Quitter un pervers narcissique
30 mars 2025
Sam Vaknin
Qu’est-ce que cela implique de quitter un pervers narcissique ? Quitter une personne pathologiquement narcissique, c’est bien plus qu’une séparation : c’est échapper à son emprise hypnotique pour retourner à soi-même, et enfin écouter la voix de son être authentique.
Si vous avez lu l’article intitulé Le fantasme partagé des narcissiques (cliquez sur le titre), vous savez que les narcissiques idéalisent et maternent les autres au début d’une relation, puis les dévalorisent, les maltraitent et les rejettent. Leur « fantasme partagé » suit toujours le même schéma : Idéalisation → Fusion → Dévalorisation → Abandon.
Pourquoi donc est-ce si difficile de quitter celui ou celle qui fait de vous son « objet interne » exploité, dévalorisé, dénigré, manipulé, contrôlé, jalousé, maltraité, négligé, ignoré ? Quel type de personne choisit de rester dans une relation abusive ? Cet article est la réponse magistrale du professeur Sam Vaknin à ces questions, et à bien d’autres.
Remarquez que ce texte est rédigé au masculin pour des raisons pratiques, mais la moitié de la population mondiale des narcissiques est composée de femmes.
Voici la réponse du Professeur Sam Vaknin :
Il existe de multiples raisons pour lesquelles les personnes vivant avec un narcissique pathologique demeurent longtemps à ses côtés ; on peut les classer en deux grandes catégories.
Le groupe de celles qui pensent que toute alternative au fantasme partagé serait pire.
Le groupe de celles qui refusent de reconnaître que leur partenaire intime est abusif.
Le premier groupe : sa vision et l’intimidation
Le narcissique convainc sa victime – qu’il s’agisse d’un partenaire intime, d’un ami proche ou d’un collègue – que la vie dans le fantasme partagé qu’il impose est préférable à toute autre réalité extérieure. Il construit une version idéalisée du monde, une sorte d’univers parallèle, et persuade sa victime qu’il s’agit de la meilleure option possible.
Même si le fantasme partagé est douloureux ou abusif, il la pousse à croire que toute alternative serait bien pire. Pour l’y maintenir, il utilise principalement deux stratégies :
La stratégie d’une vision et des promesses
Le narcissique élabore une vision séduisante de l’avenir. Dans une relation amoureuse, il peut promettre le mariage, des enfants, une vie heureuse à deux. Dans le monde professionnel, il promet la réussite, l’argent, la reconnaissance. En politique, il promet la grandeur nationale, le renouveau, voire un âge d’or à venir.
Ces promesses, jamais tenues, agissent comme un puissant levier psychologique : elles nourrissent l’espoir, entretiennent l’illusion et incitent la victime à patienter, à tolérer l’inacceptable, en croyant que le meilleur est encore à venir.
Cet espoir active ce qu’on appelle le biais des coûts irrécupérables : plus une personne a investi dans une relation, plus il lui devient difficile d’y renoncer. C’est le même mécanisme qui pousse certains joueurs compulsifs à continuer de miser, espérant récupérer ce qu’ils ont déjà perdu.
Pour les victimes, il est particulièrement douloureux d’admettre qu’elles se sont trompées, que tout ce qu’elles ont donné – leur temps, leur argent, leurs efforts – a été vain. Renoncer, c’est faire le deuil non seulement de ce qu’elles ont vécu, mais aussi de tout ce qu’elles avaient espéré construire : une maison, des enfants, une vie commune.
C’est un déchirement, souvent empreint de honte, car cet investissement émotionnel, matériel et affectif est immense – surtout pour celles et ceux qui ont tout donné.
La stratégie de la peur et de l’intimidation
Le narcissique décrit le monde extérieur en termes effrayants et catastrophiques : il dramatise, le rendant plus terrifiant encore que la relation abusive, qui pourtant est beaucoup plus destructrice et traumatisante. Il instille la peur, infantilise sa victime et lui fait croire que partir serait encore pire.
Il dit implicitement ou explicitement : « Tu n’imagines pas à quel point c’est pire ailleurs. Tu ne trouveras jamais quelqu’un comme moi. Tu ne pourras pas t’en sortir tout(e) seul(e)... »
Ou bien, il profère des menaces : « Si tu me quittes, je te détruirai. Je te tuerai. »
Ces menaces, verbales ou accompagnes des maltraitances corporelles, créent un climat de peur, voire de terreur. Le coût de la séparation semble trop élevé. Alors, rester dans cette dynamique traumatisante paraît être l’option la plus simple, la plus « sûre ».
Avec le temps, l’investissement émotionnel et psychologique de la victime augmente, au point qu’elle devient son l’otage de son abuseur. Cela résume le premier groupe de raisons pour rester dans une relation toxique.
Le deuxième groupe : le déni et la justification
Ce groupe est plus complexe, car il renvoie à des croyances profondément enracinées chez les victimes. Celles-ci présentent une tendance psychologique à nier que leur partenaire intime est un abuseur. Elles cherchent à justifier, minimiser ou oublier ses comportements pour les rendre acceptables. Elles cherchent à justifier, interpréter, minimiser ou occulter ses comportements pour les rendre acceptables, car elles sont figées dans la phase d’idéalisation et de maternage.
Ainsi, la victime interprète les abus comme une preuve d’amour. Dans son esprit, la violence devient la démonstration des sentiments de son abuseur. Elle se dit, par exemple : « Il me frappe parce qu’il est jaloux… Et la jalousie, c’est une preuve d’amour. »
Ce type d’auto-illusion constitue un mécanisme de défense psychologique : il permet à la victime d’éviter de confronter la réalité destructrice de la relation. Elle se persuade que la situation est sous contrôle, qu’elle est gérable, voire qu’elle correspond à une certaine « normalité ».
Le déni de la victime et ses remords
S’illusionner avec un narcissique, c’est un peu comme vivre ce qu’on appelle les remords de l’acheteur. Imaginez : vous achetez un nouveau smartphone, mais vous réalisez rapidement qu’il est décevant. Plutôt que de reconnaître : « J’ai fait un mauvais choix », vous cherchez à relativiser : « Bon, au moins, l’appareil photo est excellent… »
De la même manière, les victimes d’un abuseur narcissique préfèrent continuer à idéaliser leur partenaire. Elles se raccrochent aux souvenirs de la phase d’idéalisation ou de maternage, plutôt que d’admettre qu’elles se sont engagées dans une relation profondément toxique.
Rester avec un narcissique, c’est en quelque sorte faire un investissement. La victime « achète » la relation sur le plan le plan psycho-émotionnel, et parfois même financier. L’abuseur devient, symboliquement, une possession. Dès lors, elle se sent obligée de défendre ce choix, comme on défendrait un achat dont on espère encore tirer un avantage.
Pourquoi ? Parce que l’alternative serait de reconnaître : « Je me suis trompée. J’étais vulnérable, naïve, ou même aveuglée. Je n’ai pas vu les signes. Je n’ai pas pris le temps de réfléchir à ce que je vivais. Je me sentais seule et en besoin de protection. »
Une remise en question douloureuse, qui demande du courage – et que bien des victimes repoussent, parfois pendant des années.
La dissonance de la victime et son mécanisme défensif
Les êtres humains font presque tout pour éviter l’anxiété provoquée par la dissonance cognitive – cette tension intérieure qui surgit lorsque deux réalités ou deux croyances contradictoires coexistent dans l’esprit.
C’est pourquoi très peu de victimes sont prêtes à reconnaître qu’elles ont fait une erreur de jugement : cela engendre une honte intense et une anxiété difficile à gérer. À la place, elles défendent leur décision et se persuadent qu’elles ont fait le bon choix. Certaines vont même jusqu’à devenir hostiles lorsqu’on remet en question leur perception de la relation.
Imaginez dire à une amie proche : « Tu ne vois pas que ton mari est narcissique ? Qu’il te trompe ? » Elle risque de se fâcher – non pas contre lui, mais contre vous. Elle pourrait même couper les ponts. Pourquoi ? Parce que vous avez déclenché en elle une dissonance, un conflit intérieur douloureux et menaçant.
Si cette amie vit encore avec son abuseur, lui révéler une vérité brutale revient à la forcer à regarder en face une réalité qu’elle s’efforce d’éviter. Et cette confrontation représente une menace. La vérité ne libère pas toujours : parfois, elle blesse. Et beaucoup de gens, plutôt que de l’accueillir, préfèrent le confort d’une illusion, la stabilité d’un rêve, même si ce rêve les détruit à petit feu.
Par ailleurs, nombreuses sont les victimes qui restent avec leur abuseur pour les raisons évoquées dans le premier groupe : enfants en commun, projets partagés, vie construite ensemble, dépendance émotionnelle ou matérielle… Certaines éprouvent même une forme de fierté à être aux côtés d’une personne perçue comme « exceptionnelle ». Il existe des dizaines de raisons de rester avec un narcissique – des raisons qui font de la victime un otage.
Ainsi, lorsqu’on confronte une victime, on touche à sa dissonance, on sème le doute et provoquons un conflit. On l’oblige à penser, à remettre en question, à voir ce qu’elle s’efforce de ne pas voir. Et rarement quelqu’un remercie celle ou celui qui l’oblige à affronter la réalité.
Car, au fond, beaucoup ne veulent pas voir la réalité. Ils veulent la douceur d’un mensonge, la chaleur d’un fantasme – même si celui-ci les fait souffrir. La victime préfère croire à l’avenir radieux que lui promet son narcissique, plutôt que de regarder en face la violence du présent.
D’autres stratégies utilisées par les narcissiques :
Poursuivons notre exploration des différentes stratégies utilisées par le narcissique pour vous maintenir sous son emprise, enfermé(e) dans le cadre de son fantasme partagé et de son abus psychologique. Mais avant cela, il est essentiel de comprendre ce qu’est l’abus narcissique, un concept crée et théorisé par le professeur Sam Vaknin :
L’abus narcissique est une forme de maltraitance qui englobe strates de la conscience : verbale, psychologique, émotionnelle, physique, sexuelle, sociale, familiale, éducative, domestique, professionnelle, juridique et financière. C’est la seule forme d’abus qui peut toucher simultanément tous ces aspects de la vie d’une personne. Les autres types d’abus, en comparaison, n’en affectent généralement qu’un ou deux.
La simulation d’un futur merveilleux possible
Dans le fantasme partagé, la phase d’idéalisation et de maternage mutuel aggrave la dissonance cognitive de la victime – surtout lorsqu’elle la compare à la phase de dévalorisation et de rejet qui finit toujours par suivre.
Si tout semblait parfait au début, il devient extrêmement difficile d’accepter que cela ait pu être un mensonge. La victime se dit : « C’était si bien au début… Ça ne peut pas être entièrement faux. Peut-être que les bons jours vont revenir… »
La simulation d’un futur merveilleux, c’est l’art de promettre un avenir radieux sans jamais avoir l’intention de tenir parole. Ce comportement vise à obtenir quelque chose : du sexe, de l’argent, du pouvoir, ou simplement un attachement émotionnel renforcé. Mais voici une nuance importante :
Les psychopathes simulent sciemment un futur merveilleux. Ils savent qu’ils manipulent, ils mentent consciemment pour atteindre leurs objectifs.
Le narcissique, en revanche, croit sincèrement à ses propres promesses au moment où il les formule. Quand il dit « Je veux me marier avec toi », il le pense sur l’instant. Mais son monde intérieur est instable, fluctuant, et son engagement émotionnel ne dure jamais. Il change d’avis sans avertissement.
Ainsi, la manipulation narcissique n’est pas nécessairement « intentionnelle ». Elle découle d’un trouble profond de sa perception, provenant de son faux self, et de son inconstance affective – pas d’une stratégie froide et délibérée, comme chez le psychopathe.
Le bombardement amoureux du narcissique et l’effet miroir
Le narcissique excelle dans ce qu’on appelle le bombardement amoureux. Lorsqu’il vous idéalise, il vous regarde avec admiration et vous dit : « Tu es parfaite. » « Tu es la plus belle personne que j’aie jamais rencontrée. » « Tu es brillante. »
Et c’est là que se produit un phénomène redoutable : l’effet miroir. Vous ne tombez pas vraiment amoureux(se) du narcissique. Vous tombez amoureux(se) de vous-même – ou plutôt de l’image magnifiée de vous qu’il vous renvoie. Ce n’est pas lui que vous aimez, mais ce que vous ressentez en sa présence. Peu à peu, vous commencez à vous voir à travers son regard.
Cette image devient rapidement addictive, car quand le narcissique vous idéalise, il vous élève, vous sublime, vous transforme en être parfait à ses yeux. Et peut-être, pour la première fois de votre vie, vous vous sentez acceptée à travers lui et vous voyez digne, lumineux(se), exceptionnel(le)..
À ce moment-là, le narcissique devient une figure maternelle symbolique. Pourquoi ? Parce que les mères font instinctivement la même chose avec leur nouveau-né. Une mère regarde son bébé et dit : « N’est-ce pas le plus beau bébé du monde ? », peu importe sa réalité objective. Elle l’aime, inconditionnellement, pour ce qu’il représente à ses yeux.
Le narcissique fait exactement cela, mais avec une intention inconsciente de contrôle. Il vous offre un amour d’apparence inconditionnel, non pas pour ce que vous êtes réellement, mais pour l’image idéalisée qu’il a créée de vous. Et cet amour vous semble pur, puissant, irrésistible.
C’est comme si on vous offrait une seconde enfance, une nouvelle chance de recevoir cet amour maternel que vous avez peut-être manqué. Cela devient une drogue. Vous revenez encore et encore, pour ressentir à nouveau ce sentiment rare d’être totalement accepté(e).
Le narcissique détient un monopole émotionnel : seul lui peut vous renvoyer cette image de perfection. Et vos propres défenses grandioses – celles que nous portons tous en nous – s’activent. Mais surtout, vous ressentez enfin quelque chose que vous cherchiez depuis toujours : l’amour de soi, l’amour maternel vrai, l’acceptation totale.
C’est un amour compensatoire : d’un coup, vous vous sentez entier(e), complet(e), comme si vous aviez enfin trouvé cette mère qui aurait dû vous aimer ainsi – mais qui, peut-être, ne l’a jamais fait. Et c’est là que vous tombez dans l’addiction.
Le leurre de l’enfant intérieur
Une autre stratégie très puissante utilisée par le narcissique pour vous retenir à ses côtés, c’est ce qu’on appelle le leurre de l’enfant intérieur. Dès les premiers instants de la relation, il prend le rôle d’une figure parentale : il devient votre mère, votre père, parfois les deux à la fois. Inconsciemment, il vous transmet un message rassurant : « Tu es en sécurité avec moi. Tu peux me faire confiance. Je vais prendre soin de toi. Tu n’as plus besoin d’avoir peur. Maman est là. »
Ce message implicite crée un sentiment profond de confort, de paix intérieure, de sécurité émotionnelle. Il réveille en vous l’enfant intérieur – cet aspect vulnérable et tendre qui ne demande qu’à être rassuré, aimé et protégé, peut-être pour la première fois.
Mais en parallèle, le narcissique vous envoie un second message, tout aussi puissant, mais dans l’autre sens : « Moi aussi, je suis un enfant. Je suis blessé. J’ai mal. J’ai besoin d’une maman… Est-ce que tu pourrais être cette maman ? »
C’est ce que j’appelle le double maternage – un maternage croisé. D’un côté, il devient votre refuge, votre parent symbolique. De l’autre, vous devenez le sien. Et cette illusion réciproque, cette collusion émotionnelle, crée l’un des liens les plus puissants qui soient entre deux êtres humains.
Mais attention : ce que le narcissique vous montre, ce n’est pas son véritable enfant intérieur, authentique et vulnérable. C’est une simulation – une image soigneusement construite d’un être blessé, fragile, en détresse. Or, cette image suffit à activer en vous l’instinct de protection, l’envie de réparer, de consoler.
Alors, vous vous attachez profondément. Vous voulez le guérir, l’apaiser, lui éviter toute douleur. Vous voulez qu’il ne pleure plus jamais. Vous voulez réparer même ce qu’il ne vous montre pas. Et même les aspects de lui qu’il juge honteux, laids, ignobles – vous les embrassez avec tendresse, avec ce désir presque sacré de le sauver.
Peu à peu, les rôles se brouillent : il devient votre refuge et vous devenez le sien. Ce n’est plus simplement de l’attachement, c’est une fusion psychologique. Une union émotionnelle qui mime le lien le plus ancien, le plus fort, le plus enraciné de l’humanité : le lien mère/enfant. Et c’est pour cette raison qu’il devient presque impossible à briser.
L’illusion d’une relation parfaite
Lorsque vous commencez à envisager de quitter votre abuseur, un sentiment insidieux vous envahit : l’impression de le trahir. C’est ce qu’on appelle le traumatisme de trahison.
Il vous a convaincu(e) que ce que vous vivez ensemble est unique, rare, presque sacré – une union précieuse que personne d’autre ne pourra jamais vous offrir. Il se présente comme quelqu’un qui vous aime inconditionnellement, comme une mère le ferait.
En retour, il vous donne un rôle : celui de soignant, de protectrice, de servante, de partenaire sexuel et de source de sa provision narcissique. Subtilement, il vous fait passer ce message : « Pourquoi veux-tu tout gâcher ? Tu ne me trahis pas seulement moi… Tu nous trahis tous les deux. » Ce « nous », ce n’est rien d’autre que le fantasme partagé – cette bulle idéale qu’il a créée et dans laquelle vous avez été invité(e) à entrer.
Il vous a fait croire que ce monde construit ensemble était parfait, à l’abri des imperfections du reste du monde. Et une fois que cette idée s’est enracinée en vous, tout le reste – la vie réelle, d’autres relations, d’autres possibles – vous semble fade, banal, insuffisant.
Il vous a convaincu(e) qu’aucune autre relation ne pourra égaler celle-ci. Que rien ne sera jamais aussi fort, aussi pur, aussi total. Et cette illusion de perfection devient un crochet émotionnel d’une puissance redoutable. Vous n’aimez pas seulement la personne. Vous aimez l’idée de ce que vous êtes censé(e) vivre avec elle. Et renoncer à cette idée, c’est renoncer à une part de vous-même.
La synchronisation neuronale : un entraînement hypnotique
En réalité, cette union est fusionnelle, hypnotique. Elle repose sur un processus du lavage de cerveau. Ou, plus précisément, sur un phénomène appelé entraînement hypnotique, basé sur une synchronisation neuronale.
Il y a une dizaine d’années, les neurosciences ont découvert que le son peut synchroniser les ondes cérébrales de plusieurs personnes. Tout a commencé par les études menées sur des groupes de rock. Quand les musiciens jouent ensemble, leurs cerveaux se synchronisent si étroitement que, sur un électroencéphalogramme, il devient impossible de les distinguer. Le son aligne leur activité cérébrale. Ce n’est pas du mysticisme – c’est de la science.
Le narcissique fait exactement cela. Il utilise sa voix comme un instrument d’influence. Il répète sans cesse les mêmes phrases, avec un rythme particulier – comme une chanson, un poème, une berceuse.
Parfois, le message est valorisant : « Tu es parfaite. Tu es incroyable. Tu es tout pour moi. » Parfois, il est destructeur : « Tu n’es rien. Tu es stupide. Tu es cassée. »
Mais dans les deux cas, la répétition, le rythme, le son de sa voix finissent par synchroniser votre cerveau au sien. Progressivement, il vous colonise émotionnellement, cognitivement, biologiquement, et contrôle votre cerveau. C’est ce qui rend la séparation si difficile.
C’est l’une des raisons pour lesquelles, lorsqu’elles parviennent enfin à partir, les victimes de l’emprise narcissique ne souffrent pas seulement psychologiquement : leur corps tout entier réagit. Ce n’est pas juste de la tristesse ou de l’anxiété. C’est une vague physique : fatigue, oppression thoracique, crises de panique, vertiges… Comme si leur corps avait été relié, couplé, branché sur celui de l’abuseur. Et lorsqu’elles s’en détachent, ce n’est pas une simple séparation. C’est l’équivalent d’une amputation.
La création d’une secte à deux
Vos amis, vos proches, vos copines vous disent : « Allez, tourne la page. Passe à autre chose. » Mais ce n’est pas si simple. Parce que si vous vivez avec un narcissique, ce n’est pas une relation normale. C’est une symbiose, une fusion complète, une absorption psychologique qui repose sur une forme d’hypnose.
Peu à peu, vous devenez un seul organisme, entièrement fantasmatique. Parfois même, vous devenez une seule entité physique, enfermée dans un espace mental clos, exclusif, coupé du monde extérieur. Le parallèle le plus juste, c’est celui de la secte.
Dans les sectes, on parle de culte, d’esprit sectaire, de dévotion aveugle. Et si vous quittez une secte, il ne suffit pas de partir physiquement. Il faut ensuite se déprogrammer, se désendoctriner, parfois avec l’aide de professionnels spécialisés. Pourquoi ? Parce que la secte continue de vivre à l’intérieur. Elle s’est infiltrée dans l’identité.
Et c’est exactement ce qui se passe avec un narcissique : la relation devient une secte à deux. C’est vous deux contre un monde perçu comme froid, menaçant, incompréhensible. Et dans ce monde, seul l’autre peut vous comprendre, vous aimer, vous protéger. C’est comme dans le conte de Hansel et Gretel : deux enfants perdus dans la forêt, entourés de sorcières, de monstres, de pièges. Vous avez l’impression que vous devez vous protéger mutuellement, que seul ce lien vous maintient en vie.
Le narcissique devient à la fois votre mère, votre enfant, votre amant, votre Dieu. Et vous devenez à la fois son enfant, son parent, son sauveur, sa proie. Ce lien hypnotique vous ramène tous les deux à un état régressif, infantile, coincés dans une forêt psychologique peuplée de peurs anciennes, de blessures non guéries, d’ombres jamais affrontées.
Le résultat ? Une forme de folie partagée. En psychiatrie, on appelle cela : folie à deux. Le narcissique vous rend fou (ou folle), mais si lentement, si subtilement, que vous ne vous en rendez même pas compte. Il y a des jours lumineux, des jours sombres. Des montées, des chutes. Et ce cycle d’intermittences génère une confusion mentale, un espoir persistant, un lien addictif qui vous maintient dans sa toile.
Jusqu’au jour où vous vous réveillez. Et vous réalisez soudain que vous ne savez plus qui vous êtes. Mais il y a une autre raison pour laquelle il est si difficile de partir : Vous ne comprenez pas le narcissique. Et vous doutez de vous-même. Et la raison en est simple : Il ne se comprend pas lui-même.
Le sentiment océanique produit par le fantasme partagé
Dans le fantasme partagé, le narcissique devient votre mère – et vous devenez la sienne.
Mais pour qu’il puisse tenir ce rôle, il y a une condition : vous devez redevenir un bébé. Il ne peut pas vous offrir cet amour maternel inconditionnel si vous restez un adulte, autonome, différencié. Pour recevoir cette forme d’amour, vous devez abandonner votre autonomie, votre volonté propre, votre individualité. Il faut régresser en âge psychique, renoncer à votre liberté intérieure.
Et alors seulement, il peut vous offrir ce que Sigmund Freud appelait le sentiment océanique : cette sensation chaude, paisible, sans limites – comme si vous étiez immergé(e) dans de l’eau tiède, comme si vous flottiez dans un ventre maternel. Ce sentiment est extatique. Enivrant. Il donne l’illusion d’une plénitude absolue. D’un amour total. D’un retour à l’origine.
Mais ce sentiment a un prix. Vous devez cesser d’être adulte. Vous devez être infantile, dépendant(e), vulnérable. Donc, le narcissique vous infantilise autant que vous l’infantilisez. Et lorsque vous finissez par le quitter, vous n’êtes plus un adulte. Il faut recommencer à zéro. Il faut réapprendre à être une personne entière, adulte et autonome.
Le gaslighting : un décervelage hypnotique
Le gaslighting, que l’on traduit par décervelage hypnotique, est un processus insidieux par lequel une personne altère votre perception de la réalité à travers des manipulations répétées.
Progressivement, vous vous mettez à douter de ce que vous voyez, de ce que vous ressentez, de ce que vous comprenez. Vous en venez à penser : « Je deviens folle. Je ne sais plus ce qui est vrai ou faux. » Mais il est important de faire une distinction :
Le psychopathe pratique le gaslighting intentionnellement : il sait ce qu’il fait. Il manipule délibérément la réalité par des mensonges, des contradictions, des silences stratégiques. Son but est clair : vous faire croire que vous perdez la raison pour obtenir de vous ce qu’il veut.
Le narcissique, lui, agit différemment. Son gaslighting est inconscient. Sa propre perception de la réalité est déformée – et il vous l’impose, sans même se rendre compte qu’il est en train de manipuler. Il croit sincèrement à sa version des faits… Et vous entraîne à l’intérieur.
Mais dans les deux cas, les effets sont les mêmes : Vous commencez à douter de tout. De vos pensées, de vos perceptions, de vos émotions. Vous vous sentez confus(e), instable, fragile. Et peu à peu, votre perception de la réalité s’altère, se déforme. Le narcissique devient alors votre interface avec la réalité.
Vous vous tournez vers lui pour tout : « Tu en penses quoi ? Tu crois que c’est un bon ami ? Tu trouves que j’ai bien réagi ? Est-ce que j’ai raison de penser ça ? »
Les dictateurs et certains parents autoritaires font exactement la même chose : ils créent une réalité alternative, désorientent ceux qui les entourent, puis se présentent comme la seule vérité fiable. Et vous vous mettez à penser : « Il doit savoir mieux que moi. Il voit des choses que je ne vois pas. »
En peu de temps, vous êtes conditionné(e). Vous cessez de parler de ce que vous ressentez. Vous n’osez plus partager vos idées, vos intuitions, vos émotions. Vous devenez silencieuse, fermée, docile. Vous lui donnez votre pouvoir et le contrôle total sur votre vie. Pour aller plus loin dans la compréhension du gaslighting, cliquez ici : Le gaslighting.
Le renforcement intermittent
Le narcissique vous conditionne à travers un mécanisme redoutablement efficace : le renforcement intermittent. Il vous donne de l’amour, de la chaleur, de l’attention. Il vous valorise, vous accepte, parfois même vous idéalise – surtout si vous êtes en quête de reconnaissance narcissique. Mais tout cela est conditionnel.
Il vous récompense seulement si vous restez figé(e) dans le fantasme partagé, si vous ne remettez jamais en question son autorité, ses intentions ou ses contradictions. Si vous ne critiquez rien. Si vous correspondez parfaitement à l’image idéalisée qu’il projette sur vous.
Mais si vous vous écartez de cette dynamique, ne serait-ce qu’un peu… Il se retourne contre vous. Il devient froid, distant, méprisant. Il vous humilie, vous punit, vous ignore ou vous rejette. Il vous inflige le traitement silencieux, ou bien des accès de colère destructrice. C’est un pendule émotionnel : « Je t’aime. Je te déteste. Tu es merveilleuse. Tu es nulle. »
Ce cycle de récompenses et de punitions crée une dépendance profonde. Vous devenez accro à son approbation, et terrifié(e) par son rejet. Votre identité commence à s’effacer. Vous ne vivez plus pour vous-même : vous vivez pour lui.
Et c’est là que réside le paradoxe fondamental de la relation avec un narcissique : C’est lui qui vous fait souffrir, et lui seul peut vous soulager. Il crée une douleur – un vide, une insécurité, une panique – puis il se positionne comme la seule personne capable d’apaiser cette douleur. S’il installe un environnement menaçant, instable, douloureux, lui seul peut ensuite vous en libérer. Lui seul peut faire cesser la peur, la colère, la tristesse.
Prenons un exemple classique : l’infidélité. S’il vous trompe vous êtes détruit(e). Vous cherchez du réconfort, ailleurs, en vous, chez quelqu’un d’autre… Mais rien ne fonctionne. Pourquoi ? Parce que c’est lui qui a créé la blessure – et lui seul peut la neutraliser.
Il dit : « Je suis désolé. Je t’aime. Je t’ai blessée, mais tu es à moi. » Et tout en vous se relâche. La douleur diminue. Il devient votre régulateur émotionnel externe.
Votre drogue, votre sédatif, votre antidote… Et votre poison.
Ainsi, vous lui octroyez le pouvoir de réguler vos émotions. Vous externalisez votre équilibre intérieur. Votre système de régulation affective ne vous appartient plus. Il lui appartient. Votre vie intérieure – vos émotions, vos ressentis, vos perceptions – n’est plus à vous. Elle est placée entre ses mains. Et à partir de là, il peut en faire ce qu’il veut. Et tout cela fait partie du fantasme partagé.
L’inconscience du fantasme partagé
Il faut savoir que le narcissique est inconscient de son fantasme partagé. Il ne le planifie pas. Ce n’est pas une stratégie organisée, comme s’il se disait : « Bon, maintenant je veux passer à la deuxième étape : aujourd’hui, je vais synchroniser les ondes de son cerveau aux miennes. » Ce n’est pas comme ça qu’il fonctionne.
Le narcissique n’a pas conscience de ce qu’il fait. Son fantasme partagé est inconscient, inéluctable, hors de son contrôle. En réalité, aucun des deux participants n’est aux commandes. La seule « entité » qui contrôle la relation, c’est le fantasme partagé lui-même. Le fantasme partagé contrôle le narcissique et vous. Il est un manipulateur génial.
Le narcissique devient la marionnette, l’automate dirigé par quelque chose qu’il ne comprend même pas. Et ce fantasme commence aussi à vivre dans votre esprit. C’est pour cela qu’on parle de fantasme partagé. Vous l’intégrez en vous complètement.
Ce fantasme inconscient peut toucher deux personnes, un groupe, une communauté, voire un mouvement politique. On pourrait parler d’une folie collective.
Le fantasme partagé n’est ni positif ni négatif
Beaucoup de gens pensent que le fantasme partagé est uniquement composé de « choses positives » – amour, admiration, compliments, fusion romantique… Mais c’est faux.
Le fantasme partagé est une vision du monde, provenant d’une structure mentale dans laquelle vous et le narcissique êtes fusionnés. Vous n’êtes plus une personne distincte. Vous disparaissez tous deux en tant qu’individus autonomes.
Et vous, vous réapparaissez à l’intérieur de l’esprit du narcissique comme un personnage, une projection holographique, un fragment de lui-même. Cela peut passer par une relation d’apparence « positive », où il y a de l’intimité, de la douceur et de la valorisation.
Mais en réalité, cette relation vous procure de la souffrance, car elle contient des mensonges, de la dévalorisation, du dénigrement, des menaces d’abandon, de l’humiliation et de la trahison. Vous êtes assis(e) sur une chaise éjectable, avec une épée de Damoclès au-dessus de votre tête. Car même lorsque le narcissique vous détruit, cela renforce le lien traumatique de son enfance avec sa mère, basé sur son fantasme partagé.
Le lien traumatique renforce la régression d’âge du narcissique
Cette relation, qui n’en est pas vraiment une, vous garde émotionnellement lié(e), fusionné(e) et dépendant(e) de lui dans un lien traumatique. Mais il est essentiel de comprendre que, pour le narcissique, c’est la même chose. Il est dépendant de vous, fusionné à vous, et contrôlé à travers des comportements positifs comme négatifs. Sa régulation émotionnelle et son équilibre interne dépendent de vous.
Cela dépend en grande partie du type de narcissisme, c’est-à-dire du centre de son délire de grandeur. Par exemple, si le narcissique est somatique, il cherche avant tout une validation à travers son corps : son apparence, sa sexualité, ses conquêtes. Il est donc plus enclin à tromper. Et parfois, il n’essaie même pas de le cacher. Il peut se vanter de ses aventures, exhiber ses conquêtes sexuelles pour paraître plus désirable, plus irrésistible, pour créer une sorte de défi à relever.
C’est ce qu’on appelle la triangulation : Il utilise la jalousie comme une arme, pour vous maintenir dans l’attente, l’insécurité et la quête constante de son approbation.
En ce qui concerne le mensonge, comme on l’avait évoqué, le narcissique ne ment pas toujours avec l’intention de nuire. Ainsi, s’il vous trompe, il cache la vérité – pas parce qu’il se sent coupable, ni parce qu’il pense que c’est « mal », mais parce qu’il sait que cela pourrait menacer le fantasme partagé entretenu avec vous. Il pense : « Si elle découvre ça, elle va partir. Et si elle part, je perds ma source de provision narcissique. »
Ce n’est pas une question de bien ou de mal. C’est une question de stratégie. Il cache pour ne pas perdre le contrôle, pour ne pas perdre sa source d’approvisionnement narcissique. Parfois, il vous manipule consciemment ; parfois, il se convainc lui-même qu’il n’y a pas de problème – jusqu’au moment où vous le confrontez. Et là, il peut nier, projeter, détourner ou vous faire douter – non par cruauté, mais pour préserver le fantasme partagé à tout prix.
Le narcissique se métamorphose
Le fantasme partagé demande au narcissique d’être extrêmement agile, adaptable : il le moule autour de vos manques et de vos blessures.
Et voici ce qui est le plus terrifiant : Il ne fait pas semblant. Ce n’est pas un jeu. Ce n’est pas du théâtre. Il adopte une nouvelle identité, pour de bon !
Avec chaque nouvelle relation, il change d’identité, de style, de valeurs, de goûts, de discours – même de vêtements et de coiffure. Il devient exactement ce que le nouveau fantasme partagé exige de lui. Et donc, en un sens très réel, il s’adapte à une personne différente à chaque fois. C’est pourquoi le terme de métamorphose est parfaitement juste.
Ce n’est pas un « masque » comme Karl Jung le décrivait. Ce n’est pas une persona ou personnage. Ce n’est pas un rôle. C’est un changement intérieur réel. Le narcissique devient son fantasme partagé, jusqu’à ce qu’il soit rejeté.
Dans la vie quotidienne, nous jouons tous des rôles. Par exemple, lors d’une réunion professionnelle, vous pouvez jouer le rôle de dirigeant, de secrétaire, etc. Mais vous savez que ce n’est qu’un rôle. Et vous savez aussi que, en dehors de cette réunion, vous êtes aussi mère, ami(e), artiste, partenaire – vous êtes tout cela en même temps.
Mais chez le narcissique, c’est très différent. Quand un narcissique adopte un rôle – disons celui de chef d’entreprise – il ne fait pas semblant : il devient ce rôle. L’identité adoptée l’absorbe. Et il l’emmène partout, bien après les réunions du travail.
Prenons le cas des narcissiques dans l’armée : Ils ne sont pas seulement soldats sur le terrain. Quand ils rentrent à la maison, ils sont toujours soldats. Ils éduquent leurs enfants comme des soldats, imposent des règles strictes, de la discipline, une hiérarchie. Parce que leur source narcissique est liée à cette identité. C’est une position fixe de grandeur. Un rôle qui nourrit leur supériorité imaginaire.
Maintenant, si un narcissique s’identifie comme une bonne personne, il voudra être perçu comme bon partout. Il incarnera la bonté dans toutes les situations, pour maintenir cette image flatteuse de lui-même. Et s’il s’identifie comme une victime, c’est exactement pareil : la victimisation devient son identité.
Et voici la partie la plus troublante : Si la posture de victime est ce qui lui fournit sa provision narcissique, il va fabriquer des situations où il peut être maltraité. Il va vous provoquer, manipuler les circonstances, et si vous ne cédez pas, il va vous accuser d’être abusif/abusive quand même. Pourquoi ? Parce que dans son esprit, il se dit : « Si tu ne me fais pas souffrir, c’est que tu ne m’aimes pas. » « Si tu ne me blesses pas, c’est que tu m’ignores. »
La victimisation devient son délire de grandeur. Il ne cherche pas seulement de l’attention, il cherche à être admiré pour survivre à la douleur, pour endurer l’injustice, pour rester la bonne personne dans un monde cruel. Et comme tous les rôles narcissiques, ce n’est pas passager – cela devient son identité. Cette identité façonne : sa vision de lui-même, sa perception de vous, et toute sa manière d’entrer en relation.
Les narcissiques cherchent à être « Uniques »
Il y a une idée reçue très répandue à propos du narcissisme : les gens pensent que les narcissiques veulent toujours être les meilleurs, les plus riches, les plus brillants. Mais ce n’est pas vrai. Ce que les narcissiques veulent, c’est d’être uniques. Être différents, à part, spéciaux. Et cette spécificité n’est pas forcément positive. Un narcissique peut être spécial en tant que victime, ou même en tant qu’échec ambulant.
Il pourrait dire, par exemple : « Personne n’a fait plus de faillites que moi. » « J’ai perdu plus d’argent que n’importe qui dans ce pays. » « Toutes les femmes que j’ai connues m’ont trompé ou maltraité. »
Ça ressemble à de l’auto-apitoiement, mais c’est un délire de grandeur déguisé. En réalité, il veut dire : « Regardez à quel point ma vie est extrême. Regardez comme je suis différent des gens moyens. »
Donc, même dans la douleur, même dans l’échec, le narcissique cherche à être supérieur par la souffrance. Il peut même entrer en compétition avec vous : « Tu as eu un cancer ? Le mien était bien pire. Même les médecins n’avaient jamais vu un cas comme le mien. »
Ce n’est pas juste pour faire le spectacle. C’est pour maintenir un sentiment d’être exceptionnel – dans n’importe quel contexte. Même une chose banale comme boire de l’eau peut devenir une affirmation narcissique : « Moi, je bois 5 litres par jour. Tu ne pourrais pas faire ça. Mon corps est différent. »
Ces remarques peuvent paraître anodines, mais ce sont en réalité des signes très révélateurs du narcissisme.
Les croyances qui vous empêchent de partir
Voici trois grands blocages émotionnels basés sur des croyances erronées, qui empêchent les victimes d’avancer vers la rupture :
La peur qu’il donne le meilleur à la prochaine personne. En tant que victime, vous avez souvent cette crainte : « Si je pars, il va offrir le meilleur de lui à la prochaine personne. » C’est une peur très fréquente, nourrie par le sentiment de ne pas avoir été « assez ». Mais c’est faux. Le/la prochain(e) partenaire vivra exactement le même cycle : idéalisation → dévalorisation → rejet. Le problème ne vient pas de vous, mais de la structure même du fantasme partagé.
Attendre qu’il mette fin à la relation. Vous pensez : « J’attends qu’il termine la relation, qu’il la clôture définitivement. » Mais vous n’aurez jamais cela. Le narcissique ne clôt rien. Il disparaît, revient, ou change de scénario. Par exemple, il vous propose une « amitié », alors même qu’il vous a détruit psychiquement et maltraité physiquement. La vraie clôture doit venir de vous, pas de lui.
Croire encore à ses promesses. Vous vous dites : « Je crois encore à ses promesses, même si elles ont été brisées plusieurs fois. » Le problème, c’est que ces promesses reflètent un état temporaire du fantasme partagé. Oui, il y croyait sur le moment, mais son monde intérieur est instable et changeant. Et à terme, ce fantasme mène toujours à la déception et à l’effondrement.
Souvenez-vous : Le fantasme partagé suit toujours le même chemin : Idéalisation → Fusion → Dévalorisation → Abandon. Et cela n’a rien à voir avec vous.
Ce n’est pas une question de valeur personnelle. C’est un scénario inconscient qui contrôle le narcissique, et dont vous devez sortir. Cela n’a rien à voir avec ce que vous avez fait ou pas fait, ni avec votre comportement, vos réactions, ou vos erreurs supposées.
Vous n’avez rien causé. Vous ne pouvez pas l’empêcher. Vous ne pouvez pas le changer. Ce n’est pas de votre faute. C’est une dynamique narcissique. C’est pour cela qu’il ne faut jamais croire aux promesses. Ces promesses sont faites pendant la phase de bombardement amoureux ou d’idéalisation, mais elles sont toujours brisées pendant la phase de dévalorisation et de rejet.
Et puisque la dévalorisation est inévitable, le brisement des promesses est garanti. Ce n’est pas une falsification du futur. Le narcissique croit sincèrement à ses promesses au moment où il les exprime, et même lorsqu’il agit en conséquence. Mais quand le fantasme partagé s’effondre, il pense que briser ses promesses est justifié à cause de vous. C’est vous qui l’avez « forcé » à les briser. Vous méritez d’être déçu(e).
Je vous propose d’étudier les mécanismes de défense par lesquels votre ex-narcissique vous rend responsable de la rupture. Cliquez sur les titres des articles suivants :
Mon ex-mari narcissique, comme traitera-t-il sa prochaine compagne ?
Concernant la croyance selon laquelle le narcissique traitera mieux (ou pire) la prochaine personne : c’est une illusion très répandue. Chaque fantasme partagé est unique, fabriqué sur mesure pour les besoins, désirs et blessures de la personne ciblée. Parce que chaque être humain est différent, chaque fantasme partagé est différent. Par exemple :
Un fantasme partagé peut tourner autour du sexe et de la famille.
Autre fantasme partagé peut tourner autour de l’obtention d’une provision narcissique intellectuelle ou sociale.
Le même narcissique peut créer des réalités totalement différentes selon la personne en face de lui. Même dans une famille, un parent narcissique peut créer un fantasme partagé totalement différent avec chacun de ses enfants. C’est pour cela qu’on a parfois l’impression qu’il a plusieurs personnalités, comme le Dr Jekyll et Mr Hyde.
Mais ce n’est pas une histoire de personnalité multiple. Ce que vous voyez, ce ne sont que plusieurs manifestations du fantasme partagé. Le narcissique utilise une forme d’empathie froide pour vous « scanner ». Il observe vos blessures, vos désirs, vos peurs. Il voit vos émotions, votre amour, vos rêves comme des failles, et il s’en sert comme portes d’entrée.
Puis, il construit son fantasme partagé autour de cela.
Par exemple, si votre rêve est de devenir chanteur (ou chanteuse), il dira : « Je vais t’aider à enregistrer un album. Je connais du monde dans le milieu. On construira une maison avec un studio. » Si vous avez besoin d’écrire un livre, pour vous soutenir tous deux, il vous aidera.
Le fantasme partagé est parfaitement adapté à vos sentiments de manque et à vos besoins insatisfaits. Et cela ne concerne pas seulement les objectifs ou les ambitions. Cela inclut aussi les blessures émotionnelles anciennes, souvent liées à l’enfance.
Par exemple, si on vous a puni(e) enfant parce que vous exprimiez vos émotions, le narcissique pourrait vous dire : « Avec moi, tu peux être pleinement toi. Tu n’as plus besoin de te cacher. » Et c’est ainsi que son fantasme vous capture : Non pas en vous promettant n’importe quoi, mais en vous offrant exactement ce qui vous a toujours manqué.
Vous avez grandi en apprenant que montrer vos émotions était dangereux. On vous a puni, ignoré ou rejeté chaque fois que vous exprimiez ce que vous ressentiez. Puis le narcissique est entré dans votre vie. Et il vous a dit : « Avec moi, tu peux exprimer tes émotions. J’aime tes émotions. Tu es magnifique quand tu ressens. Vas-y, ressens. »
Mais la réalité est qu’il invalide vos émotions, parce qu’il a besoin d’une provision narcissique sadique. Il travaille activement là-dessus, parce qu’il sait que c’est exactement ce qui vous manque : c’est votre besoin non comblé. Et les narcissiques ont cette capacité effrayante à détecter cela en quelques minutes. Ils vous scannent.
Et c’est pourquoi vous avez eu, pour la première fois de votre vie, l’impression d’être vraiment compris(e). Oui, il vous a compris.
Mais voilà la tragédie : Ils ne se concentrent pas sur vos forces, mais sur vos faiblesses,
sur vos fragilités, vos blessures, vos fêlures et vos failles dans votre armure.
Le narcissique fonctionne comme un virus. Un virus ne pénètre une cellule qu’en détectant les récepteurs vulnérables. Il fait exactement la même chose : il exploite vos manques et votre faim affective pour fusionner avec vous et vous coloniser.
Une erreur courante consiste à croire que le fantasme partagé tourne toujours autour de choses comme le pouvoir, l’argent ou le statut. Ça, c’est le terrain des psychopathes. Mais avec un narcissique, le fantasme partagé est souvent émotionnel. Il tourne autour de vos besoins psychologiques et émotionnels, comme votre soif d’amour, de connexion, et d’intimité.
Par exemple : Si vous êtes en manque d’amour vrai, de proximité sincère, le narcissique va simuler la grande histoire d’amour de votre vie. Il vous dira implicitement ou explicitement : « Ce qu’on vit, c’est unique. » « Notre amour, c’est comme dans les films. » « Tu es en sécurité avec moi. »
La durée d’une relation avec un narcissique
Pourquoi certaines relations avec un narcissique durent 20 ans, et d’autres à peine 6 mois ?
Pourquoi la phase de rejet arrive-t-elle à des moments si différents ?
La durée de la relation repose sur la structure psychique des narcissiques : ils vivent dans un « îlot de stabilité », entouré d’un « océan de chaos ». Ils ont un seul aspect stable dans leur vie – une ancre, un point fixe – pendant que tout le reste est instable, turbulent, imprévisible.
Par exemple : un narcissique peut rester marié 40 ans, mais changer de travail tous les 3 mois. Dans ce cas, le mariage est l’île, et le travail est le chaos. Ou à l’inverse : il peut garder le même poste pendant 40 ans, mais se marier et divorcer plusieurs fois. Ici, la carrière est l’île, et les relations sont le chaos.
Cet îlot de stabilité sert une fonction psychologique qu’on appelle l’ancrage. Les narcissiques ont un besoin vital de se sentir « normaux ». Ils veulent pouvoir dire : « Tu vois ? Je suis marié, j’ai des enfants. Je suis normal. » « Je travaille dans la même entreprise depuis 40 ans. Je ne suis pas fou. » Ce sentiment de normalité est essentiel à leur image de soi.
La phase de rejet, à quel moment arrive-t-elle ?
Beaucoup croient que le rejet du narcissique commence quand il part physiquement ou que sa victime le quitte. Mais c’est faux. Le rejet commence dans sa tête, bien avant qu’il ou elle parte. C’est un processus mental et émotionnel.
Le rejet se produit quand le narcissique vous dévalorise intérieurement, quand il ne vous voit plus comme correspondant à son objet interne – c’est-à-dire l’image idéalisée qu’il avait de vous. À partir de ce moment-là, la relation est déjà morte dans son esprit, même s’il reste physiquement présent pendant des mois ou des années.
Que le rejet arrive après 6 mois ou après 20 ans ne dépend pas de vous. Cela dépend du moment où le fantasme partagé se brise dans son esprit. Si le narcissique dévalorise l’objet interne, c’est-à-dire l’image mentale qu’il se fait de l’autre – et le transforme en ennemi, alors cet objet interne est rejeté. Mais cela ne s’arrête pas là.
Pour que le narcissique puisse rejeter la personne réelle, externe, il doit d’abord faire correspondre ce rejet interne avec une réalité externe. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’il passe au rejet concret de la personne.
Ce phénomène est particulièrement visible dans les relations à long terme – un mariage de 20 ans, une relation intime qui dure 40 ans ou plus. Dans ces cas-là, le rejet ne se produit pas une seule fois. Il se produit des centaines de fois – mentalement. Le narcissique rejette son partenaire encore et encore, dans son esprit.
Mais ce rejet ne reste pas toujours au niveau mental. Il se manifeste souvent par des comportements concrets. Le narcissique peut disparaître, devenir émotionnellement absent, ou entretenir des relations extraconjugales pendant cinq ans, voire plus.
Pourtant, il ne met pas fin à la relation de manière officielle. Il ne demande pas le divorce. La structure du couple reste en place. Mais dans sa tête, le/la partenaire intime est déjà rejeté(e). Il ne ressent plus aucune obligation. Il ne se sent plus lié émotionnellement à l’autre. À l’intérieur de lui, la relation est terminée, même si elle continue à l’extérieur. Et c’est à partir de cet espace de liberté mentale qu’il peut se sentir parfaitement justifié dans ses actes – y compris l’infidélité – car, à ses yeux, il n’y a plus de relation à trahir.
Le rejet et la réidéalisation peuvent coïncider
Si la partenaire intime d’un narcissique ne l’abandonne pas – si elle ne le rejette pas malgré ses comportements – alors il peut rester avec elle pendant 40 ans. Pourquoi ? Parce qu’il la rejette sans cesse dans son esprit, et ensuite, il la réidéalise. C’est un cycle en boucle. Et dans cette boucle, ils vivent ensemble plusieurs fantasmes partagés, à répétition et en série.
C’est une grosse erreur de croire qu’une relation longue est stable. Cela ne signifie pas que la victime est restée bloquée dans la phase d’idéalisation, ou que le narcissique ne l’a jamais rejetée. Non. Il l’a déjà dévalorisée. Il l’a déjà rejetée encore, et encore. Et souvent, ce rejet devient insupportable pour la victime.
Dans les forums il y a des témoignages : des narcissiques qui quittent leur partenaire pendant trois jours, quatre jours, puis ils reviennent, et le cycle recommence. Mais ce genre de schéma – trois, quatre jours – c’est plus typique des personnalités borderline.
Chez les narcissiques, c’est différent. Un narcissique peut être marié avec vous depuis un an, deux ans… Et le fantasme, lui, suit sa propre dynamique. Il évolue de lui-même. Il n’a pas le contrôle là-dessus. Et à un moment donné, il commence à vous dévaloriser intérieurement. Puis, il vous rejette intérieurement. Mais il ne divorce pas ou ne se sépare pas de vous si vous tolérez cette alternance – rejet et réidéalisation.
Cependant, un jour, dans son esprit vous n’existez plus. L’objet interne qu'il a fait de vous a été rejeté. Ou, plus précisément, il a été transformé en objet secondaire, inactif, non dynamique. Il ne bouge plus dans son psychisme. Et il est crucial de comprendre cela.
Une fois que son objet interne est désactivé dans son monde intérieur, vous n’existez pas non plus en tant qu’objet externe. Vous n’êtes plus là. Il ne vous voit pas. Et vous le ressentez. Vous ressentez la douleur de son indifférence glaciale, de son éloignement, de son traitement silencieux.
Donc, s’il vous trompe, il ne pense pas qu’il vous trompe. Parce que, selon sa perception, vous n’existez plus. Votre seule existence est interne. Et si cet objet interne n’est plus dynamique, vous avez disparu. Vous pourriez dormir à côté de lui. Avoir des relations sexuelles avec lui. Mais dans sa tête, vous n’existez pas. Pour lui, il est complètement seul. Il est célibataire.
Alors, il peut passer un an, deux ans, cinq ans avec d’autres femmes. D’autres personnes. Il vit d’autres vies. Et puis, un jour, il se réveille, et il a besoin d’un nouveau fantasme partagé. Mais il ne trouve personne avec qui le vivre.
Alors, qu’est-ce qu’il fait ? Il vous réidéalise. Et ce soir-là même, quand vous rentrez à la maison, il se peut que la phase de Lune de miel recommence avec son bombardement amoureux et ses grandes déclarations. Tout redémarre à zéro, comme si de rien n’était !
Mais encore une fois, c’est toujours le même cycle. Il ne change jamais. Et qui peut l’arrêter ? Seulement la victime peut briser ce cycle infernal en partant. Il y a, tôt ou tard, un « rejet final ». Soit le narcissique rejette définitivement la victime, soit c’est elle qui le quitte.
Le rejet peut être brutal : mais alors il appartient au borderline
Dans certains cas, le rejet du narcissique se produit soudainement. Et la victime est en état de choc. Par exemple : le matin, il lui dit je t’aime, et tout semble normal… Mais le soir même, il disparaît pendant des heures, voire pour toujours. Et souvent, il y a plus que ça : il peut y avoir de la violence financière, de la coparentalité. C’est un enchevêtrement très complexe. Alors, que peut faire la victime dans ce genre de situation ?
D’abord, il faut savoir que ce genre de rejet brutal, soudain, ce n’est pas typique du narcissique. C’est bien plus probablement un rejet de type borderline. Ce scénario du « je t’aime le matin / je disparais le soir », c’est typique du borderline. Dans ce cas-là, si cette personne est partie pour de bon, c’est une bonne nouvelle pour la victime, malgré la situation.
La dévalorisation : premier signe de rejet du narcissique
Le narcissique, lui, vous donne toujours des signes avant le rejet final. Pourquoi ? Parce qu’il doit passer par une phase de dévalorisation. Et cette phase, il doit la verbaliser. Il doit vous la communiquer. S’il n’utilise pas la communication verbale, vous remarquerez des attitudes – son retrait, son traitement silencieux, son éloignement – comme c’est le cas des narcissiques cachés. Vous allez le ressentir. Vous allez l’entendre.
Son rejet devient évident, car il commence par le rejet de l’objet interne – il le dévalorise, le transforme en ennemi. Mais cela crée une dissonance. Il y a désormais un conflit entre l’objet interne (rejeté) et l’objet externe (toujours présent). Et cette dissonance, il doit la résoudre.
Donc, une fois que le narcissique a dévalorisé l’objet interne, il a besoin que vous, la personne réelle, correspondiez à cette nouvelle image dévalorisée. Autrement dit, il a besoin de vous voir changer : il veut que vous vous conformiez à l’image mentale dévalorisée qu’il a désormais de vous.
Alors, que fait-il ? Il vous dévalorise factuellement. Il le faut, car c’est la seule façon pour lui de résoudre le conflit intérieur entre ce qu’il ressent et la réalité extérieure. Il doit vous dévaloriser aussi dans les faits, pour que cela corresponde à son objet interne.
C’est pour cela que vous ne verrez jamais un narcissique vous dire « je t’aime » le matin, et vous rejeter le soir. Ça, ce n’est pas du narcissisme. Dans ce cas, il s’agit d’un comportement typique du trouble de la personnalité limite (borderline).
Chez les narcissiques, la dévalorisation est progressive. Elle commence doucement : il commence à vous critiquer de manière subtile. Il dit de petites choses blessantes. Les compliments s’arrêtent. Il devient distant. Il vous ignore. Il devient soudain très occupé. Il n’a plus de temps pour vous. Ça commence comme ça. Une érosion lente.
Vous avez beaucoup de signaux d’alerte avant le rejet final. Vous pouvez le sentir. Vous savez que quelque chose change. Les rejets narcissiques sont précédés d’avertissements clairs.
Le rejet pratiqué par la personne limite (borderline)
Chez les limites (borderline), c’est toute une autre histoire. Ils vous idéalisent et vous dévalorisent dans la même heure. C’est ça, le problème. À 13h30, vous êtes l’amour de leur vie, et à 14h00, vous êtes une ordure. Ils ne veulent plus jamais vous revoir. Et puis le cycle recommence encore et encore.
C’est ce qu’on appelle approche / retrait. La personne borderline s’approche de vous, puis elle s’éloigne. Les cycles sont très rapides. Ils peuvent vous idéaliser et vous rejeter plusieurs fois dans la même journée !
Le rejet pratiqué par les psychopathes
Comment savoir quand un psychopathe vous rejette ? Parce que, vous savez, les psychopathes imitent les narcissiques. Alors, le psychopathe, lui aussi crée un fantasme. Mais voilà la grande différence : ce n’est pas un « fantasme partagé ». C’est un fantasme créé pour vous, uniquement pour vous. Le psychopathe sait que c’est un fantasme.
Il en est parfaitement conscient. Il a la capacité de tester la réalité, de l’examiner et de vous mettre à l’épreuve. Il fait la différence entre fantasme et réalité. Il ne se trompe pas. Le psychopathe fait semblant. Il crée l’illusion d’un fantasme partagé et prétend y croire et en faire partie. Mais il sait que c’est faux. Alors, comment savoir qu’un psychopathe va vous rejeter ?
Il vous rejette quand il a obtenu ce qu’il voulait. C’est aussi simple que ça. S’il vous demande de l’argent, une fois qu’il a l’argent, il disparaît. S’il veut du pouvoir, du sexe, du statut, un accès à quelque chose, dès que l’objectif est atteint, le rejet suit. Alors, qu’est-ce qu’il fait ?
Il construit un fantasme sur mesure pour vous et vous dit : « On va se marier. » « On aura des enfants. » « Je t’aime. » « Tu es incroyable. » « On est faits l’un pour l’autre. »
Il vous idéalise. Il vous bombarde d’amour. Il reflète votre image idéalisée dans son miroir. Il dit exactement ce que vous avez besoin d’entendre. À l’extérieur, cela ressemble exactement à un narcissique.
Cependant la différence est essentielle : Le narcissique croit à la réalité de son fantasme partagé, il vit dedans, alors que le psychopathe vous le vend, tout en restant en dehors.
Alors, le psychopathe peut vous dire : « Écoute… il m’est arrivé un truc horrible. Mes cartes de crédit sont bloquées. Tu pourrais me prêter 10 000 dollars ? Juste jusqu’au mois prochain. C’est juste un malentendu avec la banque, ça va s’arranger. »
Et au moment exact où vous lui donnez les 10 000 dollars, vous êtes rejeté(e). Aussitôt.
Le rejet du psychopathe survient après l’accomplissement de l’objectif. Dès qu’il a obtenu ce qu’il voulait, à la seconde même, vous n’avez plus d’utilité, et il vous rejette.
Voici le résumé des distinctions entre les trois :
Le narcissique rejette parce qu’il est contrôlé par le fantasme partagé. Il a un script. C’est comme un robot – il est programmé. Quand le fantasme se désintègre, le rejet arrive automatiquement. Son rejet est donc inexorable.
Le psychopathe rejette parce que vous ne lui êtes plus utile. Son rejet est stratégique.
Le borderline rejette parce qu’il est pris dans un mécanisme d’approche / retrait, car il/elle est terrifié par l’intimité. Et quand vous lui offrez de l’amour, ou que vous y répondez, il se retire. Il ne peut pas faire autrement. Son rejet est donc compulsif.
Une autre question revient souvent : qu’en est-il du retour du narcissique après un rejet ? Lorsqu’il vous recontacte ou tente de relancer la relation, on pourrait croire qu’il a regretté son choix. En réalité, dans son psychisme, le rejet était partiel. Voyons de plus près ce qui se joue.
Le « hoovering » ou relance narcissique
Le hoovering est un terme introduit par le professeur Sam Vaknin pour désigner ce processus par lequel le narcissique tente de relancer la relation : d’abord, vous aviez été idéalisé(e). Puis, il a désactivé l’idéalisation de l’objet interne que vous représentiez dans son esprit, et vous a dévalorisé(e) et rejeté(e).
Aujourd’hui, s’il revient vers vous et que vous acceptez, il réactive cette idéalisation. Il redémarre alors le bombardement amoureux et vous revalorise. On distingue deux types de relance narcissique : la relance exogène et la relance endogène.
La relance exogène
Cette forme de relance est relativement simple à comprendre : elle se produit lorsque le narcissique ne parvient pas à trouver une nouvelle proie, un nouveau partenaire intime. Il tente ici, il tente là… Mais peut-être est-il désormais plus âgé, moins séduisant, peut-être a-t-il perdu son statut social ou son argent. Son charme n’opère plus comme avant. Et cela arrive plus souvent qu’on ne le croit.
Dans la majorité des cas, c’est ce type de contexte qui mène au hoovering, à la relance narcissique. C’est aussi pour cette raison que cette relance est bien plus rare qu’on ne l’imagine.
Un mythe persistant affirme que le narcissique revient toujours : c’est faux.
Il ne revient pas systématiquement. Parfois, oui, mais ce n’est pas une règle. Prenons un exemple : supposons que le narcissique se retrouve dans une situation où il n’a plus accès à de nouvelles victimes – disons qu’il est en prison. Il ne peut plus séduire. Alors que fait-il ? Il se tourne vers son passé. Il vous réidéalise, vous.
Ainsi, le hoovering exogène est motivé par des facteurs extérieurs : un manque, un besoin, un contexte défavorable. Le narcissique cherche à réactiver son fantasme partagé – et vous êtes là. Il a votre numéro de portable, une histoire avec vous.
C’est plus simple de revenir vers une relation connue que de repartir de zéro. Peut-être d’ailleurs que vous n’êtes pas sa seule tentative. Il relance peut-être plusieurs anciennes cibles, mais à ce moment-là, la plus accessible.
La relance endogène
Le hoovering endogène, lui, est bien plus complexe – et, selon Sam Vaknin, bien plus fascinant. Il survient lorsque le narcissique échoue à dévaloriser totalement l’objet interne, c’est-à-dire l’image mentale qu’il a de vous. Il tente de vous rejeter, d’amorcer ce processus habituel : vous faire passer dans son esprit de figure idéalisée à figure dévalorisée, persécutrice, ennemie. Mais ce mécanique se refroidit. Quelque chose l’interrompt.
Les raisons peuvent être multiples. Prenons un exemple : si, inconsciemment, vous collaborez à votre propre dévalorisation en exprimant du regret ou de l’humilité – si vous lui dites : « Tu as raison, je fais des erreurs. Je ne suis pas moi-même en ce moment. Je suis désolé(e). » Ou encore : « Je t’ai trompé. Je t’ai trahi. »
Étrangement, cela le désarme. Il perçoit alors une forme d’humanité chez vous. Il se dit : « C’est une bonne personne. Elle est honnête et vulnérable. » Et lorsque vous réapparaissez à ses yeux comme une personne compatissante, aimante et sincère, la dévalorisation ne peut plus suivre son cours normal. Elle se complique, elle est freinée.
Soyons clairs : la dévalorisation aura lieu. Vous serez rejeté(e). Ne vous y trompez pas.
Cependant, vous pouvez la perturber ou la retarder, et parfois même empêcher qu’elle s’achève complètement. Ce qu’il en reste, c’est un « objet interne non résolu » dans l’esprit du narcissique : une image de vous à la fois partiellement idéalisée et partiellement dévalorisée. Et c’est ça qui déclenche le hoovering endogène.
Pourquoi ? Parce qu’en étant bloqué dans son esprit, cet objet interne devient une sorte de fracture intérieure, une tension psychique non digérée. Il reste « ouvert » dans son esprit et vous attire de nouveau à lui. Ce rejet inachevé génère une grande anxiété, car le narcissique doit se séparer de sa mère de substitution – vous.
La dissonance créée par l’objet partiellement idéalisé
En psychologie clinique, ce phénomène est connu sous le nom d’objet partiel. Le narcissique garde en lui un « objet partiel », une représentation mentale de vous, une image, un avatar, un instant figé qui est encore idéalisé à 10 %, à 20 %… Peu importe.
Ce n’est pas un objet totalement dévalorisé. Et cela crée une tension psychique – non digérée – connue sous le nom de dissonance. Souvenez-vous, la dissonance est un conflit générateur puissant d’anxiété, parce que quand votre esprit contient deux idées, deux images ou deux émotions contradictoires, ces deux parties ne peuvent pas coexister. Elles s’opposent. Elles créent de la confusion et de l’incertitude. Et cette incertitude est anxiogène.
Le narcissique ne supporte pas la dissonance car, consciemment, il vous a rejeté(e). Vous êtes parti(e). Il vous a dévalorisé(e). Vous étiez rejetable. Mais dans son monde intérieur, il y a une partie « bonne ». Il garde votre image idéalisée quelque part. Et cela crée une tension intérieure, une contradiction.
Cela génère des questions : « Pourquoi je l’ai rejeté(e) ? » « Est-ce que j’ai fait une erreur ? » « Elle était gentille. C’était une bonne personne. Peut-être que je me suis trompé… »
Et pour résoudre ce doute, cette dissonance – pour faire disparaître cette tension – le narcissique ressent le besoin de reprendre a relation avec vous. Et, en la relançant, il peut réidéaliser l’objet interne qu’il a fait de vous. Et à ce moment-là, la dissonance disparaît. Le conflit intérieur est résolu.
Mais attention : ce phénomène est rare chez les narcissiques. Dans la majorité des cas, la dévalorisation est réussie. Elle va jusqu’au bout. Une fois la relation terminée, le narcissique ne revient pas, car le fantasme partagé a été démantelé avec vous.
Mais dans de rares exceptions où la dévalorisation échoue, celle-ci est interrompue. Le narcissique obtient alors un objet mixte – partiellement idéalisé et partiellement rejeté. Et le conflit intérieur provoqué par cette dissonance déclenche sa relance.
La relance d’une personne souffrant du trouble borderline
Chez les borderline, la dévalorisation est toujours interrompue. Elle ne va jamais jusqu’au bout. Et la raison est simple : le rythme des cycles est beaucoup plus rapide. Si, elle vous dévalorise, c’est qu’elle se sent envahie par votre amour : elle ne peut plus respirer. Elle ressent que vous la consommez, que vous l’engloutissez. C’est l’anxiété d’envahissement. Alors elle vous repousse. Elle vous dit : « Je te déteste ! » « Je ne veux plus jamais te voir ! »
C’est une tentative de fuite pour pouvoir respirer. Mais dès qu’elle s’éloigne, une autre angoisse surgit : l’anxiété d’abandon. Cette anxiété la pousse à revenir vers vous.
Elle est donc prise entre deux anxiétés :
— L’anxiété d’envahissement → elle fuit.
— L’anxiété d’abandon → elle revient.
Concernant sa dévalorisation de vous, elle est bloquée. Elle est toujours interrompue. C’est pourquoi, chez les borderline, le hoovering est constant. L’objet interne qu’elle fait de vous est toujours instable, toujours divisé. L’amour et la haine coexistent, parfois d’une heure à l’autre. Ce cycle peut se dérouler en quelques minutes.
La personne borderline n’a tout simplement pas le temps de vous dévaloriser complètement, car elle garde toujours une image idéalisée de vous. Et c’est cette image qui la pousse à vous recontacter et à vous relancer. Donc, son hoovering est endogène et anxiogène, parce qu’elle ne vous rejette jamais totalement. Elle vous déteste, elle vous trompe, elle s’en va, mais quelques jours plus tard, elle revient.
Chez les narcissiques, c’est différent. Le cycle peut prendre des mois, voire des années. C’est un cycle lent et structuré.
Chez les borderline, ça prend rarement plus de quelques semaines. Parfois quelques jours. Et parce que c’est si rapide, la dévalorisation ne peut pas se terminer. Donc elle revient. Elle vous réidéalise. Et le cycle recommence. Un rejet définitif est rare. Il faut qu’elle croie vraiment que vous êtes une menace constante. Et encore, il lui faut beaucoup de preuves avant de vous rejeter totalement.
Cependant, lorsqu’on a affaire à une personne borderline psychopathe – ce qui est très fréquent – la relance peut devenir stratégique. Là, c’est son côté psychopathe qui prend le dessus. Elle vous relance pour de l’argent, pour avoir des avantages et des ressources.
Et chez les narcissiques ? Les narcissiques ne vous relancent quasiment jamais pour un but précis. Ils ne reviennent pas vers vous parce que vous êtes riche. Ils ne veulent pas votre maison ou votre entreprise. Pourquoi ? Parce que les narcissiques n’ont pas de but concret.
Ils veulent simplement activer leur fantasme partagé. C’est tout. Ils ne cherchent pas ni l’argent, ni le confort, et même pas le sexe. Ils veulent juste vivre le fantasme de séparation d’avec leur mère. Et pour cette raison, vous restez dans cette relation toxique. Vous finissez par confondre souffrance et amour. Et le seul chemin – le seul vrai chemin –c’est le « No contact ».
Comment quitter un narcissique pathologique ?
Eh bien, c’est une décision qui demande de courage, car vous devez vous séparer psychologiquement de lui/elle, afin de vous individualiser, de redevenir un adulte autonome pour repartir de zéro. Vous pourriez dire : « Pourquoi cela serait-il nécessaire ? Je suis déjà adulte ! »
Et pourtant… il faut savoir qu’avec le temps, le narcissique vous retire peu à peu votre liberté intérieure, votre pouvoir de décision. Vous cessez de faire vos propres choix, de faire confiance à votre jugement. Vous perdez progressivement vos compétences fondamentales et vos ressources pour gérer votre vie. Souvent, vous ne savez même plus quoi choisir. En réalité, vous vivez dans un état chronique de régression infantile.
Votre perte d’autonomie psycho-émotionnelle est au cœur de l’abus narcissique.
Le narcissique prend toutes les décisions à votre place, comme un dictateur. Et comme les dictateurs, il agit à l’intérieur d’un fantasme partagé. Dans ce fantasme inconscient, votre autonomie est effacée. Mais ce n’est pas seulement votre capacité à décider qu’il vous enlève. C’est aussi votre perception de la réalité. Et c’est là qu’intervient le gaslighting.
Cessez tout contact
Cesser le contact n’est pas juste une décision mentale. Ce n’est pas non plus juste « bloquer son numéro ». C’est une stratégie complète. En réalité, c’est un système de 27 principes auquel j’ai consacré une vidéo entière, dit Sam Vaknin. Cela consiste à réduire au maximum tous les points de contact. Toutes les surfaces d’exposition.
Vous passez toujours par des tiers : avocats, comptables, belle-mère. Jamais de communication directe. Cela signifie aussi rompre toutes les formes de dépendance — affective, matérielle, pratique.
Aujourd’hui, la notion de « cesser tout contact » est devenue banale sur Internet. Mais parlons d’autre chose : parlons des excuses. Des mensonges que vous vous racontez.
« Je ne peux pas partir, on a des enfants. »
« Je ne peux pas partir, car je dépends financièrement de lui. »
« Je ne peux pas couper les ponts, car il s’agit de ma mère. »
« Je ne peux pas couper les ponts avec mon fils, parce que je l’aime. »
Tout cela semble raisonnable. Et tout le monde autour de vous vous dira que c’est compréhensible. Mais écoutez-moi bien, dit Sam Vaknin : En 30 ans de carrière, j’ai vu des dizaines de milliers de cas. Et je n’ai jamais vu un seul cas où rester avec un narcissique était justifié. Même pas pour les enfants, ni pour l’argent, ni pour l’amour. Jamais ! Ce sont des excuses.
Vous ne restez pas pour les enfants. Vous restez parce que vous êtes accro. Pas à la personne. À l’illusion. Au fantasme partagé du narcissique. Et vous ferez tout pour rester connecté(e). Même aller au tribunal. Même appeler la police. Même souffrir pour ne pas rompre le lien. Ce n’est pas de la justice. C’est de l’addiction. Quand vous décidez vraiment de partir, vous partez sans argent, sans valise, sans voiture. Mais vous partez. Et ce jour-là – vous êtes libre.
À ce stade, vous devez comprendre quelque chose de fondamental : les femmes quittent leurs abuseurs depuis des millénaires.
Oui, depuis des milliers d’années, les femmes – le professeur Vaknin dit « femmes », car dans la grande majorité des cas, ce sont elles – ont abandonné leurs abuseurs, rejeté leurs bourreaux, fui des hommes violents, destructeurs, qui souhaitaient leur mort psychologique, voire physique. Elles l’ont fait sans argent, sans emploi, avec parfois six enfants sur les bras. Et malgré tout, elles sont parties.
Nous avons des cas documentés, partout dans le monde, de femmes qui sont parties sans rien – et cette décision leur a sauvé la vie. Parfois, leurs familles les ont rejetées. Parfois, la société les a punies pour avoir quitté leur mari. Mais elles sont parties. Et ce choix, cet acte unique, effrayant et courageux, les a libérées.
Mais si vous êtes assis(e) là, en train de vous demander : « Est-ce que je dois partir ? Est-ce que je peux rester ? »
Alors je vais vous dire exactement ce que cela signifie : vous êtes déjà en train de chercher une excuse pour rester, affirme Sam Vaknin. Et dès que vous hésitez, dès que vous vous posez la question, dès que vous dites « Oui mais… », vous êtes déjà en train de justifier votre propre enfermement. Pourquoi ? Parce que le changement fait peur.
Parce que vous aimez encore votre abuseur. Parce que vous êtes accro à ce fantasme partagé. Parce que vous êtes peut-être accro au drame, à l’intensité. Parce qu’il y a toujours une raison... Et moi, dit Sam Vaknin, je ne crois à aucune d’entre elles.
Si vous vous asseyez devant moi et que vous me dites : « Je suis victime de violences. Je n’ai pas de travail. Je n’ai pas d’études. J’ai neuf enfants. Et j’ai 40 € dans mon sac. »
Je vous répondrai quand même : Partez.
Parce que si vous ne partez pas, vous perdrez encore plus. Vous finirez par vous perdre vous-même. Alors partez. Même si ça fait mal. Même si c’est difficile, compliqué, effrayant. Même si ça semble impossible – Partez.
« Je suis complètement d’accord avec le professeur Vaknin. Je le sais, parce que je l’ai vécu. Je suis partie à 70 ans, avec très peu d’argent, sans pension, sans aucune garantie. Et pourtant, je suis partie. Parce que rester, c’était mourir à petit feu. Et je suis ici pour vous dire que, même dans ces conditions, c’est possible. Pas facile. Pas sans douleur. Mais possible. Et libérateur.
Si vous devez vous séparer d’un(e) narcissique – classique ou caché(e) – la séparation en elle-même n’est pas traumatique. C’est, au contraire, le début de la libération de votre traumatisme.
Si vous êtes prêt(e) à changer de perspective, à laisser le passé derrière vous et à entrer dans une nouvelle réalité – dans un nouveau paradigme – alors ce qui vous semblait être votre plus grande blessure deviendra votre plus grande force – et le point de départ d’une transformation remarquable. » – Prabhã Calderón
Abus narcissique : guérison et reconstruction
Si vous cherchez à guérir – à vraiment guérir – sachez que cela ne commence pas par la thérapie. Pas par un journal intime. Pas par des affirmations positives. Ça commence par la suspension de tout contact.
Mais écoutez bien : cesser le contact ne suffit pas. C’est une étape essentielle, oui. Mais ce n’est que le début. Pourquoi ? Parce que le narcissique n’est plus seulement « dehors » – il est en vous. Vous avez introjecté son image, incorporé ses messages et intériorisé son absence. Ainsi, il vit dans vos pensées, dans vos peurs, dans la honte toxique que vous ressentez, dans vos réflexes automatiques.
Après des mois ou des années d’abus narcissique, vous n’êtes plus un adulte. Vous êtes un enfant – confus, dépendant, brisé. Votre identité a disparu. Votre capacité à voir la réalité a disparu. Votre empathie est affectée. Oui, les recherches montrent aujourd’hui que les victimes de traumatismes complexes deviennent souvent moins empathiques.
Pourquoi ? Parce qu’il faut refouler ses émotions pour survivre à la douleur de l’abus narcissique, car si vous continuez à le ressentir, vous finissez par périr. Et ça, c’est insupportable. Alors vous vous coupez de vos émotions et de vos sentiments les plus subtils.
Et quand vous perdez l’empathie, vous perdez aussi une part de votre humanité. Mais ce n’est pas que l’empathie. Vos processus de pensée sont aussi affectés. Vous ne pensez plus de manière rationnelle. Vous pensez avec vos émotions négatives. La peur remplace la raison. Et votre personnalité tout entière doit être reconstruite depuis zéro.
Comment votre ex-narcissique vous perçoit-il ?
Les paragraphes suivants explorent l’expérience intime, glaçante et souvent incomprise de ceux qui ont aimé un narcissique. Ils permettent de voir pourquoi ces personnes n’ont jamais vraiment été vues, entendues, ni même perçues comme un être humain.
La perception que les narcissiques ont des autres est souvent réduite à de simples ombres, des simulacres sans réelle consistance – à moins que ces derniers ne fournissent une source de gratification narcissique ou sadique. Les relations sont vécues de manière strictement transactionnelle, et la nostalgie, lorsqu’elle existe, ne porte jamais sur les personnes elles-mêmes, mais uniquement sur la provision narcissique qu’elles ont pu offrir. Ce n’est pas l’autre qui manque, mais ce qu’il procurait.
Le narcissique traverse l’existence comme un visiteur dans un musée de souvenirs inertes, sans liens authentiques, sans chaleur humaine. Ce vide intérieur engendre un profond sentiment d’isolement, d’étrangeté au monde. Tout est figé, classé, comme dans un mausolée psychique.
Parfois, au cœur de l’action, un souvenir surgit, fugace : un éclat traverse son esprit. C’est une brume, un filet de fumée, à la fois léger et asphyxiant. S’il a la présence d’esprit de s’arrêter, de fermer les yeux, il tente de se concentrer sur les souvenirs – mais ils lui échappent. Ils se dissipent toujours. Il se rappelle un nom, mais jamais un visage ou des circonstances, jamais des présences. Ces réminiscences ont la texture de l’abstraction, comme si elles provenaient d’un roman lu dans une autre vie. Ses expériences sont de seconde main, jamais incarnées, jamais réellement vécues.
Les gens lui apparaissent comme des silhouettes floues, des personnages en carton dans un film trop long et ennuyeux. Ils n’existent qu’à travers le rôle qu’ils jouent pour lui : lorsqu’ils lui renvoient une image flatteuse, lorsqu’ils régulent son chaos intérieur, lorsqu’ils deviennent des sources de réconfort, de force, de résilience. Alors, et seulement alors, ils prennent vie.
Les personnes passent, entrent et sortent de sa vie sans jamais vraiment y être. À ses yeux, elles n’ont ni consistance ni existence propre. Ce ne sont pas des êtres, mais des simulations. Des pantins de bois, des bonshommes en pain d’épices, qui ne s’animent que lorsqu’ils nourrissent son besoin. Sinon, ils s’effacent. Leurs membres semblent de travers, leurs bouches béantes. On dirait des personnages de dessin animé qui quittent invariablement la scène par la gauche, pour ne plus jamais lui revenir à l’esprit.
Dans l’interaction humaine, le narcissique perçoit l’autre comme une image déformée, tremblante, bégayante. Puis il fige cette image, comme sur la pellicule d’un vieux film jauni ou sur une photo qui brûle lentement. Pour lui, l’existence d’autrui s’éteint dès qu’elle cesse d’être utile. Il s’attend d’ailleurs à être traité de la même manière – selon le même contrat implicite de réciprocité utilitaire.
Il peut ressentir une forme de nostalgie. Non pas pour les relations, mais pour l’abondance passée de sa provision narcissique. Les gens, eux, ne lui manquent jamais. Il n’a jamais noué de véritable lien. Les autres ne sont que des souvenirs sépia, figés dans l’ambre de son esprit.
Et alors, il marche. Il erre dans le musée de sa vie, d’exposition en exposition, parmi les vestiges d’une existence refusée, rejetée, jamais pleinement investie. Tout y est mort, tout y est figé, tout y est classé, comme autant de papillons épinglés. Il regarde autour de lui. Il devine qu’il doit bien y avoir de la vie, quelque part, mais elle n’est pas en lui.
Alors il continue d’errer, de salle en salle. Et à la tombée de la nuit, il referme son musée, seul. Il s’endort au milieu des restes, des reliques, des échos d’une vie jamais habitée.
Exagération ou vérité ?
Les gens pensent que cette description poétique de Sam Vaknin est trop dramatique, ou qu’elle ne correspond pas à la réalité. Il leur répond alors : C’est justement le problème auquel les victimes d’abus narcissiques sont confrontées lorsqu’elles essaient de décrire, transmettre ou communiquer les expériences traumatisantes qu’elles ont vécues : on leur dit qu’elles exagèrent, qu’elles dramatisent, voire qu’elles sont hystériques.
De la même manière, lorsqu’un narcissique tente de décrire son expérience intérieure, on lui répond qu’il suranalyse, qu’il devrait se ressaisir, ou pire, qu’il est simplement « un con ». Pourtant, le narcissique s’enfonce avec la rage de celui qui n’a jamais vraiment vécu, mais qui s’accroche désespérément à l’idée d’avoir été quelqu’un.
La négation de l’abus narcissique
Les gens nient la réalité du narcissisme pathologique – et plus encore celle de l’abus narcissique – parce qu’ils veulent croire en la bonté essentielle du monde. Ils veulent croire que le mal n’existe pas vraiment, ou qu’il ne triomphe jamais. Alors ils préfèrent tout minimiser, tout dédramatiser : si le narcissisme n’est qu’une exagération de traits humains ordinaires, et si les abus narcissiques ne sont que des conflits domestiques amplifiés, alors tout va bien. Inutile de perdre le sommeil.
Sam Vaknin affirme : « Si quelque chose doit être énoncé, c’est que les gens sous-estiment l’expérience intérieure des narcissiques. »
L’incapacité des narcissiques à visualiser ou à conceptualiser les personnes dans leur vie reflète une incapacité plus profonde : celle de visualiser tout court. C’est une forme d’aphantasie – cette difficulté, voire cette impossibilité, de former consciemment des images mentales.
La raison en est que les narcissiques présentent un déficit d’empathie. Ils ne peuvent ni visualiser les autres, ni se mettre à leur place, ni faire émerger leur présence dans leur esprit, ni conserver une perception claire de l’existence séparée d’autrui. Ils intériorisent tout immédiatement. Le monde extérieur devient une simple projection de leur esprit, ou de leur imagination, comme un hologramme.
Quand le narcissique rencontre quelqu’un pour la première fois, il le perçoit comme à travers un verre obscurci, une sorte d’ectoplasme. Tout est flou. Il n’y a ni contours nets, ni délimitations claires, ni frontières perceptibles. Même les visages sont estompés, indéfinis. Les individus lui apparaissent comme des émanations vagues, vaporeuses, à moitié présentes. Ils semblent fanés, flétris, comme s’ils se fondaient dans l’environnement, comme s’ils étaient en train de se dissoudre dans le décor.
Quoi qu’il en soit, lorsque le narcissique rencontre quelqu’un pour la première fois, l’autre lui apparaît comme muet. Même si cette personne parle, même si elle tente de communiquer, même si elle répond à ses questions, elle reste pour lui en mode silencieux. Elle ne produit aucun son psychique. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles les narcissiques supportent difficilement les conversations réciproques.
Ils ne parlent pas avec les autres, ils parlent à eux. Ils font la leçon. Ils délivrent un monologue. Et lorsque l’interlocuteur tente de répondre, de réagir, ou simplement d’apporter sa propre contribution, le narcissique s’ennuie, se déconcentre, perd tout intérêt. Car il n’est attentif qu’à une chose : ce qu’il a lui-même à dire.
Puisque sa perception est altérée, pour lui, vous n’êtes pas vraiment là. Et si vous l’êtes, vous n’êtes qu’un accessoire. Et en tant qu’accessoire, vous n’avez pas droit à vos propres apports dans la conversation. Il vous met en sourdine, comme si votre bouche était cousue.
Le narcissique perçoit les autres comme si leur bouche était cousue. C’est une image étrange, troublante même, mais elle reflète avec justesse sa réalité intérieure. Lorsqu’il rencontre quelqu’un, cette personne entre et sort de son champ de vision psychique, comme si elle n’était qu’un élément accessoire dans un cadre qui lui appartient exclusivement.
L’autre est là – parfois par simple courtoisie envers lui, parfois comme une gêne ou comme une intrusion. Il est là, et pas là en même temps. Le narcissique peut le faire disparaître à volonté, même s’il est physiquement présent. Et il le fait souvent.
Il efface mentalement les gens, les élimine psychologiquement de son champ de conscience. C’est comme s’il voyait à travers eux, comme s’ils devenaient transparents. Une transparence comparable à celle qu’une personne en bonne santé accorde à un objet inanimé perçu du coin de l’œil, alors que l’attention est dirigée ailleurs.
Le regard du narcissique est tourné vers l’intérieur
Il ne peut donc pas percevoir le monde extérieur – objets ou personnes – de façon périphérique, distincte, séparée. L’autre n’existe pas en soi. Ce n’est que lorsque le narcissique commence à considérer une personne comme une source potentielle de provision narcissique, comme un partenaire à intégrer dans son fantasme partagé, ou comme un collaborateur, un complice, un membre potentiel de son univers intérieur, que cette personne prend vie dans son esprit.
Et lorsque ce basculement se produit, le narcissique se dit : « Bien ! Cette femme me procure une source de provision narcissique énorme et de haute qualité. » Ou encore : « Ce type peut promouvoir mon travail, mes accomplissements, me rendre célèbre. » Ou toute autre variante de la même logique utilitaire.
C’est seulement à ce moment-là qu’il passe d’une vision de l’autre comme un zombie, un être mort-vivant, à son opposé complet. Tout à coup, il développe un intérêt intense, presque compulsif, pour la personne. Il devient obsédé par les moindres détails de sa vie, fasciné par sa personnalité. Mais cette intensité est entièrement orientée vers un objectif.
Cet objectif repose sur quatre éléments essentiels : la provision narcissique, le sexe, les services et la sécurité. C’est une logique strictement utilitaire : dès qu’il perçoit qu’une personne peut lui fournir l’une de ces fonctions – qu’elle est capable de combler un besoin interne – elle prend vie. Elle s’anime, ou même, se réanime. Sinon, elle demeure inerte, figée, glacée dans son monde psychique déshumanisant.
Et cette transition est très brutale, même pour le narcissique. Soudain, il remarque des gens – ceux qui peuvent lui être utiles, ceux qui peuvent devenir des partenaires. Il les remarque alors tout d’un coup. Et c’est comme si un objet du quotidien s’animait subitement. Imaginez que votre réfrigérateur se mette à danser des claquettes… Voilà à quel point c’est déconcertant pour le narcissique.
Mais même dans ces cas-là, les gens ne l’intéressent que comme des acteurs dans son propre scénario. Ils n’existent que dans la mise en scène mentale qu’il dirige – et uniquement tant qu’ils y tiennent un rôle fonctionnel. Il peut les faire disparaître de son esprit, psychologiquement et mentalement. Et il le fait très souvent. C’est comme s’il voyait à travers eux, comme s’ils étaient redevenus transparents.
C’est une perception comparable à celle qu’ont les personnes en bonne santé des objets inanimés à la périphérie de leur champ de vision – ces objets que l’on entrevoit du coin de l’œil, alors que l’attention est dirigée ailleurs.
Il projette sur eux une énergie émotionnelle
Ce que la psychologie appelle la cathexis – c’est-à-dire l’investissement affectif dans une personne ou un objet. Oui, il s’investit en eux. Mais cet investissement ne porte pas sur la personne réelle. Il porte sur la représentation mentale qu’il s’en fait. Il investit émotionnellement dans l’objet interne qui symbolise cette personne dans son esprit – pas dans la personne elle-même.
La personne réelle n’existe jamais pour le narcissique. Elle ne prend vie que dans son esprit, sous la forme d’un objet idéalisé. C’est comme un film d’animation vaguement inspiré de personnes réelles. Ce n’est pas aux vraies personnes qu’il réagit, mais à l’image mentale, animée, qu’il projette. Et parce qu’il investit dans cette image – et non dans l’individu – il peut se désinvestir émotionnellement avec une rapidité déconcertante. Littéralement du jour au lendemain.
Autrement dit, il peut passer d’un attachement profond à un retrait total, de façon brusque, inattendue, imprévisible, choquante.
Lundi, quelqu’un peut être l’amour de sa vie, sa personne préférée, son partenaire idéal, son meilleur ami. Et mardi… Peut-être que cette personne l’a critiqué, a posé des limites, ou simplement cessé d’être utile. Peut-être a-t-il trouvé mieux, ou s’est-il lassé. Peu importe.
Mardi, cette personne a disparu. Il s’en fiche. Il se fiche qu’elle meure. Elle est totalement effacée. Et pourtant, la veille encore, elle était son partenaire de vie, son univers. Le lendemain, elle n’est plus rien. Juste une trace sous sa chaussure – s’il daigne la remarquer.
Et ce basculement n’est même pas ce qu’on appelle une dévalorisation. Non. Ce n’est pas un renversement affectif, c’est un glissement énergétique. Un simple passage d’une hyper-cathexis à une décathexis. C’est-à-dire qu’il investit émotionnellement, puis il retire cet investissement, pour le rediriger ailleurs. Froidement. Mécaniquement.
Et c’est cela qui est tellement choquant pour les victimes : elles ne peuvent pas concevoir qu’en réalité, elles n’ont jamais compté. Qu’elles n’ont jamais eu la moindre importance.
Qu’elles n’ont été que des prétextes. Des supports pour créer des représentations internes – des objets mentaux avec lesquels le narcissique pouvait interagir, idéaliser, dévaloriser, pour rejouer ses conflits d’enfance. Et ça, les victimes… Elles n’arrivent tout simplement pas à l’intégrer. C’est inconcevable et très douloureux.
Sa perte totale d’intérêt pour le/la partenaire intime
Le narcissique perd tout intérêt pour ses partenaires intimes, et c’est souvent très soudain. Il passe à autre chose. Il ne pense même pas une seconde à celles ou ceux qu’il a laissés derrière lui – parce qu’il ne les a jamais perçus comme de vraies personnes.
Il expérimente sa vie et son passé comme on lirait un roman ou regarderait un film. Il est davantage un observateur qu’un véritable participant. Toutes les personnes qui apparaissent dans ce récit sont des personnages. Des entités « fonctionnelles ». Comme dans un jeu vidéo.
Et lorsque le film se termine, lorsque le livre est refermé, ces personnages sont scellés à jamais entre les pages, ou figés dans les images. Emprisonnés, comme des fourmis dans de l’ambre. Ils deviennent des souvenirs vagues, lointains, flous.
Et il lui est extrêmement difficile de les saisir, de les faire revivre, lorsqu’un souvenir lui est rappelé. Par exemple, lorsqu’une scène ressurgit soudainement – une rue, un endroit, un moment précis – il se retrouve seul dans ce souvenir.
Il sait, de manière cognitive, qu’il a été dans ce restaurant, dans cette boutique, dans cette rue, accompagné de quelqu’un. Il sait aussi que cette personne, à l’époque, comptait beaucoup pour lui. Mais il ne parvient pas à se souvenir de sa présence réelle.
Et surtout, il est incapable de faire remonter quoi que ce soit de plus qu’un prénom – et encore, s’il a de la chance. Il ne peut pas faire revenir à l’esprit un visage, un corps, une odeur, une saveur, une interaction, une conversation précise… Presque rien. Peut-être 10 %, tout au plus, de ce qui s’est réellement passé.
Bien sûr, cela a probablement un lien avec la dissociation. Mais ce n’est pas exclusivement ça. En réalité, les narcissiques s’en fichent tout simplement. Ils ne donnent aucune foutue importance aux autres. Les autres sont là pour être utilisés, parfois abusés, puis jetés comme une pelle, comme une vieille machine.
Ils ne sont que des objets, des outils fonctionnels… Et qui investirait émotionnellement à long terme dans un réfrigérateur ? Qui se souvient de son premier frigo ? Ou de son premier smartphone ? Certains, peut-être, mais lui, non. C’est une expérience si étrange, si aliénante, qu’il doute de pouvoir l’expliquer ou la transmettre, pour peu qu’il en ait seulement conscience.
Ses interactions sont foncièrement transactionnelles
Quand une personne n’est plus utile, pourquoi continuer à investir de précieuses ressources mentales pour la conserver en mémoire ? Quel serait le sens de se souvenir de quelqu’un qui ne reviendra jamais, et qui ne peut plus rien apporter – sous aucune forme ?
Alors il ne fait même pas l’effort de se souvenir. Il efface les souvenirs, tout simplement. Parce qu’il a besoin d’espace mental. Il reconnaît parfois un certain manque, oui. Mais ce qui lui manque, ce n’est pas la personne elle-même – c’est ce qu’elle lui apportait : du sexe, des services, de la sécurité, ou une source de provision narcissique.
C’est une expérience tellement étrangère, tellement aliénante, que le narcissique lui-même n’est pas certain de pouvoir vraiment l’expliquer. Ni d’être compris. Pour lui, les gens cessent d’exister dès qu’ils ne lui fournissent plus sa provision narcissique. Et dans sa logique, il s’attend lui-même à être traité de manière transactionnelle.
Ce qui traumatise les victimes, c’est l’absence émotionnelle
Les narcissiques sont des identités d’absence – et ils vous le font sentir dès le départ, surtout s’ils sont des narcissiques cachés.
Peut-être avez-vous passé une semaine entière avec l’un d’eux. Une semaine où votre énergie érotique s’est réveillée. Où tout vous a semblé intense, merveilleux, inoubliable. Mais une fois rentré chez vous, plus rien. Aucun message. Aucun appel. Aucun mot. Alors même qu’il vous avait clairement laissé(e) entendre qu’il était très intéressé par vous.
Le narcissique perd tout intérêt au cours de la relation – et cela se produit de façon brutale.
Soudainement, il passe à autre chose, sans même y réfléchir. Et une fois qu’il a perdu l’intérêt qu’il projetait sur vous, il lui devient presque impossible de vous saisir à nouveau dans son esprit en tant qu’objet idéalisé.
Dans cette phase de décathexis, il vous contrôle par son indifférence glaciale. Et c’est cette absence-là, cette disparition émotionnelle, qui traumatise.
L’auto-provision narcissique : une provision narcissique secondaire
Pris dans l’ambre de son esprit, pour le narcissique, les autres ne sont que de simples souvenirs – des Contenus à Potentiel de Mémoire (CPM). Et il considère cela comme une forme de provision narcissique.
Il s’agit là d’un mécanisme de provision narcissique secondaire, activé à travers la mémoire. Lorsque quelqu’un a été à ses côtés – témoin de ses moments de gloire, de réussite, de statut, de grandeur, de charisme – cette personne devient un magnétophone humain, capable de rejouer ces instants glorieux. Ainsi, le narcissique régule le flux de sa provision narcissique lorsque celle-ci devient rare ou déficiente.
Mais les narcissiques pratiquent aussi ce qu’on pourrait appeler l’auto-provision narcissique. Dans leur logique mentale, la mémoire elle-même devient une source de provision. Elle prend le relais du témoin extérieur quand celui-ci est absent.
Autrement dit, lorsque personne n’est là pour lui rappeler à quel point il est remarquable – quand plus personne ne valide son faux self, ni son délire de grandeur – alors il prend le relais lui-même. Il devient sa propre source. Son propre magnétophone. Et pour cela, il a besoin de souvenirs. S’appuyant sur eux, il s’incline mentalement en arrière et se dit :
« Laisse-moi me rappeler cette conférence incroyable que j’ai donnée. Laisse-moi me souvenir de ce séminaire où l’auditoire était complètement envoûté. Laisse-moi revivre ce moment. »
Et ce simple acte de se souvenir devient une provision narcissique générée en circuit fermé. En se rappelant ses moments de gloire auto-imputée, le narcissique se nourrit lui-même. Cela devient une source interne de régulation narcissique, un mécanisme autonome de survie psychique. C’est dans ces moments-là qu’il se sent au plus près de l’autosuffisance.
Et cette idée lui est précieuse, car à ses yeux, il est semblable à un dieu. Un être de cette stature ne devrait pas avoir besoin des autres. La dépendance est, pour lui, une humiliation. Une honte.
Ainsi, la provision narcissique devient un outil pour se convaincre qu’il ne dépend de personne. Il est émotionnellement investi dans l’idée même d’être autosuffisant.
Il a un intérêt profond à effacer les autres de sa mémoire, car cela lui permet de croire qu’il n’a jamais eu besoin de personne.
En effaçant les gens, il se ment à lui-même. Il se convainc que tout ce qu’il est vient uniquement de lui : son œuvre, son mérite, sa création. Il peut se nourrir narcissiquement de lui-même, même dans l’absence totale d’autrui.
Et cela, à ses yeux, est grandiose. Cela le rapproche encore davantage de cette toute-puissance fantasmée qu’il recherche. En tant que narcissique, il dispose d’un intérêt structurel, d’un mécanisme interne, qui le pousse à prétendre que sa vie a toujours été vide – stérile, dépeuplée, dénuée d’autres êtres humains.
Il imagine qu’ils n’ont jamais été là. Qu’ils n’ont jamais rien apporté de significatif. Qu’il a toujours été autosuffisant, auto-alimenté, indépendant, clos sur lui-même.
Bien, c’était la conférence de Sam Vaknin, et j’espère qu’elle vous aidera à comprendre ce qui vous arrive. Voyons maintenant la possibilité que je vous propose pour sortir de votre blessure et de votre traumatisme.
La Déshypnose Identitaire
Lorsque vous vous séparez d’un narcissique qui vous a blessé, vous êtes confronté(e) à une opportunité incroyable : celle d’évoluer vers votre authenticité et votre autonomie.
Vous comprendrez que cette relation toxique vous amène à reconnaître l’hypnose identitaire dans laquelle vous étiez plongé(e), même avant le début de la relation – une hypnose qui avait entravé votre croissance vers vos élans les plus profonds.
La simple possibilité de voir cette séparation comme une grâce, plutôt que comme une malédiction, vous ouvre à un processus de foi, de ressenti véritable, d’amour et de joie.
Mais si vous nourrissez vos émotions négatives et continuez à vous victimiser, vous ne faites que vous nuire à vous-même. Alors, aujourd’hui, vous avez un choix – un choix divin.
Je vous propose de découvrir mon cours de Déshypnose Identitaire. Dans ce cours en ligne, vous trouverez des personnes qui vous écoutent et qui partagent les mêmes peurs que vous. Cela vous donnera le sentiment d’être soutenu(e) dans votre démarche.
Plus important encore :
Vous entamerez un processus unique d’introspection, qui vous permettra de vous « déshypnotiser », de désintrojecter le narcissique de votre esprit, et de le laisser partir définitivement.
Vous découvrirez également des exercices concrets pour sortir de l’état de stress post-traumatique, traverser les étapes du deuil plus rapidement, et ainsi pouvoir enfin écouter la voix de votre être authentique.
Pour mieux saisir ce dont il est question, je vous propose de cliquer sur les titres et de prendre le temps de lire chacun de ces articles :
De l’imagination à l’être authentique
Voici quelques phrases qui viennent de mon cœur :
La réalité de notre être ne connaît jamais d’interruption.
Il n’y a aucun doute : nous sommes Ce qui Est.
Ce que nous sommes n’est pas une imagination.
Nous sommes ce que nous ne pouvons pas ne pas être.
Nous sommes Ce qui demeure, préalable à toute pensée,
à toute image, à toute imagination et à toute définition de soi.
La seule réalité – notre Véritable Nature – ne peut jamais être brisée.
Elle ne s’acquiert pas. Et rien ne peut nous la faire perdre.
Pourtant, lorsque l’ignorance s’installe, et que l’imagination prend le relais,
nous nous confondons avec elles. Nous devenons ignorance et imagination.
Ce que nous croyons être n’est qu’un fantôme.
Un hologramme figé dans l’espace de notre esprit.
Un récit qui se répète sans fin, toujours le même…
Une suite de mécanismes de survie, un amas de peurs déguisées,
une Fausse Évidence Apparaissant comme Réelle – la FÉAR.
Cette existence façonnée par la peur – (FEAR en anglais),
repose entièrement sur nos définitions erronées de nous-mêmes.
Tandis que Ce que nous Sommes ne dépend de rien.
Il n’y a pas de conditions pour Être.
Sans la connaissance illusoire de « qui nous sommes »,
Ce que nous sommes demeure, libre et intact.
Alors… soyons ce que nous ne pouvons pas ne pas être.
Nous sommes ici pour cesser de nous identifier à une image,
pour cesser de nous prendre pour ce que nous ne sommes pas.
Je nous invite à entamer ensemble la pratique de l’introspection.
— Prabhã Calderón