pousse à instaurer une relation imaginaire avec cette personne, générant un dialogue mental obsessionnel.
Pourtant, l’équilibre qu’il recherche lui échappe toujours, car les voix persécutrices qui hantent son esprit l’accusent sans relâche d’être un « mauvais objet ». Ce sont des messages toxiques, introjectés de ses parents ou d’autres figures marquantes.
Il s’indigne que le monde ne l’ait pas remarqué, lui, qui se vit comme exceptionnel, unique et spécial. Cette défaite lui est intolérable. Il projette alors sa haine amère sur la personne qu’il envie, car elle incarne ce qu’il voudrait être mais n’est pas. Dès lors, il cherche à la détruire. Il ressent le besoin de lui infliger de la souffrance, en tirant la gratification de son image grandiose et de ses fantasmes d’omniscience et de toute-puissance.
Que fait-il concrètement ?
Lorsqu’un narcissique caché devenu psychopathe éprouve une envie haineuse envers quelqu’un, il cherche à le détruire. Il veut que cet objet de frustration disparaisse de sa vie, car cette personne déclenche en lui des bouffées d’envie qui le rongent. Il ressent continuellement ce déchirement. Sa rage consiste à annihiler symboliquement l’autre, par le biais de l’envie malveillante et de la rivalité pathologique. Et le seul moyen qu’il trouve pour le détruire est de lui voler tout ce qu’il possède, devenant ainsi un traître.
Comment le psychopathe parvient-il à attirer les autres à sa merci ?
He bien, il vit dans une sorte de rêve lucide, où il contrôle les images et le déroulement de son propre rêve. Chaque personne qu’il rencontre doit appartenir à ce rêve. Il utilise donc des tactiques hypnotiques pour manipuler à sa guise les personnes qui y apparaissent.
C’est un menteur pathologique, dont le seul but est de voler la vie de l’autre.
Pour accomplir cela, il recourt à des subterfuges et à des stratégies machiavéliques pour nuire à celui qu’il considère comme son rival.
Il s’approche de l’objet de son envie tel un serpent dans l’herbe ou un loup déguisé en mouton, afin de lui voler sa vie.
Si cette personne possède la beauté, le succès, l’intelligence, le savoir, la richesse ou le bonheur qu’il convoite, il cherchera à lui voler son identité et sa vie.
Il peut agir ainsi envers un narcissique accompli qui, grâce à son succès ou à sa bonne fortune, a réussi à obtenir sa provision narcissique.
Il s’approprie le travail et les connaissances des experts, les présentant comme s’il s’agissait de sa propre érudition ou de son propre travail.
C’est un parasite qui vole votre vie, votre identité, votre travail et tout ce qui lui est accessible.
C’est un exploiteur qui ne se sent exister qu’en vous voyant dépérir.
Son mimétisme
Sa dynamique interne est psychotique, car elle inclut le mimétisme, par lequel il suspend son propre psychisme pour « devenir vous ». Voyons comment il fait cela :
Rongé par une envie corrosive, une rivalité et une ambition dévorante, il se présente comme votre associé, ami, collaborateur ou partenaire.
Ensuite, à travers un mécanisme mimétique ou un jeu de miroirs, il devient vous : il adopte vos comportements, intérêts, attitudes et votre manière de parler.
Il s’empare alors de votre activité, ou fait tout ce qui est en son pouvoir pour vous détruire, ruiner votre carrière et votre réputation, et même vous humilier publiquement et vous envoyer en prison. Il se montre ainsi extrêmement sadique.
Il agit de manière ouverte, impudente, cynique, indigne, sans aucune honte ni ménagement, totalement inconscient de la malveillance de ses actes. Mais, de son point de vue, il ne fait que fixer ses limites et s’affirmer. Mais, de son point de vue, il ne fait qu’affirmer sa supériorité, sa toute-puissance, son omniscience et sa victoire.
Sa frustration et la théâtralité déviante de sa moralité
Le narcissique dissimulé, devenu psychopathe, sait qu’il n’est pas reconnu pour ce qu’il aurait pu accomplir lui-même, mais seulement pour ce qu’il a prétendu être : une copie de quelqu’un d’autre. Lorsqu’il s’approprie vos idées, il se consume de frustration de ne pas être célébré pour les siennes.
N’étant pas reconnu pour ses propres accomplissements — surtout lorsqu’il n’en a aucun — il nourrit une rage qui le pousse à manipuler et à détruire l’intégrité psychique des autres, fantasmés comme des rivaux.
Privé de surmoi, il méprise l’autorité et les normes sociales, s’appuyant sur une éthique déviante qu’il érige en règle personnelle. Autrement dit, il masque ses actes inadmissibles sous l’apparence d’une moralité ostentatoire. Dans ses excès, il agit comme un criminel diabolique, animé d’une malveillance profonde.
Le film « Le Talentueux M. Ripley », réalisé en 1999 par Anthony Minghella, avec Matt Damon et Jude Law, illustre bien ce thème. Il s’agit d’une description à glacer le sang de la guerre à mort entre un narcissique caché, nommé Tom Ripley, qui vit par procuration aux dépens d’un narcissique manifeste appelé Dickie Greenleaf. Tom Ripley sombre alors dans la psychose primaire.
Le narcissique caché devient psychopathe pour trois raisons :
La première raison est qu’il doit compenser son insécurité ontologique, son complexe d’infériorité, sa honte toxique et son vide abyssal. Son vide existentiel et ses insuffisances l’érodent et le corrodent, le plaçant au bord du gouffre, de la désintégration, de la décompensation et de l’abîme.
La deuxième raison est qu’il doit éviter l’effondrement. En raison de ses insuffisances, il n’a pas les capacités nécessaires pour obtenir sa provision narcissique, même en tant qu’escroc. C’est pourquoi il est prêt à suspendre l’activité de son propre faux self pour adopter l’identité d’une autre personne.
La troisième raison est qu’il a intégré les messages dénigrants reçus dans son enfance, qui deviennent sa voix de Thanatos, générant une pulsion de mort. Il veut se détruire, car cette voix lui répète sans cesse qu’il est un mauvais objet, qu’il est incapable d’accomplir quoi que ce soit et qu’il sera toujours un perdant.
C’est pourquoi il éprouve une envie corrosive envers les personnes qui, grâce à leurs idées, leur travail ou leur chance, obtiennent la célébrité, l’argent, le succès ou le prestige qu’il convoite. Cela, il ne peut pas le tolérer !
Il entre donc en compétition avec ces personnes et, pour leur voler leur vie, il se transforme en elles ou devient leur extension. C’est ainsi qu’il obtient sa provision narcissique.
Ses défenses narcissiques
Pour se voir dans le miroir et apaiser sa peur justifiée du châtiment, sachant que ce qu’il fait est honteux, maléfique et abject sur le plan éthique, le psychopathe caché déploie une multitude de défenses primitives et infantiles qui lui semblent appropriées.
Sam Vaknin mentionne le psychiatre américain Hervey Cleckley, qui, dans son livre The Mask of Sanity, parle du masque de santé mentale porté par les psychopathes.
Le Professeur affirme que le narcissique caché devenu psychopathe est l’individu le plus fou qu’il connaisse, car derrière son masque se cache une folie béante, sans précédent, incroyable et débridée. Il se protège des conséquences de ses actes malsains grâce à ce masque.
C’est un simulateur déguisé en ange, un serpent dont le venin agit lentement. Il est dangereux, car son système de défenses est démentiel.
Il se croit le gardien des valeurs et de sa propre moralité déviante, se voyant comme le chef des forces du bien contre les démons.
Bien sûr, dans cette guerre, il y a toujours un butin. La propriété de l’autre est le butin qu’il obtient en vertu de sa propre « justice ».
C’est quelqu’un qui, selon ses besoins, agit tour à tour comme prédateur ou comme proie.
Il s’octroie le droit d’agir ainsi, car en sombrant dans la folie, il perd toute notion d’entraide, se définissant lui-même comme un escroc.
Voici quatre mécanismes défensifs :
Le déni : le narcissique caché devenu psychopathe filtre les informations qui contredisent son image et nie ses actions. Il se dit alors :
« Tout ce que j’ai volé à cette personne — ses idées, ses réalisations, son succès, son argent, voire son identité — ne lui appartient pas vraiment. Même si je fais cela pour mon propre profit, pour gagner en notoriété et en célébrité, je suis en mission, en croisade. Je suis une bonne personne qui accomplit de bonnes choses, et c’est ma seule motivation. Tout ce que cette personne a obtenu, elle l’a acquis par des moyens détournés. J’ai donc le droit de m’approprier les résultats que je mérite. »La répression : il réprime la conscience de ses pensées et désirs interdits. Cependant, le contenu refoulé ne disparaît pas ; il reste puissant, fermentant dans son inconscient.
Il se dit alors :
« Je ne crois pas avoir volé quoi que ce soit ou avoir commis un plagiat. Je pense que les idées, le travail et les accomplissements de l’autre personne sont disponibles gratuitement pour tout le monde, et donc pour moi ! Je ne savais pas que j’étais en train de voler l’identité ou la propriété intellectuelle de quelqu’un. Je suis convaincu que ce que je fais est correct. »Le clivage : pour lui tout est soit bon, soit mauvais. En état de régression infantile, il perçoit les autres comme mauvais et se voit lui-même comme une bonne personne. Il justifie donc ses actes criminels, car sa cible est considérée comme mauvaise.
Alors, il se dit :
« Oui, c’est vrai que je plagie son travail, mais il/elle le mérite, car ses comportements me déplaisent. Je fais donc justice moi-même. Je suis un superhéros qui combat les méchants. »La projection : elle consiste à attribuer aux autres ses propres insuffisances, ses émotions négatives et ses traits de caractère inacceptables.
À travers la projection, il se dit :
« Cette personne méritait ce que je lui ai fait. Elle me devait de l’argent et devait payer pour l’aide que je lui ai apportée. C’est elle qui m’a volé mon argent et mon temps. Sans moi, elle n’aurait rien pu accomplir. Je ne fais que réclamer ce qui m’appartient. »
Examinons maintenant une stratégie hypnotique utilisée par les narcissiques cachés devenus psychopathes : le décervelage hypnotique.
Le décervelage hypnotique « gaslighting »
Si vous êtes une personne psychologiquement fragile, le narcissique caché devenu psychopathe profite de votre vulnérabilité, de votre anxiété, de votre dépression ou de votre trouble de stress post-traumatique pour supplanter votre réalité par la sienne.
Il est orienté vers un objectif précis, mais il n’est pas toujours conscient de ce qu’il fait, car il vit dans son paracosme — un monde imaginaire, une réalité virtuelle.
Il déstructure votre psychisme en vous manipulant, vous contrôlant et vous anéantissant. Pour ce faire, il utilise le décervelage hypnotique : le gaslighting.
Il répète des milliers de fois les mêmes mots dévalorisants et les mêmes phrases dénigrantes issus de sa réalité virtuelle, tout en alternant avec des discours d’amour contradictoires à ce dénigrement.
Ou bien, il vous enveloppe dans son monde mental fantasmatique en vous proposant des alternatives irréalistes à vos souffrances et à vos problèmes.
En fait les narcissiques cachés, qu’ils soient passifs agressifs ou psychopathes avalent leur partenaire intime, le consomment, le digèrent et l’assimilent.
Ce qui correspond aux mécanismes connus en psychologie sous les termes d’introjection (avaler), d’incorporation (consommer), d’internalisation (digérer) et d’identification (assimiler).
Votre réalité intérieure est complètement altérée
Elle est constamment remise en question par l’hypnotiseur psychopathe qui prend le pouvoir sur vous. Attention ! C’est ce que font les pédophiles sur Internet, la mafia ou encore les terroristes qui radicalisent des jeunes en détresse.
Il vous transmet ses idées délirantes, son univers virtuel, et ses perceptions déformées de la réalité, tout en vous convainquant que c’est la seule réalité qui existe.
Une fois hypnotisé(e), il peut abuser de vous, s’approprier votre identité, voler vos connaissances, vos idées, votre activité, vos accomplissements, vos biens et votre argent, vos amis, voire votre entreprise ou votre poste de travail.
Il vous manipule alors à sa guise et fait de vous ce qu’il veut.
Il vous déstabilise et vous plonge dans un état de dépersonnalisation et de déréalisation. Vous pouvez lire l’article intitulé : La dépersonnalisation et la déréalisation.
Après avoir examiné les sujets précédents, nous pouvons maintenant nous concentrer sur votre situation, votre vécu et la manière de transcender vos traumatismes.
Êtes-vous un narcissique caché ?
Si vous vous reconnaissez dans ce portrait du narcissique caché, sachez qu’il n’est jamais trop tard pour entamer un travail d’introspection et amorcer la guérison de votre trouble de stress post-traumatique (TSPT). Face à cette souffrance silencieuse, il est essentiel de comprendre que la reconstruction est possible, et que certains de vos comportements peuvent évoluer. Certaines de vos conduites, attitudes et comportements peuvent se transformer profondément.
Votre noyau schizoïde ne changera peut-être jamais. Pourtant, vous pouvez apprendre à l’apprivoiser, à vous libérer de certaines réactions, des ombres laissées par le traumatisme. Le traumatisme n’est pas l’événement en lui-même, mais la manière dont votre psychisme y a réagi. Comprendre la complexité de votre dynamique interne n’est que le début ; agir pour vous en libérer est une autre étape essentielle. Il est impératif de vous faire accompagner par un professionnel spécialisé dans le traitement des troubles de stress post-traumatique.
Votre partenaire intime est-il un narcissique caché ?
Si vous vivez sous l’emprise d’un narcissique caché, cliquez sur ce titre : Quitter un narcissique pathologique.
Si vous vous en êtes déjà séparé(e), vous et vos enfants souffrez des effets traumatiques de son abus narcissique. Qu’il soit vulnérable, passif-agressif ou psychopathe, vous ressentez sans doute une honte profonde d’avoir été piégé(e) par ses manipulations insidieuses.
Inconsciemment, vous avez introjecté, incorporé et intériorisé son abus, ce qui vous amène à vous identifier à ses messages hypnotiques, devenus des voix intérieures. Vous vivez ainsi sous son emprise et souffrez d’un trouble de stress post-traumatique. Un tourment se cache donc derrière des portes fermées, car personne ne voit ce que vous traversez.
La guérison commence par comprendre que les actions du narcissique passif-agressif reflètent sa propre réalité, et non la vôtre. La liberté naît de la reconnaissance de votre histoire, de la recherche de soutien, de la confiance en votre force intérieure et de l’établissement de frontières psycho-émotionnelles.
Le rétablissement ne consiste pas seulement à survivre, mais aussi à se redécouvrir et à trouver la paix intérieure. Êtes-vous prêt(e) à découvrir les ressources pour amorcer votre guérison ? Il est crucial de vous engager dans un processus d’introspection approfondie pour vous libérer de cet état traumatique et hypnotique.
Avez-vous eu un parent narcissique caché ?
Si l’un de vos parents était un narcissique caché, il ne vous a pas donné l’amour, l’attention ou le respect dont vous aviez besoin. Vous avez peut-être intériorisé ses comportements, ce qui peut entraîner un manque d’estime de soi et de confiance.
Cela peut se manifester de différentes manières :
Vous avez peut-être développé une dépendance affective, recherchant des partenaires narcissiques également émotionnellement absents.
Il se peut également que vous ayez adopté des traits de narcissisme pathologique et des mécanismes primitifs narcissiques.
Ou bien, vous avez développé une psychorigidité et votre type d’attachement est évitant.
Ou encore, vous tentez de combler votre manque d’amour en adoptant des comportements autodestructeurs comme l’abus d’alcool, de drogues ou en ayant une sexualité débridée.
Tous ces signes montrent que vous souffrez d’un trouble de stress post-traumatique. Cependant, il n’est jamais trop tard pour sortir de l’emprise du parent narcissique caché de votre enfance et retrouver votre pouvoir personnel. Que vous soyez le/la partenaire d’un(e) narcissique caché(e), ou l’enfant adulte d’un tel parent, je vous propose la Déshypnose Identitaire.
La Déshypnose Identitaire
Imaginez, ne serait-ce qu’un instant, que le pouvoir hypnotique de votre narcissique pathologique — ce pouvoir qui vous tenait sous emprise par le gaslighting, le décervelage insidieux, le silence glacial ou la rage dévastatrice — ait été entièrement démantelé dans votre esprit. Il vous manipulait par ses promesses non tenues, ses excuses creuses ou son éternel rôle de victime, mais les ruminations que cela suscitait en vous se sont enfin dissipées.
Un jour, cette emprise insidieuse que vous aviez introjectée, incorporée, intériorisée… s’est enfin dissipée. Vous avez cessé d’avoir peur de vivre sans lui (ou elle).
Vous avez cessé de vous protéger de ses comportements toxiques.
Vous avez cessé de penser à lui, de ressasser les pires comme les meilleurs souvenirs.
L’objet interne — ce persécuteur idéalisé — qui empoisonnait votre esprit a perdu tout pouvoir. Le chaos émotionnel semé par le narcissique s’est éteint, laissant place à un calme que vous n’osiez plus espérer.
Qui ou quoi a accompli ce miracle ?
La Présence silencieuse de votre être authentique. Celle que vous écoutez désormais, grâce à votre processus d’introspection — à cette Déshypnose Identitaire qui vous reconnecte à vous-même. C’est par cette Présence que vous avez pu désintrojecter le narcissique de votre esprit. Ce processus s’est accompli par amour pour vous-même, sans la moindre trace de culpabilité.
Il est essentiel de comprendre ceci : l’introspection est une pratique qui demande du temps pour porter ses fruits. Mais grâce à elle, vous vous établissez peu à peu dans la paix et le silence intérieur. C’est là le changement le plus profond qu’un être humain puisse opérer : transcender ses objets internes et ses réactions infantiles.
Avec cette transformation, la puissance silencieuse de votre Présence demeure.
Vous n’avez plus aucun contact avec votre ex-partenaire narcissique.
Et ce n’est pas pour le blesser — comme le feraient les narcissiques cachés, passifs-agressifs. Non.
Vous agissez ainsi en accord avec vos valeurs, votre paix intérieure et votre vérité.
C’est une décision sacrée : celle de protéger votre système nerveux, de tourner votre attention vers votre force intérieure, et de préserver votre dignité.
Vous avez enfin commencé à focaliser votre regard sur votre lumière intérieure.
Pour mieux saisir la profondeur de ce processus, je vous invite à consulter cet article L’introspection.
Face à un narcissique pathologique, chaque mot — ou chaque silence — devient une arme de contrôle. Peu importe la clarté de vos explications ou la douceur de votre ton, il détourne la conversation, déforme vos intentions, renverse votre récit. Et soudain, c’est vous qui semblez être la personne cruelle ou folle. Ce jeu de pouvoir vous épuise, érode votre confiance, et renforce son emprise. Le cercle vicieux se referme, encore et encore, jusqu’à ce que vous doutiez de vous-même… jusqu’à ce que son abus narcissique finisse par fissurer, puis détruire, votre psychisme.
Si vous vivez encore avec lui ou elle, commencez d’abord par créer un espace introspectif vous permettant d’observer comment vos émotions sont ignorées ou invalidées, et comment vos mots, vos tentatives de communication, sont utilisés contre vous.
Dans cet espace, posez-vous doucement les questions suivantes :
Qu’est-ce qu’il fait concrètement ? Quels comportements me font souffrir ?
Quels mots ou phrases me blessent ? Écrivez tout ce qu’il fait et dit.
Pour chaque réponse, demandez-vous à la troisième personne :
Quelle vieille blessure est rouverte par cette attitude ou ce comportement ?
Quel « moi » mental réagit à ses attaques et agressions ?
Quel âge à ce « moi » et quelles sont ses croyances ?
Qu’est-ce que pousse ce « moi » à rechercher l’approbation, la validation et l’amour d’un narcissique pathologique ? Quelle est la véritable source de sa souffrance ?
Ce type de questionnement ouvre la voie à une déshypnose identitaire — un retour à votre être authentique, libre de toute emprise. Cherchez donc les réponses à l’intérieur, sans tenir compte de ce qui fait ou dit votre partenaire narcissique. Elles émergent de votre propre conscience, de votre propre vérité. C’est en vous que réside la clarté.
Le silence qui émerge de ce processus d’introspection brise l’attachement au « moi » souffrant. Et dans ce silence, une vérité s’impose : « Je n’ai plus besoin de t’expliquer quoi que ce soit. Je n’ai plus besoin de prouver quoi que ce soit. Aujourd’hui, j’écoute ma voix intérieure, mes besoins, mes limites. »
Vous commencez alors à entendre la voix de votre être authentique. Une force tranquille, enracinée, qui refuse désormais d’être appâtée par la souffrance ou manipulée par le drame.
Le narcissique, lui, se nourrit de votre énergie émotionnelle — positive ou négative. Tant que vous réagissez, vous devenez sa source de sa provision narcissique. Mais lorsque vous cessez de réagir, lorsque vous choisissez le silence intérieur plutôt que le chaos imposé, cette source se tarit. Et avec elle, son pouvoir s’effondre
Votre Présence silencieuse devient intolérable pour lui. Elle le prive de ses leviers de contrôle, le rend insignifiant à ses propres yeux. Mais priver un narcissique de son approvisionnement émotionnel n’est pas un acte de vengeance.
C’est un acte d’amour envers vous-même.
C’est reprendre votre énergie vitale, vous retrouver, évoluer, et aimer pleinement l’être humain que vous êtes réellement.
Pour approfondir ce processus de libération, je vous invite à lire cet article Quitter un narcissique pathologique.
L’alchimie du retour à soi : votre Présence silencieuse
L’attitude la plus puissante face à un narcissique pathologique est maintenir le silence.
Maintenir le silence — non par orgueil ou punition, mais pour vous maintenir en alignement avec votre être authentique — change totalement la dynamique. Vous quittez l’échiquier. Le silence intérieur devient votre frontière ferme et ancrée. C’est alors que vous commencez à vous aimer. Cette alchimie vous permet de faire ce constat : « Je ne ressent plus le besoin de mendier son amour pour exister. Je suis déjà dans mon cœur. »
Votre présence silencieuse — stable, ancrée, inaccessible — ébranle l’illusion de contrôle que le narcissique croit exercer sur vous.
Passer de l’état de réaction à la Présence silencieuse est un voyage conscient. Un chemin lent, parfois sinueux, qui transforme peu à peu le chaos émotionnel en paix intérieure.
Et lorsque vous tombez dans les déclencheurs du narcissique, ce n’est pas un échec.
C’est un signal. Un appel à poursuivre l’introspection, à revenir à vous, à écouter ce qui en vous demande encore à être guéri.
La véritable force ne réside pas dans le contrôle des autres, mais dans la régulation de votre monde intérieur. La douleur se transmute en sagesse.
Vos déclencheurs deviennent des éclats de clarté.
Et vos anciens mécanismes de survie se métamorphosent en Présence.
Grâce à ce processus, vous ne réagissez plus par automatisme : vous choisissez.
Et c’est dans cet espace sacré, au cœur de vous-même, que la transformation prend vie.
Lorsque vous pratiquez l’introspection, vous n’avez plus besoin de vous justifier, ni de vous expliquer face au manipulateur.
Vous quittez le rôle du mendiant en quête d’amour, de reconnaissance, de validation.
Vous cessez de tendre la main vers ce qui vous blesse.
Le narcissique perçoit ce basculement.
Votre neutralité face à son chaos le déstabilise.
Car là où il attendait une réaction, il ne trouve plus qu’un silence habité.
Un silence qui ne fuit pas, mais qui affirme.
Un silence qui dit : « Je ne suis plus à vendre. Je me suis retrouvée. »
Être intouchable ne signifie pas être froid(e), indifférent(e) ou dépourvu(e) d’empathie.
Cela signifie que vos émotions vous appartiennent pleinement.
Qu’elles ne sont plus des leviers entre les mains d’un autre.
Qu’elles ne sont plus exploitables, ni manipulables.
Le changement le plus profond survient lorsque vous n’avez plus besoin de répondre.
Lorsque le silence devient un choix conscient, non pas une punition, mais une déclaration.
Une déclaration de paix. De dignité et de régulation énergétique personnelle.
À ce moment-là, votre vérité n’est plus négociable.
Vous êtes stable. Entier(ère). Libre.
Même si le narcissique revient, armé de chaos et de confusion, vous ne l’attendez plus.
Vous avez déjà quitté le champ de bataille.
Vous ne jouez plus. Vous ne réagissez plus. Vous êtes ailleurs — en vous.
Et le geste le plus puissant que vous ayez accompli…
C’est de vous choisir. Sans bruit. Sans justification.
Avec amour.
Et dans cette décision silencieuse, vous êtes devenu(e) intouchable.
Non pas par dureté, mais par intégrité.
Ce qui demeure, c’est votre véritable Présence — stable, enracinée, libre.
Une Présence qui ne cherche plus à convaincre, à plaire ou à survivre.
Une Présence qui sait.
Qui ressent sans limites ce qui est vrai.
Et qui choisit.
— Prabhã Calderón